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CHAPITRE V

Bataille de Jemmapes.

Le 6, à la pointe du jour, le général envoya ordre au général d'Harville de bien observer ce qui se passerait à sa gauche , à l'avant-garde de Beurnonville; de s'avancer toujours à sa hauteur , en débordant l'aile gauche des Impériaux , qui était située sur Bertaimont; d'ouvrir le feu de son artillerie contre elle , et

de profiter du moment de sa retraite pour se porter avec promptitude sur le mont Pallizel, d'où il gagnerait la hauteur de Nimy , tournant ainsi Mons , et coupant aux ennemis la retraite du grand chemin de Bruxelles. Ce général ne pouvait pas aider au succès de la bataille , parce que la ville de Mons était entre lui et la position qu'on attaquait : mais il pouvait compléter la victoire en cas de succès , en attaquant avec des troupes fraîches l'ennemi dans sa retraite.

Le général Beurnonville avait devant lui la gauche de l'ennemi , sur une hauteur qui couvrait Cuesmes , garnie de cinq grosses redoutes. Cette hauteur tenait aux maisons détachées de Jemmapes. Plusieurs autres redoutes s'étendaient tout le long du front et jusqu'à la droite du village , au-dessus de Quaregnon. Vingt pièces de grosse artillerie , beaucoup d'obusiers , indépendamment des canons de bataillons , étaient distribués dans les redoutes, et présentaient trois étages de feux ; des arbres et des chemins creux, avec les maisons, formaient des retranchements formidables.

Au centre de ce front , qui correspondait au centre de l'armée française , commandé par le lieutenant général de Chartres ',

1 Louis-Philippe, alors duc de Char- qu'Alexandre Berthier, depuis prince très, aujourd'hui roi des Français, né à de Wagram. Servant tour à tour sous Paris le 6 octobre 1773, montra, dès Luckner, sous Kellermann et sous Duson jeune âge, des goûts guerriers, na- mouriez, il repoussa l'attaque des Prusturels au descendant d'un prince dont siens à Valmy, et décida la victoire à l'Espagne avait admiré la valeur bril- Jemmapes. A la fatale journée de lante. 11 reçut le brevet de colonel à Nervvinde, l'opiniâtreté du duc de Chardouze ans , et fut nommé chevalier de très rendit longtemps la fortune incerl'ordre du Saint-Esprit en 1789. Le taine; et quand les fautes de Miranda duc de Chartres prit, en 1791, le com- eurent déterminé la retraite, ce fut mandement du 14e de dragons, alors en encore le duc de Chartres qui la progarnison à Vendôme. Ce prince y donna tégea. Aux yeux de la convention , un l'exemple d'un genre de courage moins général que trahissait le sort des armes éclatant et plus honorable peut-être que était un général coupable : Dumouriez fut celui des combats. Sa présence d'esprit proscrit, et le même sort frappa son jeune et son humanité arrachèrent des mains compagnon d'armes. Ce général n'ayant d\ui peuple furieux un ecclésiastique plus d'autre asile que le camp de Coqu'on allait immoler. Bientôt la guerre bourg, le duc de Chartres l'y suivit, va le placer sur un plus grand théâtre, tout étonné de se trouver, même pour 11 commande à Valenciennes; il combat quelques heures seulement, sous une à Quiévrain ; il entre à la tête de l'avant- tente autrichienne. On lui offrit , le lengarde française à Courtray. Déjà ses ser- demain, le commandement d'un corps vices et son nom pouvaient appeler sur d'armée; il n'accepta qu'un passe-port, lui la faveur ; il ne voulut devoir son et partit pour la Suisse. Se montrant avancement qu'à l'ancienneté. Dès le digne alors d'honorer le rang le plus 7 mai 1792, il avait été promu au grade simple, et partout supérieur à la maude maréchal de camp, en même temps vaise fortune, il parcourut les contrées

366 MÉMOIRES DE DUMOUBIEZ.

était une ouverture avec un chemin pour entrer dans Jemmapes. Les Impériaux y avaient quelques escadrons , qui pouvaient , en cas de désordre dans notre attaque , tomber sur le centre de notre infanterie.

