G ticLAIBCISSEHEKTS H1ST0B1QUES
prince do liaunilz , cl la réponse du ce ministre. Elle était d'une hauteur révoltante ; c'était une diatribe contre les jacobius, uti refus formel (ic regarder le roi comme libre.
L'élonnemcnl de Dumouriez ne peut sa comparer qu'à la parfaite tranquillité de de Lessart. le comité dip/omaiigitea-t-il eonnatfsaiice de ces pièces? lui dit-il. — Oui, il les a toutes — Ku ie ens, vous tics perdu si vous n'allez $iir-lt~chainp le) retirer, lui porter une réplique (fuit slijle 1res- ferma et Iris-noble à Vient de M. de Kaunilz, et lui promettre de négocier sur ee pied-là à l'avenir. De Lessart ne fut point convaincu. Dupe des feuillants . il se croyait sur d'un grand parli dans rassemblée. La chute de Narbonne était un échec que le parti de Brissot avait reçu ; il ne doutait pas d'en triompher en cas. d'attaque. An sortir de chez lui , Dumouriez alla dire à Laporto qu'il regardait j ti L&Sart comme perdu.
Le lendemain, lirissot dénonça de Lessart, et posa plusieurs griefs contre lui. En même temps il demanda que ce ministre fût mandé pour venir lire à rassemblée sa négociation de Vienne, qu'il trouvait, dit-il , très-coupable , d'après l'examen qu'il en avait fait. C'était itn jeudi, jour du diner des ambassadeurs chez le ministre. Dumouricz y était invité. Le ministre alla à l'assemblée le matin , lut les pièces : des huées d'indignation partirent de tuus côtés, même du coté droit, qui l'abandonna. On ordonna l'impression des pièces et le rapport du comité.
De Lessart regarda encore l'impression des pièces comme un bon augure; il parut très-satisfait. Les ministres étrangers, toujours fourbes, lui firent de grands compliments. Dumouriez lui dit en particulier : Au nom de Ditu. depéchez-vous défaire la démarche que je vous ai dite; il est peut-être encore temps. De Lessart continua dans sa sécurité. Deux jours après , sur le rapport du terrible Brissot, qui n'était jamais plus content que quand il pouvait faire du mal , l'assemblée rendit un décret d'arrestation ; et le malheureux de Lessart fut conduit à Orléans , d'où il n'a été tiré que pour être égorgé à Versailles, avec les autrc8 prisonniers , au mois de septembre de la même année. Alors Dumouriez gardait la chambre, avec un gros rhume
Le lendemain 9 ou io mars, à minuit , le ministre de la guerre arrive chez lui , et lui dit que le roi l'a choisi pour ministre des affaires étrangères, mais à condition qu'il n'acceptera que par lulèJïm, parce que de Lessart devant incessamment avoir des juges,
ET PIÈCES OFFICIELLES
iA n'élant pas criminel, reviendra bien lot-- d'Orléans , et reprendra ses fondions. Il répond qu'il ne veul Uil ministère, ni par intérim, ni sans Intérim; qu'il préfère le commandement qu'il lui a promis. De Gravn insiste, et Dumouriez persiste dans son refus. Louis XVI, depuis la révolution , s'était fait l'habitude de charger l'ancien du conseil de lui proposer les remplacements. De Grave, ministre depuis dix jours, était l'ancien du conseil. Il était lie avec l'étion elle parti do la Gironde, et Gensonné avait engagé le comité diplomatique à diriger son choix. Les anciennes liaisons de Dumouriez avec le comle do Uroglic et Favier; le mémoire diplomatique qu'il avait lu aux jacobins, et dont on fit alors une nouvelle édition ; sa conduite prudente dans le département de la Vendée, enEw-jcnk'iil In pluralité des membres de l'assemblée à désirer qu'on lui donnât cette plan*. De Grave en avait parlé au roi , le roi à La|>orte, qui lui avait conseillé de le nommer.
Le jour suivant, Cahier de Gerville, ministre do l'intérieur, bomme d'un civisme pur et sage , en qui le roi avait une juste confiance , vient cbez lui de la part du roi , pour l'engager à prendre la. place : il le prie dé l'excuser auprès de sa majesté , et de lui dira qu'indépendamment du ce qu'il se croit plus propre au service militaire, il ne prendra jamais ce ministère par intérim .-
Que nos affaires ont déjà trop de défaveur en pays étranger, pour que les cours puissent traiter avec un ministre intérimaire: que cet intérim est une maladresse contre laquelle l'assemblée nationale s'élèvera fortement; qu'outre qu'on lui en voudra d'avoir acccplé sous celle condition, cet inferint compromettra le roi, qui semblera vouloir prouver qu'il juge que le décret porté contre son ministre a été fabriqué injustement, ou au moins très-légère ment ; que, bien loin d'ouvrir par là à de Lessarl le moyen de rentrer dans sa place , c'est le conduire infailliblement à sa perte; qu'il est d'avis lui-même que le décret est précipité , parce qu'on aurait du, pour- suivre les formes judiciaires d'un peuple libre, commencer par le décret d'accusation , et entendre de .Lessart avant de le faire arrêter, ce qui est préjuger le crime ; que c'est un motif de plus pour lut de désirer que le roi choisisse une autre personne pour romplir une placo aussi dangereuse.
Cahier de Gerville retourne chez le roi , et revient lui donner orilrc d'accepter la place sans intérim. Il le fit alors par pure obéissance , espérant devenir plus utile à sa patrie et à son roi , mais avec
bien du regrel d'abandonner le commandement de l'armé du Midi, qui fut donné à Montesquiou, qui en était très-digne , et qui aurait parfaitement rempli telle place qu'on lui aurait donnée , étant un véritable homme d'État.
11 entra au ministère le 15 mars au matin , et fut présenté au roi. Il assista au conseil du soir , sans portefeuille , n'ayant encore aucuneaffaire prête; et il se mil au courant des formes. Ce conseil n'élait composé que de trois minisires , de Grave , Cahier de Gerviile, et Dumourieï.Duport- Du tertre avait donné sa démission, et n'y parut plus. Le ministère de la marine et celui des contributions étaient vacants.
Le lendemain, le roi lui accorda une audience particulière qu'il lui avait fait demander. On l'avait fort trompé sur le caractère de ce prince , 'qu'on lui avait peint comme un homme violent et colère , qui jurait beaucoup, et maltraitait ses ministres. 11 doit au contraire lui rendre justice, en assurant que, pendant trois mois qu'il l'a vu particulièrement, et dans des circonstances trè s -délicates , il l'a toujours trouvé poli, doux , affable, et même très-patient.
Ce prince avait une grande timidité, qui venait de son éducation et de sa méfiance de lui-même; de la difficulté à parler; un esprit médiocre , mais juste ; le coeur pur, le sens droit , beaucoup de connaissances sur les arts, l'histoire et surtout la géographie, et une mémoire étonnante. 11 avait le caractère très-faible, et cependant une grande fermeté , qu'on pourrait plutôt appeler une grande résignation. Des lors il a parlé plusieurs fois à Dumouriez de sa mort comme d'un événement qu'il prévoyait, et il en parlait avec le plus grand sang-froid.
On se rappelle le trait du jour où il fut insulté par Santerre et par la canaille de Paris , où on lui mit le bonnet rouge sur la tête. Il prit la main d'un grenadier de la garde nationale , et , la portant sur son cœur , il lui dit : Tdtei si mon cœur bat plus fort qu'à l'ordinaire. Il était bon , et cependant peu susceptible de regrets et encore moins d'attachement, excepté pour la reine. En tout, c'était un fort bon prince; et s'il eût été mieux élevé, c'aurait été un de nos meilleurs rois.
