‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 114 sur 168 · LIV. III. — CHAP. IX. 28T · texte numérisé non relu

LIV. III. — CHAP. IX. 28T

tion. Cependant , comme la déroute était postérieure au départ de l'aide de camp, il avança avec une grande circonspection , fie dirigeant plutôt sur Auve que sur Sainte-Menehould , pourpouvoir gagner Châlons , où il imaginait que les débris de l'armée pouvaient s'être retirés. Du mouriez, qui avait calculé sa perplexité, n'avait pas négligé de lui envoyer des officiers ; mais ils ne le rencontrèrent pas.

Le 17 , Beurnonville, qui marchait avec beaucoup de précaution, arriva prés d'Auve; et s'étant avancé sur les hauteurs de Gizaucourt pour reconnaître, il vit une armée qui marchait en bataille et en fort bon ordre vers Sainte-Menehould. Plein de l'idée de la défaite du général , il n'imagina pas que ce fut son armée, et, persuadé au contraire que c'était celle du roi de Prusse, il força sa marche, et se retira à Châlons. En y arrivant, il trouva des officiers dépêchés par le général , qui lui prouvèrent qu'il s'était trompé.

Sa division était très-fatiguée : il fut obligé de la laisser reposer le 18, pour lui distribuer des souliers. Ces braves du camp de Maulde étaient désolés de ce retard. Enfin il céda à son impatience et à la leur ; il partit dans la nuit du 18 au 19, et cette troupe , qui dans cette occasion donna des preuves d'un zèle et d'un attachement extrêmes , joignit son ancien général dans la journée du 19 , dans le moment que les Prussiens commençaient à se développer sur les hauteurs de l'autre côté delaBionue. Un jour plus tard, Beurnonvi Ile aurait peut-être été coupé, et forcé de se retirer encore à Chftlons, ce qui aurait affaibli l'armée de dix mille hommes d'excellentes troupes.

Le général Dubouquct, qur s'était retiré tout d'une traite du Chêne-Populeux à Châlons, y était arrivé aussi le 17 , et ayant rendu compte au général , lui avait demandé ses ordres. Il lui avait ordonné de s'établir, sous le commandement du lieutenant général Sparre , au camp de Notre-Dame de l'Épine , d'y rassembler de nouveaux bataillons et de la cavalerie, et d'y attendre ses ordres ultérieurs. C'était une nouvelle fort agréable pour lui , de savoir que Dubouquet eût sauvé sa division , et qu'il pouvait aider le général Sparre à former un corps d'armée qui deviendrait très-utile par la suite, et qui alors se trouvait fort

MEMOIRES lll: IHIHÛliniE/.

lien placé à Chalous, où la nouvelle de sa déroute avait causé la plus grande désolation et les plus grands désordres.

Il s'y trouvait huit ou dix bataillons de volontaires ou do fédérés, qui, à l'arrivée des fuyards, au lieu de les arrêter, avaient pillé les magasins, et avaient repris le chemin de Paris en commettant les plus grands excès , et publiant que Du mouriez était un traître qui avait vendu l'armée. Ils avaient coupé la tête à quelques officiers, qui avaient voulu leur faire entendre raison. Ils arrachaient aux officiers des troupes de ligne leurs épaulettes et leurs croix de Saint-Louis , et ils assassinèrent le lieutenant-colonel du régiment de Vexin , qui avait voulu résister à une pareille insulte.

Ces bataillons étaient formés sous le nom de fédérés , et il semblait que ce nom imprimât en eux un caractère de crime et de barbarie. On les composait de compagnies détachées de différentes villes et même de différents départements. Ils ne se connais- salent pas entre eux , n'obéissaient ni à leurs chefs ni aux généraux , et ne semblaient connaître d'union que lorsqu'il s'agissait de commettre des atrocités. A Reims, à Soissons, à Châlons , ils avaient le même esprit , et se livraient aux mêmes désordres. L'armée les avait pris en horreur; ils menaçaient , à leur arrivée, de massacrer tous les traîtres , c'est-à-dire tous les généraux. Ils avaient inspiré le même esprit à la gendarmerie nationale, qui, bien loin d'arrêter leurs excès, cherchait à les égaler. Tels étaient les renforts qui devaient venir aider le générai à repousser les Prussiens.

L'armée prussienne était entrée le 1 6 à Grand-Pré , avait débouché le 17 par Vouziers et Autty Jusqu'à Cernay. Le général Stengel avait parfaitement rempli son instruction ; il avait étendu au loin le ravage à sa gauche, et s'était retiré le 18 dans les villages en avant du camp, après avoir chicané le passage de la Tourbe. Le 19, les Prussiens arrivaient en bon ordre, et se déployaient sur les montagnes de la Lune; notre avant-garde occupait celle de 1'} von. t

Le même jour, le général reçut enfin la nouvelle queKellermann arrivait à deux lieues de lui derrière sa gauche ; il avait laissé le général Labarouillière avec un corps d'environ cinq mille

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