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Tous les plans de ce ministre, qui cependant avait de bonnesvues, ont été tronqués et morcelés. La quantité de fa iseurs dont il s'était entouré a donné à ses ordonnances un défaut de cohérence et d'ensemble qui les a rendues la plupart inutiles^ et plusieurs pernicieuses. Il avait eu les plus grandes obligations au père de M. de Montbarrey; lui-même lui avait rendu de grands services, lorsque, renvoyé du Danemark, ayant essuyé une banqueroute , il végétait en Alsace dans la misère et dans l'oubli. Il appela auprès de lui cet officier général, mais bientôt il en devint jaloux ; et c'est ce qui le perdit , et ouvrit à Montbarrey la route pour lui succéder. M. de Maurepas, qui était allié de la famille de INesle, dont était madame de Montbarrey , cédant au cri de toute la France contre M. de Saint- Germain r fit nommer Montbarrey pour son successeur.
Entre beaucoup de vues utiles qu'avait M. de Saint-Germain, il tenait surtout pour le projet d'établir un port de roi dans la Manche. Dumouriez avait reçu de M. du Muy , précédemment ministre, le projet de faire d'Ambleteuse un port militaire. Il fit connaître à M. de Saint-Germain l'analyse de ce projet. Cette analyse, partant de toutes les assertions d'un mémoire de M. de Maillebois, présentait ce projet comme très-utile; mais en la composant il avait eu la précaution , ne connaissant pas le local, de débuter par ces mots : « Si le mémoire est vrai dans tous ses détails. » M. de Saint-Germain le fit venir à Paris en 177G, et le nomma commissaire du roi avec le chevalier d'Oisy et M. de la Rozière, pour aller examiner où et comment on pourrait former un port de guerre dans la Manche. Le premier était un capitaine de vaisseau fort ignorant , qui mourut avant départir; le second était l'officier d'état-major le plus instruit que jamais Dumouriez ait rencontré. Il était alors maréchal des logis de Farinée en Bretagne, et brigadier. Il devait sa fortune a M. de Broglie.
Us partirent ensemble. On avait étendu leur mission. Isonseulement ils devaient examiner Ambleteuse , que la Rozière connaissait bien, et qu'il assurait ne pouvoir pas convenir, mais encore tous les projets de port faits ou à faire depuis Dunkerque jusqu'à l'embouchure de la Seine.
Ces deux officiers firent un très-grand travail pour vérifier tous les projets de ports de guerre présentés dans cette étendue. Il n'y avait pas de si petite crique qui n'eût exercé l'imagination de quelques gens à projet. Us trouvèrent que le mémoire d'Ambleteuse portait sur des bases fausses; que le maréchal de Vauban , qu'on citait à faux, et qui effectivement avait tracé une citadelle et construit une écluse et une entrée de bassin, n'avait effectivement travaillé que pour en faire un port de frégates, ce qu'on reconnaissait facilement à la largeur des basjot/ers et à la hauteur du radier de l'entrée. Us abandonnèrent ce projet, et après un mûr examen ils se fixèrent au local de Boulogne, en laissant à la droite cette ville et la rivière de Liane , en projetant le creusement des réserves d'eau dans la vallée de Capecure , et les bassins sous le fort de Châtillon , ouvrant l'entrée sous ce fort, avec une digue prolongée sur les bancs de Y Heure zt Linheure. On pouvait y faire un établissement de marine pour douze vaisseaux de ligne, avec des défenses très-faciles, pour le prix de douze millions partagés pour le travail et la dépense, en quatre années égales. Ce port aurait fait face aux dunes.
La Rozière connaissait beaucoup Cherbourg ; il proposait d'y construire un second port, en face de Portsmouth, pour trente vaisseaux. Celui de Brest correspond à celui de Plymouth , et nous aurions eu de plus que les Anglais les ports de Rochefort et de Toulon. Ils joignirent à ce mémoire un détail du projet, des travaux, des sommes qu'on pourrait tirer de l'Artois, du Boulonais et de la Picardie, pour soulager le gouvernement, les tables de sondes de terre et de mer et des marées. Dumouriez , qui avait prévu que la guerre de l'Amérique ne tarderait pas à brouiller la France avec l'Angleterre , y avait joint un discours sur cette guerre , et sur les moyens de rassembler en un mois les bâtiments nécessaires pour porter en Angleterre cinquante mille hommes.
Munis de tout ce travail, ils retournèrent à Versailles au mois de septembre. M. de Maurepas assembla un conseil de tous les ministres, où fut appelé le comte d'Estaing. On donna de grandes louanges au projet de Boulogne, et on n'exécuta rien. M. de