Dumouriez en l'abordant lui dit : « Sire , l'ordre que vous m'avez donné d'accepter la place que j'avais refusée, me persuade que votre majesté est revenue des préventions qu'on lui avait données contre moi — Oui , entièrement. — lié bien ! sire , jo me dévoue à votre service; mais la place de ministre n'est plus la même qu'au-
ET P1BCES OFFICIELLES.
L refois : sans cesser d'être le ïélé serviteur de votre majesté, je suis l'homme de la nation. Je vous parlerai toujours le langage do la liberté et de la constitution. Renferme dans mes fonctions, je ne vous ferai point ma cour , et à cet égard je romprai toutes les étiquettes, pour mieux vous servir. Je ne travaillerai qu'avec vous, ou ;m conseil. Presque tout votre corps diplomatique est contre-révolutionnaire ouvertement. On me pressera de vouseupager à le changer. Je contrarierai vos goûts dans les chois j je vous proposerai des sujets que vous ne connaîtrez pas du tout, d'autres qui vous déplairont. Quand votre répugnance sera trop forte et motivée, comme vous êtes le maître, j'obéirai : mais si vos choix sont suggérés par vos entours , et visiblement dans le cas de vous compromet- Ire, alors je vous supplierai , ou de me laisser le maître, ou de me donner un successeur. Pensez aux dangers terribles qui assiègent votre trône. Il faut le soutenir par la coufiauce publique; c'est une conquête à faire, sire, et elle dépend de vous. J'ai fait ce matin le plan de quatre dépêches importantes ; je les apporterai au premier conseil. Elles ne ressemblent en rien , ni pour les principes ni pour le style , à celles de mes prédécesseurs , parce qu'elles doivent convenir aux circonstances : si mon travail vous agrée , je continuerai ; sinon , j'aurai toujours mes équipages tout prêts pour aller servir ma patrie et vous dans les armées ; c'est mon véritable élément, et l'objet de mes plus grands Iravaux depuis trente-six ans. »
Le roi , très-étonné de ce discours , lui dit avec bonté : « J'aime votre franchise : je sais que vous m'êtes attaché ; je veux la constitution , j'espère que je serai content de votre travail. On m'avait dit bien des choses contre vous. " Alors il lui parla de la Normandie, et, après une explication simple des faits , il parut content. Il sortit du cabinet à la suite du roi , qui allait à ta messe. Tous les courtisans le laissèrent passer comme un pestiféré, excepté deux ou trois de ses anciennes connaissances. Le maréchal de Noailles, le duc de Nivernois, et le malheureux duc de Brissac, lui. firent amitié.
Le lendemain, au conseil, il porta quatre dépêches, pour l'Espagne, pour Vienne, pour la Prusse, et pour Londres. Elles contenaient les principes sur lesquels il voulait dorénavant négocier avec les puissances; chaque ministre français, au lieu-de tronquer la dépêche ministérielle, avait ordre de la communiquer eu entier au ministre des affaires étrangères de chaque cour , cl moine de lui en donner copie.
.J30 KCLAIBCISSEMENTS IUST0B1QUES
Le ministre y parlait au nui» du roi , mais absolument dans le sens de- 1.1 constitution , sans menace et sans faiblesse. Il discutait les véritables intérêts de chaque puissance, relativement à la révolution de France. Comme toutes se plaignaient des pamphlets très -dé placés des jacobins, il rejetait ces injures, foncièrement méprisables , sur la liberté 'indéfinie de la presse dans un temps de révolution. 11 citait les Anglais , qui , même dans leur temps de plus gronde tranquillité, parlaient souvent avec une liberté injurieuse des cours et des nations, non-seule m eut dans leurs nombreux papiers, mais souvent dans leur parlement, et même dans leur chambre des pairs. 11 disait que jamais on ne s'était avisé de déclarer la guerre à l'Angleterre, ou, ce qui revenait au même, de la séquestrer du grand corps politique, pour ces légers délita, qui n'étaient point la faute du gouvernement ni de la nation , qui ne pouvaient jamais en être responsables. Enfin, il demandait la paix, sans faiblesse., au nom d'une nation libre dont le roi était le rc pré sentant héréditaire .
Ces dépêches plurent beaucoup au roi, qui dit : « On ne m'a jamais montré rien de pareil. » Cahier de Gerville lui dit : « Sire, voilà comment les ministres doivent toujours parler et écrire au nom de votre majesté. » Les courriers étaient tout prêts; les dépêches partirent dès le même soir.
Ce fut à ce conseil que de Grave lui proposa qûatre nouveaux ministres, puisque , malgré les instances du roi et celles de ses deux collègues, Cahier de Gerville voulut absolument quitter, ayant, à la vérité, une très-faible santé. Le roi agréa le choix : voici comme il avait été fait. De Grave était chargé , comme l'ancien du conseil , de présenter au roi des sujets pour le ministère. Il en connaissait trèspeu , Dumouriez encore moins; ils étaient rares : la plupart du ceux que l'un ou l'autre aurait pu choisir étaient émigrés ou contre-révolutionnaires décidés; et, p;irmi les hommes nouveaux que la révolution aurait pu produire, ils avaient trop peu d'habitude de ce nouveau monde, pour fixer leur choix. Pétion et Rmderer étaient à la letc , l'un de la municipalité , l'autre du département de Paris : ces deux hommes, Brissol , Coudorcet, et quelques autres membres parisiens , leur parurent les plus propres à les éclairer sur leur choix . Ils les consultèrent. Ce qui diminuait leurs moyens.c'esl que, d'après un décret de l'assemblée constituante, aucun de ses membres ne pouvait posséder aucun emploi public que deux aus après sa législature ; saus quoi ils n'auraient |ws été embarrassés.
KT P1-ÊCE5 Officielles.
Dumourifiz ne présenta qu'un sujet pour le ministère de la marine, qui paraissait le plus iJiriirili'ù trouver : ce fut Lacoste, commissaire ordonnateur Je In marine. Il se souvint quVIniii j.-idis premier corn, mi.-î , il avait lionne >.i démisMon .ni ministre tic Hoyiirs , philiit que île participer à une injustice. Celte affaire, bien loin de nuire a Lacoste, quoique dans le temps delà corruption, lui avait valu la place de députe des colonies. Il était grand travailleur, avait une expérience profonde , un grand courage , uno probité à toute épreuve , un patriotisme éclairé. Le roi l'a pris ensuite en amitié, l'a retenu en place malgré lui , et a paru le quitter à regret. C'est le seul que Dumouriez proposa de son choix ; <la Grave y consentit , les Bordelais rendirent justice à Lacoste qui se trouvait à Paris , et il fut lo premier sur la liste.
Quant aux autres , la Gironde , après avoir vu que les Parisiens ne trouvaient personne dans la capitale qui fut propre à être ministre de la justice, proposa un avocat de Bordeaux qui avait de la répulation : il s'appelait Duranton. C'était un homme assez éclairé , trèsdroit, tres-bon citoyen, mais faible et lent. Il fut pareil te ment accepté, et il arriva au bout do quinze jours.
Pour minisire des contributions on proposa Clavière , homme do beaucoup d'esprit, parent ou allié delïrissot, qui avait été Hé successivement avec Mirabeau, la Fayette, l'cvèque d'Autun, et qui avait fait. un mémoire très-conuu et très-bon sur la finance. Il fut
Pour ministre de l'intérieur on choisit Roland , qui , sous l'ancien régime , avait été longtemps inspecteur du commerce et des manufactures, et qui était connu par de fort bons ouvrages sur ces parties.
Le" conseil se trouva donc complet , et il était fort bien composé . Chacun de ces six hommes avait de l'esprit et de l'expérience dans sa partie, était travailleur; et si c'eût été dans des temps moins difficiles, ou plutôt moins sujets aux passions, il eût fort bien conduit les affaires du royaume. La cour et les papiers aristocrates plai- 'santcrciit beaucoup sur ce ministère. Roland ressemblait à Plutarque, ou à un quaker endimanché : ses cheveux plats et blancs avec peu de poudre , un habit noir, des souliers avec des cordons au lieu de boucles, le firent regarder comme le rhinocéros. Il avait cependant une figure décente et agréable.
