CHAPITRE XVI
C«}i6ndant le vieux Kaminski avait pris \e oommandement de rarmée russe ^ il avait porta son quartier-général a Piiltusk. Ses généraux se conceutraient, tout annonçait le projet de se porter en deçà du fleuve.. Napoléon accourut pour les déloger; il visita le chainp tetrancbé d^Okuniew, reconnut la rivière , la
1 position des Russes^ et la plaine qu'il fallait xanchir pour arriver a eux. Couverte de bois, d'abatis , de marécages , elle était presque aussi difficile a emporter que les redoutes derrière lesquelles s'abritaient les Cosaques. L'empereur l'examina longtemps et a plusieurs reprises : des bouquets de bois lui masquaient la vue; il se fit apporter une écbelle, monta sur le faite d'une chaumière, observa la disposition des lieuXj les mouvements qui s'opéraient a l'autre rive. „ C'est bien , nous allons passer ; faites venir un officier.** Le souschef d'étatmajor du S« corps se présenta, et écrivit sous sa dictée les disposition suivantes :
„La première division })assera dans l'île, „et se formera le plus loin possible de Tennemi.
„Tout ce qui appartient a la 3* division res- „tera dans la tête du pont; ne devant parti- ,,ciper en rien h l'attaque , elle demeurera „en réserve.
,,0n fonnera des bataillonà avec les huit ^compagnies de voltigeurs, ce qui, avec le ba-
du général Rapp. 99
,ytaillon du 13« léger, formera trois colonnes; „ces trois colonnes se porteront dans le plus „grand silence sur les trois extrémités du ca» „nal et s'arrêteront au milieu de Tlle, de ma^' „niëre a être hors de portée de la fusillade ; y,elles auront chacune derrière elles trois pièces ,yde canon«
y^Chaque colonne détachera ses pièces, escore „tées par une compagnie de voltigeurs f ces ^compagnies commenceront la fusillade^ se ^couvrant par les haie». Pendant ce temps „les officiers d'artillerie placeront leurs battes- „ries, et tireront k mitsaille sur les bataillons „et les troupes que lennemi ne manquera pas „d'oppos^^ &u passage.
,,0n jettera les ponts sous la protection de „cette artillerie.
,,Les trois colonnes passeront; et du mo- ,,ment oii elles seront placées de l'autre côté, ,, trois piquets de chasseurs a cheval, chacun „de soixante hommes, passeront pour charger ,, l'ennemi, le gagner de vitesse et faire des „prisonniers.
„Le 17® régiment passera imnoédiatement „après, se mettra en nâtaille, laissant entre „chaque bataillon un intervalle de vingt-cinq „toises , en arrière desquelles seront placés trois „escadrons de cavalerie légère; le reste de ladi- „vision passera après et se formera en arrière-"
Nous nous portâmes sur lés hauteurs qu'occupait l'ennemi; nous l'attaquâmes par la droite, nous l'attaquâmes par la gauche : il ne put supporter le choc , tout fut culbuté- Les troupe» avaient déployé une valeur sans exemple ; Napoléon applaudit k leur courage. Il fit app^ei^ ^ 7 • '
les généraux Morand et Petit, auxquels if dit les choses les plus flatteuses ; il voulut que les corps qui venaient de combattre prissent quelque repos , et détacha la division Priant a la poursuite des Russes. Nos voltigeurs les atteignent a Nasielsk , se jettent sur leur gauche, les coupent, les culbutent, leur prennent trois
Eièces de cation. Ils les suivent au milieu des ois, la ^fusillade s'engage , nous éprouvons une vive résistance; nous n'avions pas d'artillerie, nous ne pouvions débusquer des colonnes que l«s lieux et la mitraille protégeaient. A défaut 4e pièces, on recourt ài 1 audace; la charge bat; le48e, conduit par l'intrépide JBarbanègre, se . jette tête baissée sur les niasses ennemies, et les ^ renverse. La nuit approchait, elle les déroba a nos boïnonnettes. rJous ramassâmes une multitude de pièces embourbées sur la route.
