L1V. II. — CHAP. I
et une cruche en frisaient tout l'ameublement. Un porte-clefs ou geôlier, très-grassicr et très-robuste, lui alluma du feu, lui laissa une chandelle , et alla lui chercher à souper. Il alla lire „en attendant., toutes les inscriptions qui étaii'iit sur les murailles. Il y trouva beaucoup de noms , des sentences, des prières et quelques grossièretés, qui lui lirent juger que ce triste séjour n'avait pas toujours été habilé'pardes gens de bonne compagnie, llsoupa , se coucha, et dormit.
Le lendemain il fut réveillé par l'horrible bruit des énormes clefs de son geôlier , qui ouvrit deux grosses portes , garnies de lames etde bandes de fer, qui l'enfermaient. Il lui apporta du pain et du vin pour sou déjeuner , et lui dit de s'habiller , parce qu'à neuf heures le gouverneur voulait le voir. Cet homme, à qui il demanda s'il n'y avait point de meilleure chambre , lui dit que c'était une des meilleures de la Tour de la liberté; car, par un raffinement de barbarie, on avait donné ce nom à uue tour de la Bastille. Ainsi , comme la chambre était au troisième étage, elle s'appelait la troisième liberté. 11 dit en riant au geôlier : > Il me semble que dans ce charmant séjour on ajoute la line plaisanterie a l'hospitalité. » Ce propos fut rapporte par le geôlier , et à cette occasion il apprit qu'on tenait un gros registre dans lequel on insérait tous les discours des malheureuses victimes du despotisme ministériel. Cela devait faire un livre bien bizarre.
A neuf heures, un aide-major vint le chercher avec un sergent et quatre invalides, et le mena dans la chambre du conseil, sans qu'il pût obtenir réponse à aucune de ses questions. Un moment après entra un vieillard en robe de chambre; c'était le gouverneur, nommé le comte de Jumilhac. Jamais homme n'a eu un caractère moins analogue à son affreux emploi : il l'avait accepté , parce qu'il le fixait à Paris avec soixante mille livres de rente : s'il s'est conduit avec tous les autres prisonniers comme avec Dumouriez, ils devaient bénir la Providence de ce qu'elle l'avait destiné à ce triste gouvernement. C'était un ancien militaire, et un homme de plaisir; il était bon, sensible et poli. Il ne se mêlait point du détail de la maison ; son major était son intendant. Il lui apprit que le roi payait quinze livres par jour pour lui , et
MÉMO ni ES DR DtlUOUBTEZ.
trois livres pour chacun de ses domestiques; qu'ainsi, dans le cas où il ne serait pas bien traité , il n'avait qu'à se plaindre à lui. Dumouriez , en entrant en prison , avait voulu renvoyer ses domestiques, qu'on n'avait pas ordre d'arrêter; ils avaient absolument refusé leur liberté : proférant suivre le sort de leur maître, ils avaient espéré être dans la même chambre que lui, ce qui n'arriva que trois mois après : l'un est a présent marié et père de . famille, l'autre est mort.
Jumilliac lui apprit ensuite qu'en Conséquence du régime de la Bastille , il était au secret jusqu'à ce qu'il eût subi un premier interrogatoire; c'est-à-dire que personne ne pouvait lui parler, ni répondre à ses questions. Ce fut à cette occasion qu'il l'avertit du registre où on insérait toutes les paroles des prisonniers, et qu'il lui répéta ce qu'il avait dit au geôlier, dont ils rirent ensemble. Il lui dit que pendant le temps du secret il n'était permis de lui donner ni plume , ni encre , ni aucun livre , pas même un livre de prières. « Mais, ajouta-t-il, vous êtes trop intéressant pour que je vous laisse souffrir de ce régime trop sévère. Je suis trop vieux pour monter jusque chez vous : je vous ferai descendre tous les matins dans cette salle. Emportez ces deux volumes , et cachez-les quelque part. « C'étaient deux romans nouveaux. Il l'embrassa très- tendre ment.