On les appela les ministres sans- eu lot tes. Ud courtisan vint un jour dire à Dumouriez que c'était le surnom qu'on leur avait donne
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dans l'intérieur. Si nous sommes sans-cuiottes , répondil-il , a» s'en apercevra d'autant mieux que nous sommes des hommes, [.es papiers de la cour ne le désignaient jamais que sous le nom du ministre bonnet-rouge, parce que, par un malentendu, il avait été oblige de se coiffer de ce bonnet à une séance des jacobins, le lendemain de son entrée au ministère. Comme cette aventure est devenue le sujet de mille soupçons el d'autant de calomnies , il est nécessaire de donner ici les détails; et voici le fait tel qu'il s'est passé.
Dumouriez avait annoncé au roi qu'il croyait nécessaire dans l'intérêt de sa personne, et surtout dans l'intérêt des affaires publiques , que les nouveaux ministres nommés par lui sur la désignation du peuple, et qui avaient précédemment fréquenté la société des jacobins, s'y présentassent une fois au moins, pour qu'on ne les taxât pas d'aristocratie ; el il avait , le matin même , dit au roi qu'il irait h la séance du soir. Le roi avait senti l'importance de cette démarche , et l'avait approuvée.
Depuis quelques jours, les factieux avaient arboré le bonnet rouge. Dumouriez et les girondistes , qui paraissaient alors vouloir rétablir l'ordre et combattre l'anarchie, et que, dans le fait, on ne peut pas accuser d'avoir jamais flatté les jacobins, firent sentir à Pétion, alors maire de Paris, alors aimé des jacobins, alors tout-puissant, . que cette marque extérieure allait avoir les plus grands inconvénients, et rappellerait la rose rouge et la rose. Manche des guerres civiles d'Angleterre , et les chaperons du temps du roi Jean. A celte époque, Pétion gouvernait absolument Robespierre et les jacobins ; il promit qu'il leur écrirait une lettre , et que le bonnet rouge serait supprimé. Le jour convenu était celui que Dumouriez avait choisi pour aller aux jacobins. La lettre fut effectivement écrite ; mais elle n'était pas encore arrivée lorsque Dumouriez entra dans la Balle. Tous les jacobins étaient en bonnet rouge ; on lui eu offrit un lorsqu'il entra, et qu'on le fit monter à la tribune. Il fut obligé de s'en coiffer; sans quoi il aurait couru mal à propos les plus grands dangers , et aurait inutilement compromis le ministère du roi. Il dit peu de mots : il annonça que , dès que la guerre serait déclarée , il briserait sa plume pour reprendre son épée , et sortit aur-le-champ.
A peine était-il parti , à sept heures et demie, que la lettre de Pétion arriva, et fit l'effet désiré. Les bonnets disparurent. Ainsi il no s'en fallait que d'une demi-heure que le ministre fût exempt de s'en affubler.
ET PIÈCES OFFICIELLES
Voilà i\p que les clabanderics de p.irli tirent si mal juger, et ce qui justifia' aux yeux des anticonstitutionnels l'appellation de ministre bonnel-Tougc donnée alors à Dumourier.
Quanta l'appellation de imw-cufofle, il croit que c'est alors que les courtisans l'ont in ventée. Elle a eu des conséquences bien plus terribles que celle des giteux des Pays-Bas. Il esta remarquer que presque tous les sobriquets de factions sont vils , et que cependant c'est presque loujoursla faction supérieure en dignité qui les invente pour exprimer son mépris. Il est à remarquer aussi qu'elle est presque toujours dans le cas de s'en repentir.
. Ce ministère fut qualifié, en apparence avec plus de raison , mais cependant avec aussi peu de vérité, d'élre jacobin. Lacoste, de Grave, ni Duranlon , n'Ont jamais été de celle société. Du mouriez , Roland et Clavière étaient trois hommes studieux et appliqués , vivant dans leur ménage , assistant très-rarement aux séances de celte société avant leur entrée au ministère , jamais depuis ; la regardant comme un assemblage dangereux qu'il [allait ou étouffer ou endormir, pour le rendre moins nuisible. Les «irondislcs pensaient comme eux ; et, dès qu'ils se crurent assurés d'un minislére dont tout les membres avaient passe par leur scrutin , ils attaquèrent trop tôt et trop imprudemment les mêmes jacobins , que par là ils ont rendus plus furieux et plus puissants , et qui ont fini par les égorger avec In poignard du républicanisme , que. les gîrondistes avaient aiguisé , et remis dans leurs mains barbares.
Dumouricz doit expliquer ici une contradiction qui sautera aux yeux de ses lecteurs , surtout de ceux qui , le lisant avec des préjugés défavorables, chercheront à lui trouver des torts. Il annonce dans tout le cours de ses Mémoires qu'il n'a jamais été d'aucune faction , et cependant le voilà porté au ministère par les gîrondistes , faisant passer le choix de ses collègues par le scrutin des girondistes, prenant de leur main un trésorier pour son département, les consultant sur le choix de ses commis et des ministres en cours étrangères. Il ne faut, pour détruire celle contradiction , que rappeler les époques.
C'est le 28 février 1792 qu'il est arrivé do Niort à Paris; il est entré au ministère le 15 mars. L'assemblée n'existait que depuis le mois d'oclobre précédent, et n'avait pas encore ihô sa politique, ses intrigues et ses factions. Elle était couverte de ridicule par les anciens conslitutiounels, chefs du club des feuillants, qui croyaient t. a. yj
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en la perdant se faire rappeler, et établir le système des deux chambres, à l'instar de l'Angleterre. Ce parti formait le coté droit de l'assemblée. Tout le rcsic , jacobins, girondisles, impartiaux, ne formait alors qu'on corps |iour résister à cette grande attaque. Il n'y avait pas encore de faction girondiste proprement dite.
Dumourieï, en arrivant au ministère, connaissait lu but et li s projets des feuillants; et il avait vu souvent trop de légèreté et de témérité dans leurs chers. Il n'était ni opposé au système des deux chambres, ni partisan de ce système : pourvu que la monarchie fût appuyée d'une constitution solide, peu lui importait laquelle. Mais il se méfiait des mesures de celte faction ; il craignait que , si elle réussissait à détruire rassemblée , elle ne parvint pas à en recomposer une autre , et que le despotisme ne vint dévorer tous les parlis, d'où il prévoyait la guerre civile. Ainsi, il soutenait les girondisles, non pas comme une faction, mais comme l'appui de l'assemblée nationale.
De Grave et Lacoste pensaient comme lui. Le premier se retira; le second lutta avec lui contre la Gironde, devenue faction tyranntque, pour soutenir l'indépendance du pouvoir exécutif ; et dès lors ils furent en butte à toute sa rage, surtout Dumouriez, qui d'abord l'avait avertie, ensuite démasquée. Il n'y a jamais eu dans le ministère que deux membres d'abord qui fussent vraiment girondistes, Clavicre cl Roland ; ensuite Servan,qui remplaça de Grave, le fut aussi : mais Dumouriez, Lacoste , et même le bon Duranlon , furent toujours indépendants. Ce dernier même déplut à tel point à la fne- ■ tion, qu'elle le força de retourner à Bordeaux d'où elle l'avait appelé, parce que , sans nuire à son patriotisme , il avait montré de l'attachement à Louis XVI, qui l'aimait aussi.
Dumouriez, à son entrée dans le ministère, tflcha d'atlacher In faction de la Gironde au roi; il en parla à Laporte, qu'il voyait moins souvent et avec précaution. Ce prince aurait bien fait de se les attacher, au lieu de se laisser tromper par les feuillants, qui l'ont perdu.
