‹ Mémoires du Général RappChapitre 93 sur 143 · LETTRE DU DUC DE WURTEMBERG AU GÉNÉRAL RAPP · texte numérisé non relu

LETTRE DU DUC DE WURTEMBERG AU GÉNÉRAL RAPP

De mon quartier général, le 17 juillet 1813.

Monsieur le Général,

Je n’aurais plus rien h ajouter à la lettre que j’ai écrite ù, Votre Excellence en date du 15 juillet, si la guerre formelle qu’elle me déclare comme de puissance à puissance ne m’obligeait de faire encore quelques remarques essentielles, avant le commencement des hostilités qu’elle va entreprendre.

Je lui observerai donc, quoiqu’il me soit absolument impossible d’accepter officiellement la déclaration qu’elle va recommencer les hostilités, et en vous rendant encore une fois responsable, mon général, de toutes les suites que produira cet événement, que si, malgré mes observations, vous persistiez cependant dans une détermination qui, à ce que je crois, ne sera pas même approuvée par l’Empereur Napoléon, que le terme de la rupture que vous lixez au 20 juillet à midi est contraire aux articles 2 et 3 de l’armistice, puisqu’après le 20 juillet, le terme de l’expiration de la

trêve, les hostilités ne pourront cependant recommencer, d’après l’article 9, que six jours après le 20 juillet, ce qui nous mènerait donc au 26 de ce mois; et il serait vraiment extraordinaire que nous fussions les deux seuls chefs de corps sur le théâtre de la guerre qui recommençassent les hostilités.

Je suis convaincu qu’avec un peu de patience nous aurons bientôt la nouvelle que les affaires des Cabinets prennent une autre tournure. Quel serait alors le regret de Votre Excellence si, par une trop grande précipitation, il pourrait de nouveau naître des embarras entre les Cours, dont la mienne, au reste, n’a aucun reproche à se faire, puisqu’il était bien naturel qu’elle j usât momentanément de représailles après avoir appris : la destruction du corps de Lutzow au milieu de l’armistice, les hommes ne pouvant point renaître, au lieu qu’il sera très possible de fournir à la garnison de Dantzig les ravitaillements arriérés!

Je finis ma lettre, mon Général, forcé de vous faire quelques observations sur les dernières phrases de la vôtre, qui m’ont paru extrêmement étranges. L’Europe entière, et j’ose dire la France même, connaît parfaitement les raisons qui ont causé la rupture de la paix signée à Tilsit. Elle connaît de même aussi le ton dictatorial dont s’est servi l’ambassadeur comte Lauriston au sein de la capitale de Pierre-le-Grand. L’auguste Empereur Alexandre a dû appeler, à cette audace extrême, à son glaive; il a dû s’entourer de ses preux, ouvrir les églises saintes, et se confier au peuple généreux et fidèle qui lui a prouvé ce que peut une nation heureuse dans ses guérets, mais qui n’a jias balancé un instant de s’armer pour la défense de son honneur et de son souverain.

Pour ce qui concerne mon frère, le roi de Wurtemberg, que Votre Excellence appelle un des plus fermes soutiens de la cause qu’elle défend, je puis assurer Votre Excellence qu’un général en chef russe ne se croit point inférieur en aucune manière un roi de la confédération, puisqu’il ne dépend que de l’Empereur Alexandre de m’élever à cette dignité, s’il le juge à propos, et alors je serai roi comme un autre : j'y mettrai cependant une petite condition, c’est que ce ne soit aux dépens d’aucune puissance, ni de personne.

Signe : Alexandre, duc de Wurtemberg.

Page 1