‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 124 sur 168 · L1V. III. — CHAP. XIII · texte numérisé non relu

L1V. III. — CHAP. XIII

forât de Saint-Amand; derrière sa gauclie est la ville de Saint- Amand.

C'était un grand sacrifiée que l'abandon du camp de Maulde , qui couvrait la superbe plaine entre Lille, Douay, Saint-Amand et Orchies. Cette dernière ville tombait nécessairement au pouvoir de l'ennemi. Saint-Amand , poste très-faible , quoique soutenu par le camp de Bruille , devait nécessairement succomber aussi après quelques jours de résistance ; mats les troupes avaient leur retraite sur Valenciennes, et les dangers de la France étaient alors trop grands pour s'arrêter à la petite considération de la dévastation des plaines de la Flandre , dont il ne fallait penser qu'à sauver les places ; et à cet égard il n'y avait pas de crainte à ' ' avoir, puisque le duc de Tescnen n'avait pas assez de troupes pour entreprendre des sièges.

Dumouriez avait prévu tous les inconvénients de l'affaiblissement du camp de Maulde; mats, forcé par des circonstances impérieuses, il avait ajouté à l'ordre du départ de Beurnonville une autorisation à Moreton pour lever sur-le-champ lecampde Maulde, le transférera Bruille, et se borner à défendre les rives de l'Escaut et de la Scarpe entre Condé et Saint-Amand, ayant soin de bien fortifier la tête de Saint-Amand pour conserver une communication entre Valenciennes et Douay, au moins par l'autre bord du canal de Ma retiennes, si on était privé de celle d'Orcliies. Il avait ordre enfin , en cas que ses garnisons fussent trop faibles et une des places trop menacée, de lever même le camp de Bruille, et de renforcer les garnisons avec lés troupes de ce camp. Cependant, comme il se formait un rassemblement de bataillons de nouvelle levée à Soissons, et comme il était possible que dans l'intervalle l'armée de Flandre fût renforcée, il laissait Moreton libre de conserver le camp de Bruille , et même de ne pas lever celui de Maulde , s'il croyait avoir suffisamment de troupes pour le défendre.

Ces ordres arrivèrent à Valenciennes le 1" septembre, et précisément la veille Beurnonville avait essuyé et repoussé une atlaque très-vive de l'ennemi. Moreton était très-brave, et connaissait assez bien les détails militaires ; mais il n'y voyait pas,n'avait jamais fait la guerre , et n'y entendait rien. 11 rassembla

sur-le-champ un conseil de guerre detouslesoflieiersgéiiérau*. Il fut d'abord mis en question si , dans la circonstance où Ton se trouvait, on pouvait laisser partir Beurnonville. Plusieurs officiers généraux furent d'avis de le retenir ; on avait l'exemple du général Dumouriez lui-même; mais les circonstances n'étaient pas pareilles. Beurnonville trancha la question eu montrant son ordre, et jurant qu'il l'exécuterai!. La seconde proposition fut si on conserverait le camp de Maulde, ou si, suivant l'instruction du général , on se transférerait à Bruille. La translation fut décidée unanimement. Beurnonville retourna à son camp, où , par ordre du général en chef , il laissa Berneron, chef de son étatmajor ; et il partit le lendemain pour Rethel.

Moretou donna ses ordres pour la levée du camp. Cette opération était fort aisée ; il n'y avait pas un quart de lieue à faire pour transférer les troupes d'une position à l'autre. Les Autrichiens furent avertis. Il yavait surl'F.scaut,entreCondéetMor-, tagne, de grands bateaux chargés de fourrages. Ilavait été défendu de laisser ces bateaux se doubler , parce que deux de ces bateaux , l'un à eôté de l'autre, tenaient toute la largeur de la rivière et faisaient l'effet d'un pont. Les Autrichiens profitèrent de la négligence des Français, passèrent sur ces bateaux , les doublèrent; et une colonne attaqua C hâteau- l'Abbaye , pendant qu'une autre attaquait le camp de Maulde. Les Français , surpris au milieu de leur décampement, n'ayant pas un homme de tétepour les rallier, abandonnèrent tentes, équipages , canons , et se jetèrent en déroute daus Saint- Arnaud, dans Condé, dans Valenciennes, etjusque dans Bouchaic.

Les Impériaux poussèrent leur pointe, attaquèrent Saini- Amand le même jour de tous côtés, et s'en emparèrent. La gar- . nison d'Orchies se sauva à Douay, et l'ennemi fut le maître de tout Je plat pays. Moreton rappela Beurnonville, qui lui manda qu'il ne pouvait pas remédier au mal qui était fait; qu'il n'y avait rien à craindre pour les places de guerre; qu'ainsi il continuaitsa route. Il Bt bien. Le peuple de Valenciennes voulutprendre Moreton; les commissaires de la convention voulurent le destituer. Il montra l'ordre du général en chef, et s'en tira.

Ladcroule du camp de Maulde fit unegrandc sensation à Pans;

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