C'est cette démarche qui produisit la lettre au roi de Gensonué , Vergniaud et Guadet, qui est un des délits qu'on leur a reprochés. A cette époque, le roi se, serait concilié par eux l'assemblée entière, même les jacobins; le gouvernement aurait repris un peu de force , et les circonstances auraient amené le resle. Le mauvais génie de la France a rompu toutes ces mesures, pour perdre la famille
ET PIÈCES OFFICIELLES
royale, les feuillants et les girondisles, et pour faire triompher les scélérals.
Voilà l'exacte vérité : la série des faits qu'on va liro en donnera la preuve complète. Dumouriez n'a jamais eu en vue qu'un objet : c'était d'unir d'une manière indissoluble le roi et la nation par la constitution. Hors de là, il n'envisageait aucune autre ressource de salut pour sa patrie, dont il apercevait lus dangers.
Dès les premiers jours do son ministère, il écrivit au président de l'assemblée, pour demander un secours de six millions pour .les dépenses secrètes de son département. On l'avait refusé à ses prédécesseurs, parce quo la nature de ces dépenses ne pouvant pas admettre une reddition de comptes détaillés et publics, son emploi pouvait être dangereux. Les feuillants et le crilé droit se récrièrent contre cette demande, disant que cet argent servirait à soudoyer les jacobins , et serait partagé entre ceux qui l'avaient fait minisire. Leur acharnement la 01 réussir en plein. Il avait annoncé quo si on ne la lui accordait pas , il ne prendrait pas la place. Il Tut décrété que Je ministre des affaires étrangères aurait à sa disposition une somme de six millions pour les dépenses secrètes de son département, dont d ne serait tenu j rendre aucun compte. 11 recul le décret sangle lire, et la nomme. On verra reparaître celte affaire.
Pétiua était alors maire de Paris; d cachait, s»us DU extérieur doux et sape , une ùmc froidement méchante '. Duruogriet \v connaissait peu , lui voyait un grand «édit , et voulait le réconcilier avec le roi, pour diminuer les dangers <-t les désagréments de ce prince. Pétton n'avait aucun tonds pour conduire la police do Paris ; il lit demander par les girondistes, par les ministres, et il vint de= mander lui-même, qu'on lui attribuât trente mille livres par mois pour solder la police.
Avant d'accorder cette demande qu'il trouvait juste, en supposant, comme on le lui promit , que'oet argent serait employé h dépister les agitateurs du peuple , à découvrir les complots des agents étrangers, et à assurer la tranquillité de Paris, il alla le proposer au roi, qui , connaissant mieux que lui le maire de Paris, lui dit : « Pélion est mon ennemi ; vous verrer qu'il emploiera cet argent « à taire des érr ils contre moi. Mais si vous le croyez utile, necor- . de/.-le. u Le ministre erul que ce prince écoutait des préventions ;
1 Voj.n, dam lMSICmuirr.il.' in nlium I',n:.uul, le pf.rlr.iil lie IVIion.
( ttvte de ïcdileur.)
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il lui dit qu'il regarderait le refus de celle somme comme une déclaration de soupçons et d'animositii qui en ferait un ennemi- sans ménagement; qu'il croyait prudent d'accorder un secours île ma ndù sur des motifs sages , quo ce serait même un moyen de rapprochement; qu'en tous cas, la somme élait trop modique pour que l'abus en fût bien nuisible. Louis consentit. Le ministre lit porter la somme à Potion ; et ayant reconnu que le roi avait eu raison , il n'a payé qu'une fois.
Le roi commençait à prendre confiance en lui, et lui savait gré de la franchise avec laquelle il lui redisait tout ce qui se passait dans son înterieur, dont il n'était que trop bien instruit ; caria plupart des domestiques de ce malheureux roi étaient ses ennemis et ses espions! C'est alors qu'il dit un jour au général Montesquiou : « On m'avait dit que Dumouricz était une mauvaise téle; il ne me donne que de bons conseils, u Plut ù Dieu qu'il les eût tous suivis ! Un jour, ce prince lui dit que la reine voulait avoir une conférence particulière avec lui. Il en fut très-faché, parce que c'était une démarche inutile, qui pouvait être mal interprétée par lous les partis. 11 fallut obéir; il reçut ordre de descendre chez la reine une heure avant le conseil. Il prit la précaution de gagner une demi-heure sur ce rendez- vous dangereux, afin qu'il durât moins longtemps. 11 avait été présenté à cette princesse le jour de sa nomination ; elle lut avait fait un discours très-vague et très-court pour l'engager à bien servir le roi; il y avait répondu respectueusement et vaguement, et ne l'avait pas revue depuis.
Introduit dans la chambre delà reine, il la trouva seule, très-rouge, se promenant à grands pas , avec une agitation qui présageait une explication très-vive ; il alla se poster au coin de la cheminée , douloureusement affecté du sort malheureux de cette princesse, et des sensations terribles qu'elle éprouvait. Elle vint à lui d'un air majestueux et irrité , et lui dit : •> Monsieur, vous êtes tout-puis saut en ce moment ; mais c'est par la faveur du peuple, qui brise bien vite ses idoles. Votre existence dépend de voire conduite. On dit que vous avez beaucoup de talents. Voqs devez juger que ni le roi, ni moi, no pouvons souffrir toutes ces nouveautés, ni la constitution. Je vous le déclare franchement ; prenez votre parti. »
Il loi répondit : - Madame , je suis désolé de la pénible coniidenco que vient de me faire votre majesté. Je no la trahirai pas : mais je suis eulre le roi et la nation , j'appartiens à ma pairie. Permettez*
moi île vous représenter que te salut du roi, le voire, relui île vos auguste* enfants , est attaché à la constitution , ainsi que le rétablissement de son autorité légitime. Je vous servirais mnl et lui aussi , si je vous parlais différemment. Vous « les tous les deux entourés d'ennemis qui vous sacrifient à leur propre intérêt. La constitution, si une fois elle est en vigueur, bien loin de faire le malheur du roi , fera sa félicité et sa gloire : il faut qu'il concoure à ce qu'elle s'établisse solidement et promptement. <• L'infortunée reine, choquée de ce qu'il heurtait ses idées, lui dit en haussant la voix, avec colère : « Cela ne durera pas : prenez garde à vous. »
Dumouriezréponditavecune fermeté modeste; «Madame, j'ai plus de cinquante mis , ma vie a été traversée de bien des périls ; et , en prenant le ministère, j'ai bii'ii réfléchi que la responsabilité n'est pas le plus grand de mes dangers. — 11 ne manquait plus , s'écria- 1 elle avec douleur, que de me calomnier. Vous semble/, croire que je suis capable de vous faire assassiner. » Et des larmes coulèrent de ses yeux.
Agité autant qu'ellecrnéme : « Dieu me préserve, dit-il , dévoua faire une aussi cruelle injure! Le caractère do votre majesté est grand et noble; elle en a donné des preuves héroïques que j'ai admirées, et qui m'ont attaché à elle. » Dans le moment elle fut calmée , s'approcha do lut, et s'appuya sur son bras. Il continua : « Croyez-moi, madame , je n'ai aucun intérêt à vous Iromper ; j'abhorre autant que vous l'anarchie et les crimes. Croyez-moi , j'ai de l'expérience r je suis mieux posé que votre majesté pour juger les événements. Ceci n'est pas un mouvement populaire momentané, comme vous sembler le croire : c'est l'insurrection presque unanime d'une grande nation -contre des abus invétérés. Ue grandes factions attisent cet incendie; il y a dans toutes des scélérats et des fous. Je n'envisage dans la révolution que le roi et la nation entière : tout ce qui tend à les séparer conduit à leur ruine mutuelle; je travaille autant que je peux à les réunir, c'est à vous de m'aider. Si je suis un obstacle à vos desseins, si vous y persistez, dites-le-moi : je porte sur-le-champ ma démission au roi, et je vais gemii' dans un coin sur le sort de ma patrie et sur le votre. »
La tin de cette conversation établit entièrement la confiance- de la reine. Ils parcoururent ensemble les diverses factions; il lui cita des fautes et des crimes de toutes ; il lui prouva qu'elle était trahie dans son intérieur; il lui cita des propos tenus dans sa confidence la plus
intime : celle princesse lui parut à la fin entièrement cou vaincue. Il fut obligé de lui montrer à la pendule que l'heure du conseil étart sonnée , et elle le congédia avec un air serein et affable. Elle était de lionne foi; mais ses entours, et les horribles excès des feuilles de Marat et des jacobins, la replongèrent bientôt dans ses funestes résolutions.
