A LA MÉMOIRE DU MARÉCHAL CANROBERT
— Bonjour, Monsieur le Maréchal...
— Ah, c'est vous!.. Entrez... Asseyez-vous là! Ainsi m'accueillait le maréchal Canrobert ù.
l'une des fréquentes visites que je lui faisais, et au cours desquelles il me racontait, me dictait même, les moindres détails de sa vie si mouvementée.
— Et que faites-vous depuis que je vous ai vu?.. C'était avant-hier, je crois!
— Mais je m'occupe de la publication des Mémoires du général Lejeune , dont la première édition, vous le savez peut-être, fut tirée seule-
vin PRÉFACE.
ment à une vingtaine d'exemplaires aujourd'hui complètement disparus et introuvables,..
L'avez-vous connu le général Lejeune, Monsieur le Maréchal?
— Si je l'ai connu!... Lejeune le peintre, n'estce pas?... Eh bien, en 1831, j'étais sous-lieutenant et officier d'ordonnance du général Meynadier... Vous savez bien, le général Meynadier, le chef d'état-major de la garde impériale sous Uessières celui qui fut ensuite chef d'état-major de Marinant dans la campagne de France
11 était alors inspecteur général de la division des Pyrénées-Orientales dont le centre était à Perpignan. Un jour il m'emmena avec lui à Toulouse. Le général comte Guyot y commandait la division militaire; il avait été chef de l'escorte de Napoléon et il commandait à Waterloo la dernière charge de la grosse cavalerie de la garde. Il avait sous ses ordres à Toulouse le général Lejeune, comme brigadier.
Le général Guyot nous invita à dîner : durant le repas, Lejeune fut pétillant d'esprit; il nous parla avec une verve intarissable des campagnes les plus émouvantes de la Révolution et de l'Empire: tantôt il nous racontait les batailles, tantôt il nous