V. IV. CHAI'. II
perdu un tiers de son armée , dont !e reste fut réduit à l'inaction par les souffrances énormes qu'elle avait essuyées mal à propos.
.Pour appuyer par une diversion la partie du plan général confiée à Kellermann , et pour faire croire d'autant plus que son mouvement était dirigé contre Luxembourg, il fut ordonné au général Chazot de rassembler un corps de dix à douze mille hommes, et de l'en vuyer, sous les ordres du général Ligneville, àVirtou,dans le Luxembourg. Ligneville devait, d'une part, porter la dévastation dans ce duché , pour venger celle de la Champagne; de l'autre, attirer à lui les ennemis sans se compromettre , ayant toujours sa retraite entre Sedan , Montmédy et Longwy. Si on ne lui opposait pas de grandes forces , il devait s'avancer sur Arlon, pour couper la communication directe entre Luxembourg et Namur; son corps d'armée devait Être renforcé du double au printemps. La retraite de Kellermann rendit nécessairement cette diversion molle et inutile.
6" A cette époque Dillon fut destitué; il fut remplacé , dans le commandement de la partie de son armée que le général Dumouriez avait laissée sous les ordres du général Kellermann, par le lieutenant général Valence , qui l'avait bien mérité. Mais Valence n'eut le titre de général en chef, malgré les pressantes sollicitations de Dumouriez , que longtemps après. Ce corps de troupes fut appelé l'armée des Ardennes, et chargé de coopérer avec l'armée du Nord pour l'entreprise de la Belgique. Il lui fut ordonné de foire son rassemblement à Givet, pour opérer par Namur et Liège, d'après les instructions qu'il recevrait du général Dumouriez.
7° Celui-ci se chargea , avec le corps qu'il ramenait de Champagne et celui de la Bourdonnaye , d'entrer dans les Pays-Bas. Tel était le plan général, dont il fit les détails en quatre jours; et ils furent en ce peu de temps envoyés à tous les généraux. Toutes les parties en étaient distribuées de manière à se prêter un secours mutuel , et cependant assez indépendantes pour que le manque d'exécution dans un point quelconque n'empêchât pas les succès dans les autres parties. C'est même ce qui est arrivé.
Les Impériaux et les Prussiens étaient alors dépourvus de tout moyen de défense. Les cent dix ou cent vingt mille hommes avec
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lesquels ils avaient commencé lo campagne en Champagne et en Flandre, étaient réduits à soixante ou quatre-vingt mille hommes encore accablés de maladies , et ils n'avaient pas le temps de foire venir de nouvelles troupes. Les Français, au contraire , avaient deux cent mille hommes , exailés par des succès inespérés.
L'arrière-saison promettait d'être aussi belle que les mois de septembre et d'octobre avaient été mauvais. Ils combattaient sur les frontières , leurs armées pouvaient encore être doublées ; et outre les subsistances qu'ils trouveraient dans les Pays-Bas et dans les provinces fertiles qui bordent le Rhin, ils avaient la facilité d'en recevoir de France par les rivières et par de grauds chemins très-beaux. Ainsi on avait l'espoir presque certain de prendre en janvier ses quartiers d'hiver le long du Rhin depuis Landau jusqu'à Wesel , et cela serait arrivé sans la retraite du général Kellermann.
Dans cette position , on aurait pu négocier une paix avantageuse. L'Empire et. le corps helvétique n'auraient certainement pas rompu la neutralité que ce dernier peuple a conservée jusqu'à présent. La Hollande et l'Angleterre ne se seraient pas non plus déclarées. L'Europe serait en paix, et la nation française n'aurait pas comblé tous ses crimes par le meurtre de la famille royale, par la destruction de la religion et des lois, et par une anarchie barbare.