SECOND MINISTÈRE
Tant que de Grave avait été ministre de la guerre , lui , Lacoste et Duinourieiî étant à la tête des trois départements les plus importants, se soutenant mutuellement par l'estime, l'amitié et la confiance, avaient maintenu l'indépendance du ministère au milieu de toutes les factions , ménageant la dignité du roi , l'avertissant lorsque la cour pouvait le compromettre , se servant souvent du crédit des girondistes contre les feuillants, mais sans les rendre arbilres des affaires, dont ils ne leur donnaient connaissance que quand elles devaient [lasser à l'assemblée.
L'arrivée de Servan au ministère rompit , au bout de huit jours , l'accord qui avait réfiiié jusqu'alors dans le conseil , parce qu'il s'attacha trop entièrement à madame Roland , eue/ laquelle se tenait tous les jours le bureau de la Gironde , mais où le diner ministériel du vendredi devint le diner de faction , où l'on vnjilul assujettir les ministres à recevoir les conseils et la direction de la Gironde. Lacoste et Duniouriei , étant convenus de n'y plus parler de leurs affaires ,
en prévinrent Holand , en lui faisant sentir le danger do celte communication aux membres île rassemblée; le défaut de secret, qui rarement, mais quelquefois , serait nécessaire; la dépendance que cela établirait vis-à-vis de ces membres; les bruits qui en résulteraient il leur détriment , en leur donnant le carhet de la partialité. Roland fut d'un avis contraire ; il déclara qu'il ne ferait rien , ni dans le ministère ni au conseil , sans l'avis de ses amis (il aurait pu ajouter, . et de sa femme); et on' se refroidit.
La faction de la Gironde, qui avait alors la faveur du peuple, cominençaii, ainsi que Hol.mil. Scrvao cl Clavit-re, à se montrer Irisrépublicainè : clic sut très- mauvais jtré aux deux ministres qui , lidek's a la constitution , prenaient souvent le parti du roi , que les trois ministres coalisés ci'inmcni^aieiil à Iracasser indéceuimcnl. Deux affaires achevèrent de les brouiller entièrement.
A l'un des dîners du vendredi ( car on n'avait pas encore rompu ptililii|uemeni), Guadet lut une grande lettre fort insolente et fort dure que les six ministres étaient censés écrire à LouiB XVI, pour le forcer à renvoyer son confesseur non senne nié, et à en prendre un serments; et on la [eur présenta à signer. Dumouriez prouva facilement la. tyrannie, l'atrocité et l'absurdité de celte lettre ; il dit qu'il ne la signerait pas. Lacoste en dit autant. Duranlon dit qu'elle était au moins inutile. Vergninudct G enson né avouèrent qu'elle était déplacée. Guadet fut furieux, et la scène fut très-vive.
On retira la lettre , mais on dit qu'il fallait en écrire une autre. Du mouriez dit qu'il ne permettrait pas qu'on écrivît, au nom du conseil , au roi , sur les affaires de sa conscience ; qu'il pouvait prendre un ùnan , un rabbin , un papiste ou un calviniste pour la diriger, sans que personne eût le droit de s'en mêler; que leur signature serait une imprudence , car aucun d'eux , par les fonctions de son département, n'était charge de la conscience du roi. La proposition fut retirée; mais, dans les feuilles giron distes du lendemain, Dumouriez et Lacoste furent accusés de favoriser la résistance de Louis XVI contre les articles de la constitution dans ses principes les plus essentiels. Les feuilles jacobines répétèrent ces sottises; elles indisposaient le peuple contre l'infortuné monarque et ses deux, ministres , qui voulaient lui épargner des vexations. Le roi gémit, et les remercia : c'est une des époquesVù d dit à Dumouriez qu'il saurait soutenir tout , excepté ce qui intéresserait sa conscience ; el que si l'on en venait a cette exlréuiilé, il saurait mourir,
ET PIÈCES OFFICIELLES
L'aulre affaire fui la nomination du gouverneur et îles commissaires do Saint-Domingue. La Gironde voulait forcer Lacoste à agréer le choix deSillery pour gouverneur. Il avait été membre de l'assemblée consll luante. il était taré par sou immoralité, quoique la fin de sa vie ait clé 1res honnête; enlin il y avait conjro lui une foule de motifs d'exclusion , lanlilans la ioi que daus les convenances.
Quant aux. commissaires , ils avaient choisi des jacobins furieux , connus par des éciits contre le roi ; ils y ont été envoyés depuis. Lacoste ne voulut pas consentira celle nomination , d'autant plus qu'on lui proposait en même temps des projets d'instructions incendiaires, l'ar accommodement , le vieux général d'Esparlics fut propose par les girondislcs et Accepta par Lacoste ; mais les commissaires furent absolument rejetas. Dumouriez se joignit à sou collègue , lequel, homme très-fermo , y mit beaucoup de vivacité, surtout vis-à-vis deClavière et Scrvnn. Des lors ta brouilleric fut entièrement publique ; les ministres rompirent le dîner, et ne se virent plus qu'au conseil , ou dans des conférences absolument nécessaires.
La faction do la Gironde en voulait surtout à Dumouriez., et s'était réservé un moyen de vengeance dont il ne se doutait pas. On a vu précédemment que celte faction avait principalement soutenu la demande qu'il avait faite, en entrant au ministère, d'une somme de six millions pour les dépenses secrètes de son département, avec la condition expresse de n'être assujetti à eu rendre compte qu'au roi. Celait l'acharnement des feuillants contre la proposition du nouveau ministre qui avait engagé les girondistes à faire réussir celte demande , dans l'espoir de gouverner ensuite ce ministre.
L'affaire avait élé bien iléhallùe, et surtout la condition expresse de n'être assujetti à aucun compte public de cette somme, condition sans laquelle le ministre avait aflirmé que non-seulement il ne so chargerait pas de cette somme, mais qu'il n'accepterait pas même la place. Le consentement de l'assemblée avait été très-clair sur cet article , et en conséquence il était sorti un décret sanctionné du roi : on en avait remis une expédition au ministre, qui , n'imaginant pas qu'on pût faire un faux dans une pareille décision , ne l'avait pas
Il se trouva que ce décret ne portait point la clause de la non-reddition de comptes publics. Il n'a jamais pu savoir si ce faux venait de la Gironde, pnui' le tenir dans leurs mains par la crainte de celle reddition de comptes, sur laquelle il avait montré une répugnance si
ÉCLAinClSSFMKNTS HISTOBIQUKS
invincible , ou si c'était une simple négligence des rédacteurs, comme cela arrivait Irès-souvent. Guadet , très-méchant el très- insolent , était le plus animé de la faction contre le ministre : il se vanla qu'il allait faire Irembler ce rebelle , en se servant du faux du décret pour faire la motion de lui faire rendre compte des six millions.
Une circonstance relative à ces six millions avait augmenté la colère do la Gironde. Le ministre ayant été obligé de changer le trésorier dos affaires étrangères , ne connaissant personne à Paris à qui donner celle place, avait demandé à Pétion et Clavièrc de lui indiquer un. banquier solide , fidèle el discret ; ou lui avait désigné Bidermann , Suisse de nation , zélé révolutionnaire , employé par la municipalité de Paris à l'achat des grains. 11 lui avait conféré cette place. Peu de temps après , il avait appris qu'il était associé de commerce avec le ministre ièi'c; cl, sans prendre aucune méfiance sur sa probité , il avait jugé que , mémo pour sa propre délicatesse, il ne devait pas, outre les fonds de cinq cent mille livres par mois , dont déjà moitié pour dépenses secrètes , lui remettre encore les fonds de six millions dans les mains : il avait cru plus prudent de les laisser chez M. Amelot, garde du trésor national, avec la résolulion de n'en tirer que cinquante mille écus à la fois , qu'il se faisait apporter chez lui pour payer de la main à la main les dépenses secrètes , sans en exposer le mystère à la curiosité d'un liers. Il n'avait parlé à personne de col arrangement ; Bidermanu ne s'en élait pas plaint ; mais la Gironde, et surtout lirissot, se trouvaient , par celle précaution , exclus de la connaissance des affaires secrètes , ce qui les fâchait beaucoup.
Il y avait dans l'assemblée un grand nombre d'impartiaux ou de girondistes, jacobins, feuillants, model és et de bonne foi, qui avaient pris le ministre en amitié : ils gémissaient de la discorde qui venait de s'établir dans le ministère. Les menaces indiscrète* de Guadét leur découvrirent la noirceur qu'on voulait exercer contre le minisire ; ils connaissaient assez son caractère pour être sûrs qu'il ne plierait pas. Ils regardaient la motion de Guadet comme déshonorante puur l'assemblée ; ils virent qu'il en résulterait un scandale', et deux ou trois d'entre eux vinrent l'avertir.
Il tira son décret de son bureau, il le lut : il vit que ce décret, n'exprimant pas la clause de la non-reddition de comptes publics , le soumettait à cette reddition. Il litdireà Gensonné et àVcrgniaud qu'il ne voulait plus avoir affaire à des faussaires, et il annonça publiquement
ET l'iÈCES OFFICIELLES,
qu'il, allait quitler le ministère. Il y avait un peu plus de sept semaines qu'il était en pince , cl sa dépense sur les six millions ne moulât! pas alors a plus (le deux mit mille livres; mais, dût-il porter sa tétesur un écliafaud, il était résolu. ï n'en pas rendre un compte détaillé.
Il ninnla cher, le roi , lui porta la discussion de l'assemblée et sou arrêté, lui montra le décret eniilrailirlnire , le pria d'agréer sa démission , et lui présenta son projet de lettre au président de l'assemblée nationale, pouriui annoncer sa retraite. Le roi témoigna la plus grande sensibilité, et le pria de ne pas l'abandonner. Le ministre lui représenta que s'il pouvait se résoudre à souffrir une pareille atrocité, non -seulement il ne pourrait plus lui être utile, mais qu'il l'envelopperait lui-même dans ses propres dangers.
