LIV. IV. — CHAP. SU
veur; ainsi on ne peut que te louer de ce qu'il a fait. Sa retraite jusqu'à Liège a été fiera, et parfaitement conduite. Les Impériaux ont un talent particulier pour le développement et l'emploi des troupes légères , et il en a tiré tout le parti possible. 11 est étonnant même qu'il ne se soit pas mis de lui-même en déroute, et qu'il ait conservé un si bon ordre jusqu'à la fin , étant indignement abandonné par ses troupes, qui se livraient à une coupable désertion.
Le public a fort vanté la rapidité de l'invasion du général Dumouriez , pendant qu'il se désolait de ces retards. Il a perdu cinq jours après la bataille de Jemmapes , parce qu'il n'avait ni vivres ni fourrages, et qu'il ne pouvait pas avancer. On vient de lire tous les détails affligeant , qui lui ont fait perdre lè fruit de son succès. Il en a été de même après l'entrée dans Bruxelles, après le combat de Tirlemont, après l'entrée dans Liège. Arrêté partout par la faute du ministre Pache , il a toujours eu l'air d'attaquer trop vite et de poursuivre trop lentement.
Une autre contrariété très-fâcheuse lui est venue du retard que le général Valence a essuyé à son entrée de campagne. Ce général avait une armée excellente, du talent , un grand courage, et beaucoup de bonne volonté. S'il eût pn déboucher sur Charleroi dans.les premiers jours de novembre, comme* cela était arrangé dans le premier plan , il eût certainement empêché la jonction du général Clairfayt , qui arrivait avec des troupes harassées qui avaient beaucoup souffert en Champagne , et qui n'aurait pas pu forcer le passage contre les généraux Valence et d'Harville réunis. Si le général Clairfayt avait passé avant que Valence pût y mettre obstacle, alors, pendant que la Bourdonnaye menaçait Toumay, que le général Dumouriez menaçait Mons , l'armée de Valence serait devenue l'armée d'expédition, aurait marché sur Nivelle et de là sur Louvain, débordant toujours le duc de Teschen, elle forçant à prendre sa retraite par la Campine et Ruremonde , au lieu de se retirer par Louvain et Liège.
Cette branche du plan de campagne étant manquée par le retard forcé du général Valence , le général la Bourdonnaye pouvait y suppléer, s'il avait eu de l'activité, du talent et de la
lionne volonté. II avait vingt mille hommes et du canon de siège; il pouvait être le 3 novembre sur les hauteurs d'Hertain, Lamain et Ma r quai n , et attaquer de vive force la ville de Tournay , pendant qu'il aurait chargé le général Duval d'aller avec un quart de son armée se poster à Audenarde, pour être maître de l'Escaut. Le général La tour , ne pouvant pas défendre ces deux places à la fois , n'aurait eu d'autre parti à prendre que de se replier bien vite sur le duc de Teschen à Mons. Alors le général Dumouriez aurait fait avancer le général de la Bourdonnaye, renforcé de la division de Berneron sur Ath , pour forcer les Impériaux à se replier sur Bruxelles.
Ainsi , par la droite ou par la gauche , le général avait également les moyens de déposter le duc de Teschen sans le combattre; et il n'a pris ce dernier parti que parce qu'il n'a pas été secondé par les mouvements de sa droite et de sa gauche , et parce qu'il a vu que l'ennemi n'avait pas tiré tout l'avantage qu'il pouvait de la position qu'il avait prise pour l'arrêter.
Les quatre combats d'arrière-garde d' Anderlecht, de Cumptich ou Tirlemont , de Varoux et d'Hervé , ont été beaucoup plus beaux de la part des Impériaux que de la part -des Français. A celui d'Anderlecht , Dumouriez, impatient des retards qu'il éprouvait , s'est aventuré assez mal à propos à la tête d'ûne légère avant-garde; mais comme les Impériaux n'ont pas pu soupçonner cette imprudence, ils n'ont pas été à portée d'en profiter. Il eut pu essuyer là un petit échec, mais il n'en serait résulté qu'un désagrément personnel , qui n'aurait pas pu inlluer sur le reste de la campagne.
A Cumptich , la défense du général Staray a été très-savante et très-hardie. L'attaque des François a été lardîve et molle, par la lenteur de la marche des deux ailes. Mais la position des Impériaux, en deçà de la grande Gette, était mauvaise. Celle de Gotzenhoven , entre les deux Gettes , eût été beaucoup meilleure. Sans doute que le général Staray était forcé de couvrir Tirlemont , pour donner le temps de l'évacuer. Il paraît cependant, par les détails de la campagne de 1793 , qui se trouvent dans le sixième livre de ces Mémoires , que les Impériaux n'ont jamais bien connu les avantages de la position de Gotzenhoven, qui