‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 92 sur 168 · LIV. III. CHAP. III. 2S · texte numérisé non relu

LIV. III. CHAP. III. 2S

la guerre nous viderons notre querelle ensemble. » lia Fayette voulut entrer dans quelques explications : Luckner se mit entre deux. Us sortirent tous les trois du cabinet, et Luckner dit à ses aides de camp : « Dumouriez est bien généreux ; il a remis sa querelle après la guerre." Cette aventure a donné lieu au conte qu'on a fait, que ces deux généraux s'étaient battus , et que la Fayette avait été blessé.

Il avait toujours aimé la Fayette, quoiqu'il connût ses défauts; il estimait ses bonnes qualités; il lui trouvait surtout l'extérieur du commandement, si nécessaire pour faire impression sur le peuple. Avant son ministère il lui avait toujours donné les conseils ifs plus utiles : pendant son ministère , il l'avait soutenu contre les jacobins et auprès des giroudistes , dans le temps même que le malheureux la Fayette , entraîné par les intrigants qui l'obsédaient et qui l'ont perdu , lui faisait les injures les plus graves et les plus publiques. Si la Fayette, dans ce moment d'explication, eût eu le bon esprit d'écouter plus son ambition que sa vanité, le raccommodement eût été sincère et prompt ; peut-être en serait-il résulté de très-grands avantages pour la patrie , pour le roi et pour eux-mêmes. Mais a peine sorti du cabinet , se voyant entouré de ses courtisans , il reprit sa. morgue, et par ses gestes il parut insulter à Dumouriez, qui, ce jour-là , eut l'air plus disgracié et plus abandonné encore qu'à l'ordinaire.

La Fayette étant parti , le maréchal tomba d'accord de l'imprudence du mouvement des deux armées; mais il était fort aise de s'en retourner à Metz. Beurnonville fut très-sensible à l'abandon du maréchal Luckner, et ne lui pardonna pas de le laisser aux ordres de la Fayette; qu'il n'aimait pas. Luckner partit le 12 , et Dumouriez resta à Valenciennes , occupant , avec six bataillons, un camp qui exigeait trente mille hommes. D'Harvîlle avait prétendu lui disputer ce commandement; mais la question fut décidée par le maréchal en faveur de l'ancienneté. D'Harville eut un congé, et partit. Le lieutenant général Lanoue, qui commandait un camp de cinq à six mille hommes à Maubeuge, fort attachéà la Fayette, ainsi que ses troupes, se regarda comme indépendant, et lui manda qu'il n'exécuterait

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que ce qui lui serait prescrit par son général eu ehef. Le lieutenant général Carie, qui commandait à peu près autant de troupus à Duukerque, pensait de même.

Cependant le duc de Saxe-Tesohen rassemblait une armée à Mous d'environ vingt mille hommes, et le camp de Touraay était fort de dix à douze mille. Kn cas d'irruption, Dnmouriez n'avait a disposer que de quatorze bataillons et sept escadrons , répartis entre les camps de Mauldeet de Famars. On devait s'attendrequeles Impériaux, débarrassés de l'armée de Luckner, feraient une invasion dans le département du Nord. Uumouriez l'avait annoncé à Luckner et au ministre de la guerre, qui n'était plus Lajard, mais le jeune d'Abancourt, entièrement livfé à la faction de la Fayette, et que, de simple capitaiue, on venait de faire ministre.

Les placesde la Flandre étaient mal approvisionnées. Les garnisons étaient faibles ; aucun ouvrage n'était palissadé, aucune artillerie n'était disposée; on manquait dans toutes de munitions et decanonmers. Douai avait une brèche de plus de trois cents toises. Dans aucune place les inondations ne pouvaient être tendues. La seule ville de Condé aurait pu soutenir un siège, par fcts soins de son excellent commandant, le général Omoran.

Le 14 juillet, pendant que Dumouriez faisait célébrer la fédération dans son camp de Famars, il se répandit une fausse alarme: on vint l'avertir que des colonnes ennemies arrivaient sur Valeneienues par Sebourg. 11 s'y porta, et ne vil rien. 11 avait seulement paru quelques hussards.

Mais, dans la nuit du 13 au 14, à peu près cinq mille Impériaux, partant de ïournay, allèrent tomber sur Orchies, où était un bataillon de volontaires de la Somme, avec ses Jeux pièces de campagne et trente dragons. Ils les attaquèrent avec fureur par deux portes, du côté de Douai et de Lille.. On n'avait pas encore eu le temps d'élever les différentes défenses ordonnées par le général. Le bataillon se défendit avec le plus grand courage, et fit sa retraite sur Saint-Amand, ayant perdu un de sescanons. Un capitaine, nommé Thory, se couvrit de gloire, et sauva cette garnison. Deux colonnes desimpériaux tirèrent l'une sur l'autre, et l'enuemi perdit cinq cents hommes.

