‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 44 sur 168 · LIV. I. — CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIV. I. — CHAP. VII

un travail important, sur lequel il faut qu'ils prennent un parti décisif avant de sortir de la séance. 11 leur lit son discours avec feu, il y ajoute des arguments pris dans les objections qu'on lui fait. Ce coup inattendu atterre les partisans du roi, sans qu'aucun ose mettre en avant la proposition qui devait être faitele lendemain ; et d'une voix unanime on décide le trfine vacant, et Stanislas déchu. • J'étais si sûr, leur dit Bohucz, que votre patriotisme vous ferait adopter cet avis à l'unanimité, que j'ai dressé d'avance l'acte de la déclaration de l'interrègne. » II leur lit rapidement cet acte, qui estunepièce sublime. Uestadoptéetsigné aussitôt, sans qu'aucun membre ose s'opposer à l'enthousiasme général , tant un homme éloquent a de pouvoir sur les assemblées ! Il n'y a eu , depuis Bohncz, que, Mirabeau et Fox dont on puisse citer de pareils traits.

Une résolution aussi extraordinaire de la part d'un corps représentatif aussi faible, et qu'aucune puissance ne reconnaissait, au moins publiquement, fat blâmée de toutes les cours. On ne voulut pas réfléchir qu'elle n'ajoutait rien aux dangers des confédérés, qu'elle tranchait les trames de toutes les intrigues dont ils étaient entourés, et que si les Turcs ou eux avaientdes succès, elle devenait un acte héroïque. La cour de France le trouva très-mauvais ; et comme OU ne put pas imaginer qu'une démarche aussi hardie eût pu être faite en présence de son envoyé, à son insu et sans son aveu, Gérard lit signer au duc de Choiseul une lettre ostensible, que Dumouriez ne montra cependant qu'à Pac et à Bohucz, dans laquelle il mandait à la confédération que le roi nepouvait que désapprouver une démarche aussi téméraire; que l'envoyé de France aurait dû l'empêcher ou se retirer, et que, n'ayant pas d'autorité sur line nation étrangère , c'était à son agent qu'il s'en prendrait.

Il répondit au duc de Choiseul qu'il s'était bien gardé de lire à la confédération cette lettre -, parce qu'elle était inutile ; qu'il n'avait pas contribué à une démarche qui s'était faite unanimement, et par un mouvement spontané ; que, bien loin de la déconseiller, il l'aurait appuyée de son avis : et il détailla tous les motifs les plus forts,, le priant de se souvenir de la phrase qu'il lui avait dite en partant : Qu'il ne croyait pas aux télescopes de

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trois cents lieues. Le duc ne voulut pas laisser celte lettre entre les mains de Gérard ; il la reprit, et l'affaire en resta là.

Cependant, à la fin de l'année 1770, tout promettait des succès à la confédération. L'ordre s'était établi dans son assemblée générale, l'administration était divisée et réglée, le pouvoir exécutif était en activité , le libcrum veto était aboli , l'interrègne était déclaré, et fermait la porte aux intrigues de la Russie. L'armée régulière se formait ; deux places, et celle de Zamesc assurée, procuraient des retraites. Deux mille hommes d'infanterie, de l'artillerie de campagne; le contingent saxo -cou Mandais, dont quelques hommes arrivèrent à la fin de décembre; le parti pris d'enrégimenter douze mille hommes qu'on avait sons la main , et dont on avait déjà levé quatre à cinq cents ; l'armée de la I,ithuante prête à se déclarer dés qu'on l'ordonnerait; celle de la couronne n'attendant que le moment de se joindre ; les Turcs se soutenant au nombre de plus de cent cinquante mille hommes en Moldavie ; un grand plan prêt à éclore : tout fut détruit à Versailles le 24 décembre 1770, par la disgrâce du duc-deChoiseul.

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