Un autre jour, elle lui dit devant le roi : « Vous me voyez désolée ; je n'ose pas me mettre a la fenêtre du côte du jardin. Hier an soir, pour prendre l'air, je me suis montrée à la fenêtre de la cour, tin canonnier do garde m'a apostrophée d'une injure grossière, en ajoutant : (.hic j'aurais de plaisir à voir ta tète au bout de ma baïonnette ! Dans cet affreux jardin , d'un coté on voit un homme monté sur une chaise , lisant à haute voix des horreurs contre nous ; d'un autre, c'est un militaire ou un abbé qu'on trahie dans un bassin, en l'accaljlant d'injures et de coups : pendant ce temps-là, d'autres jouent au ballon, ou se promènent tranquillement. Quel séjour I quel peuple! » Elle n'avait que trop raison. Dumouricz était consterné, et des soupirs étaieat toute sa réponse. Mais il en revenait toujours à conseiller la réunion la mieux cimentée avec l'assemblée nationale, puisque toute autre ressource était perdue ; car il a toujours regardé la contre-révolution comme impossible. Elle aurait pu se faire si les princes n'étaient pas sortis , ou si alors ils étaient rentrés , si la noblesse eût repris partout ses postes, et si on eût joint à cela un plan sage. Mais encore que de dangers !...
Il ne cessait d'être plongé dans les réflexions les plus tristes, depuis la terrible confidence que la reine lui avait faite. Ne la voyant que très -rarement dans la chambre du roi, quand un travail particulier l'y appelait le malin, il était plus vigilant que jamais sur les démarches de la cour. Tous les anciens gardes du corps étaient allés joindre les princes; il apprit que la reine avait fait donner de l'argent à quelques-uns. Il avertit Laporte et le roi de mettre plus de serre! dans leurs démarches, et surtout de ne pas laisser découvrir, par leur indiscrétion ou celle de-leurs agents , qu'ils favorisaient cette émigralion. On lui répondit que c'était des payements d'anciens gages, et que ceux qui les avaient touchés n'avaient pas fait confidence de leur projet d'émrgrcr.
Ou avait composé au roi une nouvelle garde constitutionnelle : la plupart des officiers avaient quitté leurs régiments par rofus du serment; clic était composée d'un tien de soldats de ligne, de deux tos
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Regardes nationales que les départements avaient choisis eux même* parmi les citoyens les mieux faits, les plus riches et les mieux élevés. Les officiera avaient facilement gagné les anciens soldats de ligne,qu'ils avaient choisis eui-mèmcs ; mais comme ils ne pouvaient |ius parvenir à séduire ces jeunes gens , l'élite des départements , ils les maltraitèrent , ce qui les obligeait a donner leurs démissions.
Sous prétexte de les remplacer, on recrutait dans Paris tous les t-oupe-jarrets , les chevaliers d'industrie dont cette ville est remplie. Il y avait des bureaux connus pour ces enrôlements, et par ce moyeu, cette garde, au lieu d'être composée ronstilutionnèllement de dix-huit cents hommes , l'était de prés de six mille spadassins. Parmi ce nombre il y avait de faux frères qui, par l'appât de quelques assignats, espionnaient leurs chefs , et rendaient compte de toutes leurs démarches au comité de sûreté publique.
Dumouriez , bien informé , en avait souvent averti le roi , qui lui répondait: "Ah! pardi, s'ils soupçonnent le ihjc- de Brissac d'être un chef de conjurés dangereux, ils ont bien tort. » Cependant les gardes du corps, surtout les ofliciers, avaient toujours l'air menaçant , quand ils voyaient au château passer les ministres et les commissaires de l'assemblée, quand ils venaient présenter au roi des décrets à signer. Ils s'étaient liés avec trois ou quatre bataillons de gardes nationales qui faisaient le service avec eux; mais ils traitaient les autres avec mépris. Ils réveillaient desétiqueltes delà vieille cour, pour leur chercher querelle sur l'ordre du service et les mortifier. Enfin, les choses furent poussées au point que les soupçons éclatèrent de toutes parts.
Les clubs et la municipalité s'en mêlèrent : l'assemblée nationale s'alarma. On dit que dans les casernes des gardes du corps , à l'ancienne Ecole militaire, il y avail un drapeau blanc ; on ajouta qu'il avait été donné par le roi. Le peuple des faubourgs voisins de celte caserne s'assembla ; des officiers municipaux se mirent à la léte , demandèrent à entrer. On commençapar refuser; les officiers voulaient se défendre ; les gardes (ce qui arrivait toujours) les abandonnèrent : on fouilla partout ; on ne trouva qu'un très-petit drapeau blanc qu'on dit avoir été sur un gâteau donné au Dauphin ou par le Dauphin ; maïs on trouva des chansons et des hymnes pour le roi et contre l'assemblée nationale, et quantilé de feuilles injurieuses. Alors l'assemblée examina de près , non-seulement la conduite , mais la composition de ce corps; elle fit faire un rapport en règle, qui prouva que
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sa formation était inconstitut ion «elle ; et elle lança un décret pour enjoindre au roi de le casser. En même temps elle ordonna l'arrestation du duc de Brissac.
Le roi voulut résister au décret ; son conseil l'engagea h ne pas s'exposer pour ce corps, qu'il connaissait depuis aussi peu de temps. On lui rappelais castaslrophe horrible des à et 6 octobre 1789. Dumouriez ne put pas s'empècher de lui témoigner son étonnement de ce qu'il mettait plus de chaleur et d'intérêt à ce corps nouveau qu'à ses anciens gardes du corps, bien mieux composas. Enfin, le roi céda : le corps fut réforme. On insistait pour qu'il en créât un nouveau, en choisissant des officiers plus prudents. Il ne voulut jamais y consentir ; et il eut grand tort , tant pour lui-même , quels que Tussent ses projets , que parce que cela donna matière à de nouveaux soupçons , par les caresses infinies que la cour fit ensuite aux bataillons de la garde nationale qu'elle avait espéré de s'attacher, surtout à celui des Fiïte-i'ainl-TJiomoï , composé de banquiers de la rue Vivienne et autres gens riches, qui a été sacrifié depuis à la journée du îaaoût. . ■ ■
Alors les six ministres vivaient en bonne intelligence. Ils étaient convenus de diner entre eux, seuls, les trois jours de conseil de chaque semaine, tour à tour chez l'un d'entre eux. Là, chacun apportait son portefeuille; on convenait des affaires qu'on présenterait au roi, on les discutait à fond pour n'être pas dans le cas de disputer devant lui, et pour se former une opinion commune. Cela .dura, â peu prés un mois, au bout duquel temps Roland voulut que chez lui sa femme et ses amis fussent admis.
