‹ Mémoires du général Dumouriez pour servir à l'histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 77 sur 79 · PIÈCE RELATIVE A LA QUERELLE DES DUCS ET PAIRS AVEC LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

PIÈCE RELATIVE A LA QUERELLE DES DUCS ET PAIRS AVEC LE PARLEMENT

« Le parlement disait, dans son mémoire, que Géraud Bastet, « apothicaire de Viviers et tige des ducs de Crussol, avait été « anobli en 1304 par l'évêque de Valence.

« Nicolas cfe La Trêmoille Y avait été par Charles V, en 1377.

« Maximilien de Bêthune était traité d'homme de néant, « descendant d'un aventurier.

« Luynes venait d'un avocat de Mornas.

« Cossé-Brissac avait beaucoup d'illustration et peu d'an- « cienneté.

« Pour IVignerot (de Richelieu), MM. les présidents disaient «< qu'il avait été domestique et joueur de luth chez le cardinal de « Richelieu. Ils ajoutaient qu'il avait si adroitement servi le car- « dinal de Richelieu qu'il consentit à lui donner sa sœur , « qui en était devenue éperdument amoureuse. Le mémoire « des présidents ajoute que le cardinal lui substitua son duché « de Richelieu , et que la mère de Wignerot avait épousé , en « secondes noces , un fauconnier.

« Le duc de Saint-Simon est d'une noblesse et d'une foret tune si récentes que tout le monde en est instruit. Un de « ses cousins était , presque de nos jours , écuyer de madame « de Schomberg. La ressemblance des armes de La Vaquer ie, « que cette famille écartèle avec celle des Fermandois, lui a fait « dire qu'elle vient d'une princesse de cette maison. Enfin fa va*

« nilé de ce petit duc est si folle que , dans sa généalogie, il fait *< venir de la maison de Bossu un bourgeois juge de Mayenne , « nommé le Bossu , qui avait épousé l'héritière de la branche « aînée de sa maison.

« George Vert, du haut de son étal (1) , serait bien surpris « de se voir père de la nombreuse postérité de La Roche/oui- « calât. Roussi, etc.

« Les Neuville-Filleroy sortent d'un marchand de poissons , « contrôleur de la bouche de François Ier. Il est mentionné « en la chambre des comptes en cette qualité. Son fils, greffier « de l'hôtel de ville, fut prévôt des marchands et père de NU « colas de Neuville, audiencier et secrétaire d'État. La morgue « du maréchal de Villeroy a bien de la peine à s'accommoder « d'une si mince extraction.

« Les oTEstrées ne sont nobles que depuis deux cent cinquante « ans. Le cardinal à'Estrées, après beaucoup d'efforts, n'a pu « rien trouver au delà.

« Les Boulainvilliers, Boufflers et Lauzun n'étaient connus, « il y a cent cinquante ans , qu'aux environs de leurs villages.

« Les Grammont ont fixé leurs armes, et ils s'en tiennent « à la maison oVAure. Le comte de Grammont demandait un « jour au maréchal quelles armes ils porteraient cette année-là. « Ils doivent leur élévation , d'abord à Corisande Dandouin, « leur grand'mère , maîtresse de Henri IV , puis à l'alliance du « maréchal avec le cardinal de Richelieu.

« Les Nouailles viennent d'un domestique de Pierre Roger, « comte de Beaufort, vicomte de Turenne, qui les anoblit et « érigea en fief un petit coin de la terre de Nouailles , dont il « était sorti. Les Montmorin en ont le titre, qu'ils n'ont jamais « voulu donner au duc de Bouillon durant leur querelle. De « Nouailles, évêque d'Acqs , acquit des Lignerat une portion « de la terre de Nouailles en 1556 et en 1569 ; il acheta l'autre

(I) Il était étalier boucher, dit le mémoire.

« et le cnâteau. La famille de Montmorin conserve encore une « tapisserie où un Nouailles présente les plats sur la table. La « tige de cette famille si arrogante était bien basse.

