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qui lui donneraient le temps d'entrer dans les Pays-Bas, et de changer la nature delà guerre. Il fît donc partir sur-le-champ Dillon avec le général Chazot, qui connaissait bien le pays, y ayant commandé longtemps. Il lui donna le général Vouillers pour chef de son état-major. Cetoffîcier commandait àYaîenciennes, et connaissait parfaitement les détails de l'infanterie.
Alors il s'occupa entièrement de l'armée du nord qu'il voulait former et rassembler. Il fit une promotion de cinq lieutenants généraux et sept maréchaux de camp. Les cinq lieutenants généraux étaient Moreton, qu'il fit chef de son état-major ; la Bourdonnaye, commandant à Lille; Marassé, commandant à Douai ; Omoran, commandant à Condé, etBeurnonville, qui, quoique récemment maréchal de camp , avait bien mérité cet avancement rapide pour avoir tenu tout l'été le camp de Maulde très-audacieusement, avec à peu près trois mille hommes, contre des forces très- supérieures.
Les commissaires avaient ordre d'examiner très-scrupuleusement Lanoue, commandant le camp de Maubeuge, et même de le destituer. Dumouriez le connaissait depuis trente ans , et l'estimait, quoique les querelles de faction les eussent refroidis. Il le fit venir à Valenciennes ; il fut sa caution auprès des commissaires, et il les fit consentir à lui laisser son commandement, qui était en très-bonnes mains.
Il fallait s'assurer des troupes du camp de Pont-sur-Sambre , qui étaient entièrement Jayetlisêes. Le général avait au camp de Maulde un colonel des dragons, homme d'un très-grand mérite, nommé Duval. C'était un vieil officier qui avait fait les guerres d'Hanovre et de Corse, dans la légion de Soubise. Duval joint toutes les vertus civiles à de grandes qualités militaires. Il n'en coûta que la destitution d'un colonel de dragons et de deux lieutenants-colonels d'infanterie.
L'assemblée nationale avait envoyé trois nouveaux commissaires à Sedan , pour forcer la Fayette à rendre les premiers. En partant de Paris, ils avaient écrit au général Dumouriez pour l'engager ;* marcher avec son armée contre le général rebelle; ce qu'il ne pouvait faire, ayant l'ennemi aussi près , quoique , par
un hasard ou une combinaison singulière, le duc de Teschen eût pris ce moment pour décamper de Bavay et se retirer à Mons.
Au moment où il avait reçu sa commission , il avait écrit à tous les pouvoirs constitués du département des Ardennes, surtout à ceux de Sedan , pour leur ordonner de faire remettre en liberté les commissaires, et de faire arrêter la Fayette. Il avait envoyé les mêmes ordres à tous l^s commandants militaires , sous les peines les plus sévères. Ces ordres étaient arrivés à Sedan le 20.
La Fayette avait abandonné son camp le 21, avec presque tous ses officiers généraux et son état-major. Il ne restait de toute cette armée que trois maréchaux de camp : Ligneville, enfermé dans Montmédi , presque investi par les Prussiens ; Dangest, commandant de l'artillerie , qui commandait l'armée, etDietmann, vieil officier brave, mais borné. Leveneur , lieutenant général, était parti le dernier; il revint ensuite pour reprendre son poste, queDumouriez lui refusa; il servit pendant trois semaines comme simple hussard, et après cette expiation le général lui rendit son rang. C'est un homme très-brave et plein d'ambition, mais sans tête: les soldats l'aiment parce qu'il est affable, et qu'il porte une énorme moustache et un bonnet de police : il a fait beaucoup de sottises depuis , tout en servant bien ' .
