‹ Mémoires du général LejeuneChapitre 3 sur 10 · L.IJ I:l'"J L: Ci · texte numérisé non relu

L.IJ I:l'"J L: Ci

bonté, venaient d'arriver aussi, et les fêtes et les danses ne nous laissèrent plus de repos. Le prince Eugène, vice-roi, tout jeune et dans l'âge dcsplnisirs, n'était pas le moins actif à nous en fournir les occasions.

Huit jours avaient été bientôt passés ainsi, lorsque, le 28 octobre, le prince major-général me donna [a mission de porter au prince Poniatowski , à Cracovie, les conventions additionnelles du traité de paix, et celle de voir son armée , de connaître ses besoins, l'état de ses forteresses, et de lui remettre la iiésii>'iiiition de ses futurs cantonnements.

Lorsque les premières nouvelles de l'armistice de Znaïm étaient arrivées au prince Poniatowski, son armée avait déjà remonté la Vistule jusqu'au delà de Cracovie, et il était maître des places de Modlin, Sierosk, Zamoski, qu'il avait mises en bon état de défense. Je me rendis en Galicie, par Briinn et 01mutz, place de guerre où les Autrichiens me firent des difficultés , et me retinrent pendant cinq heures ; de là, je passai par Teschen, dans la Silésie autrichienne , et enfin à Cracovie , où je trouvai le prince.

J'avais eu fréquemment l'occasion de le voir chez lui à Varsovie ou dans le cours de nos campagnes, et j'en reçus l'accueil le plus gracieux et le plus honorable. Ce prince était chéri des Polonais, qui espéraient tous que l'Empereur le placerait sur le trône de Pologne. Son extérieur séduisant était embelli par une douceur et une grâce parfaite, ainsi que par un

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caractère chevaleresque , qui en faisait en môme lemps un héros pour la guerre et pour la galanlerie. Aucun soldat n'était plus intrépïiîe que lui; aucun amant n'élaït, sinon aussi fidèle, au moins aussi soumis. Plusieurs fois dans tes camps je l'avais trouvé passant les nuits, comme nous, sur la paille ou sur la [erre, toujours soigneux de ses troupes, et constamment préoccupé d'un anneau d'or très petit, dans lequel il cherchait à faire entrer son petit doigt. Sans doute, en recevant cet anneau de la main qui le lui avait laisse prendre, il avait juré de ne jamais s'en séparer; et, ne pouvant le fixer à son doigt, son occupalïon constante était de l'empêcher do tomber.

Je descendis chez le prince, et trouvai près de lui , à Cracovie, une partie de la haute noblesse de Pologne qui s'était réunie à ses drapeaux. Les princes Lubomirski, Radzivil, Czartoriski; les comtes Potocki, Kaminski , Sarekowski , etc. , etc. , faisaient partie de son armée et me comblèrent d'attentions. Le général russe prince Souvaroff, le lils du général qui nous a fait la guerre en Italie, était à Cracovie avec sa division russe, qui était censée marcher de concert avec l'armée polonaise, dans l'intérêt de la France. Celte division attendait là, bien plutôt nos défaites pour en profiter, que nos succès pour les seconder; toute sa conduite en était la preuve. Néanmoins, les Russes el les Polonais vivaient, a Cracovie, en bonne intelligence, et le prince Souvaroff, que j'allai saluer, me reçut en ami. II me présenta à une belle personne

étendue près de lui sur une large fourrure de martre zibeline. Ses longs cheveux noirs, dans un beau désordre préparé avec arL, étaient pui'SL'iiiés de cordons de grosses perles, et sa poitrine et ses bras, d'une grande blancheur, étaient également enlacés dans des chaînes de perles magnifiques. Le regard de cette dame était gracieux et doux. Je croyais parler à la princesse son épouse, et il me dit : « Elle ne vous comprend pas; c'est une Géorgienne que j'ai achetée il n'y a pas longtemps. » Il me servit d'interprète; nous continuâmes à causer, et je me crus un moment transporté en Orient dans le sérail.

Le 3 novembre, le prince Joseph Poniatowsld avait réuni vingt mille de ses Polonais dans une belle plaine, à six îieues de Gracovie, pour les passer en revue. Nous partîmes escortés de plus de cent officiers. Le prince m'avait fait donner un magnifique cheval blanc, richement équipé, le seul de cette couleur; et, en arrivant devant le front de l'armée, je m'aperçus que le prince retenait son cheval pour s'effacer et me laisser la place d'honneur. Je manœuvrais de même pour lui laisser le premier rang, et, un peu embarrassé de n'y point réussir, je le priai de m'en excuser. Alors, avec une grâce et une dignité parfaites, il me répondit, en arrêtant son cheval pour me faire passer le premier : a Vous êtes ici l'envoyé de l'Empereur. — Prince, vous l'ordonnez, lui dis-jc alors, je dois vous obéir » ; et , rendant à ma monture un peu de liberté , je lui laissai développer sa grâce et sa souplesse aux

yeux de l'armée, entre le prince Ponialowski et le prince Souvaroff.

Avant le défilé, le prince fit exécuter plusieurs manœuvres, à l'occasion desquelles je le félicitai sur ce qu'il avait introduit dans ses exercices des mouvements plus rapides que ceux de notre infanterie, qui perd un temps incroyable dans ses déploiements. Si cette lenteur est favorable à la précision des manœuvres, elle est bien dangereuse sous le feu de l'ennemi. Je l'ai combattue dans toutes les occasions où j'ai fait manœuvrer de la troupe, et ce fut avec bonheur que j'ai vu introduire (trop longtemps après) , le pas gymnastique, et plus de promptitude dans la formation, lors de la création des chasseurs d'Orléans, en 1840.

Ces vingt mille Polonais, infanterie, artillerie et cavalerie , étaient vêtus à la française . et leur joie paraissait très vive en passant sous les yeux de leur prince et d'un officier français envoyé prés d'eux par l'Empereur. Je leur apportais , de sa part, les félicitations sur le courage qu'ils avaient montré dans cette campagne, des récompenses, des dotations et des croix de la Légion d'honneur, qui étaient reçues avec les plus bruyants vivats.

Après celte belle revue , noire retour à Cracovie fut un véritable houra de cavalerie, au galop à toute bride, à travers les boues affreuses de la Pologne et de la saison. Sous la fange noire dont nous étions couverts jusque par-dessus la têle, pas un seul de nous n'était reconnaissablo autrement qu'à la voix.

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Nous étions sortis étincelanls d'or, et nous rentrions, hommes et chevaux, hideux et couleur d'ardoise ou de chocolat. Tout fut plonge dans le bain et changé. Au dîner, il n'y paraissait plus, et le soir, au bal , nous n'étions pas les moins élégants.

