‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 161 sur 168 · LIV. IV. — CHAP. XII. JU · texte numérisé non relu

LIV. IV. — CHAP. XII. JU

est une des meilleures des Pays-Bas : elle est à la vérité plus favorable contre le pays de Liège que contre le Brabant , à cause de la grande villasse de Tirlemoitt , qui gène son (lanc droit, et qu'on ne peut pas défendre.

A Varoux, le général Siaray, avec très-peu de troupes, a déployé une graude défensive sur un .front très-étendu, et il a resserré sa défensive peu à peu, sans se presser, avec beaucoup d'habileté et de sang-froid. Les mouvements des ailes des Français ontencore été lents , ce qui a rendu l'attaque du front ipiolle et circonspecte. D'ailleurs le général Staray avait des batteries de grosses pièces, très-bien disposées et parfaitement servies, qui ont eu ce jour-là une grande supériorité sur l'artillerie française, qui n'a pas déployé sa vivacité ordinaire.

Le général Dumouriez a observé, à ce combat, que le soldat français compte infiniment sur la supériorité de son artillerie; que du succès de cette arme dépend le plus ou moins de conûance ét d'impétuosité des troupes , et que son courage se refroidit sensiblement s'il voit son artillerie recevoir un échec ou se rebuter.

A Hervé , le général Clairfayt a parfaitement calculé le projet du général Dumouriez , et il a retiré très à propos ses avant-gardes de Henri-Chapelle. Deux heures plus tard, elles eussent été enlevées sans qu'il eut pu les sauver. Sa retraite derrière l'Herfte , sa constance à tenir cette position avec une poignée de troupes désorganisées et manquant de tout, son habileté à leur rendre de l'ensemble et du courage, en profitant de l'inaction forcée du général Dumouriez , font beaucoup d'honneur à ce général impérial, et out préparé les succès de la campagne suivante, pendant que la conduite de la convention et du ministre de la guerre assuraient les disgrâces de l'armée française et la perte des Pays-Bas.

On peut appliquer à cette campagne ce vers de l'Art poétique d'Horace : i

DesiitU in piscem imttier formosa superne.

Le plan de campagne était très-grand , très-facile à exécuter, et très-Utile à la France, C'est la retraite déplacée de Kellermnnn qui l'a fait manquer. Le plan particulier de l'invasion des Pays-

Bas était immanquable ; il ne demandait que vingt jours au lieu de trente pour sa réussite complète. Ce sout le ministre Pache et le député Cambon qui , ne pouvant pas le faire échouer , l'ont rendu inutile etdangereux : le premier, en détruisant l'armée par la disette ; le second , eu faisant adopter un système odieux et tyra «nique pour l' administration des Pays-Bas.

Tout pouvait se réparer en prenant Maestricht et Veidoo, à l'époque à laquelle le général Dumouriez a demandé des ordres au pouvoir exécutif. L'infortuné Lebrun , guidé par les perfides conseils de l'étourdi Brissot , a enlevé cette ressource; et ensuite, pour achever de perdre tout , ils ont l'un et l'autre provoqué la déclaration de guerre contre l'Angleterre et la Hollande au commencement de 1793, lorsque l'armée française était totalement désorganisée , et le peuple belge entièrement aliéné.

La campagne des Pays-Bas a été très-brillante et très-malheureuse pour le général Dumouriez. Celle de Champagne a été bien plus savante, plus avantageuse, et a bien plus de mérite aux yeux des militaires instruits. L'une et l'autre ont été d'une rapidité frappante pour l'histoire. Elles sont d'un genre entièrement opposé.

La première présente une défensive exacte , froide et circonspecte, consistant principalement en marches bien combinées et positions bien choisies. La seconde offre une offensive rapide , consistant en grauds déploiements de moyens supérieurs, en une bataille , quatre combats et deux sièges.

Plût à Dieu que celte dernière campagne n'eût jamais été entreprise , et surtout que le général Dumouriez ne s'en fût pas chargé ! Ses succès lui ont donné bien des chagrins et des regrets , puisqu'ils ont développé la scélératesse , l'avarice et la barbarie des monstres qui ont perverti et déshonoré.une nation estimable jusqu'alors. Elle reviendra de ses erreurs ; mais comment effacer ses crimes? . -

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