‹ Mémoires du Général HugoChapitre 28 sur 95 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ChaDgemenl de Dynastie en Espagne. — Étal de ce rojaume et de celui' de Naples. — Bui|;os. — Retraite de rarm^c française sur TEbre .

Josira If AMAioir, reconnu par toutes lea yuifisanc^ continentales, régnait depuis le commencement de 1 806 sur le trône de Maples , et s'était concilié l'estime et Tafiection des anciens sujets de Ferdinand lY, réfugié en Sicile. Bientôt il allait jouir, par une pacification déjà presque générale, des fruits de son administration paterndle et des succès de Farmée française , lorsqu'un ' événement inattendu , en surprenant r£urope entière, vint, en 1808, le placer à la tète de peuples nombreux, mais dont le dévouement était plus douteux que celui des Napolitains.

En effet, l'empereur, après l'abdication de Charles lY , et par suite dç l'article II du traité de Bayonne {voyez : Pièce N* P'.) (*) ayant eu à

{*) Cette Pièce et toutes celles qui seront citées ainsi se trouvent placées à la iin de cet ouvrage. '

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faire un choix pour le trône vacant des Espagnes et des Indes , un des premiers du monde , s'était décidé en faye|ir de, Joseph » son frère aîné , et ce prince avait aussitôt dû se mettre en route pour ses nonreaui^ £tats.

Cependant, à peine avait-H quitté Naples qu'une escadre ennemie, portant à bord des troupes de débarqueBaent , se montra dans la mer Tyrrhénienne, et menaça particulièrement Jes côtes de la principauté dtéiienre (!"} . La reine Julie^ restée comme récente, ea^attendaint le prince appelé a siuscédor d aon épaiix; se trouva secondée par un conseil de iBÎniMres dévoués ^ et soutenue par Texpérienca et las tal^is de riiamortel vainqueur de Fleurus* £lle> put alors reconnaitre jusqu'à quel point ks pro-vinces étaient affectionnées au nouvel ùvdve de choses ; aucune comitive (**) ne profita des cir*constances pour se rallier, et les gardes civiques

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{*) Salerne , si célèbre autrefois par son école de mé- . decine 5 est le chef-lieu de cette province. Avellîno ', non moins fameux par ses belles noisettes, est celui de la principauté ultérieuqB.

(**) Jai dit, dans fe i*' volume dé mes Mémoires, <ju*oh

> appelait ainsi les partis armés qui avaient tourmenté le

royaume, et qu'on était parvenu à soumettre. Bientôt |e

parlerai de ceux de rEqMigoe, qu'oti nomm^ gfmriUa$.

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se aKmti*èreii€ partdut disposées à défendre la patrie. Emiore alora » gouverneur de la grande €fl riebè pro^ioce d'ÀTeUino , j^acé dans le voi« «nage des lielix favorables auic descentes , soit que Teimeisi en opérât «ur les cétes de Salerne ou sur ceUçs de la mer Adriatique, je pul efhpérer de porter un des premiers secours aut points attaqués, avec la moitié de mon régiment, qudque cavalerie et quarande-deux bataillons bien organisée de oes gardes civiques , toutes animées d'uu excellent esprit, et parmi lesquelles on pouvait aisément faire un dhoix de cinq à six mille tiraiUeurs, les uns habitués à la citasse, les autres ayant déjà faita^ec succès le coup de fusil c(»tre les càmitive^. Mais heureusement Fattitude pacifique des provinces menacées , et Je «âge emplac^nent de Tarmée française , dé^ tournèrent Tennemi de ses projets, eu du naeiilis lui en firent ajourner TexéCutionb

Pendant que le royaume se présentait dans cet état satisfaisant ; que Ton pouvait sans crainte voyager sur les routes purgées de voleurs et de côxnitives ; que radministfation puUique réparait des maux passés, et marchait partout aubien sailf entraves ; que , ralliées de cœur aux si^es principes, qui gouv^naient l'État , toutes les classes de la nation ne manifestaient d'autre vœu que de les voir servir debaae au pacte social; Jo-

lO MèMOIRSS

8cph| suÎTi par un grand nombre de jenncs MapoUtâins appartenant aux plus illustres familles 9 allait reeèToir à Bayonne le serment de la junte esp^^nole ; et, aprè» avoir confirmé les nationaux dans leurs emplois , se rendait à Madrid , sa capitale , qui paraissait l'attendre atec impatience.