Nous avions en vue des masses formidables, mais elles n'osaient nous attendre; elles fuyaient l'une vers Golymin, l'autre vers Pultusk. Je suivis la première ^vec la division de dragons que l'empereur m'avait confiée ; le maréchal détacha Daultane pour couvrir les derrières du 55 corps,
2 a'il savait s'être porté sur Pultusk. Le dégel tait «complet depuis deux jours , ce qui , dans la saison, est rare en Pologne. Le, terrain ^ue ' noua parcourions est un fond d'argile entrecoupé de marécages ; les chemins étaient aiFreux; cavalerie, infanterie, artillerie, se .perdaient dans ces fondrières; personne ne pouvait s'en tirer qu'avec des peines inouïes ; il fallait deux heures pour faire une petite lieue. Des officiers, des soldats restèrent enfoncés dans la boue pendant tout le temps
du général Happ. 101
mie dura la bataille de Pidtusk. Ils servaient ' ae point de mire à l'ennemi.
La '5« division avait a peine débouché du village qu'elle fut prévenue par ses éclaireurs qu'une masse considérable de cavalerie couvrait ' à quelque distance une colonne d'artillerie et d'équipages. Le général Priant les fit observer par des détachements de troupes a cheval , bien convaincu que cette nuée de Cosaques se dissi-
Êerait dès qu'elle verrait paraître rinfanterie. ,n effet, ils s'enfuirent; nous primes de l'artillerie, des munitions, des voitures, des caissons de toute espèce. Le général , satisfait de ces avantages , allait asseoir sa position de nuit, lorsqu'une canonnade terrible sé^ fit entendre; c'était lé maréchal Lanneâ qui chassait les Russes de Pultusk. Nous eûmes notre tour le lendemain; ils occupaient uii bois, nous voulions les en déloger: noscoloanés s'avancèrent , les voltigeurs étaient en tête, et l'infanterie disposée derrière par échelons. L'ennemi opposait une vive résistance ; il nous aborda, nous chargea a la baïonnette!; mats nos bataillons le refoulèrent sur ses masses. Nous restâmes maîtres du champ de bataillé ; il était couvert de cadavres et de sac»; les Russes les avaient jetés pour être plus alertes* L'infanterie était débusquée, la cavalerie s'avançait: j'allai a sa rencontre et la culbutai: mais les voltigeurs répandus dans les marais nous accablaient de balles; j'eus le bras gauche fracassé* . ♦
J'avais été blessé quatre fois d^ns nos premières campagnes aux armées du Rhin, soui Custine, Pichegru, Moreau, Desaix; détàx
fois sous 1^ ruines de Memphis, et dans la Haute - Éff ypte sous les mura de Thébes ; a la bataille d AUsterlitz et a Golyniin : je le fus encore quatre fois , comme on le verra par la fuite 9 a la Moskowa.
De Goljmin je fus transporté a Varsovie.
Napoléon y entra le l*»* janvier; il me fit Thoii'neur de venir me voir. „Eh bien , Rapp , tu ,,es encore blessé, et toujours au mauvais bras/^ C'était la nleuvième blessure que j'avais reçue a ce bras seulement , qu'il a])pelait le bras malheureux. '„Cela n'est pas étonnant, sire; ,,touîours des batailles !^^ — „]Nouâ finirons, „répliqua-t-il, quand nous aurons quatre- ^vipgts ans."
*MftL Boyer et Yvan me pansèrent en sa présence, yuand il vit que la fracture était iréelle, il dît aces messieurs: ,,11 faut luicou- „per le bras ; il est déjk trop malade , il pour- „rait en mourir/^ M. Boyer lui répondit en riant: „ Votre majesté veut aller trop vite en ,)besogne; le général est jeune, il est vigoureux, „nous :1e guérirons.** — - „J'esi>ère bien, lui „réiiliquai*je , que tre n'est pas la dernière „fois que vous me martyriserea."
Naj^oléon partit bientôt de Varsovie . pour la batatUe d'Éylau, et établit son quartier
général à Osterode; c'est la que je reçus l'ordre 'aller prendre le commandement du gouvernement de Thorn , pour achever de me rétablir.