La gauche de l'armée française était conduite par trois maréchaux de camp, Ferrand, Biottefières et Rozières, en l'absence de Miranda, lieutenant généra, qui était encore à Paris. Le général Ferrand, comme l'ancien, commandait cette gauche, qui, placée en équerre, devait attaquer le village par l'extrémité droite de son front et par son flanc droit.

Cette terrible position était défendue, de l'aveu des Impériaux, par dix-neuf mille hommes; mais, d'après les états de situation pris à Mons dans les papiers du colonel Fischer, un des chefs de l'état-major , l'armée du duc de ïeschen montait à vingt-huit mille hommes. La contradiction n'est qu'apparente. Il pouvait n'y avoir que dix-neuf mille hommes dans les retranchements de Jemmapes; le reste pouvait être dans Mons et sur Bertaimont, devant le général d'Harville.

Dumouriez ordonna à Beurnonville de commencer l'attaque , se dirigeant sur Cuesmes. Il avait distribué sur son front dix pièces de seize et seize pièces de douze. Labayette , excellent colonel d'artillerie, plaça ce canon de manière à ce que chaque redoute fût battue en flanc par deux batteries de deux pièces ; et le feu commença vivement sur tout le front à huit heures du matin.

Le général , après avoir parcouru son front dès la pointe du jour, alla trouver le général Ferrand à sa gauche. Il vit qu'on attaquait très-mollement le village de Quaregnon. Il fit entrer le général Rozières avec deux pièces de douze et quatre bataillons, pour soutenir et pousser en avant l'infanterie légère belge et française; le village fut emporté en sa présence. Il donna ordre au général Rozières de continuer à marcher par le grand

les plus éloignées : allant chercher des et fortunée; demandant des armes et un

connaissances en Danemarck, en Nor- commandement aux corlès de Cadix, en

wége et jusqu'au cap Nord; étudiant aifct 1810; mais en Suisse , en Amérique, à

États-Unis les institutions d'un peuple li- Londres comme à Palerme, en tous lieux,

bre ; remplissant tour à tour les devoirs en tous temps, entretenant au fond de son

de l'amitié fraternelle, ou ceux d'un fils cœur ce vif et profond sentiment d'a-

pieux envers sa mère; serrant dans la mour qu'un Français doit à sa patrie. Sicile les nœuds d'une alliance illustre ( Note de l'éditeur. )

chemin, d'y mettre en bataille sa cavalerie consistant en huit escadrons , et d'attaquer avec l'infanterie le flanc droit du village. Il ordonna au général Ferrand d'attaquer l'angle et l'extrémité droite du front du village , dès qu'il verrait le général Rozières monter sur le flanc droit; de ne plus s'amuser à canonner, et de marcher tête baissée , la baïonnette au bout du fusil.

11 lui recommanda de faire cette attaque en colonne par bataillon , de garder cet ordre dans le village, et de ne se déployer que lorsque sa droite rejoindrait la gauche de la division du centre. Il lui laissa des officiers d'état-major , qu'il devait lui renvoyer pour l'avertir des progrès de son attaque; et il lui dit qu'il allait attendre de ses nouvelles à la division du centre , qu'il mettrait en mouvement dès qu'il saurait son attaque commencée.

Il se rendit promptement au centré , où il attendit inutilement jusqu'à onze heures des nouvelles de Beurnonville et Ferrand. L'attaque de Beurnonville était lente; mais il était retenu par le feu très-vif des cinq redoutes , qu'il ne pouvait pas éteindre par celui de son artillerie , quoique le général l'eût renforcée de quatre pièces de seize. Quant à Ferrand , son retard était inexcusable.

A onze heures il pria le général Thouvenot de se porter à cette gauche, de faire commencer l'attaque , de la diriger, et de ne le rejoindre que lorsqu'il serait maître de la partie du village à laquelle cette gauche faisait face. Thouvenot trouva en arrivant que le vieux général Ferrand avait perdu la tête , continuait à canonner inutilement, et ne se décidait point; que le général Rozières se tenait caché derrière les maisons de Quaregnon, et ne débouchait point; que les troupes, pleines d'ardeur, murmuraient et s'impatientaient. Alors il prend le commandement de la part du général en chef, ébranle les colonnes , se porte rapidement sur le flanc droit et sur le front du village ; il emporte les redoutes avec cette impétuosité française à laquelle il est si difficile de résister, et cette attaque brusque décide l'affaire a la gauche.