Le quatrième jour, je pris congé de nos alliés, et de leurs gracieuses compagnes. Peu après, je rencon trai, à la poste de Posoritz, l'archiduc Ferdinand, qui me fit l'honneur de causer un moment avec moi. Le prince m'ayant demandé comment je trouvais le pays et si je le connaissais, je lui répondis, en riant, que j'avais bivouaqué dans le jardin de cette même maison, le soir de la bataille d'Austerlilz. Le prince Fronça le sourcil, jeta un coup d'œil sur ces lieux mémorables, et me pria cependant de lui en expliquer quelques détails. Ils me rappelaient des souvenirs intéressants et glorieux de quatre ans de date, mais dont je ne pouvais guère me réjouir devant le prince. L'accident qui avait arrêté sa voiture étant réparé, il repartit, et je continuai par Brûnn, où je trouvai des troupes autrichiennes. J'arrivai le 7 à Vienne , ayant fait trois cents lieues pour aller et venijj.

Le peu de jours que je restai à Vienne furent passés en fêtes, chez le prince d'Eckmuhl; chez les comtesses Bertrand, Daru; chez la princesse Czartoriska , etc. , etc. , et ce fut en sortant d'un bal que je partis de Vienne. Un petit incident de ce départ va donner une idée des vœux dont les Viennois nous

accompagnaient en recevant nos adieux. Un sellier m'avait fail et livré une belle calèche, que je lui avais payée deux mille florins, en parlant pour Cracovie. Le papier-monnaie avait perdu un vingtième de sa valeur pendant mon absence; et lorsque je revins, le sellier, me voyant prêt à repartir, me demanda cent francs d'indemnité pour cette non-valeur. Je m'y refusai, et il s'en fut. Mais lorsque la voiture, attelée de quatre chevaux, allait partir avant le jour, le postillon, voulant savoir s'il pourrait aller vile, regarda si les roues étaient bien graissées. Sa surprise fut grande en voyant que le sellier en avait enlevé les quatre écrous, avec l'intention bien claire de me faire casser le cou au premier coup de fouet donné aux chevaux. Ces bons Allemands nous aimaient tant!... Nous le leur rendions bien. J'envoyai la garde chez le sellier pour faire prendre tous ses écrous; je choisis ceux qui allaient à mes roues, et je partis.

J'eus le bonheur de rencontrer mon frère en route avec son régiment, et j'arrivai le 14 novembre à Munich, où j'allais rejoindre le prince major-général, devenu prince de Wagram.

Le prince de Wagram me présenta à la reine de Bavière. Le roi me fit loger au palais, à côté de la sœur du prince de Linange {celui que j'avais vu en Tyrol). Le roi, toujours gracieux pour moi, me fit

MEMOIRES DU GÉNÉRAL LE JE USE. Il

voir ses beaux tableaux, m'invita aux dîners et aux fêtes de la cour, où nous entendîmes la célèbre M 1 " Longui, sur la harpe, et M" 8 Blangini, virtuose aussi, sur le violon. Le roi me félicita d'avoir retrouvé mon nez, qu'on lui avait dit avoir été emporté par un coup de feu à Saragosse, et je pris très gaiement congé de cet aimable prince, pour suivre le major-général et revenir en France.

A peine de retour à Paris, je fus tout entier aux fêtes, aux bals, aux réceptions de toutes sortes.

Le 4, Paris donna à l'Empereur un grand bal à l'Hôtel- de-Ville. Plus de six mille personnes étaient conviées à cette fête municipale, qui ne se termina que longtemps après le retour du jour.

Le C, le prince de Wagram réunit à son château de Gros-Bois les rois et princes étrangers arrivés à Paris. Pendant quelques heures que dura une partie de chasse, les forêts voisines retentirent du bruit des cors et de la fusillade. Un magnifique repas, un spectacle et ensuite un bal, terminèrent la journée.

Les gens de la suite avaient pris une part trop large aux somptuosités de la fête donnée aux maîtres, et bientôt on s'aperçut, à leur manière de nous conduire, qu'ils étaient ivres-morts; les miens tombèrent du siège. Il eût été fort inhumain de les laisser dormir sur le pavé de la route : l'ami que je ramenais m'aida à les faire monter dans la voiture, et nous prîmes leur place sur le siège pour les recon-

cluire à Paris. Plus d'un des rois invités n'osa pas imiter noire exemple, et courut le grand danger de voir sa tète et son trône renversés ou brisés dans les fumées du Champagne qui enivrait son cocher.

Le 7, grand spectacle aux Tuileries, et il y eut là, comme le disait l'Empereur, un peu plus tard à Erfurth, un parterre de rois. Talma, Crcsccntini, la Grassini, faisaient les honneurs de la soirée, qu'ils rendirent admirable. J'ai quelque mérite à m'en souvenir, car il paraît que j'y étais fort distrait. L'Empereur demanda au prince de Wagram :

a Lequel de vos aides de camp est là-bas constamment tourné vers cette loge? »

Ce ne fut qu'en sortant du spectacle que le prince put voir ma ligure, dire mon nom a l'Empereur, et me plaisanter.

Quatre jours après, le 15, l'acte du divorce fut accompli. Ce fut un véritable jour de deuil pour tous ceux qui chérissaient l'Empereur et l'impératrice Joséphine, dont le nom seul, était le synonyme de grâce et de bienfaisance. L'opinion publique s'accordait à considérer l'union de cetle princesse avec l'Empereur, comme un talisman indispensable à l'accomplissement de ses hautes destinées. Cette grâce, cette aménité, cette bonté constante, qui soulageaient toutes les infortunes, allaient, en descendant du trône, ravir à l'étoile de l'Empereur une partie de son éclat, et peut-être même arrêter l'élan de sa prospérité.

Tel était alors l'avis de tous les hommes de cœur qui voyaient dans le prince Eugène, fils de l'Impératrice, le fils adoptif de l'Empereur, les qualités nécessaires pour achever, après l'Empereur, toutes les hautes conceptions que le Grand Homme aurait pu laisser imparfaites. Les politiques, au contraire, assuraient qu'un grand mariage et qu'une union avec un sang impérial d'antique origine, était indispensable pour consolider la fortune de la Franco. L'Empereur, toujours imbu, dès son enfance, était singulièrement flatté de l'idée de voir l'empereur de Russie disposé à lui donner sa sœur, et l'empereur d'Autriche a lui donner sa fille. Cette dernière était de la même religion que lui, descendait de l'antique maison de Habsbourg, et c'était vers elle que les politiques cherchaient à tourner ses regards. C'était, en apparence, grandir son empire, que d'acquérir uu ailié tel que l'empereurd' Autriche, et le choix n'était plus incertain.

Le 17, l'Impératrice quitta le palais des Tuileries, pour aller établir sa retraite au château de la Malmaison, et l'Empereur vint s'isoler à Trianon, près Versailles. Ses trois sœurs et leurs dames l'y accompagnèrent. Le prince de Wagram aussi l'y suivit avec quelques officiers , et j'étais de ce nombre. Pendant les dix jours que l'Empereur y passa, il consacra deux matinées à aller revoir l'impératrice Joséphine, à la Malmaison. Là, nous voyions se renouveler des adieux déchirants, et des protestations d'une éternelle tendresse, douloureusement

Il MÉMOIBES Dl! GÉNÉRAL LEJliUNE.

sacrifiée aux intérêts de l'Empire. Les hommes y admiraient le courage et la Force de l'homme politique, les femmes paraissaient étonnées de l'inconstance de l'ambitieux conquérant; toutes ces daines, cependant, cherchaient à lui plaire.