J'expédiais des vivres, de l'artillerie, des piunitidtis, pour presser le siège de DanUsic. J'étais alors la providence des généraux
Srussiens. Us m'éterivaient , ils me priaient 'intercéder ponr eux. Blilcher lui-même ne
da général liapp. 103
dédaignait pas de solliciter la grâce de sa majesté l'empereur et roi d'Italie. Il devait d'abord êtxe conduit à Dijon » comme on. l'a vu; mais il avait mis bas les armes: qu'impor- ' tait qu'il fût a Dijon ou ailleurs V On lui permit de se retirer à Hambourg. Il %y ennuya bientôt et demanda a se rapprocher de B^rlui. Voici sa lettre :
j^Mansieur le général y
„ Votre excellence se rappellera peut-être „que j'ai eu l'honneur die faire votre connaisy.sance, il y a quelques années, à votre passage „a Munster; et les témoignages d'attention que „vous ave2 bien 'Voulu me donner alors me ,,font espérer que la situation malheureuse dans yjaquelle je me trouve actuellement ne voq^ ,ysera pas absolument indifférente. J'ose ainsi „m'adtesser a votre excellence pour vous demanyyder votre intervention près dç sa majesté „rempereur des Français, roi d'Italie » a(in ,,qu elle ait la grâce de me faire délivrer des „pa8se- ports pour moi, mes deux fils officiers, „et le reste de ma famille, j>our pouvoir nous ^retirer dans les environs de Berlin ou dans ^,la Poméranie , sur un^ de mes terres. Ayant „perdu tout par le sort des armes , il m'est ^impossible de faire face aux dépenses qu^e le „séjour d'une ville où tout est : aussi énormé- „ment cher Qu'a Hambourg exige. D ailleurs ,,je s.uis malade , et je sens que ce ne sera que „dans le sein ^e ma famille, et menant une ,,vie très retirée, que je pourrai rétablir ma „sai]ité.
i04 Mémoirea
,^CeB raiflôna et la générosité de sa majesté ^,reinpereur me font espérer qu elle daignera yybien soulager mon sort pénible en me permet^ yytant de choisir mon séjour; et la protection „que votre excellence voudra bien m'accorder ^'a ce sujet joindra les sentiments de la plus ,,vive reconnaissance k ceux de là plus haute ^^considération , avec lesquels jai Thonneur „d'être,
„De votre excellence ,yLe trçs humble et très obéissant serviteur, - ^^Bi'iiCHKR, Keutenant-géïi^raL** li«iiibo«rg, le i5 nQv«nbre 1806.
Uenipereûr refusa $ ^nais le général doit se rappeler la manière dont je le traitai. Il peut dire si les Français savetit respecter le malheur.
A la reddition de Dantsic, je i^s nommé gouverneur , avec le rang de général en chef.
Napoléon arriva dans cette place le 29 mai ; il y passa deux jours. Il comptait en tirer des resscmrces immenses 9 en argent surtout. Je reçus les ordres les plus sévères de faire rentrer lès contributions y qui s'élevaient a vingt millions , et qui furent portées à une trentaine en denrées |>ar le traite que je fis avec cette ville auelque temps plus tard. J'avais carte blanche ; j étais autorisé a tout pour effectuer ce recouvrement: mais il était impossible: il ro^à causé bien des ennuis. Tantôt c'était une mesure de sévérité, tantôt une autre. La population , les citoyens les plus riches et les plus influents étaient tour k tour menacés. J ai constamment éludé ces ordres violents; j'ai évité aux Dan txi-
du général Rapp. iQ^
cois toutes scnrtes de déboires. A la paix, ils devaient encore dix-sept millions.
Napoléon assista aux batailles d'Ueilsberg, de Friedland. Huit jours après son départ il m'écrivit: ^
,,M. de Talleyrand se rendra a Dantsic; „il y restera avec vous pendant quelque temps. „Vous le recevrea et vous le traiterez en prince. f^Yous connaises toute l'estime et tout l'attache* „ment cpie j'ai pour ce ministre , etc," il eût évité bien des malheurs s'il ne se fdt jamais brouillé avec ce diplomate.
Après le traité de Tilsit, Napoléon m'envoya des instructions particulières.* Il m'annonça la paix et m'ordonna d exercer une surveillance sévère sur la Prusse et la famille royale. Il était toujours courroucé contré le roi et ses sujets. Je cherchais pourquoi, je ne pouvais le deviner; Berthier me lexplicjua:
la cause ne me parut pas très juste. Le prince était venu a Dantsic me transmettre de nouveaux ordres , et me renouveler celui d'avoir toujours l'œil ouvert sur les menées qui se fai-^ saient autour de moi. Je devais rester dans cette
S lace jusqxi'k la cessation des hostilités. Les lisses étaient pour nous. Nous avions beau jeu avec les Anglais , avant deux ans ces insulaires devaient être obligés de demander la paix.