1 C'est ici l'occasion de citer un trait le projet de s'en emparer en prenant la
de bravoure recueilli par nos historiens, garnison à l'improviste, et en surprenant
et qui honore le général Leveneur. Cette le fort par sa gorge. Entre cette gorge
citation ajoutera au passage du général et le château, se trouvait un chemin de
Dumouriez, et pourra peut-être en ba- communication garni de palissades et
lancer l'extrême sévérité. « Après la ba- de parapets, par lequel on arrivait au
taille de Jemmapes, le général Valence fort par deux routes, dont la seconde était
étant entré dans Namur à la suite d'une gardée et la première sans défense. A
capitulation, et six mille Autrichiens minuit, le 29 novembre, le général Le-
s'étant retirés dans le château, le gêné- veneur sort à la tête de douze cents
rai Moitelle, leur commandant, voulut hommes conduits par un déserteur : on
dicter des lois à l'armée française. Le franchit les palissades dans le plus grand
siège du château fut aussitôt ordonné ; silence, on marche à la première route,
mais il fallait se rendre maître du fort on la trouve déserte; à la seconde, les
Vilatte qui en défendait l'accès, et dont sentinelles crient et font feu. Au même
l'attaque de vive force était à la fois instant le général, qui se trouvait d'une
dangereuse et incertaine, parce que trop petite taille pour franchir la palis-
l'on avait pratiqué des fourneaux sous sade, s'adresse à un officier très-grand
ses glacis. Le général Leveneur conçoit et très- fort, et lui ordonne de le jeter
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Dangest envoyait tous ces détails au général , en le conjurant «de venir bien vite, avouant qu'il était incapable de conduire l'armée, découragée et désorganisée par la défection de tous ses chefs; car, outre les généraux et l'état- major, presque tous les colonels et lieutenants-colonels étaient partis , entre autres un cousin de Dumouriez, le dernier de ses parents qui ne fût pas émigré. Dangest n'était véritablement pas en état de commander Tannée. Il mandait aussi que l'ennemi venait d'entrer en France en deux corps, dont l'un menaçait Thionville, l'autre mettait le siège devant Longwy. Le général, qui savait que Longxvy était une bonne place et que le commandant était un ancien officier expérimenté, ne fut pas très-inquiet, et ne crut pas devoir changer ses dispositions. Dillon était en route ; il devait rassembler l'armée , dégager ou ravitailler Longwy, au moins en retarder le siège.
II continua donc à préparer, avec le commissaire-ordonnateur Malus et son chef d'état-major Moreton, tout ce qu'il fallait pour commencer la campagne par le côté de la Belgique. On venait de réformer les régiments suisses : il en avait trois dans les garnisons du nord ; il donna ordre d'engager tous les bas-ofliciers et soldatsqui se présenteraient, et d'en faire le fond de huit bataillons francs, de huit cents hommes chacun, en y admettant aussi les déserteurs autrichiens, en vertu du décret insoutenable qui leur accordait cent livres de rente et cinquante de gratification. Il ordonna aussi de porter à six mille hommes le corps des Belges qui devait servir à son avant-garde. Il demanda au ministre de la guerre une augmentation de troupes et des armes, et il en fit venir de Hollande par Dunkerque.
Les ministres avaient envoyé ?u camp de la Fayette plusieurs
par-dessus: l'officier obéit, il suit son se décide à marcher, et le général arrache chef, et quelques grenadiers l'imitent, les mèches de sa propre main. Cepen- Arrivé près du commandant du poste, dant la garnison avait été désarmée par qui tentait de rassembler sa garde, le les troupes qui avaient sauté dans le gênerai lui appuie son épée sur la poi- fort ; les Autrichiens s'épouvantent, le trine , en lui disant : Conduis-moi à tes feu d'une batterie de pièces de vingtaines.Le commandant balance: Conduis- quatre achève do les effrayer, ils capitumoi à tes mines, ou tu es mort, répète lent, etc. » [Extrait du Dictionnaire des Leveneur d'une voix terrible ; et il le siéçei et batxiiies. ) menace toujours de son épée. L'officier i'Jfoti ic l'éditeur.)
252 MÉMOIEES DE DUMOUR1EZ.
émissaires, entre autres un Alsacien nommé Westermann r, qui s'était fort distingué à la journée des Tuileries du 10 août; on lui avait donné le brevet de lieutenant-colonel. Il était intimement lié avec Danton, alors ministre de la justice. Cet homme a infiniment d'audace, un esprit liant et fin , et il est très-fidèle dans ses attachements. Il arriva de Sedan dans la nuit du 24 au 25; il dit aux commissaires et au général que Longwy s'était rendu le 22, après deux jours de siège ; que l'armée était au désespoir, et prête à se débander ; qu'elle demandait à grands cris son général , et que, s'il n'arrivait pas sur-le-champ , tout était perdu. Il n'y avait plus à balancer.
