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de toute accusation. Dans cette affaire , Sartmes avait signé le pour et le contre : comme lieutenant de police et commissaire,, il avait signé la pièce du rapport du duc d'Aiguillon, qui chargeait un peu Dumouriez ; comme ministre, il avait signé celle qui le déclarait innocent.
Il alla retrouver le lendemain le ministre , et lui demanda la» permission de se marier, qu'il obtint facilement. M. du Muy était austère et très-religieux : il venait lui-même de satisfaire une ancienne inclination , en épousant mademoiselle Blancard , chanoinesse de Neuss, aussi belle que vertueuse, qui pleure encoreson respectable mari, qu'elle a perdu en 1775. Il partit pour le Pont-Audemer, où était sa cousine; et, après avoir payé avec bien, du regret au pape trois mille deux cents livres pour les dispenses de proche parenté, il l'épousa le 13 septembre 1774. Il futobligé de vendre cinq mille volumes de sa bibliothèque pour les frais de son établissement; ce qui lui en restait , redevenu considérable , et tous ses manuscrits et ses papiers , sont devenus la proie des anarchistes.
Il alla s'établir à Saint-Quentin auprès de l'abbesse; mais bientôt les deux belles-sœurs ne sympathisèrent pas. Le caractère de son épouse était aigri par ses souffrances. La dévotion , quand elle est outrée et minutieuse , semblable à un vêtement trop étroit, se prête aux défauts de notre corps; elle les couvre,, mais elle ne les cache pas. Il n'y avait plus assez d'analogie dans ce ménage pour qu'il fût heureux. Elle rapportait tout à Dieu , à la religion, mais surtout au culte extérieur. 11 n'est ni athée,, ni impie ; mais tous les cultes lui semblaient des variétés d'un principe uniforme dans tout l'univers , l'adoration d'un Dieu. Ih était persuadé de cette sublime sentence de Voltaire :
Il nous juge sur nos vertus, Et non pas sur nos sacrifices '.
Cette diversité de façon de penser a jeté pendant quinze ansentre eux un levain de dissension qui a fait leur malheur. Elle était intolérante, il était indifférent. Exclusive, jalouse, tou-
1 Épitre à Uranie. \ \ t
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jours malade, ayant eu le malheur de perdre deux enfants au moment de leur naissance, elle était devenue d'une société fâcheuse. Brouillée avec sa sœur l'abbesse, elle le força à quitter Saint-Quentin. lis se retirèrent à la campagne, à trois lieues de Rouen. Bonne et charitable, tout ce qui l'entourait était malheureux. Elle l'a forcé à renvoyer ses vieux domestiques, et ils en ont eu près de cent vingt en quinze ans de ménage , sans pouvoir en garder un. Baptiste même , élevé dans la maison , regardé plutôt comme un fils qu'un domestique , a été sacrifié à la tranquillité , et n'est rentré avec son maître qu'après leur séparation.
Il a souffert quinze ans cet état pénible ; il la gardait dans ses fréquentes maladies , il lui obéissait en tout. Il se privait de toutes les sociétés et de tous les plaisirs. Quand ses amis voulaient ou le conseiller ou le railler sur sa patience , il leur répondait : « A votre avis, Socrate était-il un sot? » Ses grands travaux , ses promenades solitaires lui faisaient supporter avec constance cette épreuve, dont il se consolait en pensant qu'elle servait à briser ce que son caractère avait de trop altier. On l'a vu pendant quinze ans le modèle des maris, et on n'a su de leurs altercations, dans le public, que ce que l'extrême vivacité de son épouse laissait échapper, qu'il tâchait ensuite de couvrir par les complaisances d'amant. Elle l'aimait, et l'aime encore; il rendait justice à toutes ses vertus ; il se disait avec vérité que s'ils avaient été tous deux philosophes ou tous deux dévots , le bonheur aurait habité leur maison.
Dès les premiers mois de son mariage , et tous les ans, elle disait à son mari qu'elle voulait se séparer et se remettre au couvent; tous les ans il la dissuadait. Chargé d'une grande représentation, ayant quelques dettes, il ne pouvait pas partager son revenu, qui suffisait à peine à sa dépense. Il attendait la mort de sa belle-mère, voulant lui laisser la jouissance de son bien. En 1786, il lui vint Une succession inattendue. La veuve de son bon oncle de Versailles, sensible à des services qu'il lui avait rendus à la mort de son mari, et pénétrée d'estime pour lui, lui laissa tout son bien. Il alla recueillir cette succession à Versailles ; il chercha et trouva des parents de cette dame, auxquels