LIV. [V. — CliAP. IV
Il ne jugea pas devoir s'arrêter au moulin de Boussu. Il lui était très- il» portant de gagner la plaine en avant de la tête du bois : I" pour que l'ennemi ne pût pas y rejeter du monde pour y recommencer l'attaque , couper sa communication avec d'Har ville j et reprendre sur lui l'avantage du terrain dominant; 2° pour s'appuyer de ce même bois pour se secourir mutuellement avec d'Harville contre une seconde attaque de l'ennemi; 3" enfin pour partager l'avantage delà hauteur, et, par un développement dans la plaine de Pâturage , le forcer à la retraite. Ainsi il s'avança au delà du bois, où il étendit son infanterie jusqu'à Frameries, depuis le moulin de Boussu. I.e corps du général d'Harville resta en colonne à Genly, Engy et Noirehiu. Dos qu'il s'était vu maître du moulin de Boussu, il avait envoyé l'ordre à l'armée et au parc d'artillerie de venir occuper la position depuis Eslouges jusqu'à Hesnin , en seconde ligne ; et elle bivouaqua dans cette position.
Il fut très-étonné de ce que les Impériaux n'avaient pas soutenu le buis de Sars et le moulin de Boussu , d'autant plus qu'il trouva à la tête du village de Boussu des espèces de retranchements qui annonçaient un projet de tenir sur cette ligne. Il jugea que la marche de d'Harville à l.i droite du buis lui avait fait craindre d'être tourné par Frameries, et lui avait fait resserrer sa défense sur Jemmapes : c'est bien aussi ce qui serait arrivé ; mais les Français auraient perdu beaucoup de monde à cette attaque, qui aurait été longue et dangereuse; et les Impériaux, ayant la hauteur, auraient toujours pu avoir le temps de regagner leurs retranchements de Jemmapes.
Le 5 , le général lit attaquer Quaregnon par les Belges, soutenus de trois bataillons francs qui formaient le corps des flanqueurs de gauche. Il Ot avancer i'avant-^arde de Beurnonville en avant de Frameries , faisant face au grand chemin de Cuesmes ; il rangea son armée en colonne le long du bois , mais de manière à pouvoir se mettre en bataille par un à gauche , en faisant face au village de Jemmapes, et adossée au bois. Il plaça à sa gauche douze bataillons pour soutenir l'attaque de Quaregnon, et pour prendre le village de Jemmapes ù revers, en le tournant par son flanc droit. Il divisa sa cavalerie en trois corps, pour
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soutenir dans cette plaine les trois parties de son infanterie qui devaient attaquer le village. Il fit filer son artillerie sur tout le front, et la plaça à de justes portées, pour croiser ses feux sur batteries fixes de l'ennemi.
Il ordonna au général d'Harville d'aller se poster sur les hauteurs en avant de Sipiy, d'où il débordait la hauteur de Bertaimont et menaçait le mont Pallizel. Pendant qu'il faisait cette disposition , il fit continuer l'attaque de Quaregnon pour amuser et retenir l'ennemi ,. car il avait peur qu'il ne profitât de la nuit pour abandonner les retranchements de Jemmapes, traverser la ville, et aller se porter sur Bertaiinont, Pallizel et Nimy, ce qu'il aurait dû faire. C'est même ce qui engagea le général à bivouaquer très-près de l'ennemi.
On lui a dit depuis que le général Beaulieu avait ouvert l'avis de l'attaquer pendant la suit. Cet avis était certainement le meilleur, ne prenant pas le parti de se retirer, qui valait encore mieux. Le général Beaulieu se souvenait de ce qui lui était arrivé à peu près dans la même position , dans le mois d'avril précédent, contre le général Biron. Mais les troupes n'étaient plus les mêmes. Cette attaque aurait peut-être pu occasionner un désordre momentané ; mais dès qu'on se serait reconnu , les Impériaux auraient été débordés de partout, et Dumouriez les tournant", soit avec sa droite , soit avec sa gauche, les aurait enveloppés sans qu'ils pussent regagner leurs retranchements. Au reste , cet avis est d'un guerrier vigoureux , et valait mieux que le parti qui fut prisde se laisser attaquer le lendemain matin dans les retranchements de Jemmapes par des Français.