M. DODUN
« fêtais autrefois conseiller au parlement et rapportais bien un procès; mais M. le duf d'Orléans m'a fait contrôleur général, et en vérité je n'y connais rien.
a Voilà , dit le prince , comment l'ambassadeur, courant de l'un à l'autre ministre , sans rien pouvoir apprendre , s'en retourna à sa cour, comme il était venu. »
Ce qu'il y a de très-plaisant dans ce récit du prince, c'est qu'il avait imaginé la brochure contre lui-même et contre les ministres. Cette facétie du prince, jusqu'à ce jour, n'a jamais été imprimée , et, quoiqu'il ne fût point insensible sur les critiques amères ou calomnieuses , ni sur les productions des méchants , le mépris ou l'indifférence qu'il en témoignait lui était commune avec les grands , les ministres , les princes qui ont quelque esprit , et qui jouent avec la calomnie pour la déconcerter. Telle fut toujours la fierté des plus grands génies ; Montesquieu, Rousseau, Buffon, comme le duc d'Orléans, se moquaient d'elle, et Frédéric permettait même à ses imprimeurs de la publier. Voltaire voulut , il est vrai , combattre avec elle toute la vie ; mais c'est parce qu'il était dévoré de la perpétuelle ambition de montrer l'universalité de ses talents, qui allaient jusqu'au sublime dans l'art d'humilier la jalousie.