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II est à remarquer qu'un des justes reproches qu'on faisait au régime monarchique était l'instabilité des places ministérielles, qui nuisait aux affaires , perpétuait les factions , les haines , les vengeances, et les malheurs du peuple. Jamais cette instabilité n'a été plus forte que depuis la révolution ; jamais l'esprit de parti n'a plus influé dans l'expulsion et la nomination des ministres, et n'adonné plus beau jeu à la friponnerie et à l'ignorance.
Au reste, à présent cela est très-égal 1 . Cest un conîité d'une douzaine de scélérats hardis qui règne, jusqu'à ce qu'il soit supplanté par quelque autre forme bizarre de gouvernement, que la guillotine élèvera et renversera à son tour. Kl voilà la liberté des Français ! voilà l'objet de leur frénésie i voilà à quoi ils ont sacrifié leur caractère, leurs lois , leur culte ! voilà le bonheur qu'ils veulent communiquer à toute l'Europe, à coups de sabres et de baïonnettes!...
Le premier obstacle que Dumouriez rencontra à l'exécution de son plan lui vint d'un homme qu'il croyait devoir trouver très-prompt à le seconder. Il avait fait donner à la Bourdoniiaye le titre de général en chef, et il commandait sous ses ordres l'armée du Nord , comme Valence l'armée des Ardennes. 11 savait que la Bourdon naye avait fort peu de talents et d'esprit. C'était un homme riche, d'une bonne maison de Bretagne, maréchal de camp avant la révolution, qui avait été attaché à l'éducation des enfants du comte d'Artois. Cet homme s'était d'abord mis dans la révolution , comme tant d'autres , pour sauver ses richesses et jouer un rôle. Il avait fréquenté les clubs , s'était donné de la popularité , et peu à peu s'était fait une réputation et un appui parmi les jacobins. Dès qu'il s'était vu général en chef, il avait aspiré à l'indépendance, et même à être chargé de l'expédition des Pays-Bas.
Il commença par écrire au général des lettres fanatiques, hautaines et déplacées. Il lui mandait un jour qu'il connaissait sa propre médiocrité; qu'il n'aspirait à être ni César ni duc de Brabant , mais qu'il était bon républicain, et qu'il ferait triompher la bonne cause. Le général montra ces lettres aux trois
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commissaires de la convention , Delmas , Bellegarde et Dubois- Du bais, qu'il avait retrouvés à Vatenciennes. Pour étouffer cette querelle dans son principe , ils le prièrent de venir avec eux a Lille , où ils reçurent les plaintes de tous les officiers généraux, auxquels la Bourdon naye était insupportable. Il passait les jours entiers à lire le Moniteur et les feuilles jacobines , et à entreteair une correspondance mystérieuse avec les plus fameux jacobins. Le général eut une explication très-sévère avec lui, lui annonça que, pour peu qu'il apportât d'obstacles à ses plans, il lui ôlerait son armée : le laisserait sans troupes dans son département du Nord, et même le ferait déplacer tout à tait, si cette première punition ne suffisait pas. La Bourdonnaye pleura , -promit tout; le général s'apaisa , et retourna à son armée.
Alors il fît son plan de campagne, et il envoya à chacun de ses généraux une instruction où il lui prescrivait ce qu'il avait à exécuter, etlui communiquait la partie desinstructionsdesgénéraux qui correspondaient à sa droite et a sa gauche , pour qu'il y eût toujours de l'ensemble dans ses mouvements. Ses forces pour s'emparer des Pays-Bas étaient très-considérables, et il était impossible que le duc deTescben, même après la jonction de Ciairfayt, pût lui résister.
II observa surtout de ne pas faire la mime faute que les Prussiens en entrant en Champagne, qui avaient perdu tout l'avantage de leur énorme supériorité en tenant toutes leurs forces réunies, et en ne prenant pas le parti de les développer; ce qui eût obligé Dumouriez à partager sa défense, qui eût été faible partout. Il prit donc la mesure de diviser la totalité de son armée en quatre corps qui devaient opérer séparément , et dont deux ou trois pouvaient, se réunir selon les circonstances , d'après les ordres qu'il leur donnerait , en conséqueuoe de ce qu'il pénétrerait de la défensive de l'ennemi.
Ce plan de campagne était divisé en deux grands mouvements : 1" par le premier mouvement, le général Valence avec l'armée des Ardennes , de seize mille hommes , devait marcher par Civet surHamur, pour couper le général Ciairfayt qui arrivait à grandes traites de Luxembourg, et empêcher sa jonction avec le duc de Tescben. Il comptait que Valence pourrait dé-
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boucher de Civet vers le 5 novembre; mais des obstacles indépendants de ce bravi' général, qui a fort bien servi. Tout retardé jusqu'au 13; et le général Clairfayt a eu le temps de laisser une forte garnison dans la citadelle de Namur , et de se joindre au duc de Teschen.
2" Le lieutenant général d'Harville devait partir de Maubeuge , se porler sur Cita rleroi avec douze mille hommes, se joindre au général Valence pour couvrir le siège de Namur , rester ensuite dans le comté de Namur pour contenir les secours qui pourraient venir du Luxembourg, pendant que Valence, continuant à descendre la Meuse par Huy , marcherait sur Liège, couperait la retraite au duc de Teschen , si, après avoir été poussé de la frontière, il voulait, comme on le disait, prendre un camp derrière le canal de Vilvorden pour défendre l'Escaut. Alors ce prince aurait été forcé de se retirer par la Campine et par Buremonde.
