‹ Mémoires du Général RappChapitre 22 sur 143 · Commandant des chevaliers-gardes de Russie · texte numérisé non relu

Commandant des chevaliers-gardes de Russie

2. Le colonel Morland commandait le régiment des chas seurs de la Garde.

ennemies, lui inspirèrent l’idée du tableau qui fut exécuté par Gérard.

Les Russes, comme je l’ai dit, se flattaient de nous battre avec leur Garde seule. Cette jactance avait blessé Napoléon, il s’en est rappelé longtemps.

Après la bataille d’Austerlitz, Napoléon me nomma général de division, et m’envoya au château d’Austerlitz pour soigner ma blessure, qui n’était pas dangereuse. Il daigna me faire plusieurs visites, une entre autres le jour de l’entrevue qu’il accorda à l’Empereur d’Autriche. Il me remit deux lettres que les avant-postes avaient interceptées; l’une était du prince Charles, l’autre d’un prince Lichtenstein. Elles se trouvèrent assez importantes: je les fis traduire. Le soir Napoléon vint, en prendre lecture à son retour. Il me parla b 'aucoup de François II, de ses plaintes, de ses regrets. 11 me dit à ce sujet des choses fort curieuses.

Nous partîmes pour Schœnbrunn. Il y avait à peine quinze jours «pie nous y étions lorsque Napoléon me fit demander. « Etes-vous en état de » voyager ? — Oui, Sire. — En ce cas, allez ra- » conter les détails de la bataille d’Austerlitz à » Marmont, afin de le faire enrager de n’y être pas » venu 1 et voyez l’elTet qu’elle a produit sur les » Italiens. Voici vos instructions.

I. Marmont commandait le 2e corps qui faisait partie de l’aile gauche.

» Monsieur le général Rapp,

» Vous vous rendrez à Gratz. Vous y resterez le » temps nécessaire pour faire connaître au général » Marmont les détails de la bataille d’Austerlitz ; » que des négociations sont ouvertes, mais que » rien n’est fini ; qu’il doit donc se tenir prêt à tout » événement et en mesure ; et pour prendre con- » naissance de la situation dans laquelle se trouve » le général Marmont et du nombre d’ennemis » qu’il a devant lui. Tous lui direz que je désire » qu’il envoie des espions en Hongrie et qu’il » m’instruise de tout ce qu’il apprendra. Vous » poursuivrez votre route jusqu’à Laybach, où vous » verrez le corps du maréchal Masséna, qui forme » le huitième corps de l’armée ; vous m’en enver- » rez l’état exact. Vous lui ferez connaître que si les » négociations se rompaient, comme cela est pos- » sible, il serait appelé sur Vienne. Vous m’ins- » truirez du nombre de troupes ennemies que le » maréchal Massséna a devant lui, et de la situa- » tion des siennes sous tous les points de vue. » Vous vous rendrez à Palmanova, après avoir » beaucoup pressé le maréchal Masséna de bien » armer et approvisionner cette place, et vous me » ferez connaître dans quel état elle se trouve. De » là, vous vous rendrez devant Venise, vous y ver- » rez les postes que nous y occupons et la situation

« de nos troupes. Vous irez de là à l’armée du gé- » néral Saint-Cyr, qui marche sur Naples ; vous » verrez sa composition et sa force. Vous revien- » drez par Klagenfurth, où vous verrez le maré- » chai Ney ; et vous me rejoindrez. Ayez soin de » m’écrire de chaque lieu où vous vous arrêterez : » expédiez-moi des estafettes de Gratz, Laybach, » Palmanova, Venise, et du lieu où se trouvera » l’armée de Naples, sur ce, je prie Dieu qu’il j) vous ait en sa sainte garde.

» Napoléon.

» Shœnbrunn, le 25 frimaire an 14.» (10 décembre 1805.)

Je rejoignis Napoléon à Munich, où il se trouvait pour le mariage du prince Eugène, qui vint d’Italie, et que j’accompagnai h Pendant mon absence, la paix s’était faite à Vienne. L’Empereur eut une . entrevue avec le prince Charles : il lui destinait une [ épée magnifique ; mais il fut mécontent de l’archiduc, l’épée ne fut pas remise.

Nous partîmes pour Paris 2. Ce fut partout des i cris de joie : jamais Napoléon n’avait été reçu avec I autant d’enthousiasme.

1 . Le prince Eugène de Beaubarnais, fils de l’impérafrice Joséphine, enfant adoptif de Napoléon, épousa la i princesse Auguste-Amélie, fille du roi de Bavière Maximi- I lien-Joseph. Le mariage eut lieu à Munich le 14janvieF-

3 2. 20 janvier 1800.

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