Pendant le séjour que je fis à Trianon, à la suite de la cour, il m'arriva une anecdote dont je ne fus pas précisément le héros. Une dame qui me plaisait d'autant plus qu'elle avait à se venger de l'inconstance de son mari, avait toujours, jusqu'alors, réprouvé mes avances; elle venait enfin de consentir, à m'accorder un rendez-vous.

Je tremblais de ne pouvoir m'y trouver ; je mis tout en œuvre pour n'y pas manquer. Le jour indiqué, je monte le plus vif de mes chevaux, j'arrive assez tôt à Paris, et je me cache sans bouger, dans un fiacre entr'ouvert, pour attendre ainsi la fortune. A vingt pas de là, dans la inéme avenue des Champs- Elysées , une voiture de remise vient aussi se placer pour attendre quelqu'un. Nos deux cochers restent aux aguets et la première personne qui se présente était ma belle, toute tremblante et voilée, à tel point que je ne la reconnus pas. Elle sa jette furtivement dans l'équipage qu'elle croit être le mien et disparaît au grand trot. J'attendis deux heures, et personne ne vint. J'ai su depuis que cette dame était tombée dans les bras de son mari, qui attendait une autre dame, et que chacun de son côté, avait donné" à cette surprise les couleurs de la jalousie. La paix qui s'en est

suivie dure encore, et j'en ai été pour mon voyage et mon temps perdu. Toutefois j'ai réconcilié un ménage un peu troublé. J'étais rentré à Trianon, avant que l'on se fût aperçu de mon absence, mais jYHais fort penaud , on le comprend.

Le 26, l'Empereur rentra à Paris, et, jusqu'au 31 décembre, les jours furent marqués par des spectacles à la cour, par des parades ou brillantes revues militaires des corps revenant de l'armée; par des bals chez les reines, sœurs de l'Empereur, où le luxe des pierreries, des étoffes, des broderies, etc., etc., donnait un essor immense au commerce de Paris.

Au nombre de ces bals, on remarqua celui de M. de Marescalclii, ministre d'Italie, où le grand quadrille représentait le jeu des échecs, dont les trente-deux pièces figuraient les rois, les princes et les sujets de l'Egypte et de la Perse /dans les costumes les plus riches. Ma taille m'avait fait assigner le rôle du roi Sésostris ou Ptolémée; la belle M™" de Barrai était ma reine, et nos vêtements de pourpre et d'or, étaient étincelants des rubis dont on les avait enrichis. La belle duchesse de lîassano, couverte d'azur et de saphirs, et M. de I.agrange, qu'on appelait Apollon , figurait en face de nous, sur le trône de la Perse, qui fut battu, conquis, échec et mat, par les soldats de Pharaon. Ces soldats étaient les plus jolies princesses ou duchesses de l'époque. Le pion auquel on avait confié ma garde, était la prin-

cesse d'Arenherg. Ces délicieux bataillons, n'ayant d'armes offensives que leurs douces œillades, étaient soutenus, attaqués, défendus par des fous couverts des grelots de la folie, et sautillant comme elle; par des cavaliers, dont les chevaux dociles et pleins de feu, caparaçonnés de soie et d'or, ne laissaient rien à craindre des atteintes de leurs pieds de carton , et par des tours dont la gravité menaçante et les créneaux sans arcliers étaient les remparts dorés de l'Empire. Les brillants acteurs de la scène manœuvraient très gaiement sur un damier imitant l'ivoire et 1 ebène. La marche de la reine était hardie, impérieuse et menaçante et le bon roi, soumis à la constitution du jeu, regrettait fort de ne pouvoir s'avancer que pas à pas vers ses jolis soldats.

La nouvelle du divorce et du prochain mariage de l'Empereur avait affligé l'armée, qui fut véritablement consternée en apprenant le choix que l'on faisait d'une princesse étrangère. Cependant , et sans s'arrêter à ces regrets, les notes diplomatiques venaient d'être échangées de part et d'autre avec la cour d'Autriche, et le mariage de l'Empereur avec une archiduchesse était définitivement arrêté.

L'Empereur nomma les dames qui devaient former la maison de la nouvelle impératrice , et M™" la maréchale duchesse de Montebello reçut le titre de dame d'honneur. Le même jour, l'Empereur adressa un message au Sénat pour lui annoncer qu'il envoyait à Vienne, comme ambassadeur extraordinaire pour le

MÉMOIRES OIS GENERAL LEJEUPiE.

représenter aux cérémonies de la demande et du mariage, le prince de Neuchatel. Le prince me fit l'honneur de m'emmener, et je partis fe 24 février pour retourner à Vienne. Cette fois, j'y arrivai dans ma voiture attelée de six chevaux, et non plus à cheval et le sabre à !a main. Le canon nous saluait encore, mais c'était pour nous rendre des honneurs. Je pris avec moi un ami , M. de Paillot, que je désirais faire participer aux fêtes de Vienne, cl ce voyage , dans la saison du carnaval, nous offrit mille agréments.

Je descendis au palais impérial, où l'on avait préparé le logement de ('ambassadeur: et le soir même, en prenant possession de mon appartement, il m'arriva une maladresse qui me donna une singulière idée de la valeur du mobilier, si riche en apparence, de ce palais impérial.

Une grande profusion de bronzes dorés ornaient les salons où l'on me logeait. Le lustre du salon était surtout d'une grande élégance , et j'en remarquais l'éclat et le précieux fini, lorsque, par une fatale pensée, je voulus essayer de le soulever pour juger ce que pouvait peser le métal de ce beau meuble de vingt-quatre branches, suspendues à des chaînes d'or si légères. Je montai sur un siège, et je fus très surpris, en soulevant à peine ce lustre, de trouver que son poids était celui du carton on du bois le plus léger. Assez confus de ma méprise, je ne mis probablement pas assez de soin à retirer mes mains, et le meuble admirable, rompant ses quatre chaînes

MÉMOIHES DE CÉNÉBAE, LIMEUSE. — T. U. 2

18 MEMOIRES Dli GÉNÉRAL LE JEUNE.

et ses ornements en bois de mélèze, se brisa en mille morceaux en tombant sur le parquet. Un feu pétillant brillait à la belle cheminée ; j'y poussai proniptement tous ces débris, victimes de ma curiosité , et je n'en entendis plus parler. Mais reportant involontairement nies pensées vers les illusions de tout genre offertes à notre Empereur pour fixer son choix sur une princesse étrangère, je craignais qu'il ne reçut un jour, de la cour d'Autriche, de plus pénibles déceptions que colle qui me faisait remarquer alors assez tristement, à Vienne, !a justesse de notre vieux proverbe français : « Tout ce qui brille n'est pas or. »

J'ai su depuis que les Tyroliens, se livrent à ce genre d'industrie , qui consiste à sculpter et copier en bois tous nos bronzes , et l'Allemagne en profite pour se parer à peu de frais avec ces brillantes imitations, qui n'ont à craindre que les visiteurs maladroits.

