‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 3 sur 168 · LIV. I, — CI1AP. L · texte numérisé non relu

LIV. I, — CI1AP. L

tin; l'autre est veuve du baron de Schomberg, ou Schonberg, .Saxon , mort lieutenant général au service de France.

L'enfance de Dumouriez a été très-pénible. U est resté noué jusqu'à l'âge de six ans et demi, traîné dans une chaise roulante, et entièrement emmaillotté de fer. On ne connaissait pas encore eu France le système d'éducation de Jeaa-Jacques Rousseau , qu'on a ensuite porté à l'excès , parce que les Français outrent tout. La nature croissait à rebours dans cette prison de fer, l'enfant était rachitique, de mauvaise humeur, abandonné, parce qu'on désespérait de lui sauver la vie.

Par bonheur, un chantre de la cathédrale de Cambrai, qui enseignait la musique à ses sœurs, eut pitié de cet enfant, l'emporta chez lui , le délivra de ses fers, L'enfant , qui ne pouvait pas se soutenir sur ses reins, marcha pendant plusieurs semaines sur ses mains , reprit de la force , se redressa , et , contre toute apparence, est devenu très-robuste, et susceptible des plus grandes fatigues et des plus grands travaux. Ce second père était un prêtre respectable, nommé l'abbé Fontaine; il est mort fort âgé, chanoine de Cambrai. Outre tous les soins physiques qu'il prenait pour son pupille, qui est resté trois ans chez lui , il formait son âme, et la modelait sur la sienne, qui était bonne et vertueuse.

A oeuf ans et demi Dumouriez rentra chez son père, qui était un des hommes tes plus instruits et les plus vertueux de France. Il avait perdu sa mère; alors il était fort jeune; et tout ce dont il se rappelle, c'est qu'à sou enterrement l'abbé Fontaine fut obligé de l'enlever dans le moment où il se précipitait dans sa fosse. Son père se chargea de lui appreudre le latin, et te mit en état en six mois d'entrer en troisième. Alors il l'envoya à Paris, au collège de Louis le Grand. Cet homme respectable n'avait alors que huit mille livres de rente; il en sacrifiait quinze cents à l'éducation de son fils , et autant à celle de ses deux tilles.

llrestatroisans dans ce collège, et en sortit en 1753, après avoir fait sa rhétorique. Son père le reprit chez lui jusqu'en 1 755 , lui enseigna lui-même l'anglais, l'italien, l'espagnol et le grec , et lui donna un maître d'allemand. Il lui montra en même

MÉîIOIBES SE DUMOUBIRSC.

temps les mathématiques , l'histoire et la politique. Madame de Schomberg, qui était encore fille, partageait cette éducation avec son frère, outre la musique, dans laquelle elle est devenue très- habile.

Quant à lui, son père ne voulut jamais permettre qu'il s'appliquât nia la musique ni à la peinture , quoiqu'il y montrât beaucoup de goût et d'aptitude. Il tourna toute son éducation du côté utile, eu y sacrifiant absolument l'agréable. Lui-même était cependant peintre , musicien et poète. C'est lui qui a traduit ou imité en vers français le poème de Richardet, ouvrage plein debon goût, de gaieté et de philosophie '. Il avait encore une autre opinion fort jSingul ière : il prétendait que la mémoire usait l'esprit et rendait la conceplioa paresseuse ; il ne voulut jamais permettre que son fils apprît rien par cœur: il voulait qu'il lût, comparât, méditât, et eût des idées à lui ; il lui faisait faire beaucoup d'analyses , et cherchait à lui rendre le jugement droit et juste.

Dumouriez avait acquis au collège une passion presque désordonnée pour la lecture. Les jésuites qui étaient chargés de son éducation lui voyant une âme ardente, avaient cherché, par cette passion, à l'enrôler dans leur ordre. L'Histoire de l'Église, du P. Maimhourg ; l'Histoire du Canada et du Japon , du P. Charlevoix, et surtout les charmantes Lettres édifiantes, lui avaient inspiré le plus graud désir de voyager ; et il croyait ne pouvoir le satisfaire qu'en se faisant jésuite , pour devenir missionnaire. Ce fut la première chose qu'il annonça à son père en sortant du collège. Celui-ci était trop philosophe pour irriter la passion de son filsen la contrariant. Il se servit, pour la combattre, des mêmes armes que les jésuites. II mit à sa portée, sans affectation, les Lettres provinciales, la Morale des jésuites, l'A-

" Le point de Richardet esi Vannage La traduction de Richardet n'est pas

de l'uiticncrrn ou Korte S nerri, auteur te seul Ollirace de Dumouriei, pJre du

Italien. Il est divisé en trente chants, que général. II a publie diverses traduction»

le père dn gênerai Dumonrle» réduisit à de comédies italiennes , MptgaolM et

dôme dajia sa tradaetion, publiée à Liège anglaise!. Ou a encore de tel écrivain

en I7OT. Par une fidélité sincaliére, le un recueil de pnésies fugitiTes, une tra-

Iradnctenr s'assujettit a rendre les oc- fedle- dn UmlMW, El un opéra de Cri-

tares ilnlienucs par des strophes qui sont jeiirfii. Aucune de ces productions n'eut

également de huit vers. Malgré eetle dépourvue de mérite, gène continuelle qu'il .'était imposée, [Aote de I tditevr.)

ses «era sont agréables et facile!. ■

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