LIT. (II. — CHAP. IX
hommes , pour couvrir Bar et Ligny ; et il amenait quinze mille hommes, dont un tiers d'excellente cavalerie , et presque toutes troupes de ligne.
Le général lui envoya sur-le-champ une instruction pour venir occuper le lendemain matin le camp entre Dampierre et Élise, derrière l'Auve , qu'il lui désigna parfaitement : et comme le déploiement des Prussiens lui faisait présumer qu'ils tenteraient peut-être le sort d'une bataille, il lui manda que , dès qu'il aurait pris son camp, il pourrait, si l'ennemi cherchait à s'étendre, prendre son champ de bataille sur les hauteurs du moulin de Valmy et de Gizaueourt, Dumourieï lit encore en cette occasion une faute, qui heureusement n'eut pas de suites funestes. K.ellermann ne pouvait pas connaître le pays où il arrivait. Il fallait lui envoyer des officiers d'état-major pour lui désigner son camp, de manière à ce qu'il ne le confondît pas avec son champ de bataille ; mais il n'avait que trois ou quatre adjudants généraux en étatde remplir cette mission, et ils étaient occupés à placer la division que Beurnonville venait d'amener. D'ailleurs , Kellermaun n'était pas à ses ordres ; c'était un collègue , et un collègue très -pointilleux , qui aurait trouvé peut-être très-mauvais qu'il lui traç3t son camp.
Quoi qu'il en soit , il confondit si bien son instruction,' que , prenant son champ de bataille pour son camp, il y conduisit son armée, l'embarrassa de ses équipages, et se mit à attendre. Les Prussiens, voyant cette confusion sur la hauteur de Valmy, cherchèrent à déborder sa gauche , et marchèrent sur plusieurs colonnes, canonnant toutes les troupes réunies sur la hauteur de Valmy. Kellermann établit sur le plateau du moulin presqne toute son artillerie , arrêta la marche des ennemis , et il s'établit entre eux une terrible canonnade.
Dumouriez , qui s'aperçut de la méprise de son confrère, qui avait trop de troupes sur ce plateau , et qui ne pouvait pas se développer sur la hauteur de Gizaueourt parce qu'il était déjà débordé par sa gauche , lit sur-le-champ la disposition suivante , grâce à l'immobilité de l'ennemi : Il envoya aussitôt le général Cliazot, avec neuf bataillons et huit escadrons, par le grand chemin de CliÛlons . pour se porter derrière la hauteur de Gizau-
MBMOIBES DE DUMOUBIEZ.
court , et prendre les ordres de Kellermann. Il ordonna au gensrai Stengel de se porter jusqu'à l'extrémité Je 1* Yron , pour flanquer la position de Valmy par sa droite , comme Chazot la flanquait par sa gauche. 11 mit Beurnonville avec seize bataillons à la suite de Stengel , eu colonne , pour se développer sur l' YrOn si l'ennemi cherchait à déborder ou à attaquer Stengel ; et il lit appuyer la droite de Beurnonville par le lieutenant général Leveneur, avec douze bataillons et huit escadrons , se dirigeant de Bcrzieùx sur Virginy , pour tourner lui-même la gauche de l'ennemi.
Malheureusement Kellermann le lit prier d'aller le trouver , sans quoi il aurait dirige lui-même le mouvement de sa droite, et le succès de celte journée eût pu être complet. 11 se rendit donc très-vite auprès de Kellermann ; il trouva une canonnade trèsvive établie, mais qui ne servait à rien. Le général Valence, avec lu corps de carabiniers, se trouvait placé en bataille, intermédiairement entre le moulin de Valmy et le général Chazot, qui était le long du grand chemin de Chûlons. On avait négligé de lui faire occuper la hauteur de Gizaucourt, d'où il aurait battu en flanc les colonnes prussiennes. Le roi de Prusse avait proflté de cette négligence, y avait porté des troupes et une batterie, qui elle-même flanquait la position de Valmy.
La journée se passait ; le général vit qu'elle se réduirait à une canonnade inutile dans cette partie : il retourna à son armée. Ce qui eontint les Prussiens et les empêcha d'atlaquer rapidement le plateau de Valmy, ce fut la position de Stengel qui les flanquait, et qui avait ouvert un feu très-vif sur la gauche de leur attaque. Sans lui, Kellermann eût été enveloppé et battu, Ses équipages auraient embarrassé lagrande route de Sainte-Menebould, qui était sa seule retraite; car, pour se remettre dans le camp de Dampierre , il fallait que toute son armée passât l'Auve sur un seul pont ; il ne pouvait pas se replier sur la gauche du camp de Duinouriez , qui était couverte par un marais , ni sur la colonne du général Stengel , entre lequel et lui était une vallée marécageuse et profonde.
La position était superbe, en s'étendant par sa gauche sur la hauteur de Gizaucourt ; mais l'ayant laissé occuper par l'ennemi,