Cependant des ordres conditionnels donnés par Ferdinand YII, lors de ses craintes et de son irrésolution , et que d'autres ordres ne purent paralyser à temps , faisaient éleyer, dans les provinces espagnoles , des doutes sur la liberté des abdications qui venaient d'avoir successivement lieu ( voyez : Pièces N** I et II ) ; on y réunissait des troupes pour les opposer à celles de la France, et, de toutes les parties de l'Espagne, on appelait aux armes les habitans des villes et . des campagnes.

J'appi^is en route (en juillet et août 1808) que chaque jour l'État de l'Espagne était moins tranquille ; que , sans en avoir reçu l'autorisation du ministère , tous les régimens avaient abandonné leurs garnisons pour aller rejoindre les capitaines généraux , et commencer la guerre sous leurs ordres : on ne parlait encore que de mouvemens d'armées régulières ; mais il était à craindre que les paysans , partout excités par des moines , ne prissent aussi les

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&nan 9 et qu'alors il ne devint tarèa-^ifficUe de les iear faire poser.

J'arrivai le 6 aoàt i8o8 à Burgos : la cour et le quartier-général , qui n^avaient pu se soutenir â Madrid après les malheurs de Baylen , y étaient attendus le même jour* Le roi séjourna peudans cette capitale de la Yieille-Castille, et vint s'établir â Miranda-del-Ebro , qu'il quitta souVent pour suivre les opérations des corps d'armée à ses oidres. Son quartier^général fut ensuite "transféré à Yittoria, en attendant la grande armée et son chef ordinaire , qui serendaient en Espagne.

A l'époque de notre arrivée sur l'Ebre, la difficulté de se procurer des renseignemens sur les mouvemens et les forces de l'ennemi était dé)à telle , par Tesprit d'union qui animait les Espagnols, qu'à quelque prix que ce fût, on ne pouvait trouver d'espions parmi eux. Je réussis cependant à faire donner au roi des détails sur l'emplacement et les forces de l'armée aux ordres du général Cuesta , par des paysans auxquels je fis restituer des troupeaux; la reconnaissance pour ce service fit plus que si j'avais ofiert une somme égale à leur valeur.

Mes fonctions u la cour ne m'occupant que fort peu , S. M. y réunit le commandement de son quartier*général , où la jeune garde de Tem-

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pereur et quelques cavaliers de la "i^ieille , faU saient le senrice en attendant Tairivée de la partie de la garde royale de Maples destinée à tester auprès du roi. Je regrettai souvent de ne pas mieux être utilisé au milieu d'une armée qui, quoique presque entièrement composée tde conscrrts (*) ^ combattait glorieusement tous les jours ; mais ) ^accompagnai le roi dans tout^ les opérations en Biscaye et en Navarre , avant et après la bataille de Tudela,

Quoique la guerre eût déjà pris beaucoup d'activité 9 on voyageait encore sans escorte dans les provinces que je viens de citer, et j'^i doibnerai bientôt un exemple étonnant. Quelques villages de la Biscaye, sur la route d*Ordufia â Bilbao, se trouvaient abandonnés ; d autres , en plus grand nombre , avaient conservé leurs faabitans. Ceux de la petite province de Rioja se précipitèrent sur le passage de Joseph ; ils jurent ^ en voyant ce prince , retentir leurs vwat avec un enthousiasme impossible à décrire, ^ qu'on ne peut comparer qu'à cehii manifesté plus tard par les habitans de TAndalousie (**),

(*) On conçoit que je n*entends parler que des soldats, et non des officiers et des sous^officiers.

(^^) Quand les rois catholiques voyageaient en Espagne, ce qui n'était pas commun , et qu'ils ne logeaient

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pas dans les édifices publics, la maison particulière qui aivait Fhonneur de les recevoir obtenait, par cela seul, de nombreux privilèges et la plus singulière distinction : le propriétaire faisait tapisser de grosses chaînes de fer le mur de son principal escalier.

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