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Dumourïez , ayant appris le soir cette attaque, leva sur-lechamp son camp de Famars, et arriva le 16, à la poinle du jour, à Saiot-Amand. 11 enraya ordre à BeurnoDville de ne laisser que les gardes dans le camp de Maulde, et de marclier sur-le-champ à Rumegies, pour couper la retraite à l'ennemi, pendant qu'avec ses six bataillons et les trois qu'il rassemblerait de Saint-Amand et Marchiennes, il irait l'attaquer dans Orchies. Le général Marassé, commandant à Douai, sans attendre son ordre, sortit en même temps avec huit cents hommes de sa garnison, et se porta de son côté sur Orchies. Ainsi l'ennemi se serait trouvé cerné, s'il ne s'était dépêché de se replier daus la nuit du 14 au 15.

Dumourïez, en étant instruit, alla rétablir la même garnison à Orchies, et prit le parti de rassembler quinze bataillons au camp de Maulde, avec cinq escadrons, pour au moiDS avoir son petit corps d'armée réuni dans le même point. Un régiment de chasseurs à cheval refusa d'entrer daus le camp, et retourna dans ses cantonnements derrière Condé. 11 envoya ordre au lieutenant général Carie de faire partir sur-le-champ cinq bataillons et deux escadrons de Dunkerque pour le joindre. Ils n'arrivèrent que longtemps après. Il se remit à la tète du camp de Maulde, d'où il recommença à harceler l'ennenii pour le contenir, et pour aguerrir ses troupes.

Le 20, le général Chazot arriva à Valencieones avec huit bataillons de l'armée de la Fayette. 11 commença par déclarer qu'il n'exécuterait aucun des ordres du général Dumouriez, et qu'il attendrait le général Dillon. Cependant il se rendit aux vives sollicitations qui lui furent- faites, et il se laissa cantonner, entre Condé et Valenciennes, le long de l'Escaut.

Dumourïez avait eu soin de rendre compte de tous ces événements au ministre, à Luckner, et à la Fayette. Le 22, Dillon arriva, ayant été s'aboucher à Sedan avec la Fayette, et ayant passé par Maubeuge, Avesnes et Landrecies. Il était suivi de quatre à cinq bataillons qu'il avait ramassés en route. Dumouriez avait donné de son côté des ordres pour en ramasser autant des garnisons de Picardie et d'Artois, outre les cinq bataillons et deux escadrons qu'il attendait de Dunkerque.

Il remit avec joie à Dillon le commandement général, se contentant de celui du camp de Maukle ; mais il lui peignit en même temps tout le danger de sa situation. Le 22, le duc de Saxe- Teschen avait pris le parti de venir envahir le territoire français, et s'élait campé à Bavay, partant de Mous. Il devenait alors impossible que Du mouriez obéit à l'ordre de Luckner, et parilt aven six bataillons et ciuq escadrons pour aller à Metz, laissant la Flandre dégarnie au moment où l'ennemi y pénétrait.

Dillon même s'y opposa. Mais c'était un acte de désobéissance trop formel pour que les deux généraux le prissent sur eux. Dumouriez surtout prévoyait qu'on chercherait à lui en faire un crime : une première lettre du maréchal, qui blâmait la réunion des troupes au camp de Maulde, et une lettre insolente de Berthier, l'avertissaient de mettre dans cette démarche beaucoup de prudence. Cependant il s'agissait de sauver la Flandre ; toute autre considération était faible auprès de ce grand intérêt; et celle prétendue désobéissance , qui a arrêté les ennemis, a tout sauvé.

Dillon est un très-brave homme, très-loyal, trop fougueux pour être lin. 11 a des talents militaires et beaucoup d'ambition. On lui avait inspiré de grands soupçons contre Dumouriez, qui de son côté en avait contre lui, connaissant sa liaison avec la Fayette et avec sa faction. Mais la circonstance était trop critique pour ne pas faire taire toutes les passions parliculières, et l'arrivée des ennemis les réunit sincèrement.

Dillon assembla à Valeneiennes un grand conseil de guerre de tous les officiers généraux : il exposa avec beaucoup de netteté et de force l'état de faiblesse des places; le petit nombre de troupes pour s'opposer aux deux corps d'armée ennemie, dont l'un, peu de jours avant, avait envahi Orchies, l'autre campait actuellement sur notre territoire; la nécessité de garder en Flandre le général Dumouriez avec sa division; l'impossibilité de les laisser partir sans exposer le département du Nord à une ruine certaine; les réclamations des corps administratifs de tout le département. Il détailla ensuite avec beaucoup d'ordre ses p'rojets de défense, et, sur l'avis unanime du conseil de guerre, il fut enjoint au général Dumouriez de rester avec sa division

LIV. III. — CHAP. IV. 237 aux ordres du général Dillon , jusqu'à ce que les Impériaux ne menaçassent plus le territoire français, ou eu fussent retirés.

Le commissaire-ordonnateur Malus dressa un procès-verbal parfaitement motivé de cette importante délibération, et on envoya des expéditions signées de tous les membres du conseil de guerre au président de l'assemblée nationale et au ministre de la guerre. Les deux généraux en envoyèrent de leur côté au maréchal Luckner et au général la Fayette. On ne s'occupa plus que des préparatifs pour repousser ou arrêter l'ennemi. Dillon se chargea de la partie de Bavay, et Dumouriez de celle de Tournny.

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