Lacoste et Dumouriez convinrent entre eux de ne plus porleHcurs portefeuilles à ces d'mers, après s'èlrc opposés vainement à celle ridicule innovation. C'était un moyen que les girondistes venaient d'inventer pour s'immiscer dans les affaires et pour conduire le gouvernement. Ifs surent très-mauvais gré à ces deux minisires. Ce fut alors que Dumouriez dit à Gcnsonné quo ses confrères commençaient à devenir une faction trop ambitieuse, et que la pétulance de Guadet, la légère Lé de Brissol, la noirceur de -Conriorcel, les perdraient ' . Cette faction n'a jamais été parfaitement unie. Oensonné y
'nnettrail pas jujle d'adopter ee dame Roland nous a IsiuideJ trou priu-
jugcmeiit ncv.':re du (rnfrnl hutmiuriri, cipani cliufï du[i:ii'i] de 1" liirmitk: uti! nvoir caniallc prcnl alite menl la ( Kole de J'édifeur. )
paru ail beaucoup plus fuTorablc due ma-
ET PIÈCES OFFICIELLES
tenait, pour làcherde In bien conduire. Ver<;niaud avait souvent îles querelles avec elle. Guadet et lui étaient rivaux de tribune. L'orgueil avail [îlus île part dans leur conduite que !e patriotisme.
Une affaire tenait fort à cœur au roi, et cependant il n'avait jamais pu prendre sur lui de s'en ouvrir à Dumouriez. Déjà, depuis huit ou dix jours, il s'apercevait que ce prince lui radiai! quelque chose, el cependant semblait être prêt à la lui conlier, quand ils étaient en particulier. C'était la nomination du gouverneur du Dauphin. Il voulaitdonncr celte place à Fleurit 1 !], homme île mérite, de l'Académie des sciences, capitaine de vaisseau, qui avait élé un moment ministre de la marine Le roi s'élait adressé à ses confidents , qui tout aussitôt en avaient fait une affaire, et lui avaient promis de faire réussir ce choix, s'il voulait sacrifier deux millions : le roi, n'écoutant que la violence de son désir et de celui do la reine, y avait malheureusement consenti.
Le ministre l'apprit, et alla le trouver. Il lui dit que ses confidents le trompaient, el n'étaient que des fripons ; que ce n'était pas le moment de faire celte proposition , parce que, dans le même temps, Condorcel travaillait» un projet de décret sur l'éducation du prince royal; que l'assemblée s'apercevrait que sa demande était faite pour éluder et prévenir le décret; qu'elle s'opiniàtrerait , el loi donnerait le désagrément de se voir refuser. « Voulez-vous réussir ? ne précipitez rien. Donnez-moi le temps de proparer la Gironde, et par elle les jacobins. Assurez-vous du côlé droit sans le paver, ce qui est une duperie qui ne vous réussit jamais. Ou va avoir la guerre ; . tous les citoyens offrent des dons gratuits. Offre/ vus deux millions, puisque vous voulez bien les sacriller, et peut-être nous réussirons. * Le roi ne répondit rien. .
Malheureusement il s'élait engagé, et on lut avait promis un succès complet. On lui fit même entendre que son ministre le trompait. Le lendemain très- ma tin, chaque ministro reçut un message du roi pour se rendre chez lui à dix heures du matin, ce qui était extraordinaire. Ils arrivèrent, el de la salle du conseil on les fit passer dana la chambre du roi, où ils le trouvèrent avec la reine. Elle prit la parole, et leur dit : ,
1 M. de Hsurleu, aprrj avilir rempli IS friinidtir , reparut nu Ifl lirumnirt , MuiLouilXVi rlr.i f.Mifluiui pulilni'iea lii p.irlip di' I linlnul , rl mourut sciin- ■ >-c ri. : (k [,1.1,1™, i4„. ; a n,!, sNlr . leur le 1» août l«Ki, ^
d!ou il fui (lois né par la révolution du
443 éCLAIUCISSKHENTS HISTORIQUES
« Le roi vous assemble pour une affaire qui m'intéresse. Je suis mère ; l'éducation de mon {Ils esl l'objet île tous mes vœux. Oh ne peut pas nous refuser le droit qu'ont les plus simples citoyens, de choisir les instituteurs de leurs enfants. Nous a vous nommé M. de FI eu ri eu; il s'agit d'en aller rendre compte sur-le-champ à l'assemblée. » "
Alors le roi tire de sa poche une lettre pour le président, quiluiannonçait celle nomination, et la remet à Duranton, ministre do la justice. Dumourieï se tait. Un autre veut faire une observation. Louis lui ferme la bouche en disant : « Allez-y tous ensemble, je vous ~ J'ordonne. ■ Ils se rendent en corpsà l'assemblée : on attendait alors une réponse allégorique de la cour de Vienne. Tout le monde croit que c'est le minisire des affaires étrangères qui va parler. Duranton se lève, et lit la lettre du roi; il est interrompu par de violentes buées '.
Le président prend la lettre du roi, l'examine, et la lui rend, en lui faisant remarquer qu'elle n'est p.ts niulre-signéo. Un décret prescrivait que toute lettre du roi à l'assemblée devait être contre- signée |Kir un ministre, pour que quelqu'un en fût responsable. Aucun des six ministres n'y avait pensé. La démarche fut manquée ; et si le roi n'y perdit |ws tout à fait ses deux millions , il lui en coûta au moins une bonne partie. Celle affaire prouve combien l'infortuné Louis était trompé , même par les personnes qui lui montraient en apparence le plus d'attachement personnel, et qui dévoraient sa liste civile.
Toules ces affaires intérieures se sont passées à différentes époques, ainsi quo beaucoup d'autres que Uumouriez passe sous silence, pour arriver à la plus grande affaire de son ministère, la plus intéressante pour toute l'Europe , la déclaration de la guerre.
A relte époque, les feuillants étaient ouvertement raccommodés avec la cour , et faisaient cause commune avec clic contre l'assemblée nationale , qu'ils affectaient de confondre , ainsi que le ministère , sous la dénomination odieuse de jacobins. La Fayette, qui n'était qu'en apparence le chef de ce parti , s était réconcilié avec les Lamelh, mais trop tard pour tirer un grand parti de la cessation de leur animosiié. Il reparut mémo publique ment à la cour; et comme celle démarche , à cette époque , n'avait pas suffi pour le mcllrc hors
' Sraacc du 18 »>ril 1712. (Nutt if« ïcdttcm .)
d'étal de la servir, il commit encore l'imprudence de se laisser décorer du cordon rouge '. Ces raccommode m en 1s , les faveurs et l'intiuence que Je parti exerça dés lors ou parut exercer sur celle cour, excitèrent les soupçons. Toule la nation crut voir dans celte coalition , non pas seulement une intrigue , mais un plan de contre-révolution; et, bien persuadée que la cour de Vienne en était le principal appui, elle attendait avec impatience d'èlro instruile de sa dernière résolution.
Telle était la disposition des esprits et des affaires , lorsque le courrier rapporta la pluie ou perfide démission de Al. de Noailles. I)umouriez alla sur-le-champ trouver le roi; il lui retraça le tableau des dispositions de la nation et de ses propres dangers ; il lui dit qu'il était impossible de ne pas Taire connaître à l'assemblée la démission de M. de Noailles et la nécessité de nommer un aulre ambassadeur, et d'annoncer en même lemps que la négociation ne marchait pas. Le roi en convint. Alors le ministre ne lui cacha pas que tout le ressentiment de la nation retomberait sur lui et sur la reine ; que s'il était réellement résolu à prouver la droiture de ses intentions et la fausseté de l'existence du comité autrichien , il y avait un parti â prendre qui achèverait de lui rendre la confiance du peuple et de déjouer toutes les intrigues, tant celles qui l'entouraient que celles des émigrés , qui égaraient la cour de Vienne sur ses vrais intérêts; que ce parti Était qu'il écrivit de sa main à l'empereur, et qu'il fit porter celle lettre par un ambassadeur extraordinaire, qui relèverait M. de Noailles.