Jumilhac était beau-frère de M. Berlin, ministre d'État, et l'économe des petits agiotages particuliers de Louis XV. Il est à présumer que ce ministre avait eu ordre de parier à son beaufrère , pour adoucir le sort d'un homme qui n'était en prison que pour avoir obéi au roi. Sa prison , et le procès ridicule qu'il a subi, sont une des anecdotes les plus caractéristiques du règne decemonarquefaihle, dissimulé, et foncièrement bon et juste. Le régime du secret dura huit jours , pendant lesquels il vit tous les malinssonbon gouverneur, qui'nele laissa pas manquer de livres, et qui lui contait toutes les anecdotes des tilles de Paris. Il poussa l'attention jusqu'à lui envoyer des citrons et du sucre pour faire de la limonade, une petite provision de café, du vin étranger, et tous les jours un plat de sa table , quand il mangeait chez lui. Ces attentions ont duré pendant six mois , et ils se sont séparés amis intimes. ■ '
L'i i to:d t. Go
UT. It. — CHAP. I.
un
Le premier acte do la révolution a été de détruire la Bastille , comme un insupportable monument du despotisme, parce <]ue le premier cri de la liberté a été contre les lettres de cachet et contre lasuppressiontyrannique des citoyens qu'on faisait disparaître sans l'intervention des lois. Et les monstres anarchistes ont rétabli tous ces excès, l'enlèvement arbitraire des citoyens, le régime du secret , avec un raffinement de cruauté qui n'a jamais existé sous les rois! On juge publiquement 1rs prétendus coupables : mais être amené devant un tribunal révolutionnaire, c'est être condamné d'avance. Une populace féroce entoure des juges grossiers et barbares, et boit d'avance le sang de l'accusé, surtout s'il a le malheur d'être noble ou riche. Des bravos, des applaudissements suivent toujours sa condamnation. C'est à ce point que l'anarchie a dégradé l'humanité! On trouve même la guillotine trop lente. A Lyon, des canons chargés à cartouches font voler eu pièces des bandes entières de malheureux ; de la cavalerie achève à coups de sabre de massacrer ceux qui palpitent encore, et qui expirent sous un double tourment , au milieu de l'ivresse et de la joie des cannibales. A Nantes , on assemble deux cents prêtres dans un bateau , et on le coule dans la Loire. On fait des faisceaux de trente ou quarante malheureux , et ou les précipite dans les rivières , pour épargner les munitions ! Et le Français , après avoir secoué tout principe d'humanité , de religion , de lois , adore, dit-il, la raison!
En citant ces horreurs , ce n'est pas à sa nation entière qu'il s'en prend. Il aime, il plaint ses compatriotes, ou opprimés ou abusés. 11 est persuadé qu'ils reprendront leur ancien caractère, et que dans vingt ans ils liront avec indignation cette partie de leurs annales, détruiront celte secte abominable qui a fait de la scélératesse et de la cruauté ses principes constitutionnels, et ne prononceront qu'avec effroi le nom de Harat et de ses infâmes adorateurs '. Alors seulement la France renaîtra de
1 Cette phrase, ilonttrop de penonne»
ilr ciirrrclif nu paragraphe plein d'umertnine qnl In précède. Lea aorreurj ù jamais rUteilBblu dnnt l'auteur »
présenté le langlut totilean ne «ont
point nn jrn de l'imncinntion ; mai, ee (lin ett et «it:i ttitijnura souverainement iiiju-tf, i-'i'ft il'-' I" imputer 11 la nati„ri fr.iiuMi-.c.iiui un j munis pu lea confond™ jin- Ui <■<''•■■< il'- ):i lituTtc.
(.Voie del-èditeur.)
MKMOIRRS m; DUMOHBIEZ.
ses cendres, et reprendra en Europe le rang dont elle s'est dégradée, pour se donner une existence aussi misérable que criminelle. Français, si mon sang pouvait vous rendre voire dignité et votre bonheur, je le sacrilierais avec bien de la joie ; je mourrais content !
