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sait la plupart du temps que de faux rapports. Cette méprisable police ! elle a empoisonné sa vie ; elle l’a souvent aigri contre ses amis, ses proches, contre sa propre épouse.
Napoléon faisait peu de cas de la bravoure, il la regardait comme une qualité ordinaire, commune à tous les Français: l’intrépidité seule était quelque chose à ses yeux ; aussi passait-il tout à un intrépide: c’était son expression. Quand quelqu’un sollicitait une grâce, soit aux audiences, soit aux revues, il ne manquait jamais de luidemander s’il avait été blessé. Il prétendait que chaque blessure était un quartier de noblesse. Il honorait, il récompensait cette espèce d’illustration: il savait pourquoi. Cependant il s’aperçut bientôt qu’elle n’allait plus aux antichambres, et les ouvrit à l’ancienne caste. Cette préférence nous déplut: il le remarqua, et nous en sut mauvais gré. « Je vois » bien, me dit-il un jour, que ces nobles que je » place dans ma Maison vous donnent de l’om- » brage. « J’avais pourtant assez bien mérité du privilège. J’avais fait rayer de la liste des émigrés plusieurs gentilshommes; j’avais procuré des places aux uns, donné de l’argent, fait des pensions i aux autres : quelques-uns se le rappellent, la plupart l’ont oublié. A la bonne heure ; ma caisse est fermée depuis le retour du roi. Aussi bien n’étaitce pas de la reconnaissance que je cherchais. Je
voulais soulager l’infortune; mais je ne voulais pas que les émigrés vinssent s’interposer entre nous et le Grand homme que nous avions élevé sur le pavois.
J’avais oublié cette scène désagréable : mais Napoléon n’oubliait pas les choses pénibles qui lui échappaient ; il avait beau chercher àse montrersévère, la nature était plus forte, sa bonté l’emportait toujours. Il me fit appeler ; il me parla de noblesse, d’émigration, et revenant tout à coup à la scène qu’il m’avait faite : « Vous croyez donc que j’ai de » la prédilection pour ces gens-là! vous vous trom- » pez. Je m’en sers ; mais vous savez pourquoi: car » enfin suis-je noble moi, mauvais gentilhomme «corse? — Ni moi, ni l’armée, lui répliquai-je, ne » nous sommes jamais informés de votre origine. » Vos actions nous suffisent. » Je rendis compte de cette conversation à plusieurs de mes amis, entre autres aux généraux Mouton et Lauriston.
La plupart de ces mêmes nobles prétendent cependant qu’ils ont cédé à la violence. Rien n’est plus faux. Je n’en connais que deux qui aient reçu des brevets de chambellans sans les avoir demandés. Quelques autres ont refusé des offres avantageuses; mais, à ces exceptions près, tous sollicitaient, priaient, importunaient. C’était un concert de zèle et d’abandon comme on n’a pas d’exemple. Le plus chétif emploi, les fonctions lesplushumbles.
rien ne les rebutait ; on eut dit que c’était à la vie et à la mort. Si jamais quelque main infidèle se glisse dans les cartons de MM. Talleyrand, Montesquiou, Ségur, Duroc, etc., de quelles expressions brillantes elle enrichira le langage du dévouement 1 Ils rivalisent au jourd’hui de haines et d’invectives, La chose est bien naturelle: s’ils avaient en effet pour lui la haine profonde qu’ils témoignent, il faut convenir que, pendant quinze ans qu’ils furent à ses pieds, ils ont dù se faire une étrange violence. Et pourtant, toute l’Europe le sait, à l’aisance de leurs manières, à la continuité de leur sourire, à la souplesse de leurs révérences, on eût dit qu’ils y allaient de cœur etque cela leur coûtait bien peu.