‹ Mémoires du Général RappChapitre 30 sur 143 · octobre 1800. j · texte numérisé non relu

octobre 1800. j

2. Ce fut le 17 mai 1807, alors que Napoléon était en-i core eu Pologne à la tête de ses armées victorieuses, que sur ses ordres formels le prince Cambacérès, accompagné 1 des maréchaux, des grands ofliciers de la Couronne et de lu Légion d’bouneur, se rendit en grande pompe à l’ Hôtel desj Invalides, faisant porter devant lui, par le maréchal Mon- , cey, l’épée et les décorations du grand Frédéric ainsi que 280 drapeaux conquis dans les batailles et combats de h; campagne de Prusse et de Pologne.

reçu avec moins de bienveillance : « Si je faisais » démolir la ville de Brunswick, si je n’y laissais » pas pierre sur pierre, que dirait votre prince? » La loi du talion ne m’autorise t-elle pas à faire il » Brunswick ce qu’il voulait faire dans ma capi- » taie? Annoncer le projet de démolir des villes » peut être d’un insensé; mais vouloir ôter l’hon- » neur à toute une armée de braves gens, lui » proposer de quitter l’Allemagne par journées » d’étape, à la seule sommation de l’armée prus- ') sienne, voilà ce que la postérité aura peine à •> croire. Le duc n’aurait pas dù se permettre un

> semblable outrage. Lorsqu’on a blanchi sous les

> armes, on doit respecter l’honneur militaire. Ce ) n’est pas d’ailleurs dans les plaines de Champa*

' gne que ce général a acquis le droit de traiter ' les drapeaux français avec tant de mépris. Une

pareille sommation ne déshonore que celui qui l’a faite. Ce n’est pas au roi de Prusse qu’en restera la honte, c’est au chef de son conseil de guerre, c’est au général à qui il avait remis, dans ces circonstances difficiles, le soin de ses ! affaires ; c’est enfin le duc de Brunswick que la France et la Prusse accuseront des calamités de la guerre. La frénésie dont ce vieux général a donné l’exemple a autorisé une jeunesse turbulente, et entraîné le roi contre sa propre pensée et son intime conviction. Toutefois, monsieur,

» dites aux habitants du pays de Brunswick qu’ils » trouveront dans les Français des ennemis géné- » reux ; que je désire adoucir à leur égard les ri- » gueurs de la guerre, et que le mal que pourrait » occasionner le passage des troupes est contre » mon intention. Dites au général Brunswick qu’il » sera traité avec tous les égards dus à un officier » ennemi, mais que je ne puis reconnaître unsou- » verain dans un des généraux du roi de Prusse. » S’il arrive que la maison de Brunswick perde la » souveraineté de ses ancêtres, elle ne pourra s’en » prendre qu’à l’auteur des deux guerres, qui, » dans l’une, voulait saper jusque dans ses fon- » dements la grande capitale ; qui, dans l’autre, » prétendit déshonorer deux cent mille braves, » qu’on parviendrait peut-être à vaincre, mais » qu’on ne surprendra jamais hors du chemin de » l’honneur et de la gloire. Beaucoup de sang a » été versé en peu de jours ; de grands désastres » pèsent sur la monarchie prussienne. Qu’il est » digne de blâme cet homme qui, d’un mot, pou- » vait les prévenir, si, comme Nestor, élevant la » voix au milieu des conseils, il avait dit :

» Jeunesse inconsidérée, taisez-vous ; femmes, » retournez à vos fuseaux et rentrez dans l’inté- » rieur de vos ménages. Et vous, sire, croyez- en » le compagnon du plus illustre de vos prédéces- » seurs : puisque l’Empereur Napoléon ne veut pas

» la guerre, ne le placez pas entre la guerre et le » déshonneur ; ne vous engagez pas dans une lutte » dangereuse avec une armée qui s’honore de » quinze ans de travaux glorieux, et que la vic- » toire a accoutumée à tout soumettre.

