‹ Mémoires du Général RappChapitre 92 sur 143 · LETTRE DU DUC DE WURTEMBERG AU GÉNÉRAL COMTE RAPP · texte numérisé non relu

LETTRE DU DUC DE WURTEMBERG AU GÉNÉRAL COMTE RAPP

De mon quartier général, le 15 juillet 1813.

Je viens de recevoir la lettre que vous m’avez écrite, et je ne puis dissimuler à Votre Excellence que j’ai été plus que surpris de son contenu.

Il serait absolument inutile de répéter encore à Votre Excellence ce que MM. les généraux Borozdin et Jelebtzow n’ont pas manqué de lui observer à plusieurs reprises, c’est-à-dire que les retards momentanés qu’a éprouvés la garnison de Dantzig dans son ravitaillement n’ont été occasionnés que parce que l’arrangement proposé et demandé par Votre Excellence, de faire acheter des vivres par ses propres commissaires, a été

changé subitement, ce qui u’a pas manqué de produir les plus grands embarras, les commissaires prussien s'étant excusés sur le dénuement total des province 1 limitrophes de Dantzig, qui sont déjà chargées depuis " si longtemps de l’approvisionnement de mes troupes ' Si, comme je l’avais déjà demandé plusieurs fois, il ; 11 avait eu ici, à mon quartier général, conformément ain stipulations de la trêve, un commissaire français ei permanence, il aurait pu se convaincre lui-même de 1 l’embarras extrême qu’ont eu les commissaires prus 'J siens pour se procurer les charrois et les vivres néces: saires pour le ravitaillement de la place de Dantzig, et pour l’entretien de mes propres troupes, de manièrej que ce n’est point l’année formant le blocus qui a mis ' des entraves au ravitaillement de la place de Dantzig, ^ Au reste, ce n’est qu’à mon souverain, l’auguste Empereur Alexandre, auquel je dois rendre compte de mes ' actions.

Je viens maintenant à un article beaucoup plus important, puisqu’il peut avoir des suites très conséquentes; car il paraît, d’après la lettre de Votre Excellence, qu’elle est décidée à recommencer les hostilités; de son chef, tandis que les places de Stettin et de Custrin sont aussi privées momentanément, comme Dantzig, des fournitures stipulées dans l’armistice. J’espère au reste qu’elle fera de mûres réflexions sur ce qu’elle entreprendra; et c’est moi qui la rends responsable de toutes les démarches qu’elle fera, et qui pourraient empêcher les puissances belligérantes de se rapprocher.

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Je lui envoie ci-joint la copie exacte de la lettre que j’ai reçue de M. le commandant en chef de toutes les ■ années, Barclay de Tolly; elle verra que, bien loin qu’il soit question de recommencer les hostilités, cela | m’est expressément interdit.

Si, malgré toutes mes observations, Monsieur le Gé- 1 néral, dont au reste j’ai pris acte devant mes généraux commandants de corps, vous ne jugiez pas à propos d’attendre patiemment que l’affaire de la légion de Lutzow, qui a causé la suspension momentanée du ravitaillement de Dantzig, dont les arrérages au reste ne sont que suspendus, et des autres forteresses, soit réglée à l’amiable, et que vous m’attaquiez, je vous prouverai que mes braves Russes ne craignent les menaces de personne, et qu’ils sont au reste prêts à verser leur sang pour la cause de tous les souverains et de tous les peuples.

Signé : Alexandre, duc de Wurtemberg.

RÉPONSE

Dantzig, le 16 juillet 1813.

J’ai reçu la lettre que Votre Altesse Royale m’a fait l’honneur de m’écrire le 15 de ce mois. Je ne reviendrai pas sur les diverses observations qu’elle me fait sur la non-exécution des conditions de l’armistice, relativement aux vivres; elles ont été constamment reproduites et toujours victorieusement réfutées, et ne présentent rien de nouveau. Le général Ileudelet, que j’ai envoyé à la conférence demandée par M. le géné-

ral Borozdin, a fait connaître de ma part les seuls moyens d’arrangement provisoire qui pouvaient encore avoir lieu entre nous.

Dans une lettre du 14, j’ai prié Votre Altesse Royale de me fixer à quelle époque devaient commencer les six jours entre la rupture et la reprise des hostilités; je n’ai pas eu de réponse positive. Je dois donc la prévenir que la lettre de Votre Altesse Royale du 12 ne m’étant parvenue que le 14 à midi, et ne pouvant considérer son refus positif et officiel de continuer les fournitures que comme une rupture de l’armistice, les hostilités recommenceront le 20; je dois cette détermination à l’Empereur et à l’honneur de mon corps d’armée. Six coups de canon tirés des divers forts de Dantzig, à midi, ne laisseront aucun doute à ce sujet.

Je prie Votre Altesse Royale de ne pas considérer comme une menace l’obligation où je me suis trouvé d’interpréter la violation d’un des articles du traité comme une déclaration formelle qui annule l’armistice; je connais les braves troupes russes, que j’ai souvent combattues, et je sais qu’elles sont dignes d'être opposées aux nôtres.

Ma lettre serait finie, Monseigneur, si je n’étais dans l’obligation de faire remarquer à Votre Altesse Royale, relativement à quelques expressions de sa lettre du 15, que je ne dois également compte qu’à mon souverain de mes déterminations; que, quant à ce que Votre Altesse appelle la cause de tous les souverains et de tous les peuples, ces phrases sont bien extraordinaires dans la lettre d’un prince qui sait mieux que personne que l’Empereur Alexandre, son souverain, a été engagé pendant cinq ans dans notre alliance contre le despotisme d’une puissance maritime

qui voudrait avoir tout le continent pour tributaire, et que son auguste frère, le roi de Wurtemberg, a été depuis longtemps l'un des plus fermes soutiens de cette même cause.

Signé : Comte Rapp.

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