AU GÉNÉRAL RAP P
De mon quartier général de Pelouken, le 23 décembre 1813, à 11 heures du soir.
Général, ,
•le suis obligé de vous faire part que je viens de recevoir un courrier de Sa Majesté Impériale, qui m’apprend que la capitulation conclue entre Votre Excellence et moi a été approuvée par l’Empereur, hormis ce qui concerne le retour de la garnison en France. Quoiqu’il ne m’appartienne pas d’examiner si on a pris en considération particulière que la garnison de Dantzig ne soit forcée, à l’instar de celle de Tliorn (d, d’autres places, à reprendre service avant son parfait échange, et
après qu’elle aura repassé le Rhin, je suis cependant obligé de faire part à Votre Excellence de la volonté précise de Sa Majesté, étant cependant persuadé qu’aucuns de MM. les généraux ni officiers faisant partie de la brave garnison de Dantzig ne se permettraient, dans aucun cas, de manquer à ses engagements, ce dont je serais volontiers le garant. Sa Majesté m’a aussi formellement autorisé à vous déclarer, mon Général, que la garnison ne sera point envoyée dans les provinces éloignées de la Russie, si Votre Excellence me remet la place sans détérioration ultérieure, aux termes de la capitulation. Elle pourra choisir pour son séjour particulier, celui de MM. les généraux et officiers, entre les villes de Reval, Pleskow, Zaliega et Orel pour y demeurer jusqu’à ce que la garnison soit échangées D’ailleurs il s’entend de soi-même que MM. les généraux et officiers, d’après la capitulation, conserveront tous les avantages qui leur ont été assurés. Pour ce qui concerne les troupes polonaises qui se trouvent encore à Dantzig, la volonté de Sa Majesté est qu’elles soient renvoyées tranquillement dans leurs foyers, à leur sortie de la place, de même que les troupes allemandes.
Je dois croire, mon général, que Votre Excellence n’hésitera sûrement pas de consentir à ces arrangements, puisqu’il est à croire que la guerre ne pourra pas durer un an, et alors chacun retournera d’abord chez soi ; et je suis d’autant plus persuadé que Votre Excellence prendra cette détermination, que, dans le cas contraire, je ne pourrais lui épargner, ainsi qu a sa garnison, toutes les rigueurs inévitables qu’entraînerait une résistance parfaitement inutile, qui aurait pour suite infaillible de voir transporter sa garnison dans lesprovinces lesplus éloignées de l’empire russe,
sans qu'elle puisse jouir alors des moindres avantages qui lui seront parfaitement garantis maintenant, ainsi que toutes les commodités nécessaires pour la route et stipulées dans la capitulation.
Si Votre Excellence, contre toute attente, prenait cependant cette détermination aussi inattendue que préjudiciable aux intérêts de la garnison, je lui remettrai alors après-demain samedi, à midi, tous les ouvrages qui ont été cédés à l’armée assiégeante, excepté le fort de Neufahrwasser, puisque la volonté suprême de Sa Majesté est que Votre Excellence fasse sortir préalablement toutes les troupes allemandes (pii se trouvent à Dantzig avec armes et bagages, la confédération du Rhin n'existant plus, tous les Etats qui la composaient étant devenus nos alliés, et dans ce cas Neufahrwasser lui sera remis de même de suite et sans la moindre difficulté. J’enverrai aussi à Dantzig par la porte d’Oliwa tous les échappés, dès qu’ils seront de retour, et alors les hostilités recommenceraient, le lendemain de leur remise, à neuf heures du matin.
Signé : Le Duc de Wuutemiieug.
P. S. Je prie Votre Excellence de vouloir me faire parvenir sa réponse demain matin. Si M. le général Heudclet, ou un autre de MM. les généraux, était envoyé à mon quartier général, cela faciliterait infiniment la conclusion d’une affaire qui pourrait se terminer à sa satisfaction.
J’ai écrit sur ceci à Sa Majesté par un courrier.
RÉPONSE
Monseigneur,
J’ai fait une capitulation avec Votre Altesse Royale ; aujourd’hui elle m’annonce que, sans y avoir égard, l'Empereur Alexandre ordonne que la garnison de Dantzig soit envoyée en Russie comme prisonnière de guerre, au lieu de rentrer en France.
Le 10e corps d’armée laisse à l’Europe," à l’histoire, et [à [la postérité, à juger une aussi étrange infraction des 'traités, contre laquelle je proteste formellement.
Par suite de ces principes sacrés, j’ai l’honneur d’annoncer à Votre Altesse Royale que, m’en tenant strictement au texte d’une capitulation que je ne dois pas regarder comme anéantie parce qu’elle est violée, je l’exécuterai ponctuellement, et que je suis prêt à remettre aujourd’hui même aux troupes de Votre Altesse les forts Weichselnmnde, Napoléon, et le Ilolm, ainsi que tous les magasins, et à sortir de la place avec ma garnison le 1er janvier prochain.
A cette époque, la force et l’abus du pouvoir pourront nous entraîner en Russie, en Sibérie, partout où l’on voudra. Nous saurons souffrir, mourir même, s’il le faut, victimes de notre confiance dans un traité solennel. L’Empereur Napoléon et la France sont assez puissants pour nous venger tôt ou tard.
Dans cet état de choses, Monseigneur, il ne me reste aucun arrangement à faire avec Votre Altesse Royale, m’en référant entièrement à la capitulation
du 29 novembre, qu’on peut, je le répète, enfreindre, mais non anéantir.
Signé : Comte Rapp.
Dantzig, le 23 décembre 1813.