Ce prince avait d'au lant plus de regret, que Lacoste , partageant l'indignation de son collègue , et ne voulant pas rester seul exposé à une faction aussi dangereuse , venait de lui mander qu'il le [triait de lui permettre de se retirer en même temps que son ami. La nouvelle de sa démission et du motif s'était répandue dans l'assemblée. Dumonriezycn rentrant chez lui, trouve dans son salon plus de cent membres, dont heauconp lui étaient inconnus, l'étion, maire de Paris , et les trois ministres qui craignaient que le roi ne profilât de sa démission et de celle de Lacoste pour les chasser, et renouveler le conseil en entier. On le pressa de rester; on lui dit qu'on ne lui demanderait pas de comptes, que Guadet ne donnerait pas sa motion. Il leur répondit que son parti était pris. On le conjura , au nom de la patrie, de garder sa place. On le pria d'écrire une lettre au président, pour demander que l'erreur fut rectifiée. Il leur dit:
n II ne convient ni à ma délicatesse , ni à la dignité de l'assemblée, que je fasse une pareille démarche. Vous vous rappelez tous qu'après ' une longue discussion , vous avez pris un arrête concernant la clause que j'ai exigée. Le décret , qui en a fait. l'omission , est une piècu fausse. Si vous soutenez le décret, vous vous déclarez faussaires- aux yeux de toute la Franco et de l'Europe ; et vous jugez bien que, dans co cas, je ne veux rien avoir de commun avec vous. Si vous jugez que le décret soit faux, et le projet de motion de Guadet de mauvaise foi , c'est à vous à vous faire représenter votre arrêté , il y comparer votre décret, à le faire rapporter, àen faire dresser un de bonne foi, qui me mette, à l'avenir, à l'abri d'un pareil coup de poignard. Je croirais offenser l'honneur de l'assemblée , si , par une demande par écrit, je provoquais voire justice. J'aime ma patrie autant que vous;
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je m'y suis dévoué dans une place très -désagréable , d'après toutes les fac lions qui m'assaillent. J'attendrai deux jours votre résolution ; et si vous ne prenez pas votre parti de vous-mêmes , après demain le mien sera pris. »
Il n'y avait aucune l>onne réponse à faire à ces arguments serrés. Ils sortirent de chez lui, indignés contre Guadet, que les ministresetsa fadion même wircii! bien il' la peine à cpnlcnir. I.e lendemain, un jacobin honnête homme, nomme Couturier, dès que la séance fut bien remplie, annonça le faux du décret. La Gironde se tut; les feuillants, à qui celte aventure faisait croire que le ministre, pour se venger, allait se joindre à eus , crièrent à |a mauvaise foi ; les secrétaires s'excusèrent comme ils purent ; le décret fut rapporté , annule : on en rendit un nouveau, contenant la clause omise; il fut porté à la sanction, et la plus grande partie de l'assemblée vint féliciter le ministre, qui, peu de jours après, fut fort applaudi eu entrant à l'assemblée pour les affaires de sou département ; car il crut qu'il serait déplacé de la remercier de ce qu'elle avait rectifié un faux.
Le lendemain était une fé te en l'honneur de Simoneau, maire d'Elarapes. Les papiers publics avaient annoncé cette affaire diversement, selon l'esprit des différentes factions; les l'arisiens fa savaient. En passant sur la place de Louis XV , une immense mullitude témoigna, par ses applaudissements, sa joie de ce qu'il assistait à celte cérémonie comme ministre. Mais les girondisles n'oublièrent pas
Quant à lui, malgré le tendre intérêt que lui inspirait le malheureux roi, ii Tut déMilr de coque la bienveillance publique avait donne à cette affaire une tournure qui le mettait dans l'indispensable nécessité de garder sa place, qui, n'y ayant plus d'ensemble dans le ministère, ne lui donnait que des chagrins. Lacoste pensait do même; et tous les deux résolurent de ne plus rester avec trois factieux insupportables, esclaves de la Gironde, et de prendre un grand parti à la première occasion qui se présenterait.
Il est douteux qu'il ait existé deux hommes plus malheureux et moins attaches que ces deux ministres à deux places aussi importantes. Lacoste est un deshommes les plus vertueux, les plus attachés à sa patrie, à la constitution, à son roi, qui lui a toujours rendu justice. Qu'est-il devenu ? Sa vertu incommode lui a valu une arrestation illégale : peut-être, à l'époque où Dumouriez écrit ces .Mémoires à deux cents lieues de sa patrie, l'honnête Lacoste, sou ami intime, n'existe
ET PIÈCES OFFICIELLES
plus; pcul-ctrc ces monstres ont-ils fait tomber sous leur injuste guillotine cette této, qui n'a jamais été remplie que de profondes connaissances sur le département dont il était chargé, de projets utiles, honnêtes, grands, sages, et toujours respirant ta probité. Il était entré au ministère pauvre , il en est sorti sans pain. Puisse t-il lire ces Mémoires dans quelque retraite, à l'abri des crimesdont il a tant gémi'
Les trois ministres ne gardaient pins aucune mesure, non-scutement avec leurs collègues , mats avec le roi lui-même. A chaque séance du conseil, ils abusaient de la douceur de ce prince pour le murlilii-r elle taeràcnups d'épingles: ce qui produisait des scène* cnnlintielle», parce que les deux antres, et même Duranlou, mature sa neutralité, prenaient toujours le parti du malheureux Louis, et traitaient 1resdurement les trois factieux et impudents collègues. Mais ce ipu ëlail plus f.lcheux , c'est qoe Roland payait et fusait composer chez lui plusieurs feuilles, une entre autres, le Ttitrmomttre , qui rendait comple de toutes les alfaires portée* au conseil de manière n dcjiopularisor ses deu* collègues, mais surtout le roi.
D.ms le commencement de ce miuislère, et lorsqu'il était uni, tous les six avaient été d'accord que , pour meilrode l'ordre dans la marche des affaires, et pour mettre à couvert leur responsabilité, ils devaient proposer au roi de nommer un secrétaire du conseil, comme l'exigeait le décret. 11 devait être charge détenir des registres exacts. Louis s'y était toujours refusé avec obstination ; et alors les ministres, unis entre eux et pleins d'égards pour ce prince, n'avaient pas insisté, et se contentaient de tenir des notes sur les affaires discutées, et sur leur décision.
Aussitôt après leur scission, les trois ministres demandèrent, d'un ton alisolu et arrogant , que le roi nommât un secrétaire du conseil. Louis XVI dit ii Lacoste et Dumouriez qu'il les priait de s'y opposer, pareeque sûrement leurs trois collègues avaient dessein par là de livrer toutes les délibérations du conseil à l'inspection de leur faction , ce qui le mettrait dans une dépendance humiliante. Les deux ministres sentirent la justesse de son observa lion, et lui promirent de tenir ferme ; ce qu'ils firent, malgré toutes les accu galions d'aristo cralie que leur prodiguèrent les sirondistes, les jacobins et les journaux. Le roi leur dilqne, s'il pouvait un jour n'avoir plus dans le ennseil trois factieux aussi dangereux et aussi indiscrets , il nommerait sur-le-champ un secrétaire sur leur proposition, et qu'il élabli-
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rail un registre, parce qu'il en reconnais sa il lui-même la nécessité.
Une affaire bien plus importante agita le conseil , et amena la catastrophe. Servan, homme très-noir cl très-enuemi du roi, imagina, saris consulter ses collègues, sans prévenir Je conseil ni le roi, d'écrire au président de l'assemblée nationale, pour lui proposer un décret afin de rassembler autour du Paris un camp de vingt mille hommes; de prendre pour cela l'époque de la fédéralion du 14 juillet, et d'en faire une arttlée centrale et permanente, mous le |>rélrxtc, spécieux de maintenir la tranquillité dans Paris, et d'assurer les travaux de l'assemblée nationale. C'était à l'époque où la faction de la Gironde était dans toute sa force, ayant à ses ordres les jacobins, maîtresse de Paris par Pétion , influençant l'assemblée , cl ayant la majorité dans le conseil. Celte faction voulait détruire peut-être à coups do sabre les feuillants , abattre la cour, et probablement commencer l'exécution de son projet républicain. Ainsi c'est celle faction qui a amené la première à Paris ces fédérés qui ont fini par la faire périr tout entière sur un échafaud, après y avoir fait monter l'infortuné Louis.
Us feuillants mirent la plus forte opposition à ce décret; les girondistes et les jacobins réunis entraînèrent les impartiaux de l'assemblée , qui , timides , soupçonneux , voyant partout des aristocrates , et ne réfléchissant pas sur le danger d'un rassemblement de cette espèce , espéraient trouver leur sûrelé dans une force armée qui , dans quelque main qu'elle fût , no pouvait que leur enlever leur liberté.
Dumouriez combattit celte molion de toutes ses forces tant au conseil que dans les comités, mais en vain. Servan no l'aurait pas proposée au conseil, si Dumouriez, dès qu'il en fut instruit, ne l'avait interpellé pour savoir s'il avait pri.-; les ordres du roi. 11 avoua que non. Avez-vous pris l'attache de vos collègues pour une démarche qui peut devenir d'une aussi grande conséquence ? Servan avoua encore que non, et dit que c'était comme particulier et comme citoyen qu'il avait cru être en droit de proposer une motion qui lui semblaitutile. Si c'était comme particulier, pourquoi avez vous joint à votre signature te titre de ministre de la guerre? Alors la dispute fut si vive, que, sans la présence du roi, le conseil eût uni d'une manière sanglante. Glnvière proposa un accommodement perfide : c'était que Servan relirai sa motion. Dumouriez et Lacoste sentirent loulo ■l'atrocité- de ce piége, qui aurait fait tomber sur le roi celle demnr-
ET PIÈCES OFFICIELLES
che, el aurait rendu l'assemblée encore plus ardente a agréer la motion. Ils ne cachèrent pas leur indignation. La motion resta; la querelle du conseil, qui fut sue, donna encore plus d'acharnement ; et l'assemblée nationale rendit le décret pour le rassemblement d'un camp de vingt mille fédérés près de l'aria, à l'époque du \ k juillet.
