‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 111 sur 168 · LIV. lit. — CHIP. VlII · texte numérisé non relu

LIV. lit. — CHIP. VlII

postes, et autant d'ofliciers polis et .décorés. Les émigrés avaient dit aux Prussiens que l'armée n'était commandée que par des bijoutiers, des tailleurs, des cordonniers , etc.

Duval , officier vénérable par sa chevelure blanche et sa taille majestueuse, acheva de le désabuser en lui disant que la. plupart des généraux avaient fait une ou deux guerres , et que le général Dumouriez était maréchal de camp avant la révolution. Le prince de Hoheuiohe ne put rien apercevoir qui lui indiquât une retraite; au contraire, Duval lui annonça que le géuéral Beurnonville devait entrer le lendemain dans le canin avec dix-huit mille hommes, et que Kellermann, avec trente mille, n'était qu'à deux marches.

Dès que la nuit fut venue, l'avant-garde se replia eu trois colonnes sans bruit, n'ayant ni augmenté ni diminué ses feux, la droite par Marque, le centre par Chevières, et la gauche par Grand-Pré. Elle rompit les ponts après elle. Duval et SteDgel la commandaient. Ils firent balte pour donner le temps à l'armée de se mettre en marche, étant chargés de faire son arrière-garde.

A minuit le général partit du château de Grand-Pré , et monta à son camp, qu'il trouva encore tendu. Les chemins étaient si mauvais entre Grand-Pré et le camp, la nuit était si noire , que les ordonnances s'étaient perdues. Il fit passer l'ordre de bouche en bouche; l'armée détendit, mais elle ne fut en marche que plus de trois heures après. Ce retard , qui pouvait être fuueste, produisit un avantage : c'est que l'armée ignora la cause de sa retraile, qu'il n'y eut aucune alarme, et qu'elle* se lit avec d'autant plus d'ordre, et sans que l'ennemi en pût être prévenu. Il gagua d'abord les hauteurs d'Autry, et donna ses ordres pour qu'on s'y format en bataille. Les dernières troupes passèrent les ponts de Senucque et de Grandchamp à huit heures du matin, et se rangèrent en bataille sur la hauteur. Alors l'armée était sauvée : on n'avait perdu que quelques tentes des bataillons qui avaient été détachés avec Cliazot, dont le camp était resté tendu .

Le général , qui ne se voyait pas suivi , el qui regardait alors sa refraite comme assurée, fit continuer la marche à son parc

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d'artillerie, et se rendit avec sou état-major à Dommartm-sur- Hans , pour y établir le camp île sa première marche , à quatre lieues de celui de Grand-Pré. Pendant qu'il traçait ce camp , il vit arriver des fuyards qui criaient que tout était perdu, que l'armée était en déroute, et que l'ennemi était à sa poursuite. Il ne pouvait pas comprendre ce changement subit. Il savait que l'ennemi ue l'avait pas suivi, et lui avait laissé passer les défilés sans l'inquiéter. 11 avait laissé l'armée bien disposée, i! ne pouvait pas présumer que l'armée ennemie eut passé l'Aisne pour le tourner par sa droite; il voyait une déroute, il ne savait à quoi l'attribuer. , ',

Il prit cependant le parti de changer de cheval , et de courir à toute- bride , avec Thouvenot, pour rallier son armée. Ils remarquèrent avec plaisir que tous les fuyards étaient du corps d'armée , mais qu'ils u'en reconnaissaient aucun du corps de Durai, ni de l'a vaut-garde. Enfin ils arrivèrent près d'Aùtry; ils trouvèrent le général Miranda, qui avec un grand sang-froid avait arrêté l'infanterie dans sa fuite, et avait contenu l'ennemi qui venait de se retirer, parce que Tavant-garde , qui n'avait pas partagé la terreur , marchait en bon ordre pour le charger. Il reçut en même temps un message de Duval et de Stengel , qui le rassurèrent entièrement. II leur donna ordre de s'arrêter aux bords des marais de Cernay avec leur arrière-garde , jusqu'à ce que toute l'armée eut passé la Tourbe; ensuite, de venir se porter le long de la Tourbe, la. mettant entre l'ennemi et eux, et d'y passer la nuit. Il retourna à Dammartin , et y lit bivouaquer l'armée.