. Ce ne fut que le neuvième jour qu'on le lit descendre dans la chambre du conseil, où il trouva autour d'une table trois commissaires et un greffier. Après qu'on lui eut fait prêter serment, et qu'on eut écrit son nom et ses qualités, il eut à son tour la curiosité de les connaître. Le président était un vieux conseiller d'État nommé Marville, homme d'esprit, mais grossier et goguenard. "Le second était M. de Sartines, lieutenant ,de police et conseiller d'État, homme fin et très-poli. Le troisième était un maître des requêtes, nommé Villevaux, homme très- faux et grand chicaneur. Le greffier, qui avait plus d'esprit qu'eux, était un avocat aux conseils, nommé Beamnont. Dumouriez avait trop lu l'histoire de France, pour ne pas connaître tout le danser d'une commission arbitraire. Le célèbre cardinal de Richelieu, grand-oncle et modèle du duc d'Aiguillon, en avait fait un usage redoutable. Il crut donedevoir prendre ses précautions.
1" 11 signifia à ces messieurs qu'il ne regardait le travail qu'ils allaient faire que comme une instruction ; que c'était dans cette confiance qu'il consentait à répondre à leurs questions, bien persuadé que le roi était trop' juste pour lui refuser un jugement par un tribunal légal. Il dicta ce qu'il venait de dire, eu forme de déclaration. On lui refusa d'abord cette inscription. Ces messieurs se récrièrent contre sa méliance. Villevaux dit : " Monsieur, croyez-vous que nous sommes ici pour vous surprendre? — C'est bien assez d'être pris, « répondit-il gaiement. On se mit à rire, et la déclaration fut inscrite.
2" Comme M. de Marville voulait dicter les réponses de l'accusé, il défendit au greffier d'écrire rien à son nom que ce qu'il dicterait lui-même. Le président insista, et lui dit que c'était contre l'usage. « J'ignore l'usage des commissions, mais je ne veux être condamné ou absous que de nia propre bouche. Si vous ne m'accordez pas une chose de droit naturel, je me retire. — Eh bien ! nous vous jugerons comme un muet volon-
tIV. II. — CHAP. I.
taire. — Vous n'êtes point juges, vous n'êtes que commissaires; vous serez plus punis que moi, car vous ue saurez rien, et on en nommera d'autres, o On se mit encore à rire , et on céda.
3" Il fit inscrire une protestation contre toute sollicitation ou protection en sa faveur de la part de parents, amis ou supérieurs; et il ajouta qu'il se consolait facilement de ce qui lui arrivait, parce qu'il espérait que le roi se ferait rendre compte des interrogatoires, et qu'il connaîtrait quels étaient ses vrais serviteurs.
Alors on lui demanda s'il savait pourquoi il était à la Bastille. « Je m'en doute, répondit-il; mais voilà une question qui sent l'inquisition. Allons, messieurs, je défends la place; c'est à vous à tirer les premiers. » On rit beaucoup, et en générai les séances de ce procès ont toujours été très-gaies. Alors on lui demanda pourquoi il voulait aller en Prusse. 11 répondit que c'était pour voir un grand roi et de belles troupes. * Pourquoi aviez-vous ' une lettre de Favier pour le prince Henri ? — Parce que je l'ai demandéeà Favier, pour qui ce prince a des bontés.. — N'alliez-vous pas pour faire à cette cour des propositions? — Quelles propositions, et de quelle part? — De la part du comte de Broglieoudu duc deChoiseul. — Non; et si vous ne vous expliquez pas plus clairement, je ne vous entends pas. — On sait, monsieur, que vous désirez la guerre, ainsi que le duc de Clioiseul et le comte deBroglie; et vous pouvez avoir été chargé de leur part de chercher à troubler l'Europe.— Je ne sais ce que désirent MM: de Choiseul et de Broglie ; mais, dans tous les cas, je les crois trop sages pour négocier en leur nom. D'ailleurs connaissez-vous le roi de Prusse? Comment a-t-on pu imaginer qu'en cas /me deux seigneurs français fussent assez étourdis et moi assez fou pour aller entamer, sans mission, des négociations de quelque genre que ce fût, il aurait la' complaisance de changer ou plier sa politique sur les insinuations d'un simple colonel français? Tout cela est absurde. — Avez-vous jamais écrit au roi? — A quel roi ? — Au roi de France- — Jamais.. Mais quand cela serait, qui oserait m'en faire un crime? — Lui avez-vous 'jamais parlé? — Jamais. »
(je fut là tout le premier interrogatoire. Il s'établit ensuite
MÉMOIRES DB DOMOUBtEZ.