Le général, qui n'attendait que ce mouvement, met en colonne de bataillons l'infanterie de son centre, et la fait avancer avec la même impétuosité contre le centre du village. Il fait masquer

la trouée par sept escadrons de dragons et hussards. Ce centre traverse la plaine assez rapidement pour perdre très-peu de monde. Mais une brigade qui marchait sur la trouée , voyant déboucher de la cavalerie ennemie, se jette à droite derrière une maison, et laisse un espace vide, par lequel cette cavalerie aurait pu percer ce centre.

Dans le moment le jeune Baptiste Renard , valet de chambre du général , inspiré par un mouvement héroïque et par son attachement pour son maître, part au grand galop, va trouver le général Drouin qui commandait cette brigade , lui fait honte de sa retraite, ramène la brigade, occupe la trouée, va trouver les sept escadrons que le mouvement timide de cette infanterie avait arrêtés , les conduit dans la trouée , et vient retrouver son maître, après avoir rétabli le combat.

En même temps que le général Drouin avait plié , la brigade qui était à sa gauche avait fait halte ; elle ne fuyait pas , mais les trois colonnes de bataillons qui la composaient s'étaient mises en marche et en confusion , et perdaient beaucoup de monde , restant exposées à un feu de canon à mitraille, à demi-portée de fusil. Le duc de Chartres s'y porte précipitamment, les rallie, en forme une grosse colonne mélangée qu'elle appelle gaiement le bataillon de Jemmapes, rétablit le combat , force les trois étages de redoutes et de retranchements. Des escadrons de hussards et de chasseurs et dragons s'y portent avec autant de rapidité que l'infanterie; on se bat avec acharnement. Thouvenot, qui avançait par la droite du village, met les Impériaux entre deux feux ; plus de quatre cents se noient dans l'Haisne, et la bataille est gagnée au centre et à la droite du village.

Pendant que le duc de Chartres ralliait le centre avec autant de vigueur, Dumouriez avait une autre inquiétude. L'attaque de Beurnonville ne faisait aucun progrès; il s'y porte très-rapidement, avec deux intentions très-contradictoires : l'une, de forcer les redoutes de la gauche de l'ennemi, pour appuyer l'attaque du duc de Chartres ; l'autre , d'abandonner cette attaque , et de revenir avec les troupes de Pavant-garde dans la plaine de Pâturage , y rallier les troupes de son centre, et protéger la retraite de l'armée , si l'attaque du duc de Chartres tourne mal : ce qui

pouvait se présumer, d'après le premier désordre occasionné par le général Drouin.

Jamais général n'est arrivé plus à propos. Il trouve sur la hauteur de Cuesmes deux brigades d'infanterie , dont une composée de trois bataillons de Paris , de ses anciennes troupes du camp de Maulde. Elles débordaient la gauche des cinq redoutes qui étaient garnies de grenadiers hongrois. Elles avaient devant elles une nombreuse cavalerie impériale , qui paraissait prête à les attaquer; et à cinq cents pas en avant, sur leur gauche, une colonne d'infanterie , qui attendait le mouvement de la cavalerie pour achever de les détruire. A cent pas derrière ces deux brigades étaient dix escadrons de hussards , dragons et chasseurs , exposés au canon des redoutes qui les prenaient en écharpe , et à celui du général d'Harville, qui, par une erreur inconcevable, les prenant pour les ennemis , les écrasait par derrière.

Ces troupes n'avaient aucun général entête; car le fameux Dampierre, qui devait les commander, ne s'y trouvait pas, quoique la veille il eût fait une algarade indécente à son général en chef, sur ce qu'il avait remis l'attaque au lendemain. Beurnonville venait derrière , à la tête de deux autres brigades et du reste de sa cavalerie.