Enfin je restai à Dantaic. Je correspondais directement avec Napoléon; presque toutes ses lettres respiraient une humeur extraordinaire, et j'avoue que \e l'ai moi-même partagée long-, temps.
Les propos , la conduite de quelques ofH*
lOC Mémoires
ciers prussiens, contribuaient a entretenir cette
Sréventlon, Je sévissais contre eux, la moinre faute était sévèrement punie; mais aussi je leur faisais rendre justice , je ne souffrais pas
Su on les molestât. Tout se caliua cependant. >n mit , de part et d'autre le fiel de côté, la confiance se rétablit. Je les voyais, je les recevais , et je puis dire que dès la première année de mon commandement tous les rapports mie j'envoyais à Paris étaient marqués au coin de la modération et de la vérité. . Je représentais a TNapoléon qu'il était difiicile aux Prussiens d'oublier si vite leur grandeur passée, que les esprits «e calmaient, que le roi, les ministres, la famille royale , ne cessaient d'inviter la nation a cette résignation* que le malheur rend indispensable^
J'ai toujours' écrit dans le même sens. Je n'avais a me plaindre de personne; de mon côté j'étais très bien avec les autorités civiles et militaires. Je les voyais souvent ; et toutes, j'ose le dire, avaient en moi la plus grande confiance : elles étaient sensibles a mes bons procédés- Mais tous les commandants n'y mettaient 1)as la même bienveillance. Leurs rapports, es désastres de Baylen, donnèrent a Napoléon de nouveaux doutes sur la conduite de la rrusse. Il me chargea de redoubler de surveillance.
„Ne passes rien aux Prussiens , me disait-il „datis une lettre; je ne veux pas qu'ils lèvent „latête."
La nouvelle des revers que nous avions éprouvés dans la péninsule se répandit de suite «IV Allemagne ; elle éveilla de nouvelles espé-
du général Rapp. 107
rances ; toutes les têtes étaient en fermentation. J'en rendis compte a Napoléon; mais il n aimait pas qu on lui ra*|)peiât des so^enirs pénibles , encore moins qu'on lui montrât un avenir malheureux. lime répondit: „LesAlle- „mands ne sont pas des Espagnols; le caractère ^flegmatique d'un Allemand n a rien de commun „avec« celui des féroces Catalans."
# CHAPITRE XVIL
Utîntrevue d'Erfurt eut li«u. . Napoléon parait pour l'Espagne ; il battit, il dissipa tout ce 3ui lui fut opposé; larmée anglaise était perue s'il avait pu lui-même la poursuivre; mais la quatrième guerre d'Autriche avait éclaté, il fut obligé d'accourir au secours de Ja Bavière. Le. prince Berthier m'envoya l'ordre de rejoindre i armée; l'empereur y était déjà: je le trouvai à Landshut , qui venait de remporter la victoire de Ratisbonne ; jie ne fus pas content de sa réception. Il me demanda d'un air assea sec: „Comjnont se portent vos Prussiens et vos „Dahtaicois? Vous auries dti faire payera ces „derniers ce qu'ils me doivent. Vous levojex, „nous ne sommes pas tous morts en Espagne; „il me reste encore assea de monde pour battre „les Autrichiens." Je sentis Tallusion.