Le roi en fut consterné { il lit l'aveu de sa frayeur àDumnurie/.; il lui dit qu'il était décidé à exercer son celo contre cette loi. Son ministre lui lit aentirque, sans aucune force, en butte aux soupçons de la plus grande parlie de la nation, à la rage des jacobins, à la profonde politique du parti républicain, il se perdrait sans ressource ; et qu'on n'attendait qu'une pareille démarche de sa part pour lui déclarer une gu.'rre ouverte , (lins )aqui-l-c il succomberait.
Louis gardait le décret dans son cabinet, et quatre conseils se passèrent sans qu'il l'apportât pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. L'assemblée s'impatientait, les jacobins frémissaient, les girondistes triomphaient. Enfin Louis présente le décret. Dumouricz, qui était l'ancien du conseil , prend la parole , et dit :
« Sire, ceux qui ont sollicité ce décret sont autant les ennemis do la patrie que du roi. Il ne peut produire que les plus grands maux. Si nous considérons les circonstances, le ministre de la guerre est très-coupable d'avoir sollicité un rassemblement de vingt mille hommes prés de Paris, pendant que nos armées sont faibles, nos frontière» dégarnies, et qu'il n'a pas même les fonds suffisants pour l'entretien des armées.
« Si nous considérons ensuite l'esprit actuel de la nation, ce ministre a élé très-imprudent de proposer, près de la résidence de l'assemblée et du roi, la réunion d'une troupe indisciplinée, appelée sous un nom qui exagérera son patriotisme, et dont le premiernmbitieux peut proiiter. Deux grandes factions divisent l'assemblée de Paris ; celle de la Gironde et celle des feuillants. Une troisième, qui ne joue à présent que le second rôle , les anéantira toutes deux ( c'est celle des jacobins), parce qu'elle est bien plus nombreuse et plus turbulente que les deux autres, parce que ses rameaux s'étendent dans tout le royaume ; parce qu'enfin , sur ces vingt mille fédérés que le ministre va rassembler en vertu du décret, dix-neuf mille au moins seront jacobins. Ainsi les promoteurs du décret seront renverses par le décret même.
« Je pense donc que ce décret est dangereux pour la nation , pour le roi, pour l'assemblée nationale, el surtout pour ses auteurs, dont
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it sera le cliùtiment : rt cependant mon avis est que vtins tic pouvez pas , sire , refuser de le sanctionner. Il a été provoque avec une malice profonde , il a été débattu avec, acharnement , il a élé décrété, avec enthousiasme : tout le monde est aveuplc. Si tous y appliquez votre veto, il n'en aura pas moins lien. À la place des vin-d. mille hommes assemblés par une loi, et qu'on peut par conséquent soumettre à des ordonnances, il arrivera des provinces, a l'époque de 1a fédération qui approche, quarante mille hommes, sans décret , qui peuvent renverser In constitution, l'assemblée, et le trône. Lo ministre doit à présent envisager dans ce tableau l'énormité de son imprudence; c'est à votre conseil a vous proposer un expédient pour rendre ce rassemblement moins terrible. J'ai des idées que je mettrai par écrit, et que je soumettrai au roi quand il eu sera temps. »
Les trois ministres, mais surtout Servan , furent effrayés de cette prédiction; et certainement , s'il eût encore été temps, le décret n'aurait pas été donné. La Gironde , à qui ils tirent part de ce qui avait élé dit au conseil , partagea leur frayeur. On tourna autour de Dumouriez , pour savoir de lui quel expédient il avait trouvé pour le rendre moins dangereux. Les six ministres se réunirent pour conjurer le roi de sanctionner le décret. Il dit qu'il demandait quelques jours pour y réfléchir, et qu'il les instruirait du parti qu'il prendrait.
Ce décret , qui a tant fait de mal , intéressait la sûreté du trône de ce monarque infortuné. Il fallait que toutes les amertumes lui vinssent à la fois. On lui en présenta , dans la même semaine , un second qui contrariait ses principes religieux : c'est celui de la transporlalion ou réclusion des prêtres qui avaient refusé le serment civique. Ce prince avait une conscience timorée, qui lui donnait un grand courage sur les matières qui touchaient la religion. Dumouriei! n'a jamais conçu comment, en 1790, on a pu le faire consentir à sanctionner le serment des prêtres, qui avait causé tous les troubles religieux, la guerre civile, et enfin la destruction du culte. Ce prince apporta le second décret au conseil , et dit que rien ne pourrait lè faire résoudre à le sanctionner. Dumouriez lui dit :
« Sire, vous avez sanctionné le décret du serment des prêtres : c'estn celui-là qu'il fallait appliquer votre relo: si j'avais été alors dans votre eonsèil , au péril de ma vie je vous aurais engagé à refuser voire sanction. Ce premier décret à produit tous les dangers et tous les maux de la France. Celui-ci est le seul remède politique, qu'on puisse y apporter: il est dur, mais il n'est pas cruel. Si vous voulez
que nous en pesions mûrement tous les articles , voub verrez qu'ils contiennent des modifications qui le rendent supportable. Le premier ëlail une loi religieuse : il attaquait la liberté de penser en matière de culte ; celui ci est une loi politique, qui ne concerne que la sûreté et la tranquillité du royaume. Il est même In seule sûreté des praire» non sermenlés contre les fureurs de la persécution. Bien loin de les sauver par votre veto , vous leur ôtez le secours d'une loi , vous les exposez à être massacrés, et les Français à devenir leurs bourreaux. Ainsi mon avis est qu'ayant, j'ose dire, fait la faute de sanctionner le décret du serment des prêtres , ce décret ayant produit des maux énormes , votre veto , si vous l'appliquiez à re second décret qui peut arrêter le déluge de sang prêt à couler, chargerait votre conscience de tous les crimes auxquels le peuple se porterait. » . Le roi leur dit encore qu'il y réfléchirait , et qu'il leur ferait coiiuaiire ses intentions. C'est le seul jour où Duuiouriez ait vu le caractère de cette âme douce et pure un peu altéré. Pour compléter ses chagrins, Roland , qui voulait le pousser à bout, s'obstina à lire, nu conseil suivant, nue longue lettre qu'il lui écrivait. Elle commençait à peu près par ces mots : -Sire , cette lettre-ci restera éternellement ensevelie entre vous et moi »
11 entrait dans les détails les plus injurieux et les plus amers, quelques-uns vrais , les autres exagérés , sur la conduite de Louis , qu'il reprenait depuis sa fuite de Varennes : il le traitait de parjure, lui parlait de son confesseur, des gardes du corps , des imprudences do la reine, des intrigues de la cour, des fréquents courriers à Vienne et n.Cohlcntz.
Il en venait ensuite aux deux décrets ; le pressait, sans aucun ménagement, de les sanctionner ; le menaçait, en cas qu'il ne sanctionnât pas , de donner sa démission , et de prévenir la nation sur ses dangers, en lui détaillant ses motifs. Le roi écoula avec une patience admirable celle impudente diatribe, et lui dit avec le plus .grand sang-froid : « Monsieur flolnnd , il y a Irois jours que vous m'avez envoyé votre lettre; ainsi il était inutile de la lire au conseil, puis qu'elle devait rester un secret entre nous deux. »
■ Nom cmjifliu defolr remarquer que rall-il rapport* par tireur une éliront-
ni la phrua ci'fc par Dumoulin, ni au- i ln ce qui amirave les lorlu de Roland
tune eiolre icnihluMr, ne ac Irouïc dîna dans celle affaire , on Holnnd nornil-U
relie lellre, publiée par le Moniteur, fait dùpn ra lire de ta I élire Iratiprei-
liirujne l'.dliuiil. !.■ l.'iulMimin :1c son su. us ijiii lui nuit rfprodirVs 7 fL'i-sl une
Haro), erotderoir la communiquer à quotion qu'il n'est pu nWdereioudre. l'aiscinhUï létHlatiic, qui en ordonna. {Sole dt l'édlleur. )
l'impreHton. Le général lluinonrlci III-
ÉCLAIRCISSEMENTS HISTOBIQUES
Le lendemain malin , Duniouriez fut appelé au château. 11 trouva le roi dans sa chambre avec la reine, qui lui dit d'abord : « Croyezvous, monsieur, que le roi doive supporter plus longtemps les menaces et les insolences de Roland, elles fourberies de Sèrvan et de Claviêre? — Non , madame; j'en suis indigné; j'admire la patience du roi, et j'ose le supplier do changer entièrement son ministère: qu'il nous renvoie sur-le-champ tous les six , et qu'il choisisse des hommes qui ne soient contés d'aucun parti. — Ce n'est pas là mon intention , dit le roi. Je veux que vous restiez , ainsi que Lacoste et le bon homme Duranton. Rendez-moi le service de me débarrasser de ces Irois factieui insolents, car ma patience est à bout. — La chose est dangereuse , sire ; mais je l'exécuterai. Je vais vous proposer des conditions. Cependant permettez que j'insiste avant tout sur ma première proposition. Je suis en butte aux trois factions qui divisent l'assemblée et Paris. Tous les journaux disent à présent du mal do moi , je suis entièrement dépopulnrisé ; et comme ce n'est que par l'opinion qu'on peut retenir quelques (ils du gouvernement; ils me sont tous échappés : je ne peux repliement pas vous être utile ; peut-être même que la haine qu'on me porle nuira à votre majesté. Réltéclùssczy, sire; on va dire des trois ministres qui vous resteront, qu'ils sont devenus aristocrates et conspirateurs. Je crois qu'il vaut mieux que nous partions avec les autres. Je vous ajouterai, avec la franchise qui est un devoir, surtout dans un temps aussi dangereux , que Lacoste et moi sommes inébranlables sur la constitution. >
La reine parut chagrine; le ministre la regardait en ce moment. Le roi dit :« Je connais bieu vos principes , et je sais qu'il faut que la constitution ait lieu. C'est pour cela qu'il faut que vous restiez au conseil. Dépêchez- vous de me nommer trois nouveaux ministres. — Sire, j'ai eu l'honneur do vous dire que je vous proposais des conditions. Les voici : sanctionnez les deux décrets, et nommez uu secrétaire du conseil le jour même que vous choisirez trois nouveaux ministres. — Cela ne se peut pas , » dit le roi.