Le général n'a que le temps de passer devant le front des deux brigades , et de leur dire qu'ayant à leur tête leur père , ils n'ont rien à craindre. Les cris de vive Dumouriez! l'assurent de la bonne volonté de cette troupe, qui avait une contenance héroïque. Il passe à la tête de la cavalerie ; il était temps, elle se mêlait et allait fuir. Il envoya un aide de camp à Beurnonville, pour le hâter. Dans le même moment les dragons impériaux s'avancent au galop pour enfoncer les deux brigades, qui, par une décharge à bout portant , se font un rempart de plus de cent chevaux ou cavaliers devant eux. Un escadron ennemi, arrivé par le grand chemin , veut envelopper cette infanterie. Le général , qui avait rallié sa cavalerie, détache les hussards de Berchiny, qui enfoncent ces dragons. Toute cette cavalerie impériale fuit jusqu'à Mons , et la colonne d'infanterie se met aussi en retraite.

Dumouriez fait occuper le terrain du combat par Beurnonville, qui arrive, fait faire un à gauche aux deux braves brigades qui

venaient de décider l'affaire, aux chasseurs à cheval commandés par l'aîné Frécheville et par Fournier , aux hussards de Chainborand commandés par le cadet Frécheville , et à ceux de Berchiny commandés par Nordmann ; il entonne Y hymne des Marseillais , se met à leur tête , et ils vont gaiement , et avec un courage qu'on ne peut pas décrire , attaquer les redoutes par la gorge. Il s'y fait un grand massacre des grenadiers hongrois.

Cependant , toujours inquiet pour son centre , il retire de cette attaque , quand il la voit bien décidée , Frécheville l'aîné avec six escadrons de chasseurs; et, repartant à leur tête au grand trot, il longe le village pour aller au secours du centre. Il n'a pas fait cinq cents pas, qu'il voit arriver au grand galop Montpensier 'Jeune frère du duc de Chartres, qui vient lui annoncer que le centre est victorieux , et que son frère est maître du village après un sanglant combat. Thouvenot arrive au même instant de la gauche , ayant traversé le village et longeant derrière les redoutes, et lui dit que tout est en fuite. Le combat avait commencé à midi , et il n'était que deux heures 2,

1 A Jemmapes de même qu'à Valmy , M. le duc de Chartres avait pour aide de camp M. le duc de Montpensier, son frère. Ce jeune prince et le comte de Beaujolais restèrent, pendant la terreur, enfermés à Marseille dans le fort Saint- Jean. Quand le directoire consentit à leur rendre la liberté, ils rejoignirent M. le duc de Chartres, alors duc d'Orléans, en Amérique. Les trois princes en parcoururent ensemble toutes les contrées septentrionales , et vinrent , après mille traverses , habiter l'Angleterre. Le duc de Montpensier y mourut en 1807, des suites d'une maladie de poitrine. Un an plus tard, le comte de Beaujolais , atteint delà même maladie, et cherchant inutilement un climat plus favorable à sa santé , périt à Malte , où M. le duc d'Orléans l'avait accompagné pour lui donner les plus tendres soins.

( Note de l'éditeur. )

2 Personne n'était plus eu état d'offrir un récit fidèle des circonstances de la victoire de Jemmapes que le général dont cette journée accrut la gloire, et qui lui dut un succès de plus. La relation que l'on vient de lire mérite donc une juste confiance. Nous ne devons pas dissimuler toutefois que l'histoire militaire très-

estimée, qui a paru sous le titre de Victoires et Conquêtes des Français, diffère du général Dumouriez en deux points principaux : 1° Loin d'accuser le général Ferrand d'avoir manqué de présence d'esprit, cette histoire assure, au contraire, que ce général fit preuve d'une ardeur que l'âge n'avait point affaiblie, courut les plus grands dangers, eut un cheval tué sous lui, fut blessé, enfin poursuivit l'attaque avec un sang-froid et une bravoure inaltérables. 2° Dumouriez dit positivement que le général Dampierre n'était point à la tête de son corps ; et l'auteur des Victoires et Conquêtes, d'accord avec plusieurs historiens, raconte que « déjà Beurnonville songeait à la retraite, lorsque le brave Dampierre prit tout à eoup la résolution hardie de le sauver, en attaquant la gauche de l'ennemi. A la tête du régiment de Flandre et des bataillons volontaires de Paris, qu'il précède de cent pas, il se jette sur les six bataillons ennemis, les culbute , enlève les deux premières redoutes ; il entre le premier, tourne leurs canons contre les Autrichiens, rend à Beurnonville la liberté d'agir, et fait 1,600 prisonniers- Frappés d'un dévouement aussi héroï-