Il y avait vingt heures qu'il était à cheval; il venait d'en descendre , il se mettait à table à six heures du soir, lorsqu'une nouvelle alarme recommença dans son camp. Tout le monde se mit à crier et à fuir ; l'artillerie attela, et voulut gagner une hauteur de l'autre côté de la petite rivière de Bionne , qui était derrière son camp. Toutes les troupes se mêlèrent, le désordre augmenta. Alors il jugea que ce mouvement n'était pas occasionné par l'ennemi , puisque son arrière-garde était tranquille à une lieue de lui. Il monta à cheval avec son état-major, ses aides de' camp, et son escorte de dragons. Il tomba à coups

tiv. 111. — CHAP. Vin. 283 Je sabre sur les fuyards , et par cette sévérité il les rallia. Mais tout était mêlé. Il fit allumer de grands feux, et il ordonna qu'on passât la nuit comme on se trouvait. Certainement cette seconde alarme avait été jetée par des malintentionnés ; mais comme elle n'eut pas de suite, il ne fut pas dans le cas de faire des recherches.

Quant à la première , voici comment elle était arrivée : l'armée, après avoir passé les délilés et les ponts sans être inquiétée, s'était mise en bataille sur les hauteurs d'Autry, pour protéger la retraite de l'a rri ère-garde. Celle-ci était harcelée par environ quinze cents hussards prussiens qui avaient avec eux trois ou quatre pièces d'artillerie volante. Ayant passe les défilés, elle se formait eu bataille sur la hauteur, et l'armée se prolongeait en colonne de marche pour gagner Cernay. Le général Chazot, qui, au lieu de partir de Vouziers à minuit, comme il en avait eu l'ordre , ne s'était mis en marche qu'à la pointe du jour , déboucha en ce moment par Vaux. Sa division , en voyant les hussards prussiens , se précipita au travers de la colonne de l'armée. Les Prussiens, qui virent ce désordre, se jetèrent dessus ; tout se débanda , tout fuit ; dix mille hommes furent poursuivis par quinze cents hussards. Cependant Duval, qui avait conservé l'arrière-garde en bon ordre, fit reculer les Prussiens, qui, n'étant pas soutenus, se retirèrent, emmenant deux pièces de canon et quelques bagages. Le général Miranda rallia l'armée.

Plus de deux mille hommes de toute arme s'écartèrent aveu une vitesse incroyable jusqu'à trente ou quarante lieues , par lletliel, Reims, Chàlons, Vitry. Ils publiaient partout que l'armée avait été trahie, qu'elle était anéantie, que Dumouriez et tous les généraux étaient passés à l'ennemi. C'était surtout là le cri des fuyards; ils soutenaient au général lui-même qu'il était déserté , pendant qu'il les accablait de coups de plat de sabre. Certainement, sans la bonne conduite de Duval, Stengel et Miranda , cette retraite si bien combinée et si heureusement exécutée aurait dégénéré en une déroute irrémédiable, et quinze cents hussards prussiens auraient anéanti l'armée française.

Le 1 7 , à la pointe du jour , le général n'eut pas peu de peiue

MÉMOIRES DE DUMOURTEZ.

à démêler la contusion du camp; il passa la liionne , >: L , par «ne marche sur trois colonnes, il entra dans son camp de Sainte-Menehould. L'ennemi n'avançait qu'en tâtonnant, et son avant-garde ne parut que le 18 devant le camp français. Oi* lui ramena vingt-huit fuyards, que le général Dillon avait fait arrêter. Il leur fit raser les sourcils et les cheveux , leur ôta leurs uniformes, et les renvoya comme des lâches. Cet exemple fit un bon effet.

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