Dès mon arrivée, j'eus la mission d'aller faire visite à M. Otto, ambassadeur de France, et à tous les personnages éminents do la cour, pour leur annoncer officiellement l'arrivée de l'ambassadeur extraordinaire. Quelques heures après cette visite, le prince de Neuehateî, ayant à faire publiquement son entrée d'honneur, se rendit, avec sa suite, au pahus du prince de Schvarlzembcrg, dans le faubourg de Carinlhie. Là, on vint le chercher avec une pompe digne des héritiers de Charlemagno, avec vingt ou trente carrosses dorés, de grand gala, tous attelés de six chevaux, et entoures de valets à pied et de coureurs

en avant et aux portières. Les escadrons hongrois formaient l'escorte, et le cortège traversa les quartiers les plus populeux, entre deux ligues de régi- . ments qui formaient la haie et présentaient les armes.

Arrivé au château, où les gardes de la cour, les trabgns, les arquebusiers, les garde-noble hongrois en uniforme antique, formaient la haie sur les escaliers et, dans les salons, l'ambassadeur fut annoncé à l'empereur. Aussitôt, on ouvrit les deux battants de la grande salle, préparée pour cette audience, et le grand- chambellan introduisit l'ambassadeur devant l'empereur, entoure de toute sa. cour.

Après les trois saints d'étiquette, l'ambassadeur adressa à l'empereur une courte harangue, à laquelle ce monarque répondit; ensuite, le prince nous présenta l'un après l'autre , en nous nommant ses gentilshommes d'ambassade. De cette audience, l'ambassadeur se rendit aux appartements do l'impératrice, où il fut introduit avec le même cérémonial. Cette princesse , l'une des femmes les plus remarquables de son temps , pour les grâces de l'esprit et du cœur, nous reçut, quoique souffrante. Sa Majesté répondit à l'ambassadeur avec une pureté de langage et des expressions si flatteuses et si touchantes, que nous en fûmes attendris. Nous lui fûmes présentes, et elle dit à chacun de nous les mots les plus gracieux.

L'ambassadeur extraordinaire passa ensuite aux appartements des cinq jeunes archiducs. Ces princes

avaient commandé les armées qui nous avaient fait la guerre, et ils portaient l'uniforme blanc de feld- maréchal ; le dernier, seulement, portait la robe de cardinal. Ils étaient montés sur une estrade élevée de deux pieds et recouverte d'un tapis vert. Placés debout, par rang d'âge, leurs altesses impériales ressemblaient singulièrement à de froides figures de cire. Le prince de Neucbatel leur adressa quelques mots flatteurs, et le plus âge de ces princes prit la parole, mais trouva peu de chose k nous dire; ils avaient provoqué la guerre avec l'espoir de conquérir la France, et ils ne nous avaient pas encore pardonné leurs défaites.

En sortant de ces audiences solennelles, l'ambassadeur se rendit au palais du prince Charles, où j'eus le bonheur devoir cet illustre guerrier qui, depuis quinze ans , nous avait fait passer tant de nuits dans l'inquiétude, sur le Rhin et sur le Danube. Sa figure douce et grave, son air simple, excellent et modeste, n'avaient rien du guerrier impétueux, quoique son coup d'œïl fût celui d'un homme de génie.

L'ambassadeur demanda à S. A. impériale de vouloir bien représenter l'empereur Napoléon à la cérémonie du mariage. L'archiduc, avec un ton de loyauté qui vibra dans nos cœurs, répondit : « J'acu cepte avec plaisir la proposition de l'Empereur des a Français. Je suis flatté de son choix, et pénétré du

« pressentiment que cette alliance va préparer un « avenir heureux à deux nations faites pour s'estimer; 'i je compterai au nombre des plus beaux jours de ma « vie, celui où, en signe d'un rapprochement franc a et loyal, je présenterai la main à l'archiduchesse ii Marie-Louise, au nom du grand Monarque qui vous « a délégué. Soyez, je vous prie, auprès de la France « entière, l'interprète des vœux que je forme pour s que cette union cimente à jamais l'amitié de nos o souverains et le bonheur de leurs peuples. »

Le soir, il y eut une redoute publique au Salon d'Apollon, où six mille personnes furent admises. Ce Salon d'Apollon est un établissement considérable destiné à des /êtes publiques , où l'empereur, avec sa famille, vient, en ami, en excellent père, se mêler aux familles de son bon peuple. Chacun y arrive vêtu comme il lui plaît : masqué, déguisé ou à visage découvert. Mais les membres de la haute société portent à leurs chapeaux, qu'ils gardent, un faux nez, et sur les épaules, un mantelet de dentelle noire. Ces insignes suffisent pour indiquer que l'on est masqué. Le langage prend alors toute la liberté qu'il aurait sous un faux visage. L'esprit du pays est tellement respectueux et affectueux pour les classes élevées, que l'empereur, ses ministres et toute sa cour, se trouvent confondus avec le peuple, sans qu'il leur en arrive jamais le moindre déplaisir. Des musiques jouaient le menuet, la valse et la contredanse. Rien n'était gai pour nous, comme la gravité, que les bons

22 MKMOLRJiS DU GÉNÉRAL LEJEUHB.

Allemands mettaient à danser le triste menuet qui fait leur bonheur. Plusieurs salles représentaient des bosquets de (leurs et de verdure, des cavernes avec des fontaines jaillissantes, des kiosques à la chinoise. Partout on répandait à (lots la bière, le toquay pour arroser le jambon et le poulet rôti, sans lesquels il n'est point de fûtes à Vienne.

Les sièges ne manquaient nulle part; cependant, on voyait des groupes de jeunes personnes assises sur les genoux des messieurs (probablement de bas étage), sans que cela parût contraire aux bonnes mœurs publiques de ce pays. L'empereur semblait s'y amuser beaucoup, et recevait, comme un bon bourgeois, des compliments de tous ses sujets sur le mariage de sa fille, sans qu'aucun empressement indiscret pût lui être incommode.

Le C mars, après avoir fait un grand nombre de visites, après avoir admiré les bizarres collections d'objets rares du comte de Fries, ses violons antiques et modernes, précieux pour avoir été maniés par les plus célèbres violonistes, ses magnifiques slatuea de Canova, etc., nous retournâmes au palais, où l'Empereur nous reçut au banquet de grand gala. Jusqu'alors, il avait fallu prouver trente-deux quartiers de noblesse, ce qui supposait une généalogie de sept à huit cents ans , pour être admis à la table impériale. La victoire venait de renverser celte étiquette surannée, et nous étions là vingt enfants du peuple, élevés par la guerre, courtisés, choyés par les des-

cendants de Charlemagnc et de Charles-Quint. (Vprès le repas , on ouvrit les salons nù se trouvaient beaucoup de dames déguisées; et, la figure gracieuse de celles qui n'étaient point masquées nous lit présumer que nous perdions à ne pas voir celles qui s'étaient cachées.