La reine se récria aussi sur la dureté des conditions. « Elles sont nécessaires à votre sûreté, » dit le ministre; et, se tournant vers la reine , il la conjura avec attendrissement de s'occuper du sort du roi et de ses enfants, et de sejoindreà lui; et do suite il lui redit tous les arguments qu'il avait faits au roi dans le conseil , et il ajouta : « Si j'ai trouvé la sanction nécessaire avant que sa majesté m'exprimât son juste désir d'être débarrassée des trois factieux qui la tounneD-
ET PIÈCES OFFICIELLES
lent, pensez combien à présent je h ju^e indispensable! Si le roi applique son refo dans cette circonstance , les trois ministres passeront pour victimes de leur patriotisme, et je ne réponds pas que sous peu de jours il n'arrive les événements les plus violents, qui vous arracheront peut-être votre couronne. Quant à moi , je préviens votre majesté que je ne peux pas aller contre mes principes. Je pense réellement comme ces (rois hommes sur les trois propositions. Je peux vous assurer que Lacoste cl Durant on pensent de même ; je ne sais ce qu'ils feront dans celte circonstance : quant à moi , dussé-jo avoir le malheur de vous déplaire , je suis forcé de vous déclarer que je ne resterai pas au conseil , si votre majesté ne sanctionne pas les deux décrets. »
Le roi se fâcha d'abord , et Dumouriez allait sortir de sa chamhrc ; la reine le rappela, et lui dit : « Pensez , monsieur, combien il est dur pour le roi de sanctionner un décret qui amène à Paris vingt mille coquins qui peuvent le massacrer. — Madame , il ne faut pas s'exagérer le danger. Le décret dit que le pouvoir exécutif indiquera le lieu de rassemblement de ces vingt mille hommes, qui ne sont pas des coquins. Il dit aussi que le ministre de la guerre se chargera de leur donner des ofllciers et un mode d'organisation. Il faut que la ministre que le roi choisira indique Soissons.; qu'il y nomme pour commandant un lieutenant général ferme et sage, avec deux bons maréchaux de camp. On formera ces hommes par bataillons : à mesure qu'il y en aura quatre ou cinq de rassemblés et d'armés , le minisire profitera des demandes des généraux pour les envoyer à l'une des trois armées; et ce décret, fait avec mauvaise intention, bien loin d'clre nuisible , deviendra utile. -«■ Mais ctes-vous sùr d'obtenir la permission de faire ce rassemblement à Soissons ? — J'en réponds., — En ce cas , dit le roi en sortant de sa tristesse , il faut que vous preniez le ministère de la guerre. — Sire , je n'ai qu'une responsabilité légère et indirecte au département des affaires étrangères; celle de la guerre est directe, et de plus de quatre à cinq cents millions : vos généraux sont mes ennemis; je répondrai de leurs fautes. Mais il s'agit de la sûrejé de votre majesté, de son auguste famille, et de la constituliori : je ne balance pas. Vous voilà donc d'accord de sanctionner le décret des vingt mille hommes? — Oui, volontiers, si vous êtes minisire de la guerre; je me lie entièrement à vous.
■> — Il n'yaplus de difliculté , sire, au secrétariat du conseil: choisissez vous-même un sujet en qui vous ayez de la eoiilianco , ou
ECLAIBCISSEIIENTS HISTORIQUES
rapportez-vous-en à M. de La porto. — Fort bicu. Je lui eii parlerai, cl vous arrangerez cela ensemble.
« — Venons au décret des prêtres. — Oh ! celui là, je ne peux pan m'y dû ter miner. — Sire , vous vous êtes mis vous-même dam la nécessité de le sanctionner, en sanctionnant le premier. — J'ai fait une grande faute , et je me la reproche. — Sire , si vous ne sanctionnez pas ce décret , celle seconde faute sera bien plus grande , car vous mettez le poignard sur la gorge de ces malheureux prêtres. »
La reine avoua que le ministre n\rut i ,iison , et elle appuya forteini'iit son opinion. Le roi était très-agité. Dumourieî te pressait Irésvivement, en lui disant qu'il fallait absolument celte seconde sanction pour parvenir à son but. J'.nlin ce prince la promit , après avoir montré la plus grande répugnance.
Le soir même, il y eut conseil. Las trois ministres furent encore plus insolentsct plus aigres qu'à l'ordinaire ; ils pressèrent le roi Irèsilurement de donner ou de refuser sa sanction, menaçant que , dans ce dernier cas , leur démission était toute prêle. Il y avait si peu do * secret au château, que déjà au hout de six heures on disait, dans Paris que Dumouriez avail changé de parti, et que plus de vingt feuillants s'étaient présentés à sa porte, demandant à le voir '. .Le conseil tut très-court ; le rui le rompit avec humeur et dignité. M écrivit le soir même uu billet à Dumouriez, pour le presser de lui proposer trois ministres.
Dumouriez monta le matin au château , et proposa au roi pour ministre de l'intérieur, à la plai e d& Roland , Mourgues de Montpellier, protestant, bon citoyen , plein d'esprit et de connaissances, qui avait travaillé à un cadastre de la France, qui était de plusieurs académies , et qui avait fait de très-bons mémoires bien constitutionnels sur la révolution. Il avait été du club de 1789, et depuis de celui des feuillants : il s'en était retiré. Il avait une grande droiture, ud travail lacile, et un caractère ferme: il fut agréé.
Il proposa pour ministre des affaires étrangères Emmanuel de
train qui caractèriient le ntau le purli à la fait 1*1 ta iruii et aet enneinïa.; cl île la mur à toute) I» époques île la ri- ai l'an était Juile , on dorai! ueulîire. Yolmion. On peut dire arec miaou qoe imputer eeienceéa salant a rimprudenco ai luua leiparlbi commirent aloridcefau- Se ceui qui In eu m ha ni rem, qu'à la perte* gruvea, aucun ne «e trahit lui-même serrante et au tournée de teui qui a.ee aulant do légèreté** d'ineonaidéra- l'ont défendue, tiun que celui dei hommea qui , k l'épo. <-Vo(e dt Vidittur )
ET PIÈCES OFFICIELLES
Mauldc, qui avait été jacobin modéré, ou SéinonviUo, ou Naillac, ministre à la cour îles Deux-Pouls, qui était iibsoluiiieut neutre, avant été fort peu de temps il Paris. Le roi préféra Naillac.
Pour tes finances il lui proposa Vcrgennes, neveu de l'ancien ministre, qui s'était montré constitutionnel impartial ; mais en avertissant le roi qu'il avait refuse la proposition, ainsi que Amelot, ta Fontaine, et plusieurs autres. Le roi envoya sur-le-champ chercher V (Tiennes, qui, les larmes aux yeux, refusa absolument , quoiqn'eu lui montrant le plus grand attachement. On convint que ce ministère , qui était le moins important, resterait vacant , pour se donner le temps de faire un bon choix ; et que Mourgues , ministre de l'intérieur, se chargerait de ce portefeuille pendant l'intérim , ainsi que Dumouriez île celui des affaires étrangères, jusqu'à l'arrivée de Naillac, à qui il envoya un courrier.
l.o I 3 juin au matin les trois factieux eurent leur lettre de renvoi ; . et le 13 au soir le conseil s'assembla. Les quatre ministres , à qui il avait rendu compte des conditions de ce changement, convinrent entre eux que si le roi, après avoir obtenu ce qu'il désirait si ardemment, changeait d'avis sur la sanction, et la refusait, ils donneraient lousala fois leur démission, pour ne pas se charger de celte faute, qui perdrait la famille royale, et pour ne pas passer pour des intrigants et des ambitieux qui avaient sacrifié leurs principes à leur élévation. Le reproche serait tombé surtout sur Dumouriez., que dés lors on regardait comme premier ministre : aussi , quelque parti qu'eussent pris ses collègues, était-il décidé à ne pas rester en place si le roi appliquait son veto. Hélas! co malheureux prince ne fut que trop égaré par ses faux amis; il manqua à sa parole, et se perdit!
Pour ne pas mettre de confusion dans sa narration , Dumouriez va placer de suite ce qu'il a fait dans le nouveau département qu'il venait de prendre, pendant les quatre jours qu'il en a rempli les fonctions. Jamais homme n'est entré dans une charge publique avec autant de désavantages, et avec plus de probabilité de ne l'occuper que quelques jours : car dés le premienil était presque sur d'être forcé de donner sadémission ; dès le second il l'avait donnée. Tout autre à sa place serait resté dans l'inaction ; mais il voulut au moins rendre a son successeur, quel qu'il fut, le service de remettre l'ordre, et la conliance dans ses bureaux, pour lui adoucir son pénible emploi. 11 voulut aussi, avant de quitter le ministère, donner de la dignité ù ces places, qui, chargées d'une grande responsabilité , étaient encore dans le
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eus d'être avilies par la grossièreté et la pétulance des comités correspondants avec chaque ministre, ou de l'assemblée nationale ellemême.