Nous marchâmes sur Vienne. L'empereur s'adoucit et me traitait avec plus de bienveillance. L'affaire d'Esslingen eut lieu : une foule de bfaves avaient perdu la vie ;' le inaréchal Lannes était hots de combat; la cavalerie, l'artillerie , étaient détruites ; et le village d'Esslingen, le point le plus important qui- nous restait a défendre , inondé par vingt bataillons de grenadiers hongrois: nous ne pouvions plus nous y maintenir; déjk ils pénétraient dans la maison carrée que Napoléon avait fait fortifier la veille. Le comte Lobau s'avança a leur rencontre et les arrêta ; mais ils reçurent tout de
du général Rapp. . 109
suite des renforts. L empereur s'en aperçut:
je ftis chargé de prendre deux autres bataillons de la jeune garae et de voler au secours de»
nôtres ; je devais les dégager , faire retraite avec eux , et prendre position entre le village et le reste de la garde, sur les bords du Danube , près du pont qui avait été rompu. Les colonnes autrichiennes sWançaient de tous le» côtés sur ce point ; la position devenait terrible: a notre gauche, Masséna occupait encore Grosaspern ; il avait perdu beaucoup de monde, mais enfin il se maintenait. Je me mis a la ^ tête de mes deux bataillons et j'entrai dans, le village : je disposai mes troupes en arrière du général Mouton, et fus lui porter les ordres de lempereur ; mais toute la réserve ennemie, conduite par larchîduc Charles , se déployait à quelques pas. ,,Vous avea," dis-je au comte „Lobau , étonné ces masses par votre résistance ; ,,ab6rdons4es à la baïonnette, rejetonsJes sur „les colonnes qui s'avancent: si nous réussis- „sons , Tempereur et Tarmée nous sauront gré „du succès; si pous somm^ nlalheureux, la „responsabilité pèsera sur moi.' — Sur tous les „deux, reprend le général." Nos cinq bataillon» s ébranlent, culbutent, dispersent tout à coupar de baïonnettes : nous sommes maîtres du vulage. L'archiduc cherche en vain a le reprendre: cinq fois il ramène ses troui>esa la charge, cinq fois il est défait; nous lui fîmes éprouver une perte immense. Nous en avions essuyé aussi une* considérable: le général Mouton, le général Grosse, étaient blessés; beaucoup d'autres officiers avaiejit perdu la vie. Napoléon fut enchauté de cette affaire ^ il me dit de»
élioses flatteuses , et ajouta : ,,Sî jamais tu as ,.bien fait de ne pas exécuter mes ordres, „c est aujourd'hui; car le salut de Tarmée dé- ^pendait de la prise d'Esslingen.
]Napolëon trouvait les Viennois plus exaltés
Sue dans nos campagnes précédentes ; il m'en t la remarque. Je lui répondis , que le désespoir y était pour beaucoup; que partout l'on était fatigué de nous et de nos victoires. U n aimait pas ces sortes de réflexions.
Scbill coui*ait alors la Saxe ; il Tapprit et en fut inquiet: c'était une manière de sonder l'opinion. La Prusse préludait k cette guerre d'insurrection quelle nous fit plus tard: j'avoue que je ne le croyais pas ; j'avais une trop haute idée de la loyauté nationale. Je cherchai a dissiper les- préventions de l'empereur; mais ses soupçons étaient plus forts que tout ce que je pouvais lui dire. Une autre circonstance contribuait a le rendre défiant: la marche des Rus- $es ; n'était pas plus franche que celle des Prussiens ; ils tergiversaient. Ce manque de fois le rendit furieux.*. Ilbrésolut d'en tirer vengeance: mais il lui fallait au temps.
La bataille de Wagrain eut lieu: je n'y assistai pas. Trois jours auparavant j'accompagnai INapoléon k l'ile Lobau : j'étais dans une de ses voitures avec le général Lauriston ; nous visâmes : j'eus une épaule démise et trois côtes fracassées.
L'empereur poussa jusqu'à Znaiin et revint s'établir a Schœubrunn; il y appris enfin la défaite et la mort de Schill; il en fut satisfait : il eût cependant mieux aimé que ce partisan eût été pris^
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du général Rapp. tll
Il y eut , pendant les négociations , diverses émeutes a Vienne. Plusieurs personnes , con^ vaincues d y avoir trempé, ftiyent condamnées a mort: deux bourgeois et un juif allaient être exécutés; je fus asses heureux pour obtenir leur grâce.
Mapoléoii était assex constamment de bonne humeur; cependant les Fap]>orts que lui faisait la police venaient de temps k autre troubler sa gaieté. Ses ennemis avaient répandu le bruit ridicule d'une aliénation mentale: il en fut blessé, ,,0'est, dit-il, le faubourg Saint-Germain' „qui imagine ces belles choses; ils en feront „tant que je finirai par envoyer ce monde-la „dans la Champagne pouilleuse/*
Un jour je lui demandai de l'avancement pour deux officiers. „Je ne veux plus, me „dit-il, en donner tant; ce diable de Berthier „m'en a trop fait faire. Puis se tournant vers „Lauriston: N'est-ce pas, Lauriston, que de „Tiot;re temps on n'allait pas si vite? Je suis „resté le bien des années lieutenant , moi ! — „Cela se peut , sire , mais depuis vous avei „bien rattrapé le temps perdu." Il rit beaucoup de ma repartie, et m'accorda ce que je^ sollicitais.
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