« Charles de la Porte (1), maréchal de la Meilleraye^ ce père du feu duc de Mazarin, était fils d'un fameux avocat en ce « parlement , dont le père était apothicaire à Parthenai. Ce ma- « réchal , fils de la tante du cardinal de Richelieu , lui dut en- « suite sa fortune.

« Le duc d'Harcourt sort d'un bâtard d'un évêque de a Bayeux. Jean d'Harcourt Beuvron était vicomte ou juge de « Caen en 1554; son fils fut du nombre des jeunes enfants « de la bourgeoisie choisis pour jeter des fleurs à l'entrée « de Henri IV dans cette ville , comme le livre des antiquités « de Caen en fait foi.

« Le duc d'Épernon. Rouillac , grand généalogiste , nous « a appris que les Pardaillans (2 ) Montespan viennent d'un « bâtard d'un chanoine de Lectoure en Gascogne.

« Cantien de Fillars, greffier de Condrieux en 1486, de « même que son père, Claude de Fillars, Son neveu profita « des lettres de noblesse qu'il avait obtenues , et > après avoir « tenu des terres à ferme, il fut réhabilité le 16 février 1586.

% Les Potiers , ducs de Gesvres et de Trémes , sortent du « sein du parlement et ne sont pas des meilleures maisons.

« D'autres maisons y ont possédé des charges ; un Jean de « Mailli était conseiller en la cour sous Charles VI.

« Les Clermont- Tonnerre n'étaient que conseillers du Dau- « phin de Viennois , et les autres Clermont , dont est l'évêque « de Laon , quels étaient-ils avant le mariage de François de « Chatte avec la veuve d'un Polignac, dont il avait été do- « mestique?

« Telle est l'extraction, Monseigueur, disait le parlement,

(l) Vrai nom des ducs de Mazarin.

(2) Nom propre des ducs d'Épernon , aujourd'hui éteints.

« d'une partie considérable des pairs du royaume ; mais ni « parmi ceux-ci , ni parmi les autres , que nous ne nommons « point ici , aucun , sans exception d'un seul , n'est exempt d'al- « liance avec la robe , et souvent même ils ont pris ces alliances « avec ce que la robe a de plus abject; car nous ne dissimulons « pas que nous avons parmi nous plusieurs classes, que nous « distinguons par la grande , la moyenne et la basse robe.

« Cependant ce sont ces gens-là qui se comparent aux ducs « de Bourgogne, de Guienne et de Normandie, aux comtes « de Flandre, de Champagne et de Toulouse! Ce sont ces « gens-là qui cabalent pour mettre les princes du sang légi- « timés dans le rang de leur pairie ; qui , ne se contentant pas « de traiter le parlement avec mépris , veulent faire marcher « la noblesse à leur suite , en exiger le titre de monseigneur « dans les lettres , lui refuser la main chez eux , obtenir même « des distinctions jusqu'ici inouïes, et se dispenser de mesurer « leurs épées avec les gentilshommes ! Ce sont enfin ces gens-là « qui, oubliant qu'ils font partie du parlement, osent com- « prendre dans le tiers-état cette compagnie la plus auguste « du royaume ! »

Ce mémoire fit à la cour et à Paris un bruit si étrange que chacun des ducs n'était plus désigné, dans la plupart des sociétés, que par le nom ou l'origine honteuse qu'on leur donnait. Toute la pairie s'assembla à l'hôtel de Crussol pour répondre à ce mémoire que la fureur contre eux avait fait répandre. Us l'appelèrent infâme.

Chaque Pair fit bouleverser ses archives pour en retirer des titres. Chacun porta ses vieux parchemins , pour se convaincre, et s'édifier réciproquement.

RÉPONSE AU LIBELLE INJURIEUX QUI ATTAQUE LES MAISONS DES DUCS ET PAIRS.