uno conversation fort gjie, dont il profita pour demander des livres et' des plumes, et qu'on lui Ht la barbe. Sartines, qui , comme lieutenant do police, avait l'inspection de la Bastille, lui dit que wla le regardait. Alors, très-incoDsidcrement, il lui dit : » Monsieur, j'ai six mille volumes à Versailles ; permette/.-mni il* vous donner une liste des livres qu'on pourra me faire venir. » M. de Surîmes lui dit froidement : « Vous ne vous rappelez pas qu'en partant vous aviez prié madame votre tante de vendre vos meubles et vos livres : vous n'y avez- plus rien. » Dumouriez baissa la tête, et ne répondit rien ; il crut qu'on avait mis le scellé sur son appartement, et ce ne fut que le lendemain que M. de Sartines lui dit qu'il avait fait ce mensonge pour empêcher ses confrères d'arrêter ses meubles. C'était un service essentiel qu'il lui rendait.
En sortant de la conférence, Jumilhac, qui l'attendait, et qui, de l'antichambre, avait entendu alternativement disputer et rire, qui voyait tout le monde sortir d'un air gai, le questionna beaucoup. Il lui raconta ce qui s'était passé ; alors le gouverneur l'instruisit à son tour de choses fort importantes. Il lui apprit d'abord que le comte de Broglie, ayant eu une dispute trèsviolente avec le duc d'Aiguillon, lui ayant écrit une lettre trèsdéplacée, avait été exile à sa terre deltuffee en Angoumois; que Favier et Ségur étaient aussi à la Bastille , ainsi qu'une vieille comtesse de Baroaval, maîtresse de Ségur; que le duc d'Aiguillon avait voulu y faire mettre mademoiselle Legrand , Guibert, Latouche et tous ses amis, pour faire croire qu'il y -avait une grande intrigue ; qu'on cherchait le baron Dehon, maréchal de camp, ami du comte de Broglic; qu'on répandait dans Paris que Guibert et Dumouriez avaient été envoyés en Prusse pour engager Frédéric à faire la guerre; qu'on disait que le duc de Choiseul était chef du parti, Favier le conseil, et lui un agent principal; que le roi avait dit que d'Aiguillon s'y casserait le nez, et que tout cela n'était que des folies ; que M. de Chauvelin l'appuyait fortement prés du roi (malheureusement il mourut quelques jours après d'une attaque d'apoplexie, sous les yeux de Louis XV , qui y fut insensible); que dans le conseil il avait pour lui MM. de Soubise et Bertin; que des trois com-
missaires, Manille était Deutre, Sartiues pour lui, et Villevaux entière m eut contre. Du mouriez le pressa d'engager M. Berlin à prier le roi de se faire présenter les originaux des interrogatoires , et non pas les extraits.
Bien content de ce qu'il avait appris , il remonta chez lui , et se servit d'abord de l'ardillon d'une de ses boucles pour écrire son interrogatoire sur la muraille , chaque phrase en une langue différente et en abréviation; et depuis il a continué à prendre cette précaution , dont il s'est bien trouvé pour les retours de question , d'un interrogatoire à l'autre. Il réfléchit ensuite sur tout ce qu'il venait d'apprendre : il jugea, ce qui était vrai, que d'Aiguillon plaidait le faux pour découvrir le vrai ; que, sachant qu'il existait une correspondance entre le roi et le comte de Broglie, n'osant pas faire de questions sur cet article sacré, il espérait, par la suite du procès, en apprendre des détails. Il avait entre les mains la preuve de la mission du ministre de la guerre, le chiffre , l'instruction , le passe-port ; ce n'était cependant pas sur cela qu'il faisait diriger l'interrogatoire, mais sur la permission d'aller en Prusse, elsurla'lettre de recommandation de Favier pour le prince Henri.