Ces salons présentaient un aspect éblouissant. L'architecture, d'un Ijlanc éclatant, était élégante et simplement composée de plusieurs rangs de colonnades en stuc. Au plafond pendaient un nombre considérable de lustres, formés de gouttes allongées de cristaux de Bohême, qui reflétaient les feux irisés d'un nombre infini de bougies. Cet éclairage était bien plus brillant que tout ce que j'avais vu jusqu'alors en France. La grande variété des costumes, la richesse des parures des dames, ayant le cou,- les épaules et la titille entourés de nombreux cordons des plus belles perles que j'aie jamais vues, formaient un ensemble ravissant, au milieu duquel figuraient surtout les dames hongroises : la jeune et belle comtesse Zickî, la princesse Kraschalkovitz, et la belle princesse d'Esterhazy, aux cheveux d'or et au cou d'albâtre. Le prince son mari portait le riche costume hongrois, transmis dans sa famille de père en fils. Le prince Louis do Lichtcnstein, qui avait la bonté de médire le nom des personnes marquantes du bal, appela son ami Kstcrhazy, et lui dit : « Tourne-toi donc, que le colonel voie ton habit! » Nous nous étions vus ii Paris ; et le prince hongrois, très gra-

cicux pour moi. mo laissa voir en détail les énormes perles et diamants formant les boutons de sa pelisse , de son dolman , et même les glands de ses bottes , et il m'assura que la bride et le caparaçon de son cheval étaient bien mieux encore. L'ensemble de cet ajustement passait pour valoir plus de six millions, somme pour laquelle ses ancêtres l'avaient quelquefois mis engage. Je lui donnai un rendez-vous à la première bataille, et il promit gaiement d'y venir dans ce costume. I, 'empereur, l'impératrice etl'archiduchesse Marie- Louise, passèrent quelques heures a cette fêle, où la jeune princesse fixa tous les regards.

Le 7, il y eut, le malin, grand cercle chez l'ambassadeur, et, à deux heures, i! se rendit au dinerde l'archiduc Charles. Là, je retrouvai tous ces hommes illustres dont nos guerres m'avaient fait connaître et vénérer les noms. Ces princes et ces vieux feld-marcchaux, dont j'avais pu craindre autrefois la rencontre dans les camps, nous recevaient ici en amis. J'étais assis près du vieux maréchal prince de Ligne, âgé de quatre-vingt-six ans. Il avait été l'un des plus beaux hommes et des plus spirituels de son temps. Sa ligure était restée belle ; sa chevelure blanchie était touffue et frisée comme à trente ans; son esprit encore vif et enjoué, et sa mémoire excellente. La conversation roula sur son voyage extraordinaire en Crimée avec Potemkin, à la suite de l'impératrice de Russie Catherine, et sur le bombardement de Lille où son fils unique avait été tué à coté de lui. Mon âge

lui rappela ce jeune homme, et ses yeux se remplirent de larmes. H nie parla beaucoup de la duchesse de Coïgny, femme très spirituelle, son ancienne amie, que j'avais l'honneur de connaître.

Le 8 mars, il y eut grande réunion à la cour pour la cérémonie de la demande en mariage. L'empereur, entouré de tous ses hauts dignitaires, reçut l'ambassadeur extraordinaire qui lui adressa cette demande. Elle se terminait par ces mots : u "Cette princesse, appelée sur un grand tronc , y fera le bonheur d'un grand peuple et celui d'un grand homme. » L'empereur répondit des mots affectueux, et termina par ceux-ci : « J'accorde la main de ma lilîe à l'Empereur des Français. »

L'impératrice arriva ensuite, amenant la jeune ar-' chidnehosse, à laquelle l'ambassadeur adressa des paroles gracieuses, en y ajoutant ces mots : a Des considérations politiques peuvent avoir influé sur la détermination des deux souverains; mais c'est .surtout de votre cœur, Madame, que l'empereur Napoléon veut vous obtenir. » L'archiduchesse répondit : « La volonté de mon père a été constamment la mienne. Je consens , avec la permission de mon père , à mon union avec l'empereur Napoléon. »

Le prince de Neuchalel, prenant alors des mains du secrétaire d'ambassade, M. le comte de Laborde, le portrait de Napoléon entouré de gros diamants, le remit à l'empereur, avec prière de l'offrir à notre future impératrice, qui parut le recevoir avec plaisir.

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II y eut ensuite grand cercle de jour, dans le magnifique Salon des Colonnes.

Le lendemain, la cour se rendit au Grand-Théâtre en grand apparat, l'empereur ayant à sa gauche l'impératrice, et à sa droite l'archiduchesse. L'ambassadeur et sa suite étant placés dans la loge impériale , où la lumière égalait celle du soleil, je me trouvai très près de l'archiduchesse; et sans qu'elle pût le remarquer, car j'étais caché par les plumes des dames , je dessinai son profil. Mes voisins applaudissaient, par signes, à la ressemblance, en même temps que nous admirions la musique de Gluck dans l'opéra d'fphigénie en Àuliâe, et les grâces légères des danseuses viennoises.

Le 10, un spectacle bien plus intéressant encore, et tout à fait chevaleresque, nous occupa une partie du jour : ce fut une distribution solennelle des ordres de chevalerie de l'empire. L'empereur, revêtu de la robe , du manteau et du large bonnet antiques des grands-maftres de l'ordre leutonique, se rendit en grand cortège au palais du grand-maître , pour tenir le chapitre de ces ordres. A l'aspect de cette salle, enrichie des belles armures, des bannières, des portraits et des écussons blasonnés des hauts barons de l'empire, et de leurs fauteuils antiques, sur lesquels siégeaient maintenant environ cinquante chevaliers, portant, comme l'empereur, la robe et le manteau de velours pourpre, je me crus un moment transporté à dix siècles en arrière, dans une assemblée féodale

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du moyen âge. Les discours furent prononcés en latin. Les diplômes, en parchemin, auxquels étaient appendus l'énorme sigillum de Tordre et les cachets de rempire, étaient remis aux récipiendaires, qui venaient se mettre à genoux devant l'empereur : Sa Majesté leur passait ensuite autour du cou la chaîne de l'ordre.

Arrivèrent alors les chevaliers admis à recevoir la chaîne portant la toison d'or; après eux, les grands chevaliers ou cordons bleus de l'ordre de Saint- Etienne, qui est la distinction de la famille impériale : puis, s'avançaient les grands dignitaires de l'ordre royal de Hongrie de Saint-Léopold, dont je fus nommé chevalier. Mais ce qui me parut le plus intéressant, ce fut la distribution des récompenses de l'ordre de Marie -Thérèse. Cet ordre, purement militaire, ne peut être délivré qu'aux guerriers qui, au service de la patrie , ont fait une action d'éclat , attestée par des procès-verbaux de l'armée, et dont ils doivent fournir les preuves authentiques. La lecture du fait historique qui a mérité la décoration est faite au grand chapitre , en langue allemande, et nul n'est fait chevalier de Mario-Thérèse sans que la nation connaisse le fait d'armes pour lequel on lui a décerné cet honneur.