Le roi suivit ce conseil avec l'air de la plus grande confiance , et même de la reconnaissance : il Qt une lettre parfaitement raisomiée et toute de sa main pour l'empereur, et il approuva lè choix d'Emmanuel de Maulde pour cette mission extraordinaire. Dumouriez dressa pour ce ministre une instruction, et lui remit plusieurs articles sur lesquels il devait demander une réponse précise. En cas do refus , Louis XVI se trouvait k couvert de tout reproche si la paix so trouvait rumpue ; au contraire même sa démarche justifiait d une part sa modération , de l'autre sa dignité à soutenir l'honneur de sa couronne. On ne pouvait pas accuser cette démarche d'être un acte forcé , puisqu'elle élait de son propre mouvement et de sa composition; elle prouvait gu'il était libre et roi, malgré les fausses asser-
' Ce fait n'Mt point mr 1 ; H fit de FlyeMe n'a atilenu ni porté le rordnn noiorièlé pnblique que jiimain M, île la muge. (iVnle de /'rdifeur.)
' 444 ÉCLAI11CISSEMENTS IlISTDltlQUES
lious des émigrés. Ainsi elle pouvait changer les dispositions de la cour de Vienne , en lui prouvant l'union volontaire de Louis avec sa nation.
Muni de celte pièce , le ministre se rendit à l'assemblée: il lut ses dépêches à M. de Noailles , les réponses Faillies de ce ministre , ses derniers ordres, la démission de M. de Noailles. L'assemblée fut indignée, et lança précipitamment un décret d'accusation contre cet nmlj.a^.'ideur. Iiumouriez rendit compte ensuite du parti que le roi venait do prendre du son propre mouvement, et il lut la lettre de ce. monarque à l'empereur. Cette démarche fut très- applaudie , et tous les honnêtes gens de rassemblée en surent très-bon gré à Louis, qui, avec cinq ou sis traits pareils, aurait entièrement regagné la confiance. Mais toutes les peines que le ministre se donnait pour lui recouvrer l'amour et la confiance de la nation étaient rendues nulles par l'activité des intrigants. C'était la toile de Pénélope ; la cour défaisait la nuit l'ouvrage du jour.
, De Maulde devait partir le lendemain , lorsqu'il arriva un second courrier dc'M. de Noailles deux jours après le premier. Ce plénipotentiaire s'était ravisé sur sa démission ; il avait enfin pris le parli de rouvrir la négociation avec Je ministère de Vienne, et d' exiger une réponse catégorique aux demandes précises du ministre des affaires étrangères. Cette réponse était une note de M. de Cohenlzel. Elle était scelle , courte, dure ;. elle imposait des conditions à la nation française. Ainsi , en cas que cette nation ne pût ou ne voulût pas accepter ces conditions , celte note était une vraie déclaration de guerre; et c'est en quoi le ministère de Vienne est inexcusable, si celle cour, comme elle Ta dit depuis , voulait conserver la paix et maintenir son alliance. ■
Ces conditions étaient : le rétablissement de la monarchie sur les bases.de la séance royale de Louis XVI, du 23 juin 1789, par conséquent le réiabli^ciJX'Til de la noblesse cl du cierge comme ordres :
La restitution des biens du clergé , celle des terres de l'Alsace aux princes allemands , avec tous leurs droits de souveraineté et de féodalité , et la restitution au pape d'Avignon et du comtat.Venaissin.
En vérité, quand le ministère de Vienne aurait dormi de suite pendant les trente-trois mois qui s'étaient écoulés depuis la séance royale, et qu'à son réveil , sans autre information, il eût dicté celte note, il ne pouvait pas proposer des conditions qui fussent plus incohérentes avec la marche, qu'avait prise la révolulion.
La nation avait fait une constitution. Le roi , de gré ou de force ,
l'avilit acceptée. Ce nouveau pacte social, â tort ou à droit, était fondé sur l'abolition des ordres et sur l'égalité des ciloyous. I.e système Nuancier, qui seul pouvait empêcher la banqueroute, était fondé sur la création des assignats. Les assignats étaient hypothéqués sur les liiens du clergé, devenus biens nationaux. La plupart de ces biens étaient déjà vendus. La nation ne pouvait donc accepter ces conditions qu'eu déchirant sa constitution, confondant toutes les propriétés, ruinant ses acheteurs , annulant ses assignats , et déclarant la banqueroute. Pouvait-on attendre une obéissance aussi humiliante de la part d'une grande nation liéro d'avoir conquis sa liberté, et cela pour se remettre sous le joug des nobles , qui , ayant abandonne leur roi même , menaçaient de rentrer dans leur patrie pour y porter le fer et la flamme et tous les fléaus de leur vengeance, pour des parlementaires inutiles, et pour un haut clergé par trop orgueilleux?
D'ailleurs , de quel droit la cour de Vienne imposait-elle des conditions sur une discussion de propriété territoriale entre la France et le pape, entre la France et les princes d'Allemagne? Encore si ces conditions, tout inconvenantes qu'elles étaient, eussent été présentées avec un mode conciliatoire et honnéle , on aurait pu entrer en discussion réglée ; et la cour de Vienne aurait pu jouer le rôle , non pas d'arbitre, mais de médiatrice entre le roi et la nation. Mais la forme mémo de celle note était insultante et pour le roi , qu'on affectait de regarder comme nul , et pour la nation, qu'on traitait comme rebelle, et son assemblée comme illégale.
On a donc tort de jeter le htame de la déclaration de la guerre suite généra! Dumouriez. Il a d'abord travaillé à nouer une négociation par le comte de Mettemich , et si elle n'a pas eu de suite , ce n'a pas été sa faute. Ensuite , pour réparer le tort qu'avaient fait au roi les humiliantes tergiversations de ses deux prédécesseurs Montmorin et de I.essart , il a négocié d'après un système de franchise et de dignilé convenable à deux grandes puissances également intéressées à conserver In p-iîx et l'alliance ; on n'y a répondu que par un silence méprisant. L'>rsi|ue M. de Nouilles, par l'offre déplacée do sa démission , a paru désespérer de la négociation , le ministre a engagé le roi à s'adresser directement à l'empereur, pour rompre le machiavélisme des ministres. La note de M. de Cobenlzcl est venue alors lui enlever cette dernière ressource, en dictant des bis inexécutables à une nation libre. -
44G ÉCLAinCISSEMKRTS HISTORIQUES*
Qu'on juge à présent imparti aie m ont de quel coté cal l'agression. Toutes ces pièces sont imprimées. Dumouriez , qui a toujours été très-discret sur les petites intrigues de la cour, qui n'auraient fait qu'aigrir si elles avaient été publiques, a cru et croit encore que toute grande négociation qui intéresse le bonheur et la tranquillité de deux ou plusieurs nations doit avoir la plus grande publicité , et que le mystère à cet égard est un crime Je lèse-majesté contre les rois et les peuples. Il a rendu compte, de l'aveu du roi et en sa présence, pour la justification de ce prince et pour la sienne propre, à la nation , de In conduite de la cour de Vienne , dans un rapport trèsconnu. Qu'on recueille ces pièces précieuses pour l'histoire , qu'où les médite , et qu'on juge.
Ce rapport lui-même prouve que Duraouriei, forcé dans ses derniers retranchements, donnait encore un moyen de renouer ; et, étant fait au nom de Louis XVI , il le déchargeait de la responsabilité do la déclaration de guerre : car ses conclusions sont, non pas que ta nation doit déclarer la guerre , mais qu'elle doit se regarder comme en étal de guerre. Il était possible que l'assemblée prit encore le parti de laisser envoyer à Vienne l'ambassadeur extraordinaire avec la lettre personnelle du roi pour l'empereur, mesure qu'elle avait approuvée ; et dans r« cas la négociation n'eut pas été entièrement désespérée. Comme ministre, Dumouriei ne pouvait pas ouvrir cet avis dans son rapport ; il le suggéra h plusieurs des principaux membres du comité diplomalique. Mais l'indignation fut si forte à la lecture des conditions de la cour de Vienne,, qu'il n'y eut pas même occasion de placer cet avis , qui au reste n'aurait servi qu'à compromettre inutilement le roi avec le ministère autrichien, égaré par les fausses assertions des trop coupables et trop malheureux émigrés.
Dès que la note fut arrivée, Dumouries la porta au roi. fl lui dit que nécessairement il devait la communiquer à l'assemblée nationale , ne fût-ce que pour justifier M. de Noatllcs , et faire lever le décret d'accusation lancé contre cet ambassadeur. Le roi l'approuva , et il se rendit à l'assemblée , qui reçut avec "indignation cette note, au moins imprudente. Tout le monde s'écria qu'il fallait venger la gloire de la nation, et de ce moment la guerre parut le vœu général. Le décret contre M. de Noailles fut levé, quoiqu'on observât que sa première démarche avait été déplacée. Le ministre instruisit le roi de la sensation qu'avait faite la note, et s'enferma ensuite chez lui pour composer son rapport de toute la négociation de Vienne. Il ne
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pul pas y insérer celle de Méllcrnich; elle n'était pas authentique, elle avait passé par lies mains tierces, et elle n'aurait fait qu'irriter les esprits , qui fêlaient déjà trop , par l'apparence de duplicité qu'elle aurait jelée ou sur M. de Mctternich, ou sur le cabinet de Vieune:
Il se renferma dans les /ails appuyés de pièces a util en tiques; il séquestra même les lettres iiniiidi'riUelles de la main de M. do Noailles, tant à sou prédécesseur qu'à lui. Au bout de peu de jours, ii porta son travail au roi , qui lu garda trois jours et y lit des corrections de sa main. Ce fut à cette époque qu'il commença à y avoir quelques discussions entre lui et les principaux membres de la Gironde; ceux-ci voulurent qu'i) travaillât son rapport d'après leurs idées : ils voulaient qu'il y entrât dans des discussions métaphysiques qui n'avaient aucun traita l'affaire. Ils voulaient enlin lui faire produire une pièce dé rhétorique et de métaphysique. Il leur dit décidément qu'il ne composait pas cette pièce pour la nation française seulement, mais pour l'Europe entière, et qu'il voulait être entendu sans le secours d'un nouveau dictionnaire qui n'était pas encore fait. Celle plaisanterie les déconcerta.
I.eroi, d'après les décrets constitutionnels, devait paraitre luimême à l'assemblée, à Ja tête de son conseil , le jour du rapport. Les girondins voulurent au moins lui composer son discours pour le jour de la séance. Un Genevois, homme de beaucoup d'esprit, en lit un très-long qui contenait une discussion métaphysique, dans laquelle Louis ne (levait naturellement pas entrer. Un autre en composa un second plus cuurt, mais entièrement déplacé dans la bouche du roi. Il les
ainsi qu'avec les ministres Roland et Clavier c, roula sur la conclusion. Ils prétendaient qu'aux termes du décret, et parlant au nom du roi, ii devait conclure par demander la déclaration de guerre : effectivement le décret paraissait être pour eux. Il leur soutint que ce n'était pas le cas de la position présente; que le roi avait tant d'ennemis, qu'il ne pouvait èlre trop prudenl; que prononcer la déclaration do guerre élait une démarche trop délicate pour qu'il s'en chargeât; qu'il ne fallait fermer la porte ni à de nouvelles négociations, ni au repentir des princes , ni au retour des émigrés : effectivement il avait placé dans son rapport une phrase dans laquelle il les exhortait à venir combattre sous les drapeaux de la France , dans une cause où l'honneur de la nation et du roi était compromis. Il tint lion ; il prévint
prit tous deux , et leur dit qu'il les si La plus grande dispute entre lui ainsi qu'avec les m bistres Roland cU
tirait à ce prince. ■■,,» v . t ,- ■nombres de la Gironde,
le rot que , dans la lecture qui en serail fuite au conseil , il devait s'ouvrir une discussion sur celle correlusion , et il l'engagea à ne pas
On tînt de suite deux conseils extraordinaires : la discussion fut ouverte. Lacoste, de Grave et Dumonriez soutinrent ta conclusion dcl'ciut rie guerre; le roi fut ferme, et elle resta comme le ministre l'avait composée. Il l'avait également prévenu sur les deux projets de discours qu'il s'était rliaip' du lui préseiiler : ce prince les prit, Cl composa lui-même un discours très-court et très-sage, qu'il prononça
LéîO avril .I^uis XVI, à la tôle de son conseil, se rendit à l'assemblée nationale. Toute la France savait combien celle séance devait ëlre intéressante. La salle était pleine. I.e président avait donné les ordres pour que tout se passât avec la plus grande gravité , et que personne ne se permit ni applaudissement ni improbation. Le roi y fut Irèsmajestueux. Après avoir prononcé son discours, il donna la plus grande attention à la lecture du rapport du ministre, paraissant, par des gcsles de la tôle et de la main, en approuver toules les parties. Il sortit ensuite, et le ministiv rciourna ;i l'assemblée, où il fut fort applaudi ; la séance dura loule la journée. La délibération n'avait pas été longue , et le vœu fut unanime pour la guerre. Aucun feuillant n'osa exprimer un vœu contraire. On lit passer lè ministre au comité diplomatique, pour aider à la composition du décret. A dix heures du soir tl fut rendu, et porté au roi, qui le sanctionna aussitôt.
Ni lo roi, ni le ministre, ni l'assemblée nationale, ne pouvaient avoir une autre conduite que celle qu'ils ont lenue. Le roi y trouvait sa sûreté et le rétablissement de la confiance publique , qui ne fut a. la vérité que momentané,' parce que d'autres nitriques et d'autres circonstances malheureuses ramonèrent les soupçons mutuels el la discorde. Le ministre ne pouvait pas, sans trahir les intérêts et l'honneur de la nation , et sans exposer le roi , laisser ignorer les fails. Il un calculait bien lés résultats; mais c'était un mal sans remède, et il valait mieux un état do guerre décidé qu'une paix perfide el pleine do dangers. L'assemblée, insultée, ainsi que le roi cl la nation, poussée par la volonté générale ( car il n'y eut pas un département ni un districl qui ne montrai le plus grand désir de la guerre ), se se- - rail déshonorée et perdue, si elle avait balancé sur la déclaration.
La proclamation qui s'en fit produisit une allégresse générale dans-toute la France. La protection ouverte donnée au parti des
émigrés avait indigné ta nation , qui espérait que dés lors ils deviendraient moins dangereux, et c'est ce qui est arrivé. Ou espérait : 1" que les factions cesseraient, et que l'amour de h patrie réunirait tous les Français contre l'ennemi extérieur; 2" cet ennemi était la cour de Vienne, d'où l'on élail persuadé que venaient tous les conseils par lesquels In cour sYlait dirigée di-puis l'arrivée de la reine en France, mais surtout depuis la révolution; et l'on regardait la déclaration de guerre comme le ciseau qui coupait tous les (ils de ces intrigues dangereuses et multipliées qu'à tort ou à raison on imputait à cette cour ; 3" on espérait que la guerre ferait sortir do Taris et des grandes villes quantité d'hommes turbulents qui , faute d'emploi, troublaient la tranquillité publique et fomentaient les discordes.
Ce ne fut que quelques jours après que les feuillants oscreiiU'élover contre celte déclaration : ils se mirent à argumenter, comme dans les écoles , en disant que c'était un acte offensif , et que la constitution ne permettait la guerre que défensivement. Ces sophismes étaient puérils et de mauvaise foi ; cependant presque tous les cous* tilulionnels les adoptèrent , et quelques uflieicrs généraux envoyèrent leur démission.