‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 150 sur 168 · LIV. IV. — CliAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. IV. — CliAP. VIII

ras. L'armée était payée en numéraire; mais les agioteurs, qui voulaient introduire le cours des assignats au pair, pour y gagner la valeur de la baisse, en donnaient aux soldats; ceux-ci les portaient aux marchands en détail. Pour un objet de trois ou quatre sous, le soldat exigeait le change d'un assignat décent sous. De là naissaient des querelles violentes. Le marchand était lésé , le soldat s'accoutumait à voler.

L'armée voulait engager le général à donner une ordonnance pour que les assignats fussent reçus par le marchand , qui souvent aimait mieux donner sa marchandise pour rieu , que de donner encore de l'argent pour un papier qui devait perdre nécessairement plus de cinquante pour cent. Cette ordonnance eut été injuste, puisque l'armée était payée en numéraire, et n'avait aucun prétexte de refuser elle-même le payement en numéraire.

Les magistrats des villes le sollicitaient de donner une ordonnance, pour que les marchands ne fussent pas forcés à recevoir les assignats. Cette demande était strictement juste ; niais c'eût été achever de les décrier, et faire tort à sa patrie. Il conseilla aux villes de créer des billets de confiance en proportion de la consommation , comme on avait fait en France ; elles s'y refusèrent, il ne put pas les blâmer ; et cet état de guerre subsista entre les marchands détailieurs et les soldats : a la vérité, quand les soldats venaient se plaindre, les chefs les condamnaient à laisser la marchandise , ou à payer en numéraire.

Il se forma à Bruxelles un corps administratif, qui d'abord , étant pris dans tous états, fut fort bien composé; mais comme il se forma en même temps un club auquel le général fut obligé d'assister une fois , dès qu'il eut quitté Bruxelles , il se fit de grands changements dans ce corps administratif ; et Moreton , jacobin enragé , devint l'ennemi de l'administration, qui cependant s'est soutenue avec courage jusqu'au dernier moment, et a résisté avec beaucoup de force et d'énergie à une légion de sonsculottes qui la -vexaient, et aux injustices tyranniques des commissaires de la convention et du pouvoir exécutif. La prudence et le courage de ee corps , soutenu au travers de tous les

3SG UiUOlllES DE DUMOUMU.

dangers, en J793, par plusieurs coups d'autorité dugénéral Dumouriez contre tous ces tyrans, a sauvé cette capitale et le Brabant d'une enlière -subversion.

On trouva dans Mous, dans Bruxelles, et dans toutes les villes de la Belgique, beaucoup d'effets appartenant aux émigrés, qui furent confisqués au profit de la France. Mais comme il y avait trop peu de commissaires des guerres dans l'année pour en appliquer à cette partie, il se commit beaucoup de pillages et de désordres dans la saisie et la vente de ces effets , parce que les commissaires de la convention , Lacroix et Danton, qui arrivèrent à Bruxelles, en chargèrent une bande de jacobins affamés, accourus de Paris, qui commirent de grands désordres. On en tira peu de profit pour la nation, et ce fut encore une ressource perdue pour l'entretien de l'année. Les voitures, les chevaux et les armes furent distribués aux officiers généraux et de l'état- major.

Le général se trouva arrêté à Bruxelles par tous ces embarras jusqu'au 19. Il avait envoyé ordre à la Bourdonnaye d'aller faire le siège d'Anvers, et à Valence, qui était venu jusqu'à JNivelle, de retourner sur Namur, de bloquer la citadelle, et d'y attendre sa grosse artillerie , partie de Givet le 19 pour venir le joindre. 11 invita les différentes provinces de la Belgique à créer des comités militaires, qui enverraient des députés à un comité central à Bruxelles, pour convenir d'une manière uniforme de lever des troupes nationales. 11 y avait trop peu d'accord entre les provinces pour parvenir à cette unanimité; chacune forma des comités militaires indépendants , et se chargea elle-même de la levée des corps nationaux, ce qui alla fort mal. Toutes montraient de la confiance dans le général Dumouriez ; mais il avait trop d'occupations pour s'occuper des affaires politiques de la Belgique; il réservait ce soin pour l'hiver. Les contrariétés qui lui vinrent de la France même l'empêchèrent, par la suite , d'exécuter les plans qu'il avait conçus pour l'avantage de la Belgique et de sa patrie.

L'annonce du comité des achats détruisait tous les marchés que le général avait faits pour assurer la subsistance de son armée. Cependant, à moinsde rétrograder jusqu'aux frontières pour

liv. iv. — ciiap. vin.' 387 trouver des vivres, il fallait nécessairement maintenir l'exécution de ces marchés , au moins jusqu'à ce que le comité fût en état d'établir ses commis et de commencer ses fournitures. Les marchés avec les Belges avaient nn terme de deux mois, qui donnaient le temps d'établir le nouveau régime de subsistances. Ainsi le général, contraint par la nécessité d'achever de poursuivre les Impériaux , ne vit point d'inconvénient a prendre ce parti indispensable; mais, pour mettre à converties commissaires ordonnateurs Malus et Petit-Jean (ce dernier était à l'armée de la Bourdonnaye ) , et tous les chefs d'administration, il prit sur lui d'en donner l'ordre par écrit.