« Il paraît depuis quelque temps dans le public un mémoire « rempli de tant de fausses maximes à l'égard de l'Ëtat et de « la noblesse , de tant de faits supposés , et d'injures si atroces « contre l'ordre le plus relevé qu'il y ait dans le royaume , « après la maison royale , qu'on ne peut traiter que de chro- « nique scandaleuse et de libelle diffamatoire un écrit où , malgré « les fleurs et ornements du discours fort recherchés, on

* voit régner également une horrible malice et une grossière « ignorance.

« L'auteur s'avise de faire un parallèle de la noblesse d'épée « avec celle de la robe, les faisant marcher de pas égal; ce « qui fait bien voir qu'il ignore jusqu'aux principes mêmes de « la noblesse, puisque , depuis qu'il y a des nobles dans le « monde , on n'a jamais fait comparaison de la noblesse de « robe avec celle d'épée , et l'on a toujours regardé cette der- « nière comme on regarde l'original d'un beau tableau , qui « est fort au-dessus de la copie. Il faut être bien ignorant pour

* faire une telle comparaison. Il en est de même quand cet au- « teur dit que la noblesse de robe a les mêmes droits et préro- « gatives que celle d'épée. Une si grande erreur fait bien voir « qu'il n'a pas consulté les chapitres de Strasbourg , de Saint - « Jean de Lyon, d'Auch, de Brioude, de Saint-Pierre de Mâ- « con , et plusieurs autres. La noblesse de robe est incapable « de parvenir aux dignités de chevaliers du Saint-Esprit.

« Il y a lieu d'être surpris de la hardiesse avec laquelle cet « auteur met en avant qu'il y a dans le parlement un grand « nombre de maisons fort au-dessus de la plupart des Pairs.

« La première de ces grandes maisons qu'il attaque est « celle de Crussol. Ce serait lui faire trop d'honneur que de % répondre sérieusement à ces extravagances. Qu'est-ce qu'a

« de commun Jean Bastet , apothicaire en la ville de Viviers , « en l'an 1300 , et Géraud Bastet , son fils , ennobli en 1 303 , « avec l'illustre maison de Grussol, connue dès Tan 1000 dans « les seigneurs de Crussol , lors chevaliers bannerets ?

« La maison de LaTrémoille, alliée aux maisons de France , « d'Aragon, de Massan, de Hesse-Cassel , Danemark, 01- « denbourg , et autres , tire son origine de Pierre , sire de la « Trémoille en Poitou , vivant en l'an 1040. On renvoie l'au- « teur au témoignage de M. de Sainte-Marthe.

« Les termes injurieux dont se sert le maréchal de Tavannes « dans ses Mémoires , et qui ne sont que l'effet de l'antipathie « et de la jalousie de ce seigneur contre M. de Sully, ne prou- « vent pas qu'il n'ait pas été de la maison de Béthune , ainsi « qu' André Duchêne le fait voir dans son Histoire généalo- « gique. Enfin la très-illustre maison de Melun, dont est « sortie la mère du premier duc de Sully, prouve d'une ma- « nière incontestable qu'il était connu pour homme de qua- « lité.

« Il faut apprendre à l'auteur, puisqu'il ne le sait pas, qu'Ho- « noré d'Albert, seigneur de Luynes , dont il fait un avocat , « était chevalier de l'ordre du roi , gouverneur de Beauvais, « descendu de Thomas d'Albert, damoiseau, bailli du Vi- « varais en 1454, et d'une maison connue dès le temps dé « saint Louis, établie dans le Comtat sous le roi Jean. Lapre- « mière origine de cette maison vient des comtes d'Albert de « Florence, dont était le pape Innocent VI.

« Cet auteur veut trouver de la contradiction où il n'y eu a « jamais eu. Il dit que la maison de Cossé se prétend origi- « naire du Maine , et qu'elle prétendait venir d'Italie. Il n'a « pas compris que cette maison du Maine n'est qu'une avec « celle d'Italie , dont elle a tiré son origine. Il ne peut donner « des preuves plus évidentes de son ignorance , lorsqu'il dit « que la maison de Cossé n'est pas ancienne.