Le général passa la journée du 25 et la nuit du 25 au 26 à donner ses ordres et ses instructions pour la continuation des préparatifs de l'expédition des Pays-Bas, en chargea spécialement Malus et Moreton, envoya ordre à la Bourdonnaye de laisser le commandement de Lille à Ruault qui venait d'être fait maréchal de camp, et de venir à Valenciennes commander l'armée en son absence. Il annonça qu'il reviendrait dans six semaines , et qu'il ferait encore cette année l'expédition de la Belgique, ce que personne ne crut; et il partit le 26 avec Westermann, un seul aide de camp, et son fidèle valet de chambre Baptiste.
En arrivant à Sedan le 28 au matin , il trouva le mal beaucoup plus grand qu'on ne le lui avait dépeint. L'armée était partagée en deux corps : l'avant-garde, de six mille hommes de troupes choisies, occupait, sur la rive droite de la Meuse, sur les hauteurs de Vau, un camp qui aurait exigé quarante mille hommes. Le corps d'armée, composé de dix-sept mille hommes, était campé à trois lieues en arrière , sur les hauteurs qui dominent Sedan. Ce camp ne vaut rien.
La consternation était générale. Les soldats regardaient tous les officiers comme des traîtres, et prenaient ce prétexte pour ne
1 Général révolutionnaire qui déploya Danton. Arrêté le 11 germinal an II, il
dans la Vendée autant de valeur que périt le 16 sur l'échafaud destiné à Ca-
de cruauté. Les excès de Westermann mille Desmoulins, Hérault de Séchclles,
n'empêchèrent pas Hébert de l'accuser et à ce même Danton doat il était l'ami,
de modérantisme; son véritable crime Westermann reçut la mort avec une rare
était son attachement à la faction de intrépidité. {Note de l'éditeur.)
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conserver ni discipline ni obéissance. Les officiers craignaient les soldats, et n'osaient rien leur ordonner. Personne ne donnait d'ordres; et certainement si, du 22 au 28, le duc de Brunswick avait poussé seulement un corps de dix mille hommes sur Sedan, cette armée se serait dispersée dansles places, ou aurait fui jusqu'à Paris. Les membres du département et des districts s'attendaient à la contre-révolution, et n'en étaient pas fâchés. Les trois commissaires arrêtés et relâchés , et les trois qu'on avait envoyés •ensuite, s'en étaient retournés précipitamment à Paris , ce qui avait augmenté la confusion et l'alarme.
Le général, qui étaitarrivé sans équipages, s'appropria les chevaux et les domestiques de la Fayette. Après avoir semonce et encouragé les corps administratifs de Mézières et de Sedan, il alla voir les troupes. On les avait prévenues de longue main contre lui; il leur vit en général un air assez morne, surtout à la cavalerie. En passant devant une compagnie de grenadiers d'un
régiment de ligne, il en entendit un qui disait : « C'est ce b -
là qui a fait déclarer la guerre. » C'était un des motifs qu'on avait donnés pour le rendre odieux ; il s'arrêta, et leur dit : « Y a-t-il quelqu'un assez lâche pour être fâché delà guerre? Croyez-vous gagner la liberté sans vous battre? » Ce mot fit un très-bon effet, et ranima tout le monde.
Le même jour, il apprit que le roi de Prusse marchait sur Verdun. Cette place est mauvaise; elle était pleine d'approvisionnements, et n'avait pour garnison que deux bataillons, commandés par le brave Beauregard. Galbaud , lieutenant-colonel d^artillerie, connaissait bien Verdun, où il avait commandé; mais la Fayette l'en avait retiré. Dumouriez le fit sur-le-champ maréchal de camp, pour lui donner de l'autorité et de l'émulation, et le fit partir, le même jour 28, avec deux bataillons, dont un de troupes de ligne. Galbaud eut beau presser sa troupe, Verdun était déjà investi entièrement. Il ne put pas aller plus loin que Dun, où il pensa être pris ; et il se retira à Sainte-Menehould, au travers de la forêt d'Argonne. Cela a peut-être avancé la prise de Verdun, mais c'est une des causes du salut de la Champagne et de la France II y trouva les deux bataillons de la garnison de Longwy, qui s'y étaient retirés aussi.
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254 MEMOIRES DE BUMOURIEZ.