‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 46 sur 168 · CHAT. VIII · texte numérisé non relu

CHAT. VIII

on refusait impitoyablement l'asile, sous prétexte du danger de la peste. Le roi de Prusse et le roi des Romains s'étaient abouchés au camp de Neustadt; et d'après une lettre interceptée et en chiffres, écrite au roi de Pologne, Du mouriez avait pénétré qu'il était question, de partager ce malheureux pays. Il avait été si sûr de ses conjectures, qu'il avait envoyé au duc de Choiseul une carte de la Pologne, sur laquelle il avait tracé, en trois couleurs différentes, les parties que les trois puissances envahiraient, a peu près comme cela a eu lieu. Ce ministre avait traité ses conjectures de chimères '.

Dumouriez avait fait plus : il avait fait remettre à l'impératrice, par le comte de Mahoni, ambassadeur d'Espagne, un mémoire anonyme, sous le nom d'un Polonais, pour prouver à cette souveraine que son véritable intérêt n'était point d'étendre ses possessions au delà des limites naturelles et impénétrables des monts. Krapacks; qu'un envahissement en Pologne, -pays tout ouvert et sans places, lui attirerait des guerres continuelles avec la Russie et la Prusse ; qu'il serait plus utile pour elle, plus glorieux et plus juste, d'empêcher l'usurpation de ces deux puissances, en secourant les malheureux Polonais, et profitant pour cela du temps où la Russie était occupée de la guerre des Turcs.

Quand" même la cour de Vienne, qui alors évitait soigneusement la guerre, eut adhéré à ces considérations essentiellement vraies, la révolution ministérielle de la France ne lui laissait plus d'autre parti que de consentir au partage de la Pologne, qu'elle n'aurait pas pu empêcher sans s'engager dans une guerre qu'elle ne pouvait pas soutenir seule, et dans laquelle elle ne pouvait plus compter sur les secours de la France.

Un des moyens qu'avait employés la faction dont la du Barry était l'instrument, pour perdre le duc de Choiseul, avait été de persuader au roi qu'après avoir eu la gloire d'un roi conquérant, il serait honorable pour lui de devenir un roi pacifique ; que la confiance de toutes les cours en lui lé rendrait l'arbitre de toutes

' RulhiéreimdnneopinlanaïKéroiilo on a lien Je ernireque l'Idée dudfatcmdc celle de Dumnnricz, rclaliiemcnt au bremtnt de In l'olosne n'y (ul ni eiprl-

liut de rentre de 1'nisse à I dit-Il. n'eut i

-itre conçue >

( /Vole rfe CUttair. )

MÉM0TBE9 DE DUMOUBIEZ.

les querelles et du sort de l'Europe. Louis XV, au moyen de sa correspondance secrète, se croyait un grand politique : ainsi Dumouriez fat bien persuadé que, loi n-d 'approuver son plan, qui ne convenait pas au système pacifique, on lui en saurait mauvais gré. Trois lettres qu'il reçut de Favier, de M. de Cliouveiin et de l'abbé de la Ville, lui prouvèrent qu'il ne s'était pas trompé : sans s'être donné le mot, ils lui conseillaient tous les trois de rétrécir ses plans et d'attendre de nouvelles instructions, ce qui, vu le cours donné aux affaires, était devenu très -difficile. Il prit le parti de se restreindre sur l'emploi del'argentqu'il avait entre les mains et sur tout acte en qualité d'agent de la France, mais de continuer avec le même zèle sur tont ce qui ne compromettrait que les Polonais et lui personnellement.

Jamais le cabinet de Versailles n'a montré une plus grande perfidie. Jusqu'alors, lorsqu'il changeait de système, il ne continuait à tromper que les puissances avec lesquelles il traitait : dans cette occasion, le duc d'Aigu il! on, qui était devenu ministre des affaires étrangères, cherchaà tromper aussi l'agent de France; parce qu'il voulait le perdre, en l'enfournant dans son plan, devenu incohérent. Il voulait, en sacrifiant l'agent, jeter du ridicule sur le choix de l'ex-ministre et sur son système politique.

Il écrivit une lettre amicale à la confédération-, qui en fut quelque temps la dupe. Il écrivit une lettre remplie d'éloges à Dumouriez.quiheureusementavait reçu d'avance le contre-poison ; il lui manda que le changement de ministre n'en apportait aucun au système adopté relativement à la confédération de Pologne, et il l'exhorta à continuer. Mais en même temps il fît passera l'ambassade de Venise te haron de Zuckmantel, lieutenant général , célèbre par la défense de Ziegenhayn dans la guerre de sept ans, ami de Dumouriez, ministre de France à Dresde, qui s'était chargé de presser la levéedu contingent saxo-ceurlandais. 11 ne lui donna point de successeur, et il prit des mesures pour faire manquer ce Contingent. Il fit avertir sous mainle conseil de guerre de Vienne d'un achat que les confédérés avaient fait de treize mille fusils de l'armement des eomitats de Hongrie, sur lesquels on avait payé mille ducats d'avance ; les fusifs furent arrêtés, eti'argentfut perdu. Il défendit au comte de Follord de

Page 1