« Ce qu'il dit contre le duc de Richelieu fait voir évidemment

« l'insigne fourberie de l'auteur, et qu'il n'a eu d'autre objet « dans son mémoire que d'insulter les personnes les plus res- « pectables. Pour l'en convaincre, il n'y a qu'à suivre quelques « dates. Il dit que René de Vignerot , aïeul du duc de Riche- « lieu dernier mort , était domestique et joueur de luth du « cardinal de Richelieu , et qu'il le servait si heureusement « dans ses plaisirs qu'il lui fit épouser sa sœur et qu'ensuite « il lui substitua son duché de Richelieu. Mais toutes ces in- « jures tombent d'elles-mêmes en observant que la maison de « Vignerot tire son origine d'une très-ancienne maison d'An- « gleterre, établie en France en Tan 1430, sous le règne de « Charles VII , en la personne de Vignerot , seigneur de Pierre « de Courlay , quint- aïeul de René de Vignerot, gentilhomme « de la chambre de Henri IV, mort en 1626 , marié le 29 août « 1603 avec Françoise Duplessis-Richelieu , morte en 1615, « auparavant veuve de Jean de Reauvais. L'histoire nous ap- « prend que le cardinal de Richelieu ne fut ministre d'État « qu'après la mort du connétable de Luynes, arrivée au siège « de Montauban en 1621 ; créé cardinal en 1622 ; que par son « testament , de Tannée 1642 , à la fin de laquelle il est décédé , « il avait substitué son duché de Richelieu à Armand-Jean de « Vignerot , son petit-neveu et petit-fils de René de Vignerot. « La mère de ce René était René de La Forest de Raurepaire , « morte avant François de Vignerot, son mari, et qui n'a pas « été en état de se remarier à un artisan , comme on le sup- « pose injurieusement.

« Nous avons à la cour très-peu de maisons aussi anciennes « que celle de Saint-Simon , qui tire son origine d'Olivier de « Rouvroy, chevalier vivant en 1060, sous Henri Ier; que Jean « de Rouvroy , chevalier banneret , suivit Philippe- Auguste à « la conquête de la Normandie sur le roi d'Angleterre, en 1 202; « que quatre descendants furent vice-rois de Navarre ; qu'ente viron l'an 1334 Matthieu de Rouvroy épousa Marguerite * de SaintrSimon , héritière de cette illustre maison , à la charge

« de porter le nom et les armes de Saint-Simon. Cette maison « était extraite du sang impérial de Charlemagne par les comtes « de Vermandois et rois. d'Italie. On ignore que Charles, « marquis de Saint-Simon , ait été écuyer d'un maréchal de « France. Ce qu'il y a de certain est qu'il est mort cordon « bleu , maréchal de camp , colonel du régiment de Navarre « et gouverneur de Senlis, et marié avec Louise de Crussol, « avant que son frère fût duc.

« Ce n'est pas la première fois que des calomniateurs témé- « raires et mal avisés ont eu l'insolence d'inventer des faits « aussi indignes que celui qui est supposé contre la maison de « La Rochefoucault, puisque quelques écrivains passionnés et « calomniateurs ont été assez effrontés pour écrire une pa- « reille injure contre la plus auguste et la plus ancienne de « toutes les maisons. La maison de La Rochefoucault tire son « origine de Foucault, seigneur de la Roche en l'an 1026, « filsd'Amaury de Lusignan, seigneur de la Roche , lequel « était petit-fils de Guillaume, duc d'Aquitaine et comte de « Poitou , sorti des anciens comtes d'Autun , issus de race « royale.

