CHAPITRE XII
Noud partîmes pour Potsdam. Uom^e nous surprit: il était si violent et la pluie si abondante, que nous nous réfugiâmes dans une mai'* son voisine. Napoléon, enveloppé da# sa capote grise, fiit bien étonné de voir une jeune femme que sa présence faisait tressaillir: c était une Égyptienne qui avait conservé pour lui cette vénération religieuse que lui portaient les Arabes. Veuve d'un officier de l'armée d'Orient, la destinée lavait conduite en Saxe dans cette même maison, où elle avait été accueillie. L'empereur lui donna une pension de douxe cents francs, et se chargea de l'éducation de ses enfants, seul héritage que lui eut laissé son mari: „C'est la première fois, nous dit Napo- ,4éon, que je mets pied a terre j>our éviter un „orage. J'avais le pressentiment qu'une bonne „action m'attendait la.**
Potsdam était intact; rien. n'était enlevé.
L'épée du grand Frédéric, sa ceinture, le grand cordon de ses ordres ^ y étaient encore.' NapoT léon s'en empara. „je préfère ces trophées, „nous dit-il avec enthousiasme, a tous les tré^ „sors du roi de Prusse. Je les enverrai a nos „vieux soldats des campagnes de Hamiovre; je „les donnerai au gouverneur des Invalides, qui „les gardera comme un témoignage des victoi- ;,res de la grande armée et de la vengeance „qu'élle k tirée des désastres de Rosbach/*
Nous étions k peine k Potsdam , que' nous
fûmes assiégés de députations ; il en vint de Saxe , de Weimar , de partout : Napoléon les accueillit avec bonté. L'envoyé du duc de Brunswic, qui recommandait^ ses sujets a la générosité française , fut reçu avec moins de bienveillaiice : „Si je faisais démolir la ville de ^,Brunswic> si je n'y laissais pas pierre sur ,,pierre , que dirait votre prince ? La loi du ta- „Iion ^f m'autorise-treile pas a faire a Bruns- „wic ce qu*il voulait faire dans ma capitale ? „Annonc^r le projet de démolir des villes peut ,. être. d'un insensié; mais vouloir Qter Thon- „neur a toute une armée de braves gens., lui ^proposer de quitter l'Allemagne par Journées „a étape, a la seule sommation ie Tarmée prus- ,^siénne î vbilà ce que ,1a postérité aura peine ^,a croirç. Le duc n'awrait pas dû:;sç premettre „un semblable outrage. Lorsqu'on a blanchi „sous les armes , on doit respecter l'honneui: „milîtaire. Ce n'est pas d'ailleurs dans les plaines ;,de Champagne que cegénéiala acquis le droit ,,de traiter ;les drapeaux français, ayec tant de ,,mépris. Une pareille sommation np déshonore " ,^ué i?elvri qui l'a faite. Ce n'est pas au roi de J,rrii$s€i qur'en restera la honte , c'est au chef de ^, «on conseil de guerre^ c'est au général ?i qui ,,11 avait remis , dai^s ces çircof^f^tanç^s diffi- „ciles , le soin de ses, a^fiaires ; .c'est. ^nfin le „duc de BrunsAvic que la Fiance et 1» Prusse '„accu8eroot des calamités de. la guerre. La V,fréuésie dopt ce vieux général à douAe l'exy,emple a autorisé une jeunesse rturj^julante, „et. entarainé le roi contre sa propre peosée et „8on' intime conviction. Toutefoi^Si monsieur, „dite» aux habitants du pays de ,Bruns\vic
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f^qu'ils' trouveront dans les Français desenne^ „mis généreux ; que je désire adoucir a leur „égard les rigueurs de • la guerre , et que le „mal que j>ourrait occasioner le passage des „troupes est contre mon gré. Dites au général „Brunswiccni'il sera traité avec tous les égards „dus a un omcier ennemi; mais que je ne puis „reconnaître un souverain dans un des généraux ,4u roi de Prusse. S'il arrive que la maison de „6runswic perde la souveraineté de sesancé- „tres, elle ne pourra s'en prendre <ju*k l'auteur „des deu^ guerres, qui, dans l'une, voulut „sa})er jusque dans ses fqpdements la grande ca» „pitale, qui, dans l'autre , prétendit déshono- „TerdeuxcentmiUe braves, qu'on jjarviendrait „peut-être k vaincre, mais qu'on ne suq^ren- ,^dra jamais hors du chemin de l'honneur et „de la gloire. Beaucoup de sang a été versé en „peu de jours; àé grands désastres pèsent sur la ^monarcnie prussienne. Qu'il est digne de „blâme cet homme qui, d'un mot, pouvait les „prévenir, si, comme Nestor, élevant la voix „au milieu des conseils , il avait dit :
„Jeunesse inconsidérée, taiscix-vous; fem- „mes , retournes a vos fuseauit et rentre» dans „rintérieur de vos ménages, ; et vous , sire , „croye;s-en le compagnon du plus illustre de „vos prédécesseurs. Puisque l'empereur Na- „poléon ne veut pas la guerre, ne le places pas „entre la guerre et le déshonneur: ne vous en- „gagex pas dans une lutte dangereuse avec une y^armée qui s'honore de quinae ans dé travaux ^glorieux , et que la victoire a accoutumée \ j,tout soumettre*