3 U Dumouriez , avec une armée de quarante mille hommes , devait marcher sur Mons , et en droiture sur Bruxelles , poussant devant lui le duc de Teschen , et avec intention de lui donner bataille s'il l'attendait.
4" La Bourdonnaye avec dix-huit mille hommes devait camper à Cisoing , s'approcher de Tournay pour forcer le duc de Teschen à partager sa défensive, s'en emparer si les Impériaux y laissaient peu de monde pour se tenir ensemble. Un corps d'armée de quatre mille hommes devait marcher sur Courtray et Deiuse , pour forcer tous les petits détachements qui étaient sur les frontières de la West-Flandre à se replier sur Anvers.
Si le duc de Teschen rassemblait toutes ses forces à Tournay., la Bourdonnaye devait se replier sous Lille; et Dumouriez, - maître de Mous et marchant sur Bruxelles , aurait enfermé le dac de Teschen entre la Lys et l'Escaut, se serait fait rejoindre par les deux corps de sa droite , et l'aurait pris avec son armée. Mais cet événement ne pouvait pas arriver. Le duc de Teschen , en réunissant toutes ses forces , ne pouvait pas présenter plus de quarante-cinq mille hommes , et celles des Français montaient au double , avec une nombreuse artillerie.
Ce premier mouvement des quatre corps d'armée devait néces-
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sairement faire reculer le duc de Teschen jusqu'à Bruxelles , et même sans se battre , parce qu'il devait craindre que Valence, réuni avecd'Harville, ne marchât par Sombref sur Bruxelles, ou par Judoigue sur Louvain , pour le tourner , pendant que Dumouriez continuerait à le pousser devant lui, ce qui serait arrivé. Ainsi il aurait été obligé d'abandonner la position de Bruxelles , et de se retirer sur le Cortembergue ou sur la Montagne de Fer, en deçà ou au delà de Louvain.
Par le second mouvement, les deux armées de la droite devaient se réunir sous les ordres de Valence à flamur , si le duc de Teschen gagnait tout de suite Liège ; Valence devait prendre fiamur, Dumouriez devait suivre lesImpériauxjusqu'àlaMeuse. La Bourdonnaye devait se porter rapidement à Gand , de là à Malines , d'où , par sa droite , il eût menacé de tourner la droite des Impériaux ; par sa gauche , d'aller assiéger la citadelle d'Anvers. Sa division de quatre mille hommes devait escorter six pièces de vingt-quatre, qu'on embarquait sur l'Escaut. Six autres pièces du même calibre suivaient la grande armée, et douzeautres restaient à Valenciennes.
Ce second mouvement devait opérer l'entière évacuation des Pays-Bas , et Dumouriez ne s'attendait ni à trouver de résistance ni à donner bataille. Pendant ces marches en avant, deux mille hommes des garnisons de Dunkerque , Graveliues , Bergues et Saint-Omer, devaient s'emparer sans résistance de Bruges et Os- ■ tende. Dumouriez se réservait de passer la -Meuse quand les chSteaux d'Anvers et Namur, ou au moins l'un des deux, seraient pris.
. Ce plan rencontra des obstacles , des retards et des changements. La Bourdonnaye oublia tous ses serments , et voulut épiloguer sur son instruction pour y substituer un autre mouvement, car il avait fait aussi son plan de campagne. Il voulait que Dumouriez marchât à Mons avec d'Harville, laissant agir Valence seul sur la Meuse ; et il voulait, avec son corps d'armée, aller faire le siège d'Ostende, et ensuite celui de la citadelle d'Anvers.
S'engageant ainsi avec vingt-deux mille hommes entre la mer et les canaux , il ne fallait qu'un très-petit corps pour s'opposer à sa marche , en lui disputant le passage des canaux et coupant
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les ponts ; il perdait tout l'avantage de sa supériorité ; et comme il commandait une armée de recrues, et que lui-même n'était pas habile , il pouvait être battu , parce qu'il était trop éloigné , et que , d'après ce projet, son attaque n'avait ni liaison ni communication avec les autres armées.
Alors le général lui manda très-sévèrement d'exécuter son instruction sans s'en écarter, l'avertissant que sans cela il lui ôterail son commandement, et le donnerait au général Du val , qu'il lui envoya , à la prière de tous les autres généraux , pour le diriger. 11 avait fait lieutenant généraux Mirauda et Duval, pour les récompenser de l'utile activité qu'ils avaient déployée pendant la campagne contre les Prussiens.
Il mit aussi auprès de la Bourdonnaye son habile aide de camp Philippe Devaux , qui avait si bien ménagé l'esprit de Kellermann ; mais il ne réussit pas auprès de ce général , qui était borné , altier et méchant; et se voyant traité comme un espion , il se retira au bout de quatre jours , en l'assurant qu'il n'y avait aucun parti à tirer de cet homme inepte et ambitieux , qui envoya de grandes plaintes aux jacobins et aux ministres contre son général, disant que par jalousie il avait refusé un plan excellent et facile , pour le faire échouer devant Tournay , place trèsforte défendue par une armée, et pour le sacrifier à son ambition. On en écrivit au général , qui manda qu'il ne changerait rien à son plan; qu'il fallait que la Bourdonnaye exécutât son instruction , ou restât en Flandre ; et qu'il avait de meilleurs généraux que lui pour le remplacer.
Les retards vinrent du ministre de la guerre à envoyer lescapotes, les souliers , les effets de campement, les munitions, l'artillerie et l'argent'. Tout devait être arrivé le 25 octobre; et Dumouriez, après avoir donné quatre jours de repos dans de bons cantonnements aux troupes qui venaient de la Champagne ,
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