‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 135 sur 168 · LIV. IV. — CHAP. IÏI. 3J · texte numérisé non relu

LIV. IV. — CHAP. IÏI. 3J

tir à les relâcher, il eut fallu realor dans l'inaction. Heureusement Westermann élait son ami , Danton pouvait tout sur lui , et ils y mirent un grand zèle.

Le général demanda des souliers et des capotes pour ses soldats, qui étaient tout nus. Il exigea qu'on envoyât pour le 25 octobre six millions de numéraire pour assurer la solde de quinze jours , annonçant qu'il espérait qu'ensuite , bien loin d'épuiser te trésor national en numéraire , qui était très-rare , il en ferait refluer des Pays-Bas , et qu'il établirait le cours des assignats. C'est à toutes ces occupations qu'il employa les quatre jours qu'il passa à Paris , fort aise d'en partir, et étant une preuve de la vérité de cette sentence de Plutarque : Ijj gloire, comme la lumière, est plus utile à ceux qui en ressentent les effets, qu'à ceux qui en sont revêtus;

Les jacobins publiaient qu'il n'était venu dans la capitale que pour faire encenser sa vanité, et tramer des complots dangereux avec la faction de la Gironde. Ceux-ci l'attaquaient plus sourdement en le caressant. Ils disaient qu'il voulait se dépêcher de terminer la guerre , pour se donner une influence à la tête d'une armée victorieuse , et s'élever à la dictature. Leurs papiers , sans le nommer, avertissaient le peuple de se méfier de César et de craindre Monk. Quant à Marat, il annonçait tout uniment que ce général allait conquérir les Pays-Bas pour se faire duc de Brabant.

Roland, dont la femme était le point central du parti de la Gironde , lui avait écrit et lui répéta de bouche qu'où ne pouvait que se mélier de lui, en le voyant insister toujours sur la nécessité de suivre son plan et ses opinions; que tous les généraux devaient être indépendants; que plus il avait de talents, plus il était dangereux; qu'on se souvenait qu'en quittant le ministère il avait montré au roi un grand attachement , et qu'il avait donné des signes de douleur non équivoques sur son sort. Dumouriez avait montré cette lettre à Gensonné, a Brissot et aux autres ministres ; tous l'avaient trouvée déplacée : mais comme Roland n'était jamais que leur organe , il avait lieu de juger que ses expressions étaient les sentiments des conciliabules de cette femme célèbre et trop punie.

Cette faetion, mais surtout Roland , Pache et Brissot affec-

taient un rigorisme stoïque porté à l'excès, qu'ils croyaient propre à leur concilier la confiance entière du peuple , et qui a Gni par perdre tous les girondistes. On pouvait aussi leur appliquer cette autre sentence de Plularque dans Caton d'Utique , auquel alors on comparait Roland : Dans ces vertus outrées, c'est souvent Ihumeur qui gouverne et qui se glisse sous le masque de la vertu. L'hypocrisie était une arme trop faible contre des scélérats aussi déterminés que les chefs des jacobins.

Le général partit avec joie de Paris le 20 oetobre , pour aller passer deux jours à la campagne près de Péronne , et pour méditer son plan particulier, en se reposant des fatigues et des intrigues de la capitale. Il se rendit le 24 au matin à Valenciennes. Les troupes de Beurnonville y étaient arrivées le 2 1 et le 22. A son approche, les Impériaux se notèrent de lever le siège do Lille , de quitter le territoire de France, et de rentrer sur leur frontière.

En arrivant à Valenciennes , il apprit que Servan avait donné sa démission, et que Pache le remplaçait dans le ministère; il en fut fort aise. Il savait qu'il était l'ami intime et l'homme de confiance de Roland, dont il estimait la probité, et qu'il était placé par lui et par la faction de la Gironde. Paclie était homme d'esprit et travailleur : la faction à laquelle il était attaché ne laissait pas présumer qu'il deviendrait un furieux jacobin; mais le désir de se rendre indépendant et de supplanter Roland le jeta aussitôt dans la Montagne. Il commença par chasser tous les anciens commis, et se livrer tout entier à Meusnier et Hassenfratz : le premier était ancien ennemi du général Dumouriez, son bienfaiteur; le second était un aventurier de Metz, nommé Lelièvre, qui, ayant fait banqueroute, était devenu un furieux jaeobin '. C'est à ces deux hommes qu'on doit la désorganisation de l'armée et tous les malheurs qui en sont résultés", et qui ont fait perdre le fruit d'une superbe campagne qui devait donner la paix à la France. La conséquence qu'on pouvait en espérer était le salut du roi , le rétablissement de la constitution, le retour des lois, l'abolition de l'anarchie, et une amnistie générale.

' Consultez la biographie de Pacha et d'Hasieofrafe.

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