Le général envoie message sur message à cTHarvilIe , pour le faire hâter d'occuper le mont Pallizel , sans pouvoir parvenir à l'y déterminer. Ce général voyait encore des troupes sur Bertaimont. Il croyait le mont Pallizel et les hauteurs de Nimy bien retranchés : effectivement les Impériaux y avaient établi quelques redoutes. Il a beau recevoir les avis réitérés que la bataille est gagnée, que l'ennemi est en fuite ; il n'avance pas , et on a bien de la peine à faire cesser son feu contre la hauteur de Cuesmes, qu'occupait Beurnonville.

Cependant l'armée était horriblement fatiguée. Elle bivouaquait et se battait depuis quatre jours. Il fallut absolument lui donner deux heures de repos, et lui distribuer du pain et de l'eaude-vie. Elle n'avait encore rien mangé, et alors on n'enivrait pas les soldats pour les mener au combat. Pendant ce repos, le généra! s'impatientait de voir les Autrichiens se retirer sans être poursuivis , puisque par leur retraite il y avait entre eux et lui la ville de Mons , et que d'Harville était seul en position de tourner cette ville , s'il eût suivi son instruction. lie général s'y serait porté lui-même ; mais il ne lui restait pas un seul cheval en état de soutenir cette fatigue , et il avait beaucoup d'ordres à donner, surtout pour ses vivres et ses blessés.

Il se tenait alors à son avant-garde , à la tête du village de Cuesmes. A quatre heures il ordonna que chacun reprît les rangs, et il annonça qu'il allait marcher en avant. Ces braves soldats oublient leur fatigue , et témoignent leur joie par leurs cris. Il fait occuper les faubourgs de Mons par les troupes légères , et il envoie sommer la ville. Il porte deux brigades sur Bertaimont,

que, les blessés, après la bataille, ou- suite un noble exemple de justice, en bliaient un instant leurs souffrances faisant connaître et récompenser le dépour se demander : Dampierre a-t-il vouement sublime d'un vétéran à la basurvécu? » taille de Jemmapes. Ce vétéran, nommé .Nous ne chercherons point à expli- Jolibois, apprend que son fils a déqucr ces deux erreurs, attribuées par di- serté ses drapeaux. 11 part aussitôt pour vers écrivains à des motifs indignes du le remplacer, arrive le matin de la jourcaractère de Dumouriez , et qu'en con- née de Jemmapes, combat avec le baséquence nous nous abstiendrons d'ex- taillon de son fils, et s'écrie , à chaque poser. Les auteurs des Victoires et Con- coup qu'il tire sur l'ennemi : « 0 mon ajoutent que, lors de l'entrée de fils! faut-il que le douloureux souvenostroup<-s dans Mons, Dampierre par- nir de ta fuite empoisonne un moment tagea avec Dumouriez la couronne qui aussi glorieux ! » Jolibois fut nommé fut décernée aux vainqueurs. Le pre- officier sur le champ de bataille, inier de ces deux généraux donna en- (Note de l'éditeur.)

que les ennemis venaient d'abandonner. Un événement bizarre le contredit encore. Ces deux brigades, qui venaient de montrer un courage héroïque, qui venaient d'attaquer une position effrayante, de braver un triple étage de mousqueterie, de forcer des redoutes garnies d'une nombreuse infanterie , au milieu d'un feu épouvantable d'artillerie à cartouches, sont saisies d'une terreur panique. Elles s'imaginent que les Impériaux ont miné la montagne. D'après cette supposition impossible, cinq bataillons abandonnent cette position , malgré toutes les représentations du général Stetenhofen qui les commande ; un seul bataillon reste avec lui , les autres se rejettent dans le village de Cuesmes , dans le plus grand désordre.

