LÏV. III. CHAP. IX
point eu reproches sévères ni réitérés. Il prit avec ses soldats le ton d'un père qui pardonne une faute, et par là il acheva de gagner leur attachement.
La bonté du camp de Sainte-Menehould , les jonctions qui le renforcèrent peu après, achevèrent de donner à cette armée le courage et la constance nécessaires pour résister à un ennemi aussi puissant, à la faim, et à L'inclémence de la saison. Les mois de septembre et d'octobre furent affreux, et achevèrent de détruire les Prussiens. Les Français souffrirent aussi considérablement; mais leur camp était beaucoup meilleur, ils avaient du bois et de l'eau , ils ne manquèrent jamais de lard , de viande, de riz, et d'eau-de-vie.
Le camp de Sainte-Menehould a en avant de lui des hauteurs d'une glaise aride , qui s'étendent entre trois petites rivières , la Tourbe , la Bionne et l'Auve. Les deux plus considérables de ces hauteurs se nomment, l'une, YYron, derrière laquelle sont les villages de Courtemont et Dammartin-sur-Hans ; l'autre , la Lune, qui a donné son nom au camp du roi de Prusse, derrière laquelle est Hans, où il établit son quartier général. Entre ces hauteurs et le camp est une vallée très-étroite, où il y a cependant quelques petites élévations.
Le terrain du camp domine les élévations et cette vallée ; c'est une hauteur d'environ trois quarts de lieue d'étendue, formant un S , dont le flanc droit va se terminer à la rivière d'Aisne , un peu. au-dessus de la Neuville-au-Pont, et le flanc gauche se termine au grand chemin de Châlons. En avant du centre du camp, dans un fond , est le petit village et le château de Braux-Sainte- Cohère , d'où partent des étangs et des marais qui séparent la gauche du camp de la hauteur du moulin de Valmy. Devant la gauche du grand chemin est la hauteur de Gizaucourt; en arrière sont des branches de la rivière d'Auve et des marais , derrière lesquels se trouve la position d'un camp peu étendu, qui a en avant de soi un village nommé Dampierre, et en arrière celui d'Élise.
Derrière le centre du camp est le village de Chaude-Fontaine. Le quartier général, qui fut placé à Sainte-Menehould, aune lieue en arrière, se trouvait au centre de la grande armée qui faisait
face à la Champagne, et du corps de Dillon qui faisait face à Verdun , étant barraqué dans les bois pour défendre les défilés des Islettes et de la Chalade.
Le général plaça à la rive droite de l'Aisne un bataillon de troupes de ligne dans le château de Saint-Thomas, très-escarpé , qui terminait sa droite. Il plaça trois autres bataillons et de la cavalerie à Vienne-le-Château , à Moremont et à la Neuville. Cette droite communiquait avec les troupes qui défendaient le défilé de la Chalade, qui furent renforcées.
Il établit des batteries sur tout le front de son camp , qui battaient le vallon et l'enfilaient en tous sens. 11 plaça des postes jusqu'à Auve pour communiquer avec Châlons. Il posta son avantgarde le long de la Tourbe pour retarder l'ennemi , avec ordre de se retirer lentement, de couper les ponts en se retirant , de se placer ensuite derrière la Bionne, de faire la même manœuvre avant de s'établira Braux-Sainte-Cohère, Merzicourt et Berzieux, en avant du front du camp. Elle avait ordre de faire le dégât à mesure qu'elle reculerait et tant qu'elle ne serait pas pressée , de fourrager tous les villages de sa gauche depuis Perte jusqu'à la Croix-en-Champagne. La gauche du camp se terminant au grand chemin, il destina à l'armée de Kellermann le camp de Dampierre, à la gauche du grand chemin.
Sa déroute avait été grossie ; les nouvelles en étaient arrivées à Kellermann, qui aussitôt s'était retiré sur Vitry, ce qui retarda encore sa jonction de deux jours, et fatigua son armée. Cependant , recevant courriers sur courriers, il reprit sa marche et en donna avis.
Beurnonville avait eu la même nouvelle par les fuyards qui avaient gagné Rethel; mais ayant reçu en même temps les ordres du général , que lui portait un aide de camp de confiance, nommé Macdonald l , il se mit en devoir d'exécuter sa jonc-
1 L'un des meilleurs capitaines qui Légion d'honneur, le général Macdonald
aient commandé les troupes françaises, a conservé toujours, au fond du cœur,
dans ies guerres de la révolution. Créé un honorable attachement pour le chef
successivement, sous l'empire, maréchal qui vit ses premiers faits d'armes, et duc de Tarente, puis, sous les Bour- (Note de l'éditeur.)
bons pair de France et chancelier de la