Dans la nuit du 13 il composa un mémoire sur le département de la guerre, et il alla le lire à l'assemblée : il rendra compte plus loin do la scène orageuse qu'il produisit. Co mémoire a été depuis imprimé plusieurs fois et consulté ; et celte impression, que lesgirondistes et les jacobins avaient demandée pour en Taire une pièce probante conlre lui , est devenue sa meilleure justification , lorsque les esprits calmés ont pesé, d'après une froide lecture , des vérités frappantes. • -
Dans ce mémoire il reprochait aux législateurs d'avoir voté en quinze jours la lovée de deui cent quarante mille hommes , de manière à ce que leur décret fut inexécuta) île. Il disait que toutes les fois que le ministre de la guerre ou de la mirine proposait une levée ou un armement il devait présenter en même temps un état estimatif de la dépense ; et que l'assemblée nationale ne devait jamais donner le décret de formation sans avoir auparavant examiné l'état estimatif, et assuré par un second décret les fonds à la disposition et sous la responsabilité du ministre ; que par ce procédé on serait sur d'avoir des troupes , au lieu qu'en ne donnant qu'un-décret vague et sans fonds assignes , on ne faisait que tromper la nation, qui calculait ses forces sur la teneur des décrets, lesquels restaient sans exécution.
II disait ensuite que, pour procéder sagement, il ne fallait jamais faire une nouvelle levée avant d'avoir complété les anciens corps. Les bataillons d'infanterie de ligne devaient cire portés à huit cents hommes. On avait été obligé pour les porter à ce nombre de fondre les seconds bataillons dans les premiers , et les seconds se trouvaient n'être plus que de trois à quatre cenls hommes: ainsi on n'avait réellement de disponible que cent cinq bataillons , au lieu de deux cent dix qu'on aurait eus si on avait commencé par décréter le complet de l'infanterie de ligne ; ce qui aurait procuré cent soixante et dix mille hommes d'infanterie régulière et bieu organisée, pendant qu'on n'en avait que moitié.
De même on avait formé en 1791 quatre-vingt-trois bataillons rte volontaires nationaux, qui ne montaient qu'à cinq cent soixantequatre hommes chacun , y compris les officiers. Comme ils devaient être portés sur le mémo pied que l'infantcrie-de ligne, il disait qu'où aurait dû ordonner îe complet de trois cents hommes par bataillon
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avant de décréter la eréalion de cent vingt nouveaux bataillons lie volontaires nationaux, alin que celte nouvelle levée ne nuisit pas au complètement des quatre-vingt-trois bataillons. Si on avait complété les ileux cent dix bataillons d'infanterie et les quatre-vingt-lrois de volontaires nationaux , on aurait eu un corps de bonne iutanlerie de ilcux cent treille -quatre mille hommes; ee qui aurait suffi.
Il faisait les mêmes raisonncrocutssurl'artillerie, la cavalerie et les places. 11 voulait qu'on portât l'artillerie et la cavalerie au grand complet de guerre , réjJé par les anciennes ordonnances. Il y avait alors soixante-huit régiments de troupes à cheval , qui , portés au complet de huit cents hommes, auraient donné un résultat de cinquante -quatre mille hommes , au lieu qu'on n'en avait pas la moitié ; et que le projet qu'on avait décrété de faire marcher à la guerre un homme par brigade de l'ancienne maréchaussée, revélue alors du nom do gendarmerie nationale, dépouillerait les départements de leur sauvegarde contre les séditieux et les malfaiteurs, et donnerait tout au plus un renfort de deux ou trois mille hommes d'une cavalerie très-dispendieusc , sans ensemble , et inutile parce qu'elle n'avait pas l'hahiludede se ballre en escadron. Quant à deux nouveaux corps d'artillerie, il disait qu'ils ne pourraient pas être propres à la guerre aussitôt après leur levée ; qu'ainsi c'était un abus. Il parcourait ensuite le corps des commissaires des guerres , les bureaux , les marchés , les entreprises , les établissements ; il donnait des aperçus sur tout.
Il commençait el terminait son mémoire par des conseils sur les factions , sur les égards dus aux ministres. Tout cela fut mal pris ; il s'y attendait. Les membres du comité militaire l'accusèrent do faire une satire amère contre son prédécesseur et contre eux-mêmes , parce qu'il dénonçait les abus , et surtout l'état déplorable des places, qu'on avait toujours annoncé à ressemblée être dans un état formidable.
Pour réponse à cette imputation il envoya au comité les rapports qu'il avait de toutes les places ; il demanda qu'on nommât des commissaires pour aller vérilier ces rapports et en rendre compte à l'assemblée.
On l'accusa aussi d'imprudence e! presque de trahison , parce quo son mémoire, en dévoilant la faiblesse des armées et des places , devait apprendre à l'ennemi les points où il devait nous attaquer. Il répondit quo ce n'était pas sa faute si la forme publique de traiter toutes les affaires en excluait le sccrcl ; qu'il serait encore plus dan-
gcreux d'endormir la nation dans une fausse sécurité, par des rapports mensongers et des décrets sans exécution ; que l'ennemi connaissait notre faiblesse aussi bien que nous; que la preuve qu'il n'était pas en état d'en profiter, c'est qu'il ne l'avait pas fait, malgré lo.tébul hou teux delà guerre; qu'on avait donc tout le temps de réparer le mal, en employant avec méthode les ressources immenses de la France.
Le grand écucil du ministre de la guerre était la responsabilité d'une comptabilité de plusieurs centaines de millions. La partie la plus effrayante de celte comptabilité, celle sur laquelle il était impossible qu'un ministre de la guerre ne fût pas perdu facilement , quoique intègre, était celle des marchés. De Gravé s'était mis le plus à l'abri qu'il avait pu, par l'établissement d'un comité central, qui, sans partager sa responsabilité, en diminuait cependant le poids, parce qu'aucun marché no pouvait élre conclu sans passer par l'examen et la ratification de ce comité. Servan, plus audacieux, n'avait plus employé le comité central à cet usage, et passait (es marchés dans son cabinet, téte à tête avec les entrepreneurs.
Dumouriez, dans un règlement qu'il composa, rétablit l'inspection du comité, et il y ajouta une mesure qui sauvait touto la responsabilité ministérielle : c'était que tous les marchés à passer seraient renvoyés au commissaire ordonnateur -du déparlement de Paris, pour être passés publiquement à l'enchère à l'hôtel de ville, devant la municipalité, après avoir été débattus devant le ministre de la guerre et
Ce même comité devait, tous les huit jours, examiner le travail des premiers commis de chaque bureau de la guerre. Il divisa en deux. parties celui des fonds, pour la facilité de sa comptabilité. Par son règlement, les premiers commis reprirent confiance. On les Irailait tous d'aristocrates; ils ne s'étaient montrés que trop démocrates dans l'insurrection de Versailles.
Il écrivit à tous les généraux son opinion sur le genre de guerre qu'on devait adopter; et il exhorta Luckner, qui avait remplacé Ilnchauibcau, à pousser vigoureusement l'expédition des Pays-Bas. Il lit marcher tous les régiments qui étaient à portée de Paris, pour renforcer sou armée; et dans ces trois jours, outre son règlement qui n'eut pas lieu, il fit plus de quinze cents signatures. Ou va voir dans ce qui suit que celte activité est d'autant plus mér jtoire , que ce court espace de temps fut excessivement orageux.
Il faut reprendre le ht des événements depuis le moment de sa no-
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minalion. Les aristocrates et les fenillûuls triomphèrent d'abord avec leur imprudence ordinaire. Comme il s'alfendait à ne pas rester en place, il n'avait pas voulu changer de maison. Ils vinrent en foule aux affaires étrangères pour le féliciter. Ils afforiaient de répandre qu'il était passé dans leur parti. Les girondisles et les jacobins déployaient de leur coté la rage la plus violente, et ne parlaient que de l'envoyer à Orléans comme un traître. Quant à lui , il fut bientôt détrompé de l'espoir de faire en même temps le bien du roi et le saint île la patrie : il ne regrettait point d'avoir délivré ce malheureux prince des trois factieux qui l'avaient tourmenté, mais il vit avec douleur que dès le jour même le roi abusait de celte démarche.
Dans le conseil même du soir, les quatre ministres dirent au roi qu'il était instant qu'il tint sa parole incessamment, avant que les factieux eussent le tempe démonter l'esprit du peuple ; sans quoi il n'aurait plus le mérite d'avoir donné sa sanction, et on dirait que ectacte ne se faisait que par crainte. Le roi , sans avouer précisément qu'il avait changé de volonté , remit au lendemain, et annonça un conseil extraordinaire pour une heure après-midi. Dès lors les ministres se menèrent de lut, et se renouvelèrent la promesse de se retirer tous les quatre à la fois si le conseil du lendemain 14 no décidait pas la sanction. Il y eut de part el- d'autre assez d'humeur, elle roi et ses 1 ministres se séparèrent avec un air de réserve qui promettait un mauvais dénoûment à cette crise, '
Le 14 , à onze heures du malin, Dumouriez monta chez le roi, qui avait écrit au présidentde l'assemblée pourlui annoncer le renvoi des trois ministres et leur remplacement. Le ministre proDIndece moment où ils étaient seuls , pour le conjurer de nouveau d'être fidèle à sa parole. Louis , contre le caractère qu'il loi avait montré pendant trois mois, dissimula jusqu'à lui dire que des ecclésiastiques qu'il avait consultés étaient du même avis que lui. Il quitta le roi pour aller se présenler à rassemblée et y lire son mémoire; il s'attendait bien à un orage , mais il ne prévoyait pas l'incident qu'il devait rencontrer.