« Ce qu'il dit contre la maison de Villeroy est un tissu de « faits également supposés et injurieux , et ce qui achève de « faire voir toute l'indignité de l'auteur est qu'il ose attaquer « une personne aussi respectable en toute manière que l'est « l'illustre chef de cette maison. S'il y a eu un contrôleur de « la bouche de François Ier et un greffier de l'hôtel de ville « portant le nom de Neuville , on ne peut rien conclure de cette « ressemblance de nom , et ils n'ont rien de commun avec les « ancêtres de la maison de Villeroy. Si l'auteur avait consulté « les registres de l'hôtel de ville de Paris, il n'y aurait pas trouvé « un prévôt des marchands du nom de Neuville , puisque n'y « en a jamais eu ; mais on voit bien que, comme il confond « tout, il a voulu parler de Nicolas Le Geudre, seigneur de Vil- * leroy , prévôt des marchands en l'an 1576, et depuis cheva*

« lier de Tordre du roi. Cette, dernière qualité lui est donnée au « procès- verbal de la rédaction de la Coutume de Paris, du 22 « février 1 580 , et dont la sœur Angélique Le Gendre , dame a de Villeroy en partie , avait épousé un des ancêtres de la mai- « son de Neu ville- Villeroy , dans laquelle l'autre partie de « cette terre est tombée par le décès de Nicolas Le Gendre sans « enfants.

a Au surplus, on apprend à l'auteur, puisqu'il l'ignore, que « la maison de Villeroy est sortie, sur la fin du quinzième « siècle, d'un cadet de l'illustre maison de Neuville en Flandre, « qui vint s'établir en France après la mort de Charles, dernier « duc de Bourgogne. Cette maison a donné deux doyens des « maréchaux de France , plusieurs gouverneurs de province. « Elle a pris des alliances dans les plus grandes maisons du « royaume ; telle est celle de Nicolas de Neuville , duc de Vil- « leroy, pair et maréchal de France, qui épousa en 1617 Ma- « deleine de Créqui. Telle est l'alliance de M. le maréchal « d'aujourd'hui, dont l'épouse était Marie - Marguerite de « Cossé-Brissac , fille d'une Gondi, arrière -petite -fille d'une « d'Orléans-Longueville > dont la mère était Marie de Bour- « bon, comtesse de Saint-Paul. Telle est celle de Catherine « de Neuville , fille du feu maréchal , avec Louis de Lorraine , « comte d'Armagnac. On remarquera encore qu'elle porte « pour armes trois petites croix , qui sont une partie de celles « de la maison de Neuville en Flandre , qu'un seigneur de « cette maison a rapportées au nombre de six de la croisade « de Godefroy de Bouillon.

« L'auteur dit que la maison d'Estrées n'est noble que depuis « deux cents ans , et que le feu cardinal d'Estrées, après beau- « coup d'efforts, n'a rien pu trouver au-dessus de ce temps-là. « Pour le convaincre de son extrême témérité , il n'a qu'à con- « sulter le greffe du bailliage de Péronne , où l'on trouve un « procès- verbal fait au mois de septembre 1675 , à la requête a de M. le cardinal, d'une chapelle située près le bourg de

Falay , proche Péronne , dans laquelle il s'est trouvé plusieurs anciens monuments du douzième siècle aux armes d'Estrées ; et on voit qu'un seigneur d'Estrées, chevalier banneret, avait, à la tête de ses vassaux, remporté la victoire contre un seigneur voisin à qui il faisait la guerre. M. du Cange , dans ses Dissertations sur l'histoire de saint Louis par le sire de Joinville , remarque que Raoul d'Estrées , maréchal de France , suivit saint Louis à la seconde croisade. Pami les chevaliers qui furent admis au tournoi d'Anchin , près Douai , en 1096, on trouve Hubert d'Estrées. Christine d'Estrées, en 1658 , épousa François-Marie de Lorraine , prince de Lillebonne.

