‹ Mémoires du Général HugoChapitre 2 sur 95 · VJ PRÉCIS · texte numérisé non relu

VJ PRÉCIS

rieux. Certain que de nouyeaux triomphes , en amenant la dissolution de la ligue ourdie par les manœuvres , et soutenue par les subsides du cabinet britannique , vont bientôt assurer à la France une paix conquérante, le chef de Fempire français voyait déjà en perspective la ruine imminente de l'Angleterre , son implacable ennemie : celleci , menacée à Boulogne , avait cru ébranler son trône en armant simultanément les trois puissances du Nord , la Prusse , T Autriche et la Russie ; ces puissances vaincues , Napoléon devenait à son tour maître de former une vaste coalition continentale contre les dominateurs de la mer, et les usurpateurs du commerce du monde. Il était assuré que l'Europe entière concourrait à sa vaste entreprise; les états du Nord devant subir cette coopération comme clause du traité de paix, et les états du Midi de l'Europe obéissant à ses ordres, les uns gouvernés par des princes de sa famille , les autres soumis à une alliance onéreuse, mais imposée par la crainte de ses armes terribles.

En ce moment, interrompant les rêves du conquérant , se présente devant lui un

courrier qui lui remet une dépêche de son ambassadeur à Madrid ; Tempereur l'arrache brusquement des mains du mess£^er , Fouvre , la lit précipitamment , pâlit un instant ; puis, froissant la dépêche entre ses doigts convulsifs , s'écrie avec l'accent d'une colère concentrée : ils me la paieront.

Ces mots vulgaires et menaçants sont entendus des généraux , des ministres et des officiers qui l'entourent , qui ' voient sa colère et qui ne la coînprennent point encore. Bientôt tout est expliqué. On apprend que la dépêche renferme une proclamation , que cette proclamation appelle , au nom de leur Roi , les Espagnols aux armes contre un ennemi qui n'y est pas nommé ; enfin qu'elle est signée : le Prince de la Paix (*) .

(*) Voici le texte de cette fameuse proclamation du Prince de la Paix :

c Dans des circonstances moins dangereuses que celles c où nous nous trouvons aujourd'hui > les bons et loyaux « sujets se sont empressés d'aider leurs souverains par 8 des dons volontaires et des secours proportionnés 0 aux besoins de l'État ; c'est donc dans la situation ac- « tuelle qu'il est urgent de se montrer généreux envers c la patrie. Le royaume d'Andalousie» favorisé par la

TIII PRECIS

Mais quel est ce Prince de la Paix qui a pu faire pâlir l'empereur Napoléon au sein même d'une victoire ? c'est un homme par-

« nature dans la reproduction de chevaux propres à la

• cavalerie légère; la province de TEstramadure , qui c rendit, en ce genre , des services si signalés au roi c Philippe V 9 verraient-ils avec indifférence la cavalerie c du roi d^Espagne réduite et incomplète faute de che-

• vaux? non, je ne le crois pas. J'espère 9 au contraire» « qu'à Texemple des illustres aïeux de la génération pré- 0 cédente, les petits enfans de ces braves s'empressec ront aussi de fournir des régimens ou des compagnies c d^hommes habiles dkns le maniement du cheval , pour « être employé» au service et à la défense de la patrie , « tant que durera le danger actuel; une fois paré, ils a rentreront pleins de gloire dans leurs familles , chacun

• se disputera Thonneur de la victoire ; Tun attribuera c à son bras le salut de sa famille ; Fautre , celui de son c chef 9 de son parent ou de son ami; tous, enfin, s'at^ t tribueront le salut de leur patrie. Venez , chers com« a patriotes , venez vous ranger sous les bannières du « meilleur des souverains. Venez , je vous accueillerai a avec reconnaissance ; fe vous en offre , dès aujourt d'hui, l'hommage, si le Dieu des victoires nous acc eorde une paix heureuse et durable, unique objet de

• nos vœux. Non, vous ne céderez ni à la crainte ni à la c perfidie ; vos cœurs se fermeront à toute espèce de sé- « duction étrangère ; venez , ti nous ne sommes pas « forcés de croiser nos armes avec celles de nos ennemi» »

HISTOBÎIQUS. IX

Veïiu au pouvoir, non pas comme Buonaparte , par ses exploits militaires et par son génie , mais par Fintrigue et par la bassesse.

• voiis n'encourrez pag le danger d'être notés comme susc pects, et d'avoir donné une fausse idée de votre bon- < neur^ en refusant de répondre à l'appel que je vous c£ais.

c Mais si ma voix ne peut réveiller en vous les senticmens de votre gloire, soyez vos propres instigateurs^ c devenez les pères du peuple au nom duquel je vous « parle; que ce que vous lui devez vous fasse souvenir «de ce que vous vous devez à vous-mêmes^ à votre c honneur et à la religion sainte que vous professez.

« Signé us Paibcb db la. Paix.

c Au palais royal de Saint-Ildephoiue , le 5 octobre i8o6. »

Cette pièce, dont les suites furent si importantes , avait été inspirée au favori de Charles IV , par les agens de l'Angleterre. Au commencement de sa fortune, il avait joui de quelque popularité , en se déclarant pour la guerre contre la France. C'était à l'époque funeste de l'attentat du ai Janvier. Toute l'Espagne indignée du crime de la Convention demandait la guerre ; le gouvernement, qui manquait d'argent, hésitait; les citoyens se chargèrejit de subvenir aux besoins du trésor; et tel fut alors l'enthousiasme de la nation espagnole, qu'en peu de semaities , chose admirable , la somme de ^3 millions de franibs fut produite p&r les dons volontaires. Don Manuel Godof suivit le mouvement général , et de-

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