Quant à Favier, ou dirigea différemment ie procès contre lui ; on l'interrogea sur un grand travail politique , très-connu , qu'il avait composé sur les intérêts de toutes les puissances de l'Europe, et on lui parla très- légèrement du voyage de Prusse. Quanti Ségur, commeil n'était que colporteur de correspondance, on le traita fort mal pour la lettre qu'il avait écrite contre la du Barry , et pour les chansons et plaisanteries du temps qu'on trouva chez lui. Ainsi le roi ne se trompa point : le duc d'Aiguillon, qui avait voulu faire uue grande affaire, après un grand éclat se trouva très embarrassé; et si le marquis de Monteynard , qui ne se remua pas , et qui , comme le disait gaiement Dumouriez à MM. de Sartines et Jumilliac, avait la contenance d'un paysan qui veut danser sur la corde avec des sabots, avait eu du nerf, et avait suivi l'avis du prince de Coudé son protecteur, d'Aiguillon etk été perdu. On assure que le projet de ce dernier avait été de faire couper la tête au comte de Broglie et aux trois prisonniers , pour imiter son grand-
166 MÉH01BES DB DUMOUMEZ.
oncle; mais , quelque faible que fût le roi, il q' était pas primé comme Louis XIII par le cardinal : ainsi ce procès ne pouvait jamais que dégénérer en nne intrigue puérile.
Ces réflexions le rassurèrent sur son sort. Le lendemain, M. de Sartines vint le voir, ce qu'il a fait exactement tous les huit jours. Il le gronda de l'imprudence de la veille sur la bibliothèque; lui recommanda d'être discret; prit une liste des livres qu'il demandait, les lui envoya, lui fît donner plume, encre et papier. Dès lors il fut heureux. Il réfléchit beaucoup sur cette recommandation d'être discret. Ce n'est que depuis qu'il a eu le mot de. cette énigme. Pendant tout le procès , ie roi a eu peur qu'il ne déclarât que c'était par son ordre qu'il avait voyagé. 11 s'en est bien gardé. Il jugeait qu'il l'aurait désavoué, et alors il eût été saeriflé. Le sortde Monteynard en est la preuve. Louis eut la faiblesse de le renvoyer, et de donner sa place à d'Aiguillon , plutôt que d'avouer que ce ministre n'avait agi que par son ordre. Quelle petitesse dans un roi! Combien sa confiance était dangereuse ! Ce même Louis XV continuait à entretenir sa correspondance avec le comte de Broglie, qu'il tenait exilé à Ruffec.
Dttmouriez ne s'ennuyait point à la Bastille. Il avait partagé ses lectures en quatre matières : mathématiques, histoire el politique, morale, et voyages. Ce dernier genre de lecture est surtout le plus consolant quand on est privé de sa liberté. II jette sur cette vie solitaire et monotone un intérêt étranger qui fait passer les heures avec rapidité , et il a sur les romans l'avantage de laisser une instruction utile pour le reste de la vie. C'est a la Bastille qu'il s'est perfectionné dans l'art de vivre seul. Il n'a fait qu'y fortifier sou goût de se communiquer sans réserve entre peu de personnes, mais de porter l'empreinte de la taciturnité, et même de l'ennui, dans les grandes assemblées et dans les fêtes. Il y a appris à se passer des hommes ; et cependant son caractère gai et ouvert l'a préservé de la misanthropie, qui est souvent le résultat de l'habitude de vivre seul. Enfin, il s'y est habitué à se passer, même pour longtemps, de ses meilleurs amis. Mais il y a surtout acquis une répugnance invincible pour le grand monde.