LETTRE DU COMTE RAPP AU DUC DE WURTEMBERG
Dantzig, le 23 décembre 1813.
Monseigneur,
Mon aide de camp m’a remis hier soir la lettre que Votre Altesse m’a fait l’honneur de m’écrire.
D’après le renvoi qu’elle m’a fait de ma lettre, je crois m’apercevoir qu’elle me suppose de l’aigreur. Votre Altesse ne me rend pas justice : voilà vingtdeux ans que je fais la guerre ; je suis habitué à la bonne comme à la mauvaise fortune.
| Votre Altesse m'a fait l’honneur de me dire qu’il était tout naturel que l’Empereur Alexandre pût ratifier ou non la capitulation. Ou Votre Altesse était munie de pleins pouvoirs, ou elle ne l’était pas ; ma conduite dans ce cas eût été toute différente.
Le maréchal Kalkreuth, après une défense très courte, a obtenu une capitulation fort honorable. Je me rappelle même que I Empereur Napoléon, qui n’était qu’à vingt lieues de la place, en était mécontent; mais il ne voulut pas taire éprouver de désagrément à son géné-
rai en chef, en annulant la capitulation, et le maréchal! Kalkreuth sortit de Dantzig sans la moindre humi-ij dation. Il est impossible de mettre plus de délicatesse! et de loyauté que nous l’avons fait, le maréchal Lefebvre et moi. Le maréchal Kalkreuth vit encore, et il en a conservé le souvenir. Il y a des officiers prussiens au quartier général de Votre Altesse qui pourront aussi en rendre témoignage.
Votre Altesse me fait l’honneur de me dire que Sa i Majesté ordonne que toutes les choses soient remises! sur le même pied où elles étaient avant, si je veux recommencer les hostilités. Votre Altesse sait parfaitement que les avantages étaient alors de notre coté,1 puisqu’elle nous a fait constamment des offres qu’elle prétendait être favorables, et que maintenant c’est tout le contraire : cela n’a pas besoin de preuves.
C’est d’ailleurs vous, Monseigneur, qui m’avez toujours proposé d'entrer en arrangement pour faire cesser l’effusion de sang en nous offrant comme condition fondamentale notre rentrée en France. La correspondance de Votre Altesse avec moi en fait foi.
Votre Altesse sait bien dans quelle situation nous nous trouvons, et qu’il est de toute impossibilité, sous tous les rapports, de prolonger notre défense ; ainsi! le choix qu’elle me laisse devient parfaitement illusoire.
Je prie Votre Altesse de faire occuper aujourd’hui Weichselmunde, le Holm, et ouvrages intermédiaires.' Je n’y ai laissé que de petits détachements pour empêcher les dégradations. Je désire aussi que Votre Altesse envoie des commissaires pour recevoir les inventaires de nos magasins de toute espèce ; j’y tiens beaucoup, pour qu’il n’y ait pas de réclamation, et qu’on’
ne puisse pas nous reprocher d’avoir rien détérioré, non pas dans la crainte d’aller en Russie avec moins de commodités, comme Votre Altesse le répète dans sa lettre, mais par le désir de remplir religieusement tous mes engagements.
J’ai l’honneur de déclarer de nouveau à Votre Altesse que la garnison de Dantzig sortira le 1er janvier, dans la matinée, en exécution de l’article 1er de la capitulation du 29 novembre, à laquelle je m’en tiens entièrement, et à laquelle il est tout à fait inutile d’ajouter aucun autre arrangement. Les circonstances, après notre sortie, nous mettront absolument à la disposition de Votre Altesse.
J’ai l’honneur, etc.
Signé : Comte Rm>.