‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 15 sur 59 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Napoléon àe rendit ensuite au camp et pas* sa la revue du troisième corps; tous c^ux oui s'étaient spécialement distingués reçurent des grades ou des décorations.' Les généraux , les officiers y sous-offîciers ^ furent appelés autour de sa personne. , J'ai voillu vous réunir , leur „dit-ir, pour vous témoigner toute la satisfac- „tiôn que m'inspire la belle conduite (jue vous „avea tenue a la bataille du 14. J ai perdu ,,de8 braves; ils étaient mes enfants, je^ les ,,Tegrette; mais enfin ils sont morts au champ „d'honneur, ils sont morts comme, de vrais ^soldats! Vous m'avea rendu un service sig- „nalé dans cette circonstance mémorable : c'est „surtout à la brillante conduite du troisième j,corps que sont dus les grands résultats que ,,nous avons obtenus. Dites à vos soldats que „j al;été satisfait de leur courage. Généraux, „officiers, sous-officieurs et soldats, vous avex ,^tous acquis pour jamais des droits a ma re* ^^connaissance et a mes bienfaits.*' Le maréchal lui repondit qde le troisième corj>s serait toujours (ngne de la confiance , , qu'il serait constamment pour lui ce que la dixième légion avait été pour César.

M. Denon assistait k cette scène d'émotion; peut-être son pinceau en consacrera-t-il le souvenir: mais quel que. soit son talent, il ne peindra jamais lair de satisfaction et de bonté répandu dans les traits du souverain; ni le

dévouement, la reconnaissance dessinés sur toutes les figures , depuis celle du maréchal jusqu'à celle du dernier des soldats.

La proclamation que Napoléon avait adressée aux trouj)es les avait, remplies d'une nouvelle ardeur ; • elle se précipitaient k la suite des débris de Halle et de Jena. Le prince dé Hohenlohe en avait rallié une masse considérable , a.vec laquelle il eût pu nous échapper: il ne fit pas asses 4^ diligence , il i>erdit du temps. Ces retards lious rendirent 1 espérance de le voir coupé: Napoléon l'attendait impatiemment. „Bernadotte, me dit-il pendant ijue „nous nous installions au palais, doit être à „cette heure a Gremen. Il aura sûrement dé- „bordé les Prussiennes; Murât les poussera avec „son impétuosité ordinaire : ils ont a eux deux „plus de monde qu'il n'en faut pour les pren- „dre. J'aurai, d'ici k quelques jours, le prince „de Hohenlohe avec tout son corps , et bientôt „après ce qui leur reste d'artillerie et d'équi- „pages; mais il faut de l'ensemble : il n'est pas ,h>résumable qu'ils se laissent prendre sans se „battre.**

Tout se passa comme Napoléon l'annonçait:, les Prussiens, ébranlés jiar la cavalerie etlami-t' traille , furent sommés par le général Belliard, et mirent bas les armes. Vingt-cinq mille hommes d'élite, quàrante-cin^ drapeaux, soixanteqîiatorae pièces d'artillerie, défilèrent devait la cavalerie française: c'était une deuxième joutnée d'Ulm. L'eiftpereur fut charmé d'un, si beau résultat: „C est bien, dit-il; mais il reste ^encore ce Blûcher si habile a improviser des „armistices; il faut qu'il vienne aussi. ,,Etil

écrivit

du général Rapp* 81

„écrivît<ie suite a Murât: „I1 n'y a rien de fait „tant qu'il reste à faire : vous ,avea débordé la * „cavalerie du général Blûcher; que j apprenne ^bientôt que ces troupes ont éprouvé le sort d^ «celles de Hohenlohe." Berthiér lui écrivit ,,aussi pour lui recommander le duc de Weimar: „Iiidépendamment des petites colonnes „égarées, il y en a trois jmncipalesr celle du „prince Hohenlohe , que vous avea prise a „rrentzlow; celle de Blûcher , qui, le 28 a la „pointedu jour, a quitté Wessenberg, et que „vous aurea sûrement rencontrée aujourd'hui „a Pasewalck: enfin, une troisième du duc de „Weimar, quia surpris à M. le maréchal Soult „le passage de TElbe, qifelle a passé, a ce qu il „paraît, du côté de Saudon et d'Havelberg le 26, „d oil elle s'est dirigée par Wusterhausen, Neu- „ruppin , Grausée ou par Fûrstenberg. Or, „d'Havelberg a Fûrstenberg, il y a vingt-cinq „lieues; le duc de Weimar ne peut donc pas „être a Fûrstenberg le 28 : mais de Fûrsten- „berg a Pasewalck, il y a vingt lieues; et si" „la colonne ennemie prend cette route , tous „la renconterex sûrement a Pasewalck dans la „ journée du 30 et du 31. Ainsi il est a présu- „mer que rîen n'échajmera entre vous , les „maréchaux Laniief et Bernadotte. . Tels sont „les renseignements que je puis vous donner „daprès les rapports parvenus a Tempereut/* Mais le duc se lassa de partager les aisgrâces des armées prussiennes ; il négocia et remit ses troupes a Blûcher, qui, tout occuj^é d^' fuir , ne s'inquiétait pas trop de savoir où il allait : sojn itinéraire déconcertait Napoléon. „Que se propose-t-il? oit va-t-il ? Je ne lu

^conçois pas de se jeter dans le Holstein : que ^,ferà-t-il y une fois dans ce cul-de-sac ? Il ne „veutpasrepasser l'Elbe; il serait acculé, nojé : ,, il ne songe pas a une semblable tentative. Il ,,sera bientôt ici.^' Il mit en effet bas les armes ^quelques jours après. Il avait couru toute la Prusse , violé le territoire danois, j>our rendre quelques jours plus tard vingt a vingt-cinq mjUe hommes , les drapeaux et les derniers attelages de larmée prussienne. Avjec un peu plus ae capacité, il eût tiré meilleur j^arti de son obstination. „A la bonne heure, ditNapo- „léon en apprenant ce succès. Les voila en „avance avec les Autrichiens: ils seront plus , ,réservés a l'avenir ; ils ne parleront plus d'IJlm : „en troib semaines ils l'ont renouvelé quatre „foi8. Il fautenvoj^er Bliicheren France, aDi- „jon. Il y forgera à loisir des suspensions d'ar- „me8. Écrives au général Belliard:^^

BerHn, le i5 octobre i8o6t

M. le général Belliard, chef (le rétat-major général de ht réserve de cavalerie.

„L'intention de l'empereur, général, est que ,.ron porte le plus grand soin \ ce que tous les „prisonniers provenants -de la Colonne du gé- „néral Blûcher et du duc de Weimar se rendent „comme prisonniers en France. Sa majesté veut „que tous les généraux et officiers se rendent également en r rance ; M. le général Blûcher „sera conduit par un officier a Dijon: le jeune

du général Rapp. 83

,,prince de Brunswic sera aMssi conduit par >,un ofHcier a Châlons-sur-Marne. Tous les aui,tres officiers seront diriges sur les dilTérents ^points de la France désignes par le ministre ,,i)ejean pour les prisonniers de guerre.'*

INous laissâmes dicter la dépêche. . Quand elle fut écrite, nous cherchâmes à l'adoucir en faveur de cet officier. Nous lui représentâmes au il avait mis bas les armes , qu u n'était pas dangereux , qu'il fallait donner quelque chose a ses habitudes de hussard: il en convint, et Bliicher se retira a Hambourg.

Page 1