» Au lieu de tenir ce langage, qui convenait si » bien à la prudence de son âge et à l’expérience » de sa longue carrière, il a été le premier à crier » aux armes ; il a méconnu jusqu’aux liens du sang » en armant un fds (le prince Eugène de Wurtem- » berg) contre son père ; il a menacé de planter » ses drapeaux sur le palais de Stuttgart ; et, ac- » compagnant ses démarches d’imprécations contre » la France, il s’est déclaré l’auteur de ce mani- » teste insensé qu’il avait désavoué pendant qua- » torze ans, quoiqu’il n’osât pas nier de l’avoir re- » vêtu de sa signature. »

Spandau venait de se rendre au maréchal L aune s h Napoléon la visita en détail, et m’envoya à Berlin, où Davout était entré, complimenter de sa part le vieux Ferdinand et son épouse. Le prince était triste et abattu, il venait de perdre son fds ; la princesse paraissait plus calme et plus résignée. J’allai également complimenter la princesse Henry, et la sœur de Sa Majesté prussienne, la princesse de liesse. La première parut fort sensible à la pré-

i . 25 octobre 1800.

veaance de Napoléon ; la seconde était retirée dans u te aile du château, oii elle vivait tranquille avec se 5 petits-enfants. La position de cette princesse m’inspira beaucoup d’intérêt et’de vénération. Elle parut rassurée. Elle me pria néanmoins de la recommander à Napoléon, qui alla lui rendre visite aussitôt qu’il fut arrivé. Elle lui inspira les mêmes sentiments.

L’Empereur porta son quartier général à Chariot teabourg le 26 octobre. Il fit son entrée le lendemain dans Berlin la capitale et adressa à l’armée la proclamation qui suit.

« Soldats !

» Vous avez justifié mon attente et répondu di- » gnenaent à la confiance du peuple français. Vous » avez supporté les privations et les fatigues avec » autant de courage que vous avez montré d’intré- » pidité et de sang-froid au milieu des combats. » Vous êtes les dignes défenseurs de l’honneur de

l. Napoléon était accompagne de sa Garde, et entouré des maréchaux Berlhier, Davout, Augereau, Bessières et Lefebvre. Quatre-vingts grenadiers, portant chacun un des drapeaux pris sur les ennemis ouvraient la marche. Une grande députation composée des plus grands notables de Berlin, sous laprésidcnce du prince de Uatzfeld, gouverneur civil, vint à la rencontre de l’Empereur pour lui offrir les clefs de la ville.

» ma couronne et de la gloire du grand peuple. » Tant que vous serez animés de cet esprit, rien » ne pourra vous résister. Je ne sais désormais à » quelle arme donner la préférence... Vous êtes « tous de bons soldats. Voici le résultat de nos tra- » vaux :

» Une des premières puissances de l’Europe qui » osa naguère nous proposer une honteuse capitu- » iation, est anéantie. Les forêts, les défdés de la » Franconie, la Saale, l’Elbe, que nos pères n’eusa sen! Pas traverses en sept ans, nous les avons ■) traversés en sept jours, et livré dans l’intervalle '> quatre combats et une grande bataille. Nous 1 avons précédé à Potsdam, à Berlin, la renommée

> de nos victoires. Nous avons fait soixante mille

> prisonniers, pris soixante-cinq drapeaux, parmi » lesquels ceux des Gardes du roi de Prusse, six

cents pièces de canon, trois forteresses, plus de il' vingt généraux ; cependant plus de la moitié de vous regrettent de n’avoir pas tiré un coup de fusil. Toutes les provinces de la monarchie prussienne jusqu’à l’Oder sont en notre pouvoir.

» Soldats, les Russes se vantent de venir à nous ; nous marcherons à leur rencontre, nous leur épargnerons la moitié du chemin ; ils retrouveront Austerlitz au milieu de la Prusse. Une nation qui a aussitôt oublié la générosité dont nous avons usé envers elle, après cette bataille

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» où son Empereur, sa Cour, les débris de son ar- » mée, n’ont du leur salut qu’à la capitulation que » nous leur avons accordée, est une nation qui ne » saurait lutter avec succès contre nous.

» Cependant, tandis que nous marchons au de- » vant des Russes, de nouvelles armées, formées » dans l’intérieur de l’empire, viennent prendre » notre place pour garder nos conquêtes. Mon » peuple tout entier s’est levé, honteux de la hon- » teuse capitulation que les ministres prussiens, » dans leur délire, nous ont proposée. Nos routes » et nos villes frontières sont remplies de conscrits » qui brûlent de marcher sur vos traces. Nous ne » serons plus désormais les jouets d’une paix trai- » tresse, et nous ne poserons plus les armes que » nous n’ayons obligé les Anglais, ces éternels en- » nemis de notre nation, à renoncer au projet d( » troubler le continent , et à la tyrannie des mers.

» Soldats, je ne puis mieux vous exprimer les » sentiments que j’éprouve pour vous qu’en disan » que je porte dans mon cœur l’amour que vous » me montrez tous les jours. »

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