CHAPITRE XXXII
Moscou était détruit ; l’occupation de ses décombres n’était ni sure ni profitable ; nous étions trop éloignés de nos ailes, nous ne pouvions nous procurer de subsistances, et nous n’avions aucun intérêt à garder des ruines. Chacun était d’avis qu’il ne fallait pas séjourner ; mais on n’était pas d’accord sur ce qu'il convenait de faire. Le roi de Naples proposait de marcher sur Kaluga, d’y détruire les seuls établissements que possède la Russie, et de revenir cantonner sur le Rorvsthène. On ne pouvait pas suivre les Cosaques au bout du monde ; la plus longue fuite doit avoir son terme: nous étions prêts à combattre ; mais nous ne voulions plus courir. Tel était le sens de la proclamation qu’il conseil-
lait avant de se mettre en mouvement. Le vice-roi 1 pensait au contraire qu’il fallait marcher aux Russes, les battre, pousser sur Pétersbourg, et se diriger ensuite sur Riga : on eut rallié Macdonald ; après quoi on se fut établi sur la Dwina. D’autres présentaient d’autres plans : tous étaient bons, tous étaient praticables ; mais l’Empereur avait des données particulières : il voyait juste si on n’eùt reçu les inspirations de l’Angleterre. On s’est beaucoup appesanti sur ce séjour : c’est une faute puisque les événements l’ont condamné ; mais ceux qui se récrient n’avaient ni le secret des affaires ni celui des négociations ; ils peuvent, sans trop de modestie, croire que la sagacité de ce grand homme n’était pas au-dessous de celle que la nature leur a départie. Il s’est trompé ; nous en avons senti les conséquences : on saura peut-être un jour quelles combinaisons l’ont égaré. Quoi qu’il en soit, or resta, on négocia, on batailla, on ne décida rien. L’armée de Moldavie faisait son mouvement ; élit s’avançait, mais on ne savait encore sur quelle li gne elle allait agir : les uns prétendaient qu’elle st rallierait à Kutusow ; les autres craignaient qu’ells ne se portât sur nos derrières. On était dans l’attente de ce qui se préparait : l’Empereur n’é tait pas lui-même sans inquiétude ; mais il sa