« L'auteur n'est pas moins ridicule au sujet des maisons de Bauvilliers , Saint-Agnan , de Hostun , de Tallard et de Boufflers, qu'il dit n'être connues qu'autour de leurs villages. S'il avait consulté l'histoire de Berry , il y aurait appris que la maison de Bauvilliers y est très-distinguée depuis six siècles , qu'elle s'est alliée avec les premières maisons du royaume. L'histoire du Dauphiné lui aurait fait connaître l'ancienneté ainsi que les grandes alliances de la maison de Hostun. L'histoire des maisons de Picardie apprend que Henri, seigneur de Boufflers, vivait en 1248; que Guillaume, sonfils, suivitCharles « d'Anjou à la conquête du royaume de Naples et se signala « à la bataille de Bénévent. Alleaume , seigneur de Boufflers , « fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, paya 5,000 livres « de rançon , somme en ce temps-là très- forte. Les armes de « cette maison font voir qu'elles tirent leur origine d'une « croisade.

« On ignore le prétendu changement dont cet auteur parle « dans les armes de la maison de Grammont , et qui d'ailleurs « ne conclurait rien. L'histoire de France nous apprend la « grandeur de cette maison.

« C'est avec la même malice qu'il attaque la maison de « Noailles. L'histoire inventée de l'ennoblissement et de l'érec-

« tion en fief , qu'il n'ose pas même dater, et des prétendues « acquisitions de la terre de Noailies, est digne de pitié. On sait, « et les titres de cette maison en font foi , qu'elle possédait , dès « l'an 1000, la terre et le château de Noailies, situés dans la « vicomte de Turenne , et n'a jamais eu d'autre nom que celui « de Noailies.

« Si l'auteur du mémoire ne connaît pas la maison du Cam- « bout de Coasin , c'est qu'il n'a pas lu l'histoire de Bretagne ; « il y verra que cette ancienne maison a pris son nom de la « terre de Cambout. On ne peut ici passer sous silence l'alliance « qu'elle a faite sous Louis XIII , par le mariage de Mar- « guérite du Cambout avec Henri de Lorraine , comte d'Harcourt.

« L'auteur du mémoire dit que la qualité d'huissier d'armes. « que portaient les ancêtres de M. le duc d'Aumont , donne « une petite idée de cette maison , et que cette charge n'est pas « au-dessus de celle de conseiller. Il ne ferait pas une comparaison « si pitoyable s'il savait ce que c'était que cette charge d'huis- « siers d'armes. Elle était semblable en dignités et fonctions à « celle que nous appelons aujourd'hui premier écuyer du roi. « Ce seigneur d'Aumont , qui prend la qualité d'huissier d'ar- « mes en 1 333 , s'est signalé à une bataille donnée près de Tourte nay en Flandre. Cette maison tire sa première origine du « pays de Hainault , où elle est connue dès l'an 650 , dans Ma- « deleine d'Aumont , qui fonda dans la terre d'Aumont une « abbaye du même nom , et qui épousa Vaudrade , comtesse « de Hainault. L'abbaye de Resson , au diocèse de Rouen , « reconnaît pour fondateurs les seigneurs d'Aumont. On trouve « Philippe d'Aumont parmi les chevaliers admis au tournois « d'Autun, près Douai, en 1096; un autre Philippe d'Aumont, « surnommé le Chauve , s'est signalé à la prise de Constantino- « pie par les Latins, en 1304. Pierre d'Aumont fut chambellan « des rois Jean et Charles V, et fut, avec la reine Jeanne de « Bourbon, l'un des tuteurs de Charles VI. Jean d'Aumont ,

« chevalier banneret, fut tué à labataille d'Azincourt ; Jean, sire « d'Aumont , fut fait maréchal de France en l'an 1579.

« Ce qu'il dit contre la maison de la Meilleraye , du nom * de Porte , n'est pas moins supposé. On connaît assez cette « grande maison pour être une branche de celle de la Porte de « Vezin. On ne doute pas que la parenté du cardinal de Riche- « lieu , dont le maréchal de la Meilleraye était cousin germain , « n'ait contribué à relever l'éclat de cette maison ; mais il faut « observer que la tante du cardinal de Richelieu, fille d'un « cordon bleu , capitaine des gardes du corps , n'aurait pas « épousé le fils d'un simple avocat et le petit-fils d'un artisan.