On s'attendait, à l'assemblée, à l'apparition du nouveau minisire. Les feuillants étaient convenus, quoi qu'il arrivât , de garder le plus profond silence. Los jacobins avaient rempli les tribunes de leurs satellites, les girondisles avaient préparc un coup de théâtre don! ils attendaient lopins grand effet. Depuis dix heures du malin, ils avaient introduit à l'assemblée les trois ministres disgraciés , sous prétaite
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de rendre compte des motifs de leur renvoi; ils y avaient été reçus comme des victimes de I aristocratie , comme des martyrs de la
Roland avait eu la lâcheté de lire sa lettre au roi, cette lettre qui devait être un étemel secret entre ce monarque et lui. C'était diriger les poignards, contre ce malheureux prince. Chaque phrase de cette imprudente lettre reçut les applaudissements de l'enthousiasme ; ou en décréta l'impression et l'envoi dans les quatre-vingt-trois départements, pour mieux répandre le désir de la vengeance. On jura la perte du ministre ambitieux qui voulait rétablir la tyrannie, et la lùclie perfidie de Itoland passa pour un acte héroïque.
C'est sous ces auspices que Dumouriez entra dans la salle. Au milieu des cris confus, des hurlements féroces qu'excita sa présence, il entendit prononcer le décret qui ordonnait l'impression et l'envoi aux quatre-vingt-trois départements de la lettre de Roland.
Comme la révolution , quelque cruelle qu'elle soit devenue, n'a pas encore fauché la totalitédes nombreux spectateurs de cette séance indécente, il peut, sans crainte d'être démenti , assurer que la seule émotion qu'il éprouva fut celle de rindignation.il demanda très-froidement la parole, et commença par annoncer la mort du général Gouvion. « Ce brave homme est heureux, dit-il, d'être mort en combattant contre nos ennemis, et de ne pas être témoin de nos affreuses discordes. J'envie son sort. » Celte nouvelle affligeante lit une pelite diversion. On délibéra sur ce que l'assemblée devait faire pour marquer son regret à la famille de ce général. 11 fut décidé que Je président lui écrirait une lettre
Alors le ministre demanda une seconde fois la parole : dès qu'il eut lu le titre Mémoire sur le ministre de la guerre, la Gironde et les jacobins commencèrent à hurler pour qu'on ne lui permit pas la lecture. Mais comme toute assemblée est curieuse , surtout quand elle est française, on fit cesser le bruit. L'exorde de ce mémoire était contre les factions, et suc les égards dus aux ministres. Guadet s'écria, d'une voix de tonnerre : * L'entendez -vous? I) se croit déjà si sûr de la puissance , qu'il s'avise de nous donner des conseils. — Eh ! pourquoi pas? » s'éeria le ministre en se tournant vers la Montagne. Cette réponse hardie étonna même les plus furieux. Il continua à lire, et fut souvent interrompu par des buées; mais à deux endroits on oublia qu'on devait trouver tout détestable , cl on l'applaudît universellement. Les feuillants jouissaient dans le silence.
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KT niiCFS OFFICIELLES.
Dos qu'il eut cesse do parler, un membre du comité mililairo, nommé Lacuée, moula à la tribune pour démentir toutes les calomnie du ministre : celui-ci remit avec affectation son mémoire dans sa poche, comme s'il voulait l'emporter. Les girondisles s'en aperçurent : un d'eux s'écria qu'il voulait s'enfuir avec son mémoire; qu'il Fallait l'en empêcher ■ parce que cette pièce servirait à te confondre. Alors il le tira froidement de sa poche , et le remit à l'huissier ; celui-ci à un secrétaire, qui s'écria : « Cette pièce n'est pas signée. — Qu'il la signe I qu'il la signe ! » s'écria-t-on avec fureur. On lui apporta une plume et de l'encre ; il signa. L'huiBsier voulut reprendre le mémoire : il lui fit signe de la main, se leva gravement, alla placer d'un air très-fier le mémoire sur le bureau, traversa toute la saltc au petit pas, et sortit par la porte d'entrée qui est au-dessous de la Montagne, en lisant ses ennemis avec lierté. Le vrai courage a toujours eu droit d'imposer à la multitude.
Il n'y eut pas une huée , pas une parole , pas un cri. Le plus grand silence l'accompagna. Le peuple se précipitait des tribunes et des corridors de la salle , pour le voir de plus près. 11 fut entouré à la porte des feuillants, el il ne vit pas sur un seul visage l'expression de la colère. Trois ou quatre députés sortirent après lui , fendirent la presse, et lui dirent avec émotion : « Ils font le diable là-dedans; ila voudraient bien vous envoyer à Orléans.— Tant mieux, dît-il d'un air calme ; j'y prendrais des bains et du petit-lait , et je me reposerais. » Ce peu de paroles lui attira l'intérêt de tout ce peuple, et beaucoup île personnes firent son éloge. 11 entra avec les députés dans le jardin des Tuileries , s'y promena, et leur dit : • L'impression de ce mémoire est une maladresse de mes ennemis, qui me ramènera tous les bons citoyens. A présent que vous êtes ivres et fous, vous venez d'élever aux nues une infâme perfidie do Roland. «
Il monta au château : le roi l'applaudit beaucoup de sa fermeté , et lui apprit que sa contenance avait atterré le parti de la Gironde , et que sur ses propositions fougueuses on était passé à l'ordre du jour. Le conseil s'ouvrit : le roi alors déclara nettement qu'il consentirait à donner sa sanction au décret des vingt mille hommes, mais qu'il ne pouvait pas se résoudre à sanctionner te décret des prêtres.
Les quatre ministres lut parlèrent l'un après l'autre avec une respectueusefermeté; ils lui annoncèrent qu'il se perdrait. Il leur dit que son parti était pris, et il lut un projet de letlreau président. Il leur dit ensuite : - Je vous chargerai demain do celte lettre : réfléchis-
ÉCLAIRCISSEMENTS HtSTGBIQURS
se* y. Un de vous la contre- signera , et vous la porterez ensemble à l'assemblée. « Jamais Louis n'avait parle d'un ton si impératif.
Bien ne ressemblait davantage à l'ancien régime, et rien ne convenait moinsadesministres constilutionnels, responsables, et chargés de la confiance d'une nation libre. Dumouriez demanda froidement au roi s'il n'avait rien de plus à leur ordonner. Non, dit le prince , (rès-embarrasséde la démarche brusque que ses faux amis lui avaient fait faire; et il se retira avec l'air confus.
Au sortir du conseil les ministres se rassemblèrent, et convinrent d'écrire au roi pour lui demander une audience particulière pour lé lendemain malin. Ils arrêtèrent qu'ils n'entreraient dans aucune explication, tous leurs arguments étant épuisés sur cette matière; mais qu'ils le supplieraient de leur accorder la liberté de se retirer. .
Cependant les jacobins et les girondistes, ainsi que le maire Pétinn , agissaient avec la plus grande activité , par leurs émissaires , pour agiter le peuple des faubourgs. Eu rentrant chez lui, Dumouriez fut averti par plusieurs billets qu'il y avait des rassemblements dans le faubourg Saint-Antoine. Il écrivit aussitôt un billet au ri.i pour lui annoncer cette nouvelle , qui «tait vraie , qui n'eut pas de suite ce jour-là, et dont l'effet fut relardé paries événements du lendemain et des jours suivants. Le roi communiqua sans doute cette lettre à ses perfides conseillers : on lui persuada que c'était un mensonge pour l'effrayer; peut-être alla- t-on même jusqu'à lui faire croire qui! c'élait une perfidie de ce ministre.
fendant ces trois ou quatre jours il n'a plus reconnu du tout le caractère doux et confiant de Louis , qui lai répondit : « Ne croyez pas, monsieur, qu'on parvienne à m'effrayer par des menaces; mon parti est pris. »
11 gémit de cette erreur , et il récrivit au roi : « Sire , vous me connaissez mal, si vous m'avez cru capable d'employer un moyen aussi indigne. Mes collègues et moi desirons que vous nous fassiez la grâce de nous recevoir demain à dix heures du matin. Je supplie votre majesté de vouloir bien me choisir un successeur qui puisse me remplacer sous vingt-quatre heures, vu l'instance des affaires du département de la guerre, et d'accepter ma démission. « Il fit porter t:a billet important par Bonne- Car rerc , pour -être sur d'en avoir une réponse , qui vint à minuit. Elle disait : - Je verrai demain mes ministres à dix heures, et nous parlerons de ce que vous m'écrivez. »
Dans le momentoùlembisb-e avait reçu le premier billet du roi , et
BT PIÈCES OFFICIELLES.
qu'il in i ijmiiihit , il ,iv;iil d i us son rahitu-t quatre députés, Hou ver , Lac-roi* , Iléraull cl Uulmas , du nombre des impartiaux , qui ignoraient ce qui se passait, et lit croyaient Ires-bien avec le roi. H leur Jut te billet qu'il écrivait , qui étonna beaucoup , et dont In nouvelle rqxmdue dessilla les yeux de tous les impartiaux de l'assemblée , ijui jugèrent alors que lu ministre n'était ni un traître ni un ambitieux ; ce qui luur donna dès lors de grands préjugé». contre le parti de la Gironde. Il en prit occasion pour leur reprocher les applaudissements qu'ils avaient prodigues à la perfidie de Itoland , qui , par la lecture et la publicité de sa lettre, travaillait indignement à provoquer les assassins, et h diriger tous les poignards sur lapoilrine du mal lieu-
Il recul dans la tnèmesoirée une autre visite très-différente. H .connaissait depuis trente ans un homme de beaucoup d'esprit, trèsinitié dans la faction des feuillants , qui , sous prétexte d'affaires , avait obtenu de lui plusieurs rendez-vous particuliers , dans lesquels , sachant sa brouillerie avec la Gironde et avec ses trois collègues, il avait cherché plusieurs fois à l'engager à se joindre aux feuillants. Il lui avait toujours répondu négativement.
