‹ Mémoires du Général RappChapitre 10 sur 143 · Louis Bonaparte, frère de Napoléon · texte numérisé non relu

Louis Bonaparte, frère de Napoléon

Saint-Cloud. Quelques amis, au nombre desquels était le maréchal Bessières, vinrent me faire visite. « Vous avez eu tort, me dit-il, vous ne pou- » vez en disconvenir. Le respect, la reconnais- » sance que vous devez à l’Empereur, vous en im- » posent le devoir; faites-lui l’aveu de votre faute. » Je cédai. A peine Napoléon eut-il reçu ma lettre, qu’il me fit dire de monter à cheval avec lui. Il me bouda cependant quelque temps. Enfin, un jour, il me demanda de très bonne heure à Saint-Cloud, « Je ne suis plus fâché contre toi, me dit-il avec » bonté : tu as fait une lourde sottise; je n’y pense » plus, tout est oublié. Mais il faut que tu te ma- » ries. » Il me nomma deux jeunes personnes qu’il me dit me convenir. Le mariage se fit : malheureusement il ne fut pas heureux '.

Bernadotte était en pleine disgrâce, et le méritait. Je le trouvai à Plombières, où on lui avait permis d’aller prendre les eaux avec sa femme et son fils, et où j’étais pour le même objet. J’ai toujours aimé son caractère affable et bon ; je le voyais souvent ; il me confia ses ennuis, et me pria de m’intéresser auprès de l’Empereur, qu’il n’avait jamais, disait-il, cessé d’admirer, et auprès de qui il avait été calomnié. J’appris à mon retour que ses

1. C’esten l80oqu’ilépousamademoiselleVanderberghe, fdle d’un riche fournisseur.

amis, son beau-frère madame Julie elle-même, avaient inutilement intercédé peur lui, Napoléon ne voulait rien entendre ; il était toujours plus irrité. Cependant j’avais promis, il fallait tenir parole. L’Empereur se disposait à se rendre à Villiers, où Murat lui donnait une fête : il était de bonne humeur ; je résolus de profiter de cette circonstance. Je fis part de mon projet au maréchal Bessières, avec lequel je l’accompagnais : il m’en dissuada. Il m’apprit que madame Julie était encore venue le matin même à la Malmaison, qu’elle était repartie tout en pleurs, qu’elle n’avait rien pu obtenir. Cette circonstance n’était pas propre à m’inspirer de la confiance ; je me hasardai néanmoins. Je dis à Napoléon que j’avais vu Bernadotte à Plombières, qu’il était triste et fort affecté de sa disgrâce. « Il proteste, ajoutai-je, qu’il n’a jamais » cessé de vous aimer et de vous être dévoué. — » Ne me parle pas de ce b... e-là ; il a mérité d’être « fusillé. » Et il partit au galop. Je trouvai chez Murat, Joseph et son épouse ; je leur fis part de ma mésaventure. Bernadotte l’apprit, et m’a toujours su gré de ma démarche. Tous les griefs de Napoléon contre ce prince ne l’empêchèrent pas de lui pardonner plus tard ; il le combla de biens et

1. Joseph Bonaparte. Julie Clary femme de Joseph Bonaparte. Bernadotte était leur beau-frère par son mariage avee Désirée Clary.

d’honneurs. Le prince royal est à la veille de monter sur le trône, et l’auteur, de sa fortune, exilé au milieu des mers h

1. Bernadette devint prince royal de Suède le 27 août 1810 et fut proclamé roi le 5 février 1818 sous le nom de Charles XlV-Jean.

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