Le général, instruit de cet événement très-inattendu , renvoie d'autres troupes. occuper Bertaimont. Enfin, le général d'Harville arrive ; il se poste sur le mont Pallizel : parvenu sur cette hauteur , il n'occupe celle de Nimy qu'avec de légers postes , au lieu d'y marcher avec tout son corps d'armée. Pendant tous ces retards l'ennemi avait assuré sa retraite , la nuit était venue.

Le général avait sur-le-champ détaché le corps des flanqueurs de gauche sur Gelin et la Chapelle-Notre-Dame, de l'autre côté de Mons et de la rivière , pour inquiéter la gauche du grand chemin de Bruxelles, pendant que d'Harville, posté à Nimy, inquiéterait leur droite. Les flanqueurs, étant trop faibles, sont obligés de laisser passer l'armée impériale , parce que d'Harville ne les soutient pas. Le général est obligé , à son grand regret, de remettre au lendemain la prise de Mons et la poursuite de l'ennemi. Il n'avait rien de prêt pour forcer Mons , dont le commandant mettait beaucoup d'adresse et de fierté dans ses réponses. Il est contraint de se contenter du succès de sa journée , et il passe la nuit à dresser des batteries pour foudroyer cette mauvaise place, qui est évacuée dans la nuit même.

Tel est le détail de la bataille de Jemmapes. Elle a décidé du sort des Pays-Bas; mais son succès aurait été bien plus complet , 1° si Ferrand et Beurnonville avaient attaqué dès huit heures du matin , parce qu'on aurait gagné trois heures ; 2° si d'Harville eût mieux étudié le mouvement de Beurnonville , ce qui l'aurait empêché de tirer sur lui , et s'il s'était porté rapidement sur

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les hauteurs de Pallizel et Nimy, car alors la retraite des Impériaux eût été entièrement coupée. Depuis deux heures de l'après-midi jusqu'à six heures du soir, on eût eu le temps, avec ce corps frais qui n'avait point combattu, d'achever leur défaite et de les poursuivre.

Le succès de cette bataille est dû principalement : 1° au colonel ïhouvenot, qui a déterminé et conduit l'attaque de la gauche ; 2° à la valeur brillante avec laquelle le général duc de Chartres, tout jeune encore, a rallié la cavalerie, l'infanterie et la cavalerie du centre gauche , attaqué et emporté les positions de l'ennemi par l'endroit le plus formidable; 3° à l'impétuosité de ('attaque des redoutes de la droite par le général en chef; 4° au valet de chambre du général, Baptiste Renard , qui , par une présence d'esprit et un courage étonnants , répara la faute du général Drouin , et rallia la brigade de ce dernier, et la cavalerie qu'un moment d'hésitation avait arrêtée.

Le général Ferrand avait si bien perdu la tête , qu'il a assuré depuis n'avoir pas vu le colonel Thouvenot, quoique ce fût lui qui le dirigeât. Les officiers d'état-major et les aides de camp du général ont montré la plus grande bravoure et la plus grande intelligence ; plusieurs ont été blessés. Le général Moreton a montré le plus grand courage ; et le lieutenant-colonel Bourdois , son aide de camp, a rendu de très-grands services. Le général Drouin a réparé sa faute de la manière la plus brillante , et est mort au Quesnoi de ses blessures l.

Il n'y a pas eu un corps dans l'armée française qui ne se soit battu , et qui n'ait joint l'ennemi à l'arme blanche. La plus grande perte est tombée sur les bataillons du centre, qui se sont arrêtés pour fusiller de pied ferme. Ceux qui ont marché tête baissée ont fort peu perdu. Cette bataille n'a coûté réellement qu'environ deux mille hommes, dont six à sept cents morts; mais on a perdu plusieurs canonniers et beaucoup de chevaux d'artillerie , parce que ce corps , pour faire plus d'effet , s'est avancé , avec son intrépidité ordinaire, jusqu'à portée de fusil des retranchements. Les Impériaux ont perdu à peu près quatre mille

1 Ce général est celui que l'on voit net, représentant la victoire de /emporté par des soldats sur le premier mapes, plan du tableau célèbre d'Horace Ver- (Note de l'éditeur.)

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hommes et treize pièces de canon , dont sept de gros calibre , abandonnées dans les redoutes. Mais, de ce moment, la désertion et la déroute se sont mises dans leur armée.

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