‹ Mémoires du Général RappChapitre 57 sur 143 · Barclay de Tolly commandait la première russe · texte numérisé non relu

Barclay de Tolly commandait la première russe

» not? » Le roi de Naples chercha à atténuer sa l'aute. Les troupes, les obstacles, tons les lieux communs d’usage furent employés. Berthier, qui avait toujours aimé le duc, s’intéressa pour lui; Caulaincourt en fit autant. Chacun plaida de son mieux en faveur d’un brave à qui on ne pouvait reprocher qu’un instant d’oubli. Mais nousavious perdu de trop grands avantages. Napoléon me fit appeler: « Junot vient de manquer pour toujours son » bâton de maréchal. Je vous donne le comman- » dement du corps westphalien : vous parlez leur » langue, vous leur donnerez l’exemple, vous les ferez battre. » Je fus flatté de cette marque de confiance et le lui témoignai ; mais Junot était couvert de blessures ; il s’était signalé en Syrie, en Égypte, partout ; je priai l’Empereur d’oublier un moment d’absence en faveur de vingt ans de courage et de dévouement. « Il est cause qu,> l’armée « russe n’a pas mis bas les armes : cette affaire » m’empêchera peut-être d’aller à Moscou. Mettez- » vous à la tête des Westphaliens. » Le ton dont il prononça ces dernières paroles était déjà bien radouci. Les services de l’ancien aide de camp atténuaient l’inaction du huitième corps. Je repris : « Votre Majesté vient de me parler de Moscou. « L’armée ne s’attend pas à cette expédition. — » Le vin est versé, il faut le boire. Je viens de » recevoir de bonnes nouvelles : Schwartzenberg

U> est en Wolhynie ; la Pologne s’organise, j’aurai ■) toute espèce de secours. »

Je quittai Napoléon pour faire part au prince de Neuchâtel et au duc de Yicence de la disgrâce lont Junot était menacé. « Je souffre, me dit le '> prince, de lui voir ôter ses troupes; mais je ne

> puis disconvenir qu’il n’ait fait manquer la plus j belle opération de la campagne. Voilà à quoi

> tiennent les succès de la guerre, à un oubli, une

> absence d’un instant : vous ne saisissez pas l’oc-

> casion à la volée ; elle disparait et ne revient

> plus. Personne n’a plus de courage, de capacité.

> 11 joint aux qualités du militaire les connaissan- * ces les plus étendues ; il est intrépide, spirituel,

> aimable et bon. Il s’est oublié pendant une heure ; ' il s’est préparé bien des ennemis. Au reste, je ;> verrai avec Caulaincourt. » Ils agirent si bien ’un et l’autre, que Junot conserva son commandement; j’en fus fort aise, d’abord parce que cela lui évitait un affront, et qu’ensuite je ne me souiais guère de ses soldats. Malheureusement la faigue avait succédé à l’impétuosité du jeune âge. 1 ne montra pas à la bataille de Moskowa cet élan, lotte énergie dont il avait tantde fois donne l’exeinlc ; et l’affaire deVeréia mit le comble au méconcntement de Napoléon.

Nous apprîmes, quelques jours après, l’irrupon de Tormasow. Nous étions inquiets, nous dis-

courions de ces longues pointes, des dangers auxquels on s’expose en s’éloignantoutre mesure de sa ligne d’opérations. Sans doute Napoléon nous entendit. Il vint à nous, parla beaucoup de la manière dont il avait assuré ses derrières, des corps qui formaient nos ailes, et de cette chaîne de postes, qui se liaient depuis le Niémen jusqu’aux lieux où nous nous trouvions. « Tormasow, nous dit-il, a » mis tous les enfants de Varsovie en l’air. Ils le » voyaient déjà fonctionnant à Prague ! mais le » voilà renvoyé plus vite qu’il n’était venu. » Il rentra dans son cabinet ; et se mit à dicter avec indifférence, mais assez haut pour que nous n’en perdissions pas un mot, des instructions pour le duc de Bellune h

Napoléon au major-général.

Dorogobuj, le 26 août 1812.

« Mon cousin, écrivez au duc de Bellune de se » rendre de sa personne à Wilna, afin d’y voir le » duc de Bassano et d’y prendre connaissance des » affaires et de l’état des choses; que je serai après- » demain à Wjaezma, c’est-à-dire à cinq marches » de Moscou ; qu’il est possible que, dans cet état

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