‹ Mémoires du Général RappChapitre 47 sur 143 · Napoléon quitta Paris le 8 mai 1812 et était à Dresde · texte numérisé non relu

Napoléon quitta Paris le 8 mai 1812 et était à Dresde

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» gagnent, de celui que je dépense chez eux ? Je lui répondis que leur situation était loin d’èt prospère ; qu’ils souffraient, qu’ils étaient ai abois. « Cela changera, répliqua-t-il ; c’est un » chose convenue, je les garde maintenant poi » moi. »

Il était fatigué: nous nous retirâmes, le roi < Naples et moi. Je fus rappelé un instant aprè , j’assistai seul à sa toilette: il me fit diverses que tions surleservice de la place. Quand il fut habill son valet de chambre sortit. « Eh bien, monsiei; » le général Rapp, me dit-il, voilà les Prussiei » qui sont nos alliés ; les Autrichiens le sero » bientôt. — Malheureusement, Sire, nous faisoi » beaucoup de mal comme alliés ; je reçois de toi » côtés des plaintes contre nos troupes. — C’est i » torrent momentané: je verrai si Alexandre ve » véritablement la guerre; je l’éviterai si je » puis. » Et changeant tout à coup de convers» lion: «Avez-vous remarqué comme Murat a maii » vaise mine? il parait malade. — Malade? no » Sire, mais il a du chagrin. — Pourquoi du ch » grin? Est-ce qu’il n’est pas content d’être roi » — Il prétend qu’il ne l’est pas. — Pourquoi fai! » il des sottises dans son royaume? Il doit èti » Français et non pas Napolitain. »

Le soir, j’eus l’honneur de souper avecNapoléo le roi de Naples et le prince de Neuchâtel. Ava:

e se mettre à table, on causa de la guerre avec la jussiie ; nous étions dans le salon. L’Empereur oerçut tout à coup un buste en marbre, placé sur i console. « Quelle est cette femme? — Sire, c’est la reine de Prusse. — Ah ! monsieur le général Rapp, vous avez le buste de la belle reine chez vous ! Cette femme-là ne m’aimait pas. — Sire, lui répondis-je, il est permis d’avoir chez soi le buste d’une jolie femme; elle était d’ailleurs l’épouse d’un roi aujourd’hui votre allié. »

Le lendemain nous montâmes à cheval ; Napo- Jon visita la place, et paraissait content des tra- 'iux, lorsqu’il aperçut je ne sais quel objet qui lui (iplut ; il s’emporta et me dit, devant un assez ranci nombre de personnes, « qu’il n’entendait >pas que ses gouverneurs tranchassent du souverain, qu’il voulait que les règlements fussent ) exécutés. » La contravention était réelle, mais assi peu importante ; elle ne méritait pas tant de luit. « Ne vous affectez pas de ces reproches, me

> dit tout bas le roi de Naples ; l’Empereur est con-

> trarié, il a reçu ce matin des lettres qui l’ont mis >de mauvaise humeur. » Nous continuâmes notre curse, et nous rentrâmes. Napoléon reçut les gé- ] raux et officiers sous mes ordres, ainsi que les ctorités civiles ; il adressa à celles-ci diverses gestions sur le commerce et les finances ; elles défraient leur position: « Elle changera, leur dit-il,

» je vous garde pour moi, c’est une chose convenue » il n’y a que les grandes familles qui prospèrent. > Il aperçut M. de Franzins ainé. « Quant à vous » monsieur de Franzins, vous ne vous plaignez pas » vos affaires sont en assez bon état ; vous avez ai » moins dix millions de fortune. »

Le soir, j’eus l’honneur de souper encore avec Napoléon, le roi de Naples et le prince de Neuchâtel. Napoléon garda le silence assez longtemps ; eti prenant tout à coup la parole, il me demanda1 combien il y avait de Dantzig à Cadix. — « Il y a » trop loin, Sire. — Ah ! je vous comprends, mon- » sieur le général ; nous en serons pourtant bien » plus loin d’ici à quelques mois. — Tant pis. > Le roi de Naples, le prince de Neuchâtel, ne dirent pas un mot. « Je vois bien, messieurs, reprit Na- » poléon, que vous n’avez plus envie de faire la » guerre : le roi de Naples ne veut plus sortir de » son beau royaume, Berthier voudrait chasser à » Grois-Bois ', et Rapp habiter son superbe hôtel à » Paris. — J’en conviens, Sire. Votre Majesté ne

1. Magnifique château, près de Boissy-Saint-Léger, à 25 kilomètres de Paris. Au siècle dernier, le comte de Provence fut propriétaire de ce domaine et le réunit à celui de Brunoy. Séparé de Brunoy lors de la Révolution, Gros-Bois appartint successivement à Barras, au général Moreau, ei à Berthier, dont les descendants en sont restés possesseurs. Napoléon y chassait chaque fois qu’il était à Paris.

» m’a jamais gâté ; je connais fort peu les plaisirs » de la capitale. »

Murat et Berthier continuèrent à garder le plus profond silence : ils avaient l’air piqué. Après dîner ils me dirent que j’avais bien fait de parler ainsi à Napoléon. « A la bonne heure ; mais vous » n’auriez pas dù, leur répondis-je, me laisser » parler tout seul. »

la.

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