« L'auteur du mémoire tombe dans des contradictions ridi- « cules au sujet de la maison d'Harcourt. Il dit que Jean d'Har- « court, vicomte delà ville de Caen en 1514, a eu un jeune « fils pour jeter des fleurs à l'entrée de Henri IV. Apparemment « qu'il ne sait pas que Henri IV n'a commencé à régner en « France qu'en 1 589 ? et que ce jeune fils aurait été âgé de plus « de quatre-vingts ans. Tous les généalogistes conviennent que « cette maison est issue d'un cadet des anciens ducs de Nor- « mandie , dès le treizième siècle. Robert d'Harcourt a été « maréchal de France ; la branche aînée est tombée dans la « maison de Lorraine.

« On ne connaît pas parmi les généalogistes le nom de « Rouillac , cité par l'auteur pour prouver que la maison de « Pardaillan de Montespan ( et non pas Pardaillan , comme il « l'affecte mal à propos) soit sortie d'un chanoine deLectoure ; « cette injure est digne de pitié. Le nom de cette maison est « Gôndrin , nom aussi illustre qu'ancien. Ceux d'Espagne et « de Pardaillan sont venus par de grandes alliances et ont été « joints au nom de Gondrin.

« La maison de Villars tire son origine des seigneurs de Vil- « lars, frontière de Dauphiné , depuis plusieurs siècles. D'an- « ciens monuments où sont les armes de cette maison en font « voir l'ancienneté.

« Si l'auteur du mémoire a trouvé dans Brantôme que le « connétable de Bourbon avait un valet de chambre nommé « Goyon , cette ressemblance de nom n'a aucun rapport avec « la maison de Matignon , alliée à la maison royale et sortie « de l'illustre maison de Goyon en Bretagne.

« On convient que Louis Pothier , baron de Gesvres , secré- « taire d'État, qui a formé la branche des ducs de Gesvres, « était fils d'un conseiller au parlement sous Charles IX ; mais « cette maison a été illustre dans l'épée, depuis le secrétaire « d'État qui avait épousé une petite-fille de Catherine de Mont- « morency, dame deTresmes , et dont le fils aîné, René Pothier, « duc de Tresmes , a épousé Madeleine de Luxembourg , fille « de François de Luxembourg , duc de Piney , et de Diane de « Lorraine. Ces grandes alliances ont rendu la maison de Po- « thier digne d'un titre de duc et pair, auquel le simple nom « de Pothier n'aurait pu l'élever. Ce qu'elle a de moins est « d'être sortie des Pothier de Blancmesnil et de Novion, pen- « dant qu'au contraire c'est un grand honneur pour eux d'avoir « une branche de leur maison honorée du titre de duc et « pair de France.

« S'il y a eu un conseiller au parlement, sous Charles VI, « appelé Jean de Mailly, il n'était pas de cette grande maison. « Nicolas de Mailly fut amiral de la flotte qui alla à la croisade « de l'an 1204. Gilles de Mailly suivit saint Louis dans la Pa- « lestine. Cette maison est alliée à la maison royale.

« L'auteur du mémoire dit que les Clermont-Tonnerre n'é- « taient que conseillers du Dauphin de Viennois. Cette maison « est connue dès l'an 1060 , en Aymar, seigneur de Clermont; « Humbert , Dauphin, créa une charge de premier conseiller- « né et chef des guerres delphinales , en faveur des seigneurs « de cette maison. Le rétablissement du pape Calixte II , en « 1119, par la valeur d'Aymar de Clermont, les clefs de « s^int Pierre avec la tiare pour cimier , données par ce pape , « au lieu des anciennes armes de cette maison , sont des faits

« connus de tout le monde. Le nom de Chatte n'est qu'une

« seigneurie sous laquelle on a distingué une branche cadette.

« Feu M. l'évêque deNoyon, mort en 1702, dont on sait

« quelle a été la délicatesse, a reconnu cette branche. »

Page 1