‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 61 sur 168 · LIV. I. — CHAP. X · texte numérisé non relu

LIV. I. — CHAP. X

ministre de la guerre, dans lequel, après avoir démontré la nécessité defournirau roi de Suède le subside en hommes et point en argent, il tomba sur la négociation honteuse du duc d'Aiguillon avec l'Angleterre, qui avait amené de la part de la cour de Londres une propositioninadmissible; et il proposa de fournir le contingent de sept mille hommes , sans en tirer un seul de France.

Il demandait qu'on choisit un bon lieutenant général de fortune et deux maréchaux de camp pareils, un nombre proportionné d'officiers de tous grades et de toute arme ; qu'on les envoyât se réunir a Wîsmar? que plusieurs d'eutre eux fussent placés en stations fiscs , à Liège , à Hambourg et à Dautzïck ; qu'on fit répandre une amnistie pour tous les déserteurs qui, sortant du service étranger, se rendraient à un de ces trois dépôts, ou en droiture à Wismar. On sauvait par ce moyen la honte et la dépense du transport par l'Angleterre, on empêchait un démembrement de l'armée , et on rendait à leur patrie sept à huit mille hommes qui auraient bien mérité leur pardon.

M. de Monteynardalla porter ce travail au roi, qui en fut trèscontent. Au bout de deux jours , il lui demanda si quelqu'un ne lui avait passuggéré cette idée: il répondit sans hésiter que c'était Dumourîez. > Eh bien! dites-lui, dit le roi, qu'il se prépare à parlir pour Hambourg. J'adopte le plan ; mais il faut qu'il aille lui-même examiner sur les liens s'il est praticable , et combien de temps il faudra pour l'exécuter. Je veux que d'Aiguillon ignore cette mission • '. ■ M. de Monteynard rapporta à Dumou-

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le sacrifl.ee du duc de Clioiseul, dont il

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liez les ordres du roi; celui-ci lui lie une objection très-naturelle : » Tout ce dont vous me chargez là est du ressort du ministre des affaires étrangères; le duc d'Aiguillon vous en fera la querelle; il est plus puissant que vous; vous serez abandonné du roi, renvoyé du ministère, et moi je serai perdu. Faites au moins une démarche auprès du roi, et dites-lui l'objet de ma répugnance. » M. de Monteynard , frappé lui-même de ces réflexions, alla trouver le roi, qui lui dit impatiemment : « Je le veux ; présentez-moi Dumouriez. » Le soir même il fut présenté à Louis XV : ■ Partez pour Hambourg , et exécutez les ordres de lilonteynard. » Et, sans attendre la réponse, il se retira.

Il n'y avait plus de réflexions à faire. Il partit au mois de juin : instructions, chiffre, passe-port, argent, il reçut tout de son ministre. Il arriva à Hambourg. Les deux factions en Suède, des chapeaux et des bonnets, s'étaient accommodées pendant l'intervalle ; tout était pacifié. Il fut très-content d'être débarrassé; la mission étant Onie, -il se crut hors de danger. Il avait entretenu sa correspondance avec le ministre, qu'il instruisait de tout ce qu'il voyait et apprenait. Il y avait très-bonne société à Hambourg, et il s'y amusait bien. Il n'avait jamais vu la Prusse ; Guibert était alors à Berlin. 11 lui écrivit pour qu'il prévînt le grand Frédéric du désir qu'il avait d'aller l'admirer : le roi, qui le connaissait de réputation depuis sa mission de Pologne, consentit à le recevoir. Il écrivit à Favier de lui envoyer une lettre de recommandation pour le prince Henri, qui avait beaucoup de bonté pour lui.

Pendant son séjour à Hambourg il était entouré d'espions dit duc d'Aiguillon ; on avait arrêté plusieurs lettres qu'on lui écrivait, entre autres deux ou trois du comte de Ségur, qui lui mandait très-imprudemment la présentation de la du Barry à la Daupliine, et plusieurs sales intrigues du sérail du roi. Enfin, au mois d'octobre 1773, deux jours avant l'époque fixée pour son départ pour Berlin, il fut arrêté à minuit dans son lit par l'envoyé de France, un vieux baron de la Houze, avec lequel il vivait iutimement,quilui présenta un inspecteur de police, nommé d'Hcmery, Itomme fort aimable et fort doux. Il aurait pu faire des plaintes ■lans'une ville libre, etréclamer sa liberté, silrde son innocence-

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