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Saint-Germain avait nommé Dumouriez aide maréchal des logis des côtes du Boulonais, dont il voulait lui donner le commandement pour diriger ces travaux. Quand on en vint à la lecture du discours sur la guerre d'Amérique, Maurepas lui dit sans balancer qu'il était un fouet une tête chaude; qu'il était trèsassuré que les événements de l'Amérique se passeraient sans occasionner la guerre, et qu'il avait pris à cet égard des mesures qui ne pouvaient pas manquer. Dumouriez, quoique bien convaincu que le premier ministre avait tort, ne crut pas devoir insister. Il repartit pour sa campagne, où il resta toute l'année 1777. Il y fit un mémoire de défensive sur la Normandie et différents autres ouvrages, entre autres la traduction d'un livre peu connu, mais très- original, intitulé , en italien, Fita cli Benvenuto Cellini, scultorefiorentino 1 , et celle d'un ouvrage allemand qui contient la vie des principaux généraux de Charles XII, Renschild, Steinbock, Duker, Meyerfeldt, et autres. Ces ouvrages sont perdus , parce qu'il n'a jamais eu le temps de les faire imprimer.
Au mois de juillet, il envoya à M. de Montbarrey un mémoire sur la guerre d'Amérique, où il prédit la perte de Bourgoyne. On apprit, quelque temps après, que ce général avait mis bas les armes avec toute son armée à Saratoga. Dans ce mémoire il annonçait la guerre très-prochaine. M. de Maurepas dit alors : « Je crains qu'il n'ait raison. »
A la fin de décembre , il reçut un courrier de M. de Montbarrey , récemment ministre , qui lui mandait de se rendre surle-champ à Versailles; il y trouva la Rozière qui avait reçu un ordre pareil. On tint le lendemain un grand conseil chez M. de
1 Cette vie du fameux sculpteur Cel- lini vint en France sous le règne de
lini fut écrite par lui-même. 11 en existe François 1er, qui le chargea de divers
une édition in-4°, Cologne, sans date, travaux dont il s'acquitta avec talent.
File a été réimprimée en 1806, in-8B, On possède à Rome plusieurs morceaux
I Milan. Cellini, dans cette histoire, précieux sortis de son ciseau , particu-
raconte souvent avec éloge les actions lièrement un groupe de Perséc coupant
de sa vie. Quoique sa profession fût latête de Méduse, etunestatuedu Christ,
atiellement pacifique, il avait un Comme écrivain, Cellini a acquis une
• particulier pour le métier des ar- grande réputation. Son style, réputé
mec. Lors du sac de Rome par le conné- classique, est souvent cité dans le vo-
tablede Bourbon, il s'arma avec quel- cabulaire délia Crusca. On a publié en
qius amis, et se vante d'avoir tué ce France une traduction de ses .Mémoires,
il d'an coup d'arquebuse. 11 tua qui se lisent avec intérêt. encore, dit-il, le prince d'Orange. Cel- (Note de l'éditeur.)
200 MÉMOIRES DE DUMOUHIEZ.
Maurepas. La guerre était déclarée. La Rozière lut sa défensive de Bretagne; on était fort inquiet pour cette province, surtout pour le port de Brest. On fit partir de l'artillerie et des munitions en poste , de Douay, pour Brest.
Alors on ordonna à Dumouriez de partir pour la Bretagne, et d'y servir sous la Rozière. Il pritla parole, et dit : « Messieurs , vous êtes inquiets pour la Bretagne , et moi je ne crains plus rien pour cette province, après avoir entendu l'excellent mémoire que vous adoptez. La Rozière suffit en Bretagne. Mais je crains secondairement pour la Normandie, dr>nt vous ne vous occupez pas , et surtout pour la presqu'île du Cotentiu, que les Anglais ont déjà prise une fois : s'ils s'y établissaient , il faudrait une campagne entière pour les en chasser. » Alors il leur fit le précis de la défensive de la Normandie. M. de Maurepas lui dit de l'écrire; ce qu'il fit sur-le-champ. Ce ministre la porta au roi. Ce prince demanda qui avait fait ce court mémoire; et , à l'endroit où il traitait de Cherbourg , le roi écrivit , de sa main : Du* mouriez, commandant de Cherbourg. Ce commandement fut ainsi créé pour lui, du propre mouvement de Louis XVI, dans les premiers jours de janvier 1778. On y attacha six mille livres de traitement, qui, outre ses appointements d'aide-maréchal des logis , sa pension et son petit revenu , avec le logement , lui faisaient vingt-trois mille livres de rente et une place fixe J.
1 Parmi les titres à la reconnaissance une mer orageuse, et pour creuser dans le
publique acquis par le général Dumou- roc vif un asile où se puissent réfugier
riez, il faut compter la part qu'il a prise des flottes entières. On sait que l'ouver-
à l'établissement du port de Cherbourg, ture de l'avant-port de Cherbourg n'eut
Ce grand ouvrage, dont il conçut la lieu que le 27 août 1813, en présence de
première idée, fut entrepris sous son Napoléon et de Marie-Louise. Il n'est
commandement; mais la révolution ar- peut-être pas sans intérêt d'offrir au
riva trop tôt pour qu'il eût la gloire de lecteur les détails de cette cérémonie,,
le voir achever. Le gouvernement im- qui fut accompagnée de circonstances
périal poussa très-loin les travaux en- assez curieuses , et que nous trouvons
trepris d'après 1 *s plans et sous la di- dans une brochure publiée à Caen, en
rection de M. Cachin, ingénieur d'un 1813, par M. Pierre-Aimé Lair, homme
rare talent. Rien ne donne une plus instruit et littérateur estimable. On
haute idée de la puissance de l'homme, lira ces détails sous la lettre (B).
que ces travaux exécutés pour repousser (Note de l'êdiie%r.)