‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 4 sur 168 · LIV. I, — CHAP. I. I · texte numérisé non relu

LIV. I, — CHAP. I. I

nalyse de Bayle, quelques ouvrages de Voltaire, des voyage.' particuliers, des mémoires militaires, l'Histoire ancienne de l'abbé Rollin , les historiens latins e£ grecs , Plutarque et Montaigne. Dumouriez déïora tous ces livres. Comme toutes les heures du jour étaient prises par ses études, il y passait ses nuits : et c'est dès lors qu'il s'est accoutumé à ne dormir que très-peu.

Son père fut sept ou huit mois sans lui parler de son projet de se faire jésuite. Un jour, après une conversation très-philo-, sophique : « Il est temps, mon fils, lui dit-il, de savoir quel parti vous voulez prendre : je ne suis pas riche; et comme votre résolution , quelle qu'elle soit , entraînera des dépenses, il faut que je la connaisse d'avance, pour retrancher toutes les autres. — Mon père, lui répondit Dumouriez en se jetant à son cou , je serai tout ce que vous voudrez, excepté moine. * Il n'en fut plus jamais parlé, et son père ne se permit pas même la moindre plaisanterie sur cette vocation si ardente, et si promptement dissipée. Mais il est toujours resté lié avec les pères de cet ordre qui avaient travaillé à son éducation. Les jésuites avaient le grand talent d'élever l'âme de leurs disciples par l'amour-propre, et d'inspirer le courage, le désintéressement, et le sacrifice de soi-même.

Son père n'aimait point son état de commissaire des guerres, ' quoiqu'il le remplit avec beaucoup de talent. Son âme grande, liere et très-austère , détestait des détails petits en eux-mêmes , et dangereux pour la probité. Il avait toujours regretté l'état militaire, qu'il avait quitté par la nécessité de se faire un sort; il ne souhaitait pas que son fils unique embrassât cet état périlleux; il aurait désiré qu'il se mit dans la carrière politique, ou dans la robe. Leur unique contestation pour la robe portait sur ce que ce fils voulait bien être avocat , mais point conseiller : le premier était plus glorieux, le second plus honorable. Dans l'incertitude du choix, if se mit à étudier à la fois le droit public et les lois civiles , et il fut décidé que , pour plaire à son père, il renoncerait au métier des armes.

11 fallait cependant développer les qualités physiques , et apprendre à monter à cheval et à manier une épée. Son père ne craignit pas qu'il oubliât rien , n'ayant jamais rien . appris par

MÉMOIRES DE DUMOÏJIUEZ.

cœur : il n'avait pas besoin de lui recommander la lecture; c'était sa passion favorite. Il l'envoya à Versailles auprès d'un de ses oncles, premier commis des bureaux du duc de la Vrilliè're. Il monta au manège de la vénerie, il apprit à faire des armes avec les pages du roi. Cette partie d'éducation, qui iie^coûla <|ue quelques légers présents aux différents maîtres, dura un an. Il lisait la nuit, et, hors des heures de ses exercices, il allait, par désir de s'instruire , travailler avec son oncle. Il apprit dans ce bureau beaucoup de détails sur l'administrât ion intérieure de la France. Au bout d'un an , étant devenu très-hardi cavalier et très-fort aux armes, il alla rejoindre son père à Saint- Germain en Laye, où il perfectionna son éducation sous cet excellent maître pendant toute l'année 1756.

La guerre de sept ans .se déclara; alors il s'agissait d'aller bravement, entre cinq ou six puissances, dépouiller le roi de Prusse. Le prince de Souliise fut chargé de ce soin. Le maréchal d'Estrées fut chargé, avec cent mille hommes, d'aller conquérir le pays d'Hanovre. Le père de Du mouriez fut nommé un des commissaires des guerres de cette armée; il se lit agréger son fds , qui ne voulait pas le quitter, et qui avait dix-huit ans. Ils partiront tous les deux de Saint-Germain en Laye le 8 février 1757 , pour se rendre à Maulmuge , faisant des vœux pour le grand Frédéric.

Deux jours avant leur départ, arriva l'assassinat de Louis XV par Damions. La nouvelle en vint à Saint-Germain en Laye^ à sept heures du soir. 11 gelait à pierre fendre. Tout le monde courut avec effroi et désespoir à Versailles. Ils y arrivèrent sans chapeau et sans épée à neuf heures du soir. L'amour des Français pour leur roi , leur consternation , leur attendrissement, formaient le spectacle le plus touchant. Cependant ce roi était avili par la débauche , et se laissait gouverner par une maîtresse impérieuse, qui rendait les peuples malheureux pour faire la fortune de quelques favoris. Mais le peuple français était bon et sensible, sans qu'on put lui reprocher d'être vil et lâche. Il était patient, mais il n'était pas esclave; et sous les plus mauvais rois il ne l'a jamais été.

Ce même peuple a égorgé depuis, avec une joie barbare et une

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