avril
2. Le 22 mai 1809, à la deuxième journée de la bataille d’Essling au moment où la victoire allait être décisive, Lannés fut atteint d’un boulet qui lui emporta la jambe droite entière et lui fracassa la gauche au-dessus de la cheville.
11 mourut neuf jours après, le 31 mai.
3. Le général Mouton se couvrit de gloire à Essling. Dans la retraite sur l’île Lobau il cul la main droite traversée par une balle. Napoléon, pour récompenser son courage et
MÉMOIRES DU GÉNÉRAL RAPP l',3
à leur rencontre et les arrêta ; mais ils reçurent tout de suite des renforts. L’Empereur s’en aperçut : je fus chargé de prendre deux autres bataillons le la jeune Garde et de voler au secours des nôtres ; ie devais les dégager, faire retraite avec eux, et orendre position entre le village et le reste de la larde, sur les bords du Danube, près du pont qui ivait été rompu. Les colonnes autrichiennes s’arançaient de tous les côtés sur ce point ; la posiion devenait terrible : à notre gauche, Masséna iccupait encore Gross-Aspern ; il avait: perdu beaucoup de monde, mais enfin il se maintenait. Je me nis à la tète de mes deux bataillons et j’entrai lans le village : je disposai mes troupes en arrière u général Mouton, et fus lui porter les ordres de Empereur : mais toute la réserve ennemie, conuite par l’archiduc Charles, se déployait à quelues pas. « Vous avez, dis-je au comte de Lobau, i | étonné ces masses par votre résistance ; abordons^ || les à la baïonnette, rejetons- les sur les colonn s qui s’avancent : si nous réussissons, l’Empereur I et l’armée nous sauront gré du succès ; si nous sommes malheureux, la responsabilité pèsera
m dévouement, le créa comte de Lobau « pour avoir relusse 1 ennemi, et par là assuré la gloire de nos armes. » ils sont les termes du décret impérial qui lui assurait en ème temps une dotation de ta, 000 francs; Napoléon diit fièrement de ce général : mon Mouton c’est un lion !
» sur moi. — Sur tous les deux, reprend le géné- » rai. » Nos cinq bataillons s’ébranlent, culbutent, dispersent tout à coups de baïonnettes : nous sommes maîtres du village. L’archiduc cherche en vain à le reprendre : cinq fois il ramène ses troupes à la charge, cinq fois il est défait ; nous lui fîmes éprouver une perte immense. Nous en avions essuyé aussi une considérable : le général Mouton, le général Gros, étaient blessés ; beaucoup d’autres officiers avaient perdu la vie. Napoléon fut enchanté de cette affaire ; il me dit des choses flatteuses, et ajouta : « Si jamais tu as bien fait de ne pas exé- » cuter mes ordres, c’est aujourd’hui ; car le salut » de l’armée dépendait de la prise d’Essling. »
Napoléon trouvait les Viennois plus exaltés que dans nos campagnes précédentes ; il m’en fit. la remarque, je lui répondis que le désespoir y était pour beaucoup ; que partout l’on était fatigué de nous et de nos victoires. Il n’aimait pas ces sortes de réflexions.
Schill 1 courait alors la Saxe ; il l’apprit et en
1. Ferdinand de Schill, né en 1 773, à Sothol, près de Pless, en Silésie, était un audacieux chef de partisans qui, à la tète d’un millier de cavaliers, tenta plus d’une fois des coups de force pmdant les campagnes de 1806, 1807, 1809; c’est le 31 mai de cette dernière année qu’il fut tué d’un coup de feu en combattant dans les rues de Stralsund, après que lui-môme eut tué le général hollandais Carteret. Chose curieuse, le cadavre de Schill fut enterré à Stralsund;
fut inquiet : c’était une manière de sonder l’opinion. La Prusse préludait à cette guerre d’insurrection qu’elle nous fit plus tard : j’avoue que je ne le croyais pas ; j’avais une trop haute idée de la loyauté germanique. Je cherchai à dissiper les préventions de l’Empereur ; mais ses soupçons étaient plus forts que tout ce que je pouvais lui dire. Une autre circonstance contribuait à le rendre défiant : la marche des Russes n’était pas plus franche que celle des Prussiens ; ils tergiversaient. Ce manque de foi le rendit furieux. Il résolut d’en tirer vengeance : mais il lui fallait du temps.
La bataille de Wagram eut lieu je n’y assistai pas. Trois jours auparavant j’accompagnais Napoléon à Pile Lobau: j’étais dans une de ses voitures avec le général Lauriston; nous versâmes : j’eus une épaule démise et trois côtes fracassées.
L’Empereur poussa jusqu’à Znaim et revint s’établir à Schœnbrunn ; il y apprit enfin la défaite et la mort de Schill: il en fut satisfait: il eût cependant mieux aimé que ce partisan eut été pris.
Il y eut, pendant les négociations', diverses
mais on en sépara la tète, qui, conservée dans de l’esprit de vin, fut donnée au célèbre Brugmann de Levde, quoique Jérome Napoléon , alors roi de Westphalie en eût offert 10,000 francs. A la mort de Brugmann, cette tète passa au musée anatomique de Levde, qui, en 1837, la donna à la ville de Brunswick.