‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 17 sur 59 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L électeur de Hesse voulait aussi traiter:

mais l'empereur était si coiu-roucé contre ce prince cju il ne reçut pas son envoyé : „Quant „a celui-la, dit^il, il a fini de régner.**

Magdebourg ouvrit ses portes au maréchal Ney : on apporta avec les clefs une petite cassette qui renfermait des objets précieux appartenants, disait-on, a cet électeur. Ils avaient été trouvés dans la place.

Colbert, Custrin, Stettûi, capitulèrent. Le nand duc avait détaché la cavalerie légère de rrentzlow; elle se présente inopinément devant la place. Le jour baissait. Le général Lasalle annonce que des troupes le suivent, que l'armée prussienne a capitulé. Il somme , menace, intimide le gouverneur; il Tarmène a des ouvertures. Le général Belliard arrive, brusque la négociation, et déclare que si dans une heure la place n'est pas rendue , il Tinonde de projectiles. Les rrussiens prennent l'alarme ; ils imaginent que l'armée , que le parc , que tout est prêt a les foudroyer, et livrent leurs murailles k nos hussards. Custrin fit encore mieux . Nos troupes faisaient leur mouvement pour franchir l'Oder; elles rencontrent, chemin faisant, quelques centaines de Prussiens qu'elles disi>ersent; la place tire sur elles, des boulets tombent dans nos rangs. Le général Gudin lui signifie que , si elle ne cesse pas un feu inutile, elle sera mcendiée sur l'heure. Le gouverneur

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effrayé propose des arrangements; on refuse, on répond qu'il n j en a pointa faire: il insiste; mais le général avait continué sa marche , il n j avait personne pour le recevoir. On court avertir le général Petit , qui se trouvait a une assez grande distance : le parlementaire s'obstinait toujours a faire des arrangements. „ A quels ^arrangements voulez- vous que j'entende? lui ^répondit gravement le général; mes instruc- „tions sont précises : si la place n'est pas rendue „dans deux heures, j'ai ordre de la'îbudroyer. „0n prépare les batteries ;v quatre-vingts mor- „tiers ou obusiers vont tout a l'heure vomir le „fer et la flamme sur vos remparts. Voici le ,, colonel d'artillerie, (c'était au contraire celui „du quatre-vingt-cinquième de ligne qui arri- „vait) ; vous allea voir si j'exagère. Vos pièces „sont*elles, placées, colonel, vos dispositions ^achevées? -- — Tout est prêt, général; je n'at- „tends que vos ordres. — Suspendez un instant, ,^monsièur apporte des paroles de paix. Vous „le voyez, dit-il a l'officier prussien, votre ville „touche a sa ruine; évitez-lui des malheurs qui ,,ne changeront pas la face des affaires. Abattue „ou debout, nous n'en pousserons pas moins „nos avantages: la capitulation ou le siège, peu „m'importe; choisissez, mais choisissez vite. „Je ne veux, du reste, traiter qu'«avec le gou- . „verneur." Celui-ci parut bientôt sur l'Oder.

Le général Gauthier alla recevoir le gouver-r neiir et le conduisit dans une maison voisine; le général Petit les joignit, et la capitulation fut signée. Quatre mille Prussiens, qui regorgeaient de vivres et de munitions , mirent nas les armes devaiit un régiment d'infanterie qui

ne W sommait pas, qui ne pouvait aller a eux. De tels hommes avaient droit de nous demander de repasser le Rhin : notre voisinage était trop" dangereux .

Napoléon envoya Duroc au roi de Prusse ; mais personne ne croyait a la paix.

Comme nous nous promenions, Caulincour t et moi, dans la cour du château, nous vîmes arriver a nous un grand jeune homme blond très simplement vêtu ; il nous salua: c'était le prince Paul de Wurtemberg. Il venait de quitter l'armée pri*ssienne, oh. il avait servi contre la volonté de son père, avec lequel il était fort mal ainsi qu'avec Napoléon. „Que vient faire ici votre altesse?" lui demanda Caulincourt.

Jl répondit qu'il désirait rentrer dans les bonnes grâces de l'empereur, et pria ce général de 1 annoncer. Le duc de Vicence y consentit ; xn<ais Napoléon ne voulut pas recevoir 1« i>rin«e : il le fit arrêter et condmre paç un ofFicier de gendarmerie dans les états du roi son père, o-ù il fut détenu pendant plusieurs années. Caulincourt fit tout au monde po^ir adoucir sa captivité.

Le quartier-général fut transféré a Posen ; l'insurrection qui s'était manifestée dè^ que nos troupes avaient paru éclata avec une nouvelle force. Kali^ch avait désarmé la garnison prussienne; une foule de places suivaient cet exemple : ce n'était qu imprécations contre les auteurs du partage. Les villes, les villages, Varsovie même , quoique occupée par les Russes, envoyaient des députations , demandaient que l'indépendance de la Pologne fut |Mroclamée. „ Je le voudrais bien , me ait Napoléon ; ^mais

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„la mèche une fois allumée , qui saijt où: s ar- „rêtera rincendie ? Mdn premier devoir est en- „ vers la France ; je né dois pas la sacrifier a la „Pologne: il faut s