A celte dernière entrevue cet homme leva le masque , et , prenant l'air du plus grand intérêt , lui dit : « Mon ami , je ne viens plus vous faire des propositions de la pari do notre parti. Vous êtes perdu si vous ne vous jetez dans nos bras : c'est votre dernière ressource , et nous vous tenons. Vous serez victime de tous les cotes si vous ne consentez pas ii faire demain de bonne grâce un coup de vigueur, que je ferai valoir. — Quel est ce coup de vigueur ? d'il te miiiislre en souriant. — C'est de vous dépêcher do contre-signer vous-même la lettre que le roi veut que vous portiez au président , de peur qu'un autre n'en ait le mérite. Dans ce cas, nous vous raccommoderons avec la Fayette, qui vient exprès à Paris pour vous poursuivre. C'est le dernier conseil d'un ami. — Vous êtes des êtres atroces , fui dit le ministre sans s'émouvoir; mais vous n'êtes que des enfants. Vous égarez le roi et la reine , vous les perdrez : vous vous croyez les plus Torts , vous n'êtes tous que des intrigants. Vous pouvez dire cela h votre parti ; et je vous conseille à vous , qui faites ici l'office d'ami , do vous tirer de cette clique , qui Unira mal. «
' Cm ncruaniiipm contre Uolunil mim! ndiipdT aMIis cmiMiltir lia Mrmuiri!» ili! eitrfmcmrnt fraies, Mriii où mut If! sa femme.
prcu»cj7 11 du sicail [ms juslc du Ici | H oh de l'éditai!-.]
Cette conversation lui mita découvert toute la conduite des feuillants. Voyant qu'ils ne pouvaient pas enrôler le ministre malgré sa brouillerie avec la faction opposée , ila avaient travaillé à le perdre en le jouant ; et malheureusement ils avaient engagé la reine dans cette intrigue , plus puérile encore que perfide!
11 était donc très-clair que cette faction avait d'abord trompé le rot et la reine, pour les amener à tromper eux-mêmes Dumouriez; et, après avoir enferré celui-ci , ils voulaient en faire ou leur victime ou leur esclave. Il gémit sur cette atrocité mal concertée, qui ne faisait que le débarrasser d'un cruel fardeau, mais dont tout ie danger allait retomber sur la famille royale.
Le 15, à dix heures du matin, les ministres se rendirent chez le roi, qui les reçut dans sa chambre. Duranton porta la parole, et dit respectueusement, et même avec tendresse , qu'ils venaient, avec tout le regret possible , lui offrir tous ensemble leur démission , parce qu'il leur était impossible de se résoudre, contre leur opinion et contre leur conscience , ainsi que coulre son propre intérêt , à contresigner sa lettre au président. Comme il voulut parler du danger de la responsabilité , Lacoste l'interrompit vivement , et dit : « Ce n'est pas notre responsabilité qui nous arrête, sire, c'est votre danger; et nous vous conjurons de le faire cesser. » Ce prince était très-agité. Il se tourna vers Dumouriez, et lui dit : « Êtes-vous toujours daus les mêmes sentiments de votre lettre d'hier au soir P —Oui, sire, si votre majesté ne se laisse pas toucher par notre fldélitéet notre attachement. — Eh bien , dit te roi avec un air tris-sombre , puisque votre parti est pris, j'accepte votre démission; j'y pourvoirai. >■ Mourgues lui présenta un papier, en lui disant : •• Sire, voici la mienne; je la donne avec bien du regret. » Le roi la prit. Les deux autres n'avaient pas.apporh: la leur , mais l'avaient donnée de bouche.
En sortant de la chambre du roi , il fut abordé par ie duc de Nivernois, Laporle et Septeuii, qui furent consternés quand il leur dit que c'en était fait, flomainvillicrs , commandant de la garde nationale , vint lui demander ses ordres , parce qu'il y avait de nouveaux mouvements dans les faubourgs : « Allez prendre ceux du roi, et no perdez pas do temps. Je ne suis plus rien ; le roi vient d'agréer ma démission. » Cette nouvelle Ri on ce moment dans lo château une impression doulouicuse, h ce qu'il parut.
Il était lui-même très-affecté , non pas de quitter une place dangereuse, et qui ne lui avait procuré, pendant trois mois, qu'une existence
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pénible et agitée, mais de voir toutes ses peines perdues, et le mi livre à la fureur do ses cruels ennemis par l'indiscrétion criminelle de ses faux amis. Il attendit chez lui toute la journée ses deux successeurs; car, quoique Naillac fut nommé et en route (il arriva trois jours après), il calcula bien que sa nomination ne tiendrait pas, et que la faction triomphante allait former un conseil tout feuillant , dont Naillac serait exclu.
Le soir du 15, il écrivit un second billet au roi , pour lui mander que,daus une circonstance aussi critique que celle où l'on allait se trouver, il croyait i|u' il n'était pas prudent de laisser le ministère delà guerre vacant , à cause des relations nécessaires avec la garde nationale de Paris : il n'eut point de réponse. Le lendemain 16 se passa de même ; il signa encore quelques expéditions absolument nécessaires pour les deux départements dont il était chargé , avec beaucoup d'impatience de se voir libre. Alors tout Paris et l'assemblée savaient que sa démission était donnée, et on fut peut-être étonné qu'il n'allât pas, comme Roland, se présenter lâchement pour en expliquer les motifs.
11 n'eut pendant ces deux jours aucune communication directe avec le château ; mais il fit avertir la reine de ses dangers par une dame qu'elle aimait beaucoup, et lui fit donner le conseil d'engager son auguste époux à sanctionner les deux décrets; conseil bien dénué d'intérêt personnel, puisque sa démission était donnée et acceptée. Il a su depuis que cette princesse, abusée, lui avait su très-mauvais gré de cet avis. Enfin , le 17 au matin, il vit entrer chez lui Chambonas, h qui il remit le portefeuille des affaires étrangères , et Lajard, à qui il remit celui de la guerre. Il se retira chez le baron de Scbomherg, son neveu.
Le nouveau conseil fut composé de Duranlon et Lacoste , que le roi força l'un et l'autre à rester, parce que les courtisans calculèrent qu'il fallait qu'il se donnât unair d'impartialité, et peut-être un moyen de traiter de nouveau avec la Gironde, en gardant Durai) ton, qui avait été entièrement donné par eux. On abusa même île ce bon homme, au point de lui faire contre-signer et porter à l'assemblée le veto. Il pensa en être la victime, et il fut trop heureux , trois jours après avoir fait cet acte de faiblesse, do so faire renvoyer, et d'aller se cacher dans sa province.
Quant à Lacoste , il resta malgré lui en place , demandant tous 1rs jours lin successeur ; ce qui n'était pas facile à trouver. Il fut enveloppé dans la catastrophe du 10 août suivant. Ses confrères s' enfui-
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rciit; lui, qui n'avait rien à se reprocher , ne su cacha poial ; il resta à suit poste , fut mis eu prison , et ensuite en jugement.
Chambonas fut ministre des affaires étrangères : c'était un homme aimable, qui n'avait aucune connaissance dans cette partie. Lijard fut iuinistmdc!agu(Tre:i] avait été dcl'état-major parisien de la Fayette. Terrier île Uonciel , fameux feuillant, homme d'esprit, fut ministre de l'intérieur, et Dejoly, de lamême faction, fut ministre des finances.
Ce ministère débuta sous de très-mauvais auspices le 17 juin. Cinq jours après, il fut présent aux injures faites au roi dans son appartement. L'espoir de se venger, et les intrigues de la cour, le jetèrent dans des mesures téméraires et coupables, qui ont perdu te roi le lOaoùl. 11 s'était déjà [Vit iLis diaii^metits. Un jeune liommc, nommé d'Abancourt, avait remplacé Lajard. Dumouriez, alors à l'armée, n'ayant conservé aucune correspondance à Paris, ne se rappelle pas qui a remplacé Duranton.
Il écrivit encore au roi pour lui demander , pour le 8 au matin , un rendez-vous, alin définir avec lui son dernier travail de comptabilité di s dépenses scerèlos des affaires étrangères. Cette dernière conférence iui ayant été accordée, il monta au château. Dès qu'on l'y vit ou s'imagina qu'il allait rentrer en place , et plusieurs personnes l'entourèrent pour l'en féliciter.
Le roi le reçut dans sa chambre. Ce prince avait repris son air du bonté : Dumouriez était tres-ému. Il présenta ses comptes de la dernière quinzaine ; car , bien différent en cela do ses prédécesseurs , il avait accoutumé le roi à faire ce travail tous les quinze jours. Il lui apportait la feuille double, ne contenant que les sommes et les époques , mais sans spécification des personnes à qui l'on payait. C'était octte pièce qu'il envoyait au comité diplomatique. Mais en même temps il présentait au roi une feuille détaillée, avec la liasse de toutes les quittances. Ce prince les examinait très-curieusement, et dès qu'il avait signé la grande feuille le ministre et lui brûlaient ensem lile et la feuille explicative et les quittances. Ils y mettaient même un grand scrupule. Autrefois le roi gardait la feuille ; mais Dumouriez , qui se méfiait Je toutes les personnes qui entouraient ce prince, avait si fort insisté sur sa suppression que Louis par honnêteté, et pour ne com promet Ire personne, y avait consenti.
Quand ce travail fut fini il lui remil les six feuilles de compta hililé des trois moisqu'il avait géré ce département ; il lui laissa une feuille générale signée de lui, une autre qui Un donnait l'état des
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caisses de ce ministère, qu'il laissait furl riches. Lu roi lui donna di s marques de satisfaction de la netteté de ce travail , et lui (lit : " Vous allez dune joindre l'armée de T.tickner? — Oui, sire ; je quille aven délices cette affreuse ville. Je n'ai qu'un regret ; vous y êtes en danger. — Oui, certainement, dit Louis en soupirant. — Eh bien, aire, vous ne nouvel plus imaginer que je vous parle par quelque intérêt personnel ; une fois éloigné de votre conseil , je ne vous approcherai plus : c'est par fidélité, c'est par rattachement le plus pur que j'ose encore une dernière fois vuus supplier, pour l'amour de votre patrie , pour votre salut, pour celui de votre couronne, de voire auguste épouse, de vos enfants intéressants, de ne pas persister dans la funeste résolution d'appliquer votre reloaux deux décrets. Cette obstination ne servira à rien , et vous vous perdrez. — Ne m'en parlez plus; mon parti est pris.