,,Au lieu de tenir ce langage qui convenait
„si bien a la prudence dt» son âge et |a Fexpé- „rienced^ sa longue carrière, il a étélepre- „mierk crier aux armes; il a méconnu jus- ^qu'aux liens du sang en armant un fils (le ,, prince Eugène de Wurtemberg) contre son „père ; il a menacé de planter ses drapeaux „sur le palais de Stuttgardt; et accompagnant „ses démarches d'imprécations contre la Franc^, „il s^est déclaré Tauteurde ce manifeste insensé ,, qu'il avait désavoué pendant quatorze ans, ^quoiqu'il nosât pas nier de l'avoir revêtu de 5,sa signature/' *
Spandau venait de» se rendre au maréiphal Lannes. Napoléon la visita en détail, et m'envoya a Berlin , où Davoust était entré, compli^ menter de sa part le vieux prince Ferdinand et son épouse. Le prince était triste et abattu, il venait de perdre son fils; la princesse paraissait plus calme et plus résignée. J'allai égale* ment complimenter la princesse Henr j , et la sœur de la majesté prussienne , la princesse de Hesse. La première parut fort sensinle a la prévenance de Naiîoléon ; la seconde était retirée dans une aile du château, où elle vivait tranquille avec seB petits-enfants, La position de cette princesse m'inspira beaucoup d'intérêt et de vénération. Elle parut rassurée. Elle me pria néanknoins de la recommander à Napoléon, qui alla lui rendre visite aussitôt qu'il fut arrivé. Elle lui inspira les mêmes sentiments.
L'empereur porta son quartier- général a Charlottenbourg. Il fit son entrée le lendemain dans\la capitale, et adressa k l'armée la proclamation qui suit.
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j, Soldats! f
,,Yous avex justifié mon attente et répondu ,, dignement a la confiance du peuple français. ,,Vous avea supporté les privations et le Éa- „tigues avec autant de courage que vous avea ,,montr^ d'intrépidité et de sang-froid au mi- „lieu des combats. Vous êtes les dignes dé- „fenseurs de l'honneur de ma couronne et de „la gloire du grand peuple. Taiit que vous „sere8 animés de cet esprit , rien né pourra „vous résister. Je ne sais désormais \ quelle ,,ar]^e donner la préférence... Vous êtes tous „de bons soldats. * Voici le résultat de nos ^travaux. ,
„Une des premières puissances de l'Europe, „qui osa naguère nous proposer une honteuse ^^capitulation , est anéantie. Les forêts , les dé- „filés de la Franconie, la Saale, l'Elbe, que 9,noa pères n'eussent pas traversés en sept ajis, ,,nous les avons traversés en sept jours, et livré „dans l'intervalle quatre combats et une grande ^bataille. Nous avons précédé a Potsdam, a ^Berlin, la rénommée de. nos victoires. Nous ,,avons fait soixante mille prisonniers, pris „soixante-^cinq drapeaux , parmi lesquels ceux „des gardes du roi de Prusse, six cents piè- „ces de canon, trois forteresses, plus de vinet ^généraux; cependant plus de la moitié de „vous regrettent de n'avoir pas tiré un coup „de fusil. Toutes les provinces de la monar- „chie prussienne jusqu k l'Oder sont en notre ^pouvoir.
„Soldats , les Russes se vantent de venir a „nous; nous marcherons a leur rencontrei noua
„leur épargnerons la moitié du chemin ; ils re- „trouveront Austerlitz au milieu de la Prusse. „llne nation qui a aussitôt oublié la générosité ,,doxit nous avons usé envers elle après cette ,»bataille où son empereur, sa cour, les débris ,,de son armée, n'ont dû leur salut quli la ca- „pitulation que nous leur avons accordée , est ,,une nations qui ne saurait lutter avec succès „contre nous.
„Cependant, tai^dis que nous marchons àu- „devant des Russes , de nouvelles armées , for- „mées dans l'intérieur de lemjwre, viennent ,, prendre notre place pour garder nos conquê- ;,tes. Mpn peuple tout entir s'est levé honteux „de la honteuse capitulation que les ministres ^prussiens, dans leur délire, nous ont proposée. „rîos rcrutes et nos villes frontières sont rem- „plie8 de conscrits qui brûlent de marcher sur „vos traces. Nou^ne serons plus désormais les „]0uet8. d'i;ne paix traitesse , et nous ne pose- ^,rons plus les armes que nous n'ayons obligé ,,les Anglais, ces éternels ennemis de notre na- ,,tion , \ renoncer au projet de troubler le con- „tinent, et a la tyrannie des mers.
„Soldats , je ne puis mieux vous exprimer „les sentiments que j'éprouve pour vous, qu'en ,vdisant que je porte dans mon cœur l'amour „que vous me montres tous les jours.^^
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