Le 11, on se rendit en cortège au palais impérial et à l'église de Saint- Étieime, pour la cérémonie du mariage, qui out lieu, en grande solennité, sous un dais, en présence de la famille impériale, du

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prince-archevêque , de son nombreux clergé et de la cour. II y eut ensuite cercle dans une immense galerie, où huit à dix mille personnes se pressaient avec ordre et silence. La famille impériale était assise sur une estrade élevée , dont la nouvelle Impératrice des Français occupait le centre et portait le brillant portrait de Napoléon. Nous fûmes présentés, et la cérémonie du baise-main commença. La jeune Impératrice ôta son gant. L'ambassadeur fut le premier admis. Je fus appelé le quatrième ou le cinquième à cet honneur.

Le soir, il y eut cercle à la cour, dans la grande Salle du Trône, et ensuite grand souper à la table impériale, autour de laquelle le bon peuple circula dans le silence le plus respectueux.

Ainsi finirent, à Vienne, les cérémonies du mariage, et le départ pour Paris fut fixé au lendemain pour ceux d'entre nous qui devaient précéder l'Impératrice.

Aumomentoù je montais en voiture, un négociait en pierreries vint me prier de porter à Paris, à son associé, une petite boîte verte, grosse et ronde comme un abricot. J'y consentais avec grand plaisir, lorsqu'il me vint l'idée de lui demander ce qu'elle contenait. « Ce sont deux diamants, me dit-il, en l'ouvrant : celui-ci vaut trente mille francs, et celui-là, quoique moins gros, vaut trois cent mille francs. — Ah! lui dis-

je, remportez votre boite; je ne veux pas vous exposer à perdre cette valeur, si je viens à être volé en route, n Néanmoins, il insista sur le service que je pouvais lui rendre. Je me chargeai fort à contre -cœur de son message; et, très heureusement, je n'en éprouvai d'outre déplaisir que celui d'avoir eu , pour la premièrefois de ma vie, la crainte de rencontrer des voleurs.

J'arrivai le 20 à Stuttgard, avant l'Impératrice. Ici, mon agenda porte les expressions de ma surprise à la vue du luxe et de la magnificence déployés à la cour de Wurtemberg : c'était le faste de Louis XIV dans un espace bien moins étendu que le palais de Versailles. La richesse des uniformes, des cuirasses des gardes-du-corps; celle des ameublements, des services de table, des illuminations ; l'éclat extraordinaire donné au grand opéra de Salomon, musique de Winter, etc.; tout cet appareil était étonnant à rencontrer dans une des cours du second ordre de l'Allemagne. Chacun de nous était reçu, logé, choyé au palais, comme un grand prince.

C'est au milieu des plaisirs de la cour, et au moment où je pensais le moins à mes occupations , que je fus mandé auprès de la reine de Naples, Caroline Murât, et du prince de Neuchutel qui accompagnaient la nouvelle impératrice. Ils me chargeaient d'un message pour l'Empereur; et, avant le jour, je roulais dans les nuages de poussière, avec six chevaux de poste, qui emportaient vers la France le

billet de la reine et mes regrets. C'était le 20 mars ; je ne l'ai pas oublié.

Le prince de Bauveau. chambellan de Napoléon, l'un dos nobles de l'ancienne cour ralliés à l'Empereur, portait une lettre do l'Impératrice. Je le rejoignis à Strasbourg; nous finies roule ensemble, etnous arrivâmes à Compiègne. où l'Empereur attendait sa nouvelle épouse. L'Empereur reçut le prince dans le salon avec une haute distinction, après quoi il m'emmena dans son cabinet.

Là, il perdit son air majestueux, et se livrant à la gaieté la plus vive, il me fit raconter toutes les fêtes de Vienne, de Munich, de Stuttgard. Il se fit apporter le portrait de l'Impératrice et me questionna sur tontes les parties de la ressemblance. Je lui montrai alors le profil que j'avais dessiné, et. de suite, il s'écria: « Ah! c'est bien la lèvre autrichienne des Habsbourg », dont il me montra les médailles; puis, il me fit placer à coté de lui, et se penchant sur la table où était la lampe il se prit à examiner ce portrait dont il paraissait être amoureux. Il me demanda si je le trouvais ressemblant, s'il n'était pas flatté? « Etles yeux sont-ils comme ceia... de quel bleu?... le nez n'est-il pus plus petit?... » II répéta : « C'est bien la lèvre autrichienne, n'est-ce pas?... » en avançant lui-même un peu les lèvres, a Plait-clle au premier abord , son sourire est-il spiriluel? est-elle bien grande comme cela? » en portant la main à sa hauteur « a-t-clle de cela?... et de cela? dites, dites, dites tout... —

MKMOIKES DU GÉNÉRAL LEJEL'Xli.

Mois oui, Sire, n etc., etc. Alors, après s'iHre frotté les mains, comme un homme heureux... « Comment étaient les fêtes de Vienne? J'espère que celles que nous lui donnerons lui plairont davantage... Ce sera neuf pour elle. Nous avons de quoi la surprendre. Ah! il n'y a que la France pour le bon goût... Et le roi de Wurtemberg a donc fait de belles choses? H est grand dans ses manières; il fait le petit Louis XIV. Il se ruinera. Le mariage paraît donc leur faire grand plaisir en Allemagne? » Sa Majesté était d'une humeur charmante, et se plaisait à me faire beaucoup d'autres questions, qui annonçaient son impatience de voir l'Impératrice , lorsqu'on vint nous interrompre, pour annoncer à l'Empereur que le feu venait de prendre à une aile du château, et il me congédia.

Quelques jours après, les vœux de l'Empereur furent comblés par l'arrivée de l'Impératrice; il fit plusieurs lieues à cheval, sans escorte, pour aller audevant d'elle. D'aussi loin qu'il aperçut les voitures, il prit le galop, et sautant à la portière du carrosse , il se la fit ouvrir, et se précipita dans les bras de son épouse, ce qui causa à la Princesse la singulière surprise d'être tendrement caressée, avant qu'on eut pu lui dire quel était le téméraire qui l'embrassait ainsi.

En arrivant ;i Paris , j'étais un peu fatigué de fêles, et je trouvai du bonheur à m'en délasser avec mes pinceaux. Je ne pris mémo, à toutes les cérémonies qui se succédèrent, que la part inévitable dans ma

position. Le mariage civil du couple impérial se lit en grande pompe, à Sainl-Cloud, le 1 er avril, et je me rappelle que quelques-uns de nos vieux opposants, à l'idée de ce mariage, m'exprimèrent tout bas la crainte que ce jour des malignes tromperies du l îr avril ne l'ût d'un mauvais augure pour l'avenir.

L'Empereur était en costume impérial, et l'Impératrice portait sur sa tête la couronne montée en diamants.

Après la cérémonie du mariage civil, il y eut un grand repas, et le soir grande illumination.

Le 2 avril, et par un soleil admirable qui succédait à une nuit de tempête, le grand salon du Louvre avait été érigé, béni et décoré en chapelle pour la ct.'lëliration du mariage religieux. Los augustes mariés y arrivèrent par la grande galerie du Louvre, garnie à droite et à gauclie, dans toute sa longueur, d'estrades contenant plusieurs rangées de dames en grande parure. Il serait difficile à l'imagination d'en rêver le brillant coup d'œil : c'est ce que j'ai vu de plus surprenant. Des escaliers avaient été préparés sur les quais et sur le Carrousel, pour assurer des débouchés faciles aux nombreux invités de cette fête.

