‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 163 sur 168 · PREMIER MINISTERE · texte numérisé non relu

PREMIER MINISTERE

Il était décidé que le général Dumouriez passerait de ce calme, sinon heureux, au moins tranquille, à la vie la plus orageuse et la plus traversée. Au mois de janvier 1792, l'émigration des officiers généraux avait été si considérable, qu'il fut fait lieutenant général par ancienneté , ce qui nécessairement le tirait de la douzième division. On parlait déjà de guerre, ou s'y préparait. Narbonne avait été faire la tournée des frontières , pour douner ordre de les mettre it état de défense. On avait formé trois armées : celledu Nord, comnvuidée par le marée) wt de Itochambeau, celle d'Alsace par le ma-

ECLAIKCISSBHBMTS HISTORIQUES

nichai Luckner { on venait de les décorer tous deux de celte dignité), et celle du centre par la Fayelte, qu'on avait rappelé do ses terres , où il s'était retiré après avoir perdu sa faveur populaire à Paris par le crédit des jacobins.

Dumouriez reçut ordre , du ministre de la guerre , de se rendre à Paris. Quelques-uns de ses amis sollicitèrent aussi de Lessart , ministre des affaires étrangères, à demander qu'il y vint ; on voulait qu'il lui donnât des conseils dont il avait grand besoin , parce qu'il avait des talents très- médiocre s , et que la faiblesse de ses négociations avait emhrouillé les affaires extérieures, au point de le jeter dans des embarras inextricables.

Il revit avec grand plaisir son malheureux, ami Laporte , qu'il conjura de donner sa démission ; sa retraite l'aurait peut-être sauvé. l,a nouvelle assemblée, excepte les membres des départements où il venait de commander, et quelques anciens législateurs, lui élait entièrement inconnue. Elle fut deux mois a faire très-peu de besogne, et à tâtonner les affaires, ce qui malheureusement donna de la sécurité à la cour, les ministres étaient brouillés entre eux, comme dans les temps les plus tranquilles. Narlionne, ministre de la guerre, avait pour ennemi déclaré Bertrand, ministre de la marine, qui affichait hautement l'aristocratie. La cour penchait pour ce dernier, et Narbonueavaitpour lui Brissot, Condorcet et la Gironde, qui, à peine arrivée, avait acquis déjà de la prépondérance par la supériorité de ses orateurs.

Gensonné prônait à tout ce parti le général Dumouriez, depuis son retour de la Vendée , et voulait le voir ou général d'armée , ou ministre. De Lessart eut l'air de lui demander des conseils ; mais il était livré aux Lameth , Duport , Beaumelz el plusieurs autres des anciens législateurs, qui ne semblaient se tenir à Paris que pour tourner en ridicule la nouvelle assemblée. Ils étaient les chefs du club des feuillants , qui , dans l'assemblée , était le parti de l'opposition ; hors de l'assemblée , le parti du roi contre les jacobins. Dumouriez , à cette occasion , et dès l'année précédente , avait souvent dit à son ami Laporte: Si /étais le roi, je me ferais jacobin, pour déjouer tous les partit. Il y a bien souvent réfléchi depuis, el il pense que c'est ce que le roi eût pu faire de mieux , car dès lors la face de celte société eût changé entièrement.

Narbonne accueillit très-bien Dumouriez , et lui annonça qu'il était employé à l'armée d'Alsace , sous Luckner, et qu'il irait commander

ET PIÈCES OFFICIELLES

la division de Besancon. I) accepta ; mais il lui dit qui? puisque , selon les apparences, la guerre était prochaine, il croyait devoir lui représenter qu'il était à présumer qu'elle deviendrait générale; qu'il ne voyait pas qu'on s'occupât du Midi ; qu'on pourrait y cire attaqué au dépourvu; qu'il croyait utile de faire un plan de défensive pour le Midi , d'y destiner un général en cher et une armée.

Narb on ne approuva son idée, Il se chargea de Taire le plan ; il s'enferma trois jours au dépôt de la guerro avec un commis , et il alla porter ce plan nu ministre. Son but était de se faire donner celte armée, qu'il regardait comme une ressource extrême; car il craignait que cette législature ne tint pas contre le mépris qu'on versait sur elle, et que la nation, trahie et jouée, n'eût recours à la guerro civile ; il ne le cacha pas à Gensonné et à plusieurs membres de la Cironde, avec lesquels (iensouné lui avait fait faire connaissance. Ils lui montrèrent les mêmes craintes , et appuyèrent ses prétentions- A peine avait-il donné son plan à Narbonne, que ce ministre fut renvoyé, avec son antagoniste Bertrand.

De Grave remplaça Narbonne; il était bon constitutionnel, n'appartenait à aucun parti , et mémo les connaissait fort peu. Il était jeune, et avait peu d'expérience des affaires; mais ce peu d'expérience, source de présomption de tant d'autres, lui donnait une timidité qui, jointe a une mauvaise santé , ne Je rendait guère propre aux fonctions de sa place dans do pareils temps. Dumouricz lui remit une copie de son plan de défensive du Midi , et il fut décidé qu'il serait nommé commandant en chef d'une quatrième armée. Il voyait souvent de Lessart, à qui Laporto surtout conseillait souvent de prendra ses avis. Ils avaient étudié tous les trois ensemble, mais jamais de Lessart n'avait été Hé avec les deux amis.

Dumouricz apprenait tous les jours parle parti de la Gironde, dont quelques membres étaient du comité diplomatique ,. que ce comité , et surtout Urissot qui en était le coryphée , était très-mécontent des négociation s de de Lessart, surtout avec la cour devienne, ctquecctte cour en abusait pour faire les réponses les plus insultantes pour la nation.

Alors il força la confiance de de Lessart, et lui fit connaître, tous ses dangers. Ccluitci, plein de sécurité, lui répondit que la négociation allait très-bien; et pour le lui prouver, il lui montra la copiedescs dépêches à M. deNoaillcs, ambassadeur de France il Vienne, les réponses de M. du Nouilles , une note qu'il avait fait parvenir à M. le

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