H partit le 19 de Bruxelles, et campa au Cortenbergue. Stengel avec l'avant-garde avait pris Malines, où il trouva plus de dix-huit cents milliers de poudre, beaucoup d'armes, et une fonderie superbe. 11 écrivit au ministre de la marine de lui envoyer le lieutenant-colonel Thouvenot, frère cadet du chef do l'état-major, qui était à la tête de la fonderie d'indret , près de Nantes, pour le mettre à la tête de rétablissement de Malines. Il lui manquait beaucoup de pièces de quatre pour ses bataillons de volontaires ; il lui eu fallait pour l'infanterie belge qu'il allait former.

Il y avait beaucoup de matières à Malines et dans le pays; il voulait aussi y établir des ateliers pour les menues armes : une partie de sa cavalerie était sans pistolets , il manquait beaucoup de carabines. Tous les dragons avaient été obligés de donner leurs fusils à l'infanterie, qui n'en avait pas assez. Enûn cette armée victorieuse était à moitié désarmée. Le lieutenant-colonel Thouvenot avait toute l'habileté nécessaire pour tirer un grand parti de l'établissement de Malines. Il arriva bientôt après; et le général, pour lui donner plus de considération auprès des Belges , qui avaient un colonel d'artillerie nommé Melius, le lit colonel et adjudant général.

Le 20, l'armée traversa Louvain, et campa sur le Pellenberg. Le corps oVHarvflle, qui marchait sur sa droite, passa la Dyie à Corbeck , et prit une position le long du bois de Merendael, le quartier général à Louvain, les avant-gardes à Baulerseni et le loug de la Welpe. L'ennemi occupait la hauteur de Cumptich, en

MESIOIBES DE IJUMOIIBIEZ.

avaul de Tirlemont, avec une forte avant-garde. Son armée était entre les deux Gettes, derrière Tirlemont.

Le 21 , le général resserra son armée sur son avant-garde , et la porta à Bautersem. D'Harville fit aussi un mouvement sur sa droite, qui le dirigeait pour l'attaque du lendemain, par Meldert sur Hougaerde, pour tourner la gauehe de l'ennemi en cas qu'il tint sa position, ce qu'on pe soupçonnait pas, parce qu'elle n'est bonne qu'en faisant face à Tirlemont, la Gette devant elle; au lieu que, faisant face du côté de Louvain, les Impériaux avaient la Gette à leur dos. Une division de l'armée marchait par Gladbeck sur Oplinter.

Le 22 matin, le général, étonné de voir les Impériaux dans là même position, les attaqua avec son avant-garde. Le combat fut long et bien disputé. La colonne de d'Harville avait trouvé beaucoup d'obstacles dans sa marche ; celle de gauche n'arriva à Op-et- IMeerlinter qu'après le combat, qui dura jusqu'à trois heures après-midi. Les Impériaux y perdirent trois ou quatre cents hommes et beaucoup de déserteurs. Le général fit camper son armée sur les hauteurs de Cumptich; il plaça son avant-garde à Orsmaël, et son quartier général à Tirlemont. Il ordonna au général d'Harville d'aller camper'à Judoigue, et de là de se porter en deux marches sur Namur pour couvrir le siège de la citadelle, que le général Valence allait' ouvrir, ee qui pouvait attirer de ce côtéje prince de Bohenlobe avec les troupes de Luxembourg.

L'armée du duc deTeschen était alors réduite à quinze ou seize mille hommes au plus; et quoiqu'il mit beaucoup de lenteur et de fierté dans sa retraite , Dumouriez jugea que sa seule armée lui suffisait pour lui faire évacuer entièrement la Belgique, quoique les garnisons de lions , de Bruxelles , de Louvain , les malades, les blessés, et, plus que tout, le désordre, eussent réduit celte armée à environ vingt-cinq mille hommes.

Aucun des bataillons de volontaires n'était complet. Les officiers donnaient le mauvais exemple de rester dans les villes en arrière, ou de retourner en France. A la vérité, les troupes étaient toutes nues, manquaient de vivres- et la saison était très-rude , quoique très-belle. Quand on se plaignait au minis-

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Ire de la misère de l'armée, il disait qu'il avait tout envoyé, et montrait des états. A la vérité, il avait donné des ordres; il y avait à Valencieunes vivres, capotes , souliers, argent; mais rien n'arrivait à l'armée. Le projet était formé de la désorganiser entièrement, et de rompre tous les plans d'un général dont on trouvait la marche trop rapide et les succès trop brillants.

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