« — Ah! sire, vous m'aviez dit la même chose, lorsque dans celte même chambre, devant la reine, vous me donnâtes votre parole de les sanctionner. — J'ai eu lort, et je m'en repens. — Sire, je ne vous verrai plus. Pardonnez-moi ma franchise ; j'ai cinquanlctroisons el de l'expérience. Ce n'est pas alors que vous ave/, eu lort, c'est à présent. On abuse voire conscience sur le décret des prélrcs , on vous conduit à la guerre civile : vous éles sans force , vous succomberez, et l'histoire, tout en vous plaignant, vous reprochera d'avoir causé les malheurs de la France par des scrupules déplacés. Voyez quel ridicule elle a imprimé sur Jacques H! Je crains encore plus pour vous vos amis que vos ennemis. »
Le roi était assis près de sa table, où il venait de signer. Dumouriez était dehout à coté de lui, les mains jointes. Louis étend sa main sur les siennes, et lui dit Irés-douloureuscmcnt : « Dieu m'est témoin que je ne veux que le bonheur de la Franc*. — Je n'en doute pas , sire , dit Dumouriez les larmes aux yeux , et pénétré de la plus vive sensibilité. Vous devez compte à Dieu, non-seulement de la pureté, mais aussi de l'usage éclairé de vos inlentions. Vous croyez sauver la religion ; vous la détruisez. Les prêtres seront massacres, votre couronne vous sera enlevée. Pent-étro même vous, votre épouse, vos cnfans... » Il colle sa bouche sur la main de Louis , qui, de son coté , répand des larmes. Ils restent un moment en silence. Le roi lui serrait In main. « Sire, si tous les Français vous ixiu-
désirez le bonheur de la France : eh bien , il exige le sacriliee de vos
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scrupules. Ceux qui vous les inspirent sont aveuglés par l> m- ■nlérèt mal entendu , cl pir l'esprit de faction, qui égiire tout le monde danB ce temps do révolution. Vous vous êtes sacrifié îles 1789 à votre nation ; continuez, les troubles cesseront, la constitution s'achèvera, les Français rentreront dans leur caractère, et le reste de votre règne sera heureux ; sa stabilité sera fondée sur des lois fixes. S'il y avait eu avant vous une constitution, vous n'auriez pas éprouvé tous les maux qui vous assiègent. Vous êtes encore le rnaitre de votre sort, votre àraoest pure; croyez-en un homme exempt de factions et de préjugés, qui vous a toujours dit la vérité. — -Je ra'atfendsà la mort, dit le roi tristement, et je la leur pardonne d'avance. Je voub sais gré de votre sensibilité; vous m'avez bien servi, je vous estime; et s'il vient un temps plus heureux je vous en donnerai des preuves. «
Il se leva précipitamment , et alla se mettre à une fenêtre au fond de sa chambre. Dumouriez ramassa lentement ses papiers, pour se donner le temps de composer son visage, et de ne pas laisser apercevoir son trouble aux courtisans en sortant. Celte longue conférence leur avait sûrement donné beaucoup de curiosité. Le roi, qui l'entendit ouvrir la porte, fit quelques pas pour se rapprocher, et lui dit très-affectueusement : ■ Adieu ; soyez heureux. »
Celle dernière entrevue est toujours restée profondément gravée dans l'âme de Dumouriez. Certainement elle doit s'être souvent retracée à la mémoire de co monarque infortuné , dans sa prison et à l'époque de sa mort. Il rencontra, en sortant, son ami Laporte, qu'il vit aussi alors pour la dernière fois. Ils s'enfermèrent dans une chambre ; il lui raconta en détail celte scène louchante. Laporte lui dit : « Tu m'avais conseillé de demander ma retraite, j'en avais cul'intenlion ; mais j'ai changé de résolution : mon maitro est en danger , je partagerai son sort. — Si j'étais attaché comme toi au service personnel du roi , lui répondit son ami , je penserais et j'agirais de même. J'estime ton dévouement , je t'en aime encore davantage ; chacuu de nous est lidèle à sa manière : toi à Louis , moi au roi des Français. Puissionsnous un jour tous les deux nous féliciter avec lui de son bonheur ! » Ils se donnèrent le dernier embrassement avec des larmes.
Il rentra chez lui, et ne retourna plusau château, ni à l'assemblée, ni dans aucun lieu où il aurait pu rencontrer des dépulés, de quelque faction qu'ils fussent , ou des ministres , ou des gens do la cour. Vivant |>enitaut neuf jours au sein de l'amitié , avec son neveu et sa nièce, dans un quartier fort éloigné; ne fréquentant que des pra-
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ait
monades solitaires avec quelques amis ; occupé de sa comptabilité, il apprit le 2 1 , avec la plus grande douleur, l'insulte faite au roi. Il ne pouvait lui être d'aucun secours : il se tint renfermé chez lui , et Lacoste vint lui en raconter les détails. La noble tranquillité du roi , le courage majestueux delareineetde madame Elisabeth , renouvelèrent toute sa sensibilité. Le fidèle Lacoste avait montré le plus grand courage, et s'était toujours tenu auprès du roi. 11 lui dit qu'au conseil précédent, à propos d'une dépêche, ce prince avait fait son éloge. Il pria son ancien collègue de l'assurer de son respect et de son dévouement.
Le 13, il écrivit au président de l'assemblée, et lui envoya son compte , en lui mandant qu'il n'en avait aucun à produire pour les trois jours <jn'il avait été ministre do lagoerre, parce qu'il ne s'y était fait aucune dépense que sur la comptabilité de son prédécesseur. Il lui annonça qu'il désirait avoir au plus tut un décret qui le rendit à ses fonctions militaires, et qu'il n'attendait que ce décret pour partir pour l'armée du maréchal Luckner. Dès le lendemain le rapporteur du comité diplomatique rendit compte de !a comptabilité de l'ex-ministre ; et ayant dit qu'elle était en règle, il reçut le décret le 24 , et partit le 20.
Ce compte était très-net et très-court ; il était en trois parties, sur trois feuilles. La première contenait la dépense ostensible des trois mois de sa gestion; elle était accompagnée des pièces et quittances. On y voyait les économies qu'il avait faites , qui laissaient un fonds décaisse considérable, sans toucher au courant. Elle était appuyée de la décharge de son successeur Chambonas. La seconde feuille contenait un certificat, signé du roi, de la dépense secrète des deux cent cinquante mille livres par mois, attribuées de tout temps aux affaires étrangères; H restait sur les sept cent cinquante mille livres des trois mois près de trois cent mille livres. Ainsi cette dépense courante secrète ne s'était pas élevée à plus de quatre cent cinquante a cinqcent mille livres; et cependant il y avait eu pendant le premier mois beaucoup de payements abusifs sur les bons des prédécesseurs. Il y avait aussi tous les arrérages des pensions secrètes à des étrangers , fet quelques dépenses payées sur des ordres verbaux du roi. La troisième p:irlie était une feuille à part lie la dépense secrète , prise sur les fameux six millions : elle montait en tout à quatre cent cinquante mille livres. Ainsi il restait en caisse, chez Ainelot, cinq millions cinq cent cinquante mille livres.
■I7H ïicJLAlllClSSEÏIENTS HISTORIQUES, ETC.
La surprise de l'assemblée fut extrême. On avait dit, publié, imprimé , que Dmnourie/ avait letlaincmcnl mangé ces si.\ millions , puisqu'il n'avait jamais voulu les omlier a son trésorier !iidcrinauu;t;t on avait toujours cru qu'il les tenait chozhii, parce qu'il n'avait jamais dil qu'il les avait laissés en dépôt à la caisse nationale. Les députés de tous les partis allèrent eux-mêmes vérifier le fiiil a la caisse d'Amelol; les jacobins y envoyèrent des émissaires ; et alors tout le monde rendit justice au désintéressement et à l' économie de cet ex-ministre.
Brissol était rapporteur du comité diplomatique : ainsi il fallait que les comptes du général Uumouriez fussent très- exacts pour qu'il n'y trouvât pas à redire. Il était lié avecliidcrmaim et Clavière, cl leurs euuomis avaient répandu des pamphlets qui les accusaient de n'être devenus ennemis du ministre que parce qu'il n'avait pas voulu remettre entre leurs mains les six millions pour les agioter et pour soutenir un achat de treize mille actions du la compagnie îles lmle>. Urissut avait porté un défi au ministre, en lui prescrivant de démentir celte calomnie ; celui-ci n'avait pas daigné répondre. Le vindicatif BlÏBSOt aurait bien voulu trouver jour à attaquer sa comptabilité; mais il fut au contraire forcé .de la déclarer exacte.
Ces mêmes jacobins, qui furent justes alors, ont depuis accueilli l'affreuse calomnie d'Hassenfralz, qui l'a accusé d'avoir volé douze cent mille livres sur les marchés des Pays-Bas, ou de s'être emparé de l'emprunt d'Anvers ; accusation absurde, car il eût fallu qu'il se donnât beaucoup de complices , au lieu que sur les six millions il eu pouvait mettre un , deux ou trois dans sa poche, sans que personne le sût, et sans être obligé d'en rendre compte- Les I Vaneais furent justes envers lui à l'époque de sa sortie du ministère. Ils ont été injustes depuis , parce que les crimes qu'ils avaient commis dans l'intervalle les avaient rendus atroces. Il est bien éloigné de confondre toute la nation dans ce jugement sévère. Tous les honnêtes gens de la France , et n'est encore le plus grand nombre, mais il n'est pas encore temps qu'ils se montrent , ont toujours été justes envers lui , comme lui envers eux-
US IlES tr,l..UHUISSEM£NTS HISTOAIQI'BS KT PIÈCES Ot'HCIEU-ES.