Le soir, une nuit calme et très noire sembla rendre encore plus éclatante la lumière des millions de pots à feu, verres de couleur, lampions et feux de Bengale, qui dessinaient la forme et les ornements de tous les édifices, et les arcades des ponts. Un temple de l'hymen brillait dans les airs, à une grande hauteur, au-

dessus des tours de Noire-Dame, et la vaste étendue de Paris, ainsi éclairée, était comme une mer de feu dont la Seine répétait les clartés. La place de la Concorde surtout était le point le plus extraordinaire par la richesse des monuments illuminés qui l'entouraient. Les Champs-Elysées étaient couverts d'orchestres, de danses et de spectacles divers. Au retour du jour, il ne restait de cette nuit que des souvenirs.

Ce jour du 2 avril fut marqué par une innovation heureuse. Depuis des siècles, l'usage adopté à Paris , dans les réjouissances publiques, était d'avoir des fontaines où le vin coulait abondamment, et des tribunes du haut desquelles on jetait au peuple de nombreux comestibles. Ces fontaines et ces tribunes, assaillies parla foule, étaient toujours le théâtre des scènes les plus abrutissantes , où l'abondance n'existait que pour les plus forts, et où les plus faibles étaient souvent roulés dans la poussièn: , à côté d'hommes ivres-morts que l'on foulait aux pieds. Ce spectacle ignoble de vases brisés et d'hommes souillés de vin , avait été longtemps l'indispensable ornement des fêtes publiques.

Mais l'Empereur qui sentait en lui les moyens de relever les mœurs de la nation, voulut que ses largesses, étendues môme sur une plus grande échelle, fussent répandues de manière à en écarter tout aspect de désordre et de brutale grossièreté. Il ordonna que des aliments confortables fussent portés au domicile- des indigents, et que le peuple reçût des bil-

UÊMOInESBU GÉNÉRAL LEJEUNE. — T. II. 3

lels d'une loterie dont les milliers de lots seraient des pâtés, des jambons, des pains, etc., etc., et pat* personne un litre de vin. Cette distribution fut faite avec un ordre parfait et assez promptement; bien peu de liquide fut perdu, et je n'ai vu chanceler que quelques-uns de ceux qui, n'ayant pas apporté de vase, avaient bu tout d'un trait le lot qu'ils avaient gagné.

Le panorama de Wagram s'avançait, et je fus chargé d'y tracer le mouvement des troupes. Déjà j'étais classé ù Paris comme le peintre historien de nos campagnes, et je recueillais les affectueux conseils de nos célébrités, principalement de David. N'ayant paB , comme tant d'autres , à faire de la peinture pour pourvoir aux besoins de la journée, la crainte d'entrer dans trop de détails ne m'arrêtait jamais. Un jour, je m'en excusais, en regrettant d'avoir mis trop do temps à mon travail , et David , pour me rassurer, me répondit : « Ce qui est fait vite est bientôt vu et ne supporte pas un long examen. »

La garde impériale voulut à son tour donner une fête à l'Impératrice. La vaste étendue du Champde-Mars, le palais de l'École- Militaire et ses cours immenses étaient occupées par toutes les parties de la fête. Le grand balcon et les appartements du palais étaient richement décorés pour recevoir l'Empereur et la cour, et leur faire voir, avant la fin du jour, le spectacle très animé des courses de char, et d'un grand nombre de chevaux, réunis par pelotons, disputant des prix, que les élégants cavaliers venaient

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL LEJEUNE. Si

recevoir des mains de l'Impératrice. Des jeux équestres de toute espèce, des carrousels avaient lieu depuis quelques heures pour intéresser la foule. Ensuite, des ballons furent lancés à une grande hauteur, à laquelle on les vit avec plaisir recevoir une seconde fois les derniers rayons du soleil qui déjà nous avait laissés dans le crépuscule. L'air était tranquille et ces ballons planaient sur nos têtes. Alors, M me Blanchard, la célèbre aéronaute, recevant le signal du départ , fit trancher les liens qui retenaient son immense ballon, richement décoré de devises el d'allégories; elle s'éleva majestueusement dans l'air, et, en montant, elle répandait à pleines mains, sur les nombreux spectateurs, des corbeilles de fleurs et des milliers de légers tissus de soie, des écharpes, des fichus, des mouchoirs, qui se développaient en tombant et simulaient autant de flammes de mille couleurs. Rien ne peut être comparé à la joyeuse agitation de la foule, pour recevoir ces gracieux présents qui devaient lui servir de parure. La nuit fut bientôt arrivée; et ces mômes ballons, que l'air tranquille laissait planer sur nos tètes , allumèrent des artifices qui représentaient de lumineux météores embrasant le ciel dans une grande étendue , et qui retombaient avec lenteur sur nous en pluie d'or. Le sexe, la figure gracieuse et le courage de la jeune aéronaute , avaient excité un vif intérêt , et l'on trembla pour elle lorsque l'on comprit le danger que courait son ballon, qui pouvait s'enflammer au moment où elle

allumait tous ces feux d'artifice. Par bonheur, la terrible catastrophe qui devait un jour la précipiter d'une hauteur plus grande que celle des nuages et la tuer sur un des toits de Paris, n'eut pas lieu dans cette circonstance.

Après ce beau spectacle de feux descendant du ciel , le maréchal Bessières , président de la féte , vint prier l'Impératrice, en lui offrant la baguette d'or de Médée, d'être la magicienne qui allait, en touchant le dragon précurseurde l'incendie, faire briller les palais de la féerie.

De grands éclats de gaieté se firent entendre tout à coup autour d'elle. L'Empereur et tous ses guerriers qui l'entouraient rirent jusqu'aux larmes, en voyant l'hésitation timide et craintive avec laquelle cette jeune princesse reçut la terrible prière de mettre le feu à un dragon, qui pouvait faire une détonation semblable à celle d'un canon. L'Empereur insista cependant, et dirigea sa main tremblante; elle forma les yeux, et ne les rouvrit que pour voir un dragon magnifique, partant du balcon comme la foudre, pour aller, au milieu du Champ-de-Mars , porter sa flamme successivement aux plus belles décorations pyrotechniques que l'on ait jamais produites : des temples , dos palais , des allégories , des vers , des devises en feux de couleurs, des pluies continuelles de feux et d'étoiles, des gerbes brillantes et un volcan, qui éclairaient, comme en plein jour, six cent mille personnes attirées sur les talus du Champ-do

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL LEJEUflE. 37

Mars... 11 était onze heures, lorsque l'on put descendre aux salons préparés pour la danse.

Les cours du palais étaient transformées en salles magnifiques, destinéesau bal et au banquet. Les décorations en étaient martiales et élégantes. Tout ce qu'il y avait de plus brillant à Paris y était invité , et l'ordre ne cessa d'y régner.

Jusque-là, toutes mes soirées s'éLaïentjoyeusenient passées au bal, chez le comte Daru, chez les ministres, et mes journées laborieusement employées à mes travaux de peintre, que les plus honorables visiteurs venaient encourager. Le prince Eugène, le prince et la princesse de Wagram , les princesses Jablononska, Sapieha, etc., etc., étaient au nombre des personnes qui me témoignaient le plus d'intérêt, et ma gratitude se plaît à consigner ici leurs noms.

lïnfin, arriva la fête préparée par le prince de Schvartzemberg , pour célébrer l'auguste mariage, auquel il avait puissamment contribué. Son hôtel, situé dans la rue du Montblanc (aujourd'hui rue de la Chaussée -d'Anlin), était au milieu d'un fort beau jardin , dans lequel on avait imité plusieurs des sites où la jeune Impératrice avait passé son enfance. Tous les artistes-danseurs de l'Opéra , dans les costumes autrichiens de ces localités, représentaient des scènes de ses premières années. Cette attention délicate rendit la première partie de la fôte délicieuse pour l'Impératrice, qui en fut touchée.

Pour recevoir les douze à quinze cents invités, le prince avait fait construire une grande salle en planches , richement décorée de glaces , de fleurs , de peintures, de draperies, et d'un luminaire immense. Depuis plus d'une heure , le hal était en grande activité , et l'on dansait une écossaise , quoique la chaleur fût étouffante. L'Impératrice, la reine de Naples, la reine de Westphalie, la princesse Borghèse, la princesse de Sehvartzemberg, belle-sœur de l'ambassadeur, ses filles et cent autres dames, étaient très occupées de figurer à cette danse animée, lorsqu'une bougie d'un des lustres près delà porte du jardin vint à couler et mit le feu à la draperie. M. le colonel de Tropbriant s'élança d'un bond pour l'arracher. Ce mouvement brusque de la draperie étendit la flamme, et en moins de trois secondes, dans cette salle peinte à l'alcool pour la faire sécher plus promptement, et fort échauffée par le soleil de juillet, mais bien plus encore par la quantité considérable de bougies, la flamme s'étendit d'un bout à l'autre du plafond avec la rapidité de l'éclair et le bruit d'un roulement de tonnerre. Tous les assistants furent à l'instant même sous une voûte de feu.

Dès que l'Empereur eut jugé l'impossibilité de l'éteindre, il prit avec calme la main de l'Impératrice et la conduisit hors du jardin. Chacun imita son sangfroid, et personne ne jeta un cri; plusieurs danseurs même ne savaient encore à quoi attribuer l'augmentation de lumière et de chaleur, et chacun d'abord se

dirigeait, sans courir, vers l'issue du jardin, croyant avoir le temps d'éviter le danger. Cependant , en quelques secondes, la chaleur devint insupportable; on pressa le pas et l'on marcha sur les robes , ce qui occasionna un encombrement de personnes renversées sur les marches du jardin. Des lambeaux enflammés, tombés en môme temps du plafond, brûlaient les épaules et la coiffure des dames; les hommes, même les plus forts , étaient entraînés dans la chute , et leurs vêtements prenaient feu. Cette réunion de personnes embrasées était affreuse à voir. J'avais pu sortir facilement des premiers, en dirigeant la comtesse Sandizelle etM m ° de Mathis, qui n'eurent aucun accident, et je revins à la porte du salon pour arracher des victimes au fléau qui les dévorait. Une des premières que je pus entraîner fut le malheureux prince Kourakin, ambassadeur de Russie , qui était dans un état horrible : une de ses mains dépouillée et ensanglantée s'appuya sur ma poitrine et y laissa toute son empreinte. Sous son corps gisaient plusieurs dames à demi-brûlées; on les arrachait avec peine, du milieu des flammes, où les épées des hommes accrochaient les vêtements et gênaient la délivrance. De toute part, des cris déchirants de douleur et de désespoir étaient jetés par des mères appelant leurs filles, des maris leurs femmes. Le jardin, éclairé comme en plein jour, fut à l'instant mémo rempli de personnes se cherchant à grands cris, et fuyant le brasier pour éteindre leurs vêtements. Deux mères, la princesse de Schvarlzem-

herg et la princesse de Layen, poussées par l'héroïsme de la tendresse maternelle, ne trouvant pas leurs fdles dans ie jardin, se précipitèrent sous les flammes pour les chercher dans le salon embrasé ; la voûte s'écroula sur elles , el la princesse de Layen , seule , put en sortir pour mourir une heure après. La princesse de Schvartzemberg , perdue pour tout le monde dans cet affreux moment, ne fut retrouvée et reconnue qu'à ses diamants dans les cendres de l'incendie ; son corps était si défiguré qu'on ne put la reconnaître qu'à ses parures. Son diadème s'était fondu par la chaleur et sa monture d'argent, en fondant, avait laissé sa trace en creux sur le crâne. Plusieurs dames moururent dans la même nuit, et d'autres longtemps après, dans des souffrances affreuses. Les hommes , un peu mieux garantis par leurs vêtements, eurent un pou moins à souffrir. Le prince Kourakin, l'un des plus maltraités, fut plus de six mois à se rétablir, et M m * la comtesse Durosnel ne s'en reîeva que plus d'un an après.

Dès que l'Empereur eut remis l'Impératrice dans sa voiture, il revint en toute hâte donner ses soins aux victimes du désastre , et il y resta jusqu'au jour, continuellement occupé à diriger les secours.

Au nombre des victimes , se trouva une dame , que mon ami, M. le colonel Bontemps, et moi, parvînmes à arracher à l'incendie sur l'escalier du jardin. Tout son corps était une plaie déchirante à voir; elle en supportait la douleur avec un courage extraordinaire, mais ne pouvait être ni emportée dans les bras,

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL LE JEUNE. il

ni placée dans une voiture. Nous la soutînmes de droite et de gauche sous les aisselles, la seule place qui ne fût pas entamée par le feu , et nous parvînmes ainsi jusqu'à sa demeure, rue Royale, ayant fait bien difficilement un assez long trajet. L'un, de ses gens courut chercher un médecin; et, en attendant son arrivée, très incertaine à cette heure avancée de la nuit, mon ami eut l'heureuse idée do se faire donner de l'huile d'olive, un blanc d'œur et de l'eau fraîche; de faire battre le tout ensemble, de tremper des compresses dans ce Uniment, et d'en imbiber et couvrir les brûlures. Lorsque le docteur arriva, longtemps après notre départ, il assura qu'il n'aurait pas pu mieux faire. Ce traitement fut continué, et, en effet, au bout dé six semaines , cette dame était parfaitement rétablie; elle se trouvait être l'épouse, nouvellement mariée, d'un de nos meilleurs amis, M. Prévost, chef de division de la guerre.

Dix personnes étaient mortes des suites de l'incendie, et une centaine d'autres en furent très maltraitées. La désolation fut grande dans Paris lorsqu'on apprit cet événement; et tous nos vieux officiers, qui avaient été désolés du mariage de l'Empereur avec la fille du plus constant ennemi delà France, ne manquèrent pas de comparer ce triste présage pour l'avenir, à la terrible soirée du mariage de Louis XVI, où trois mille personnes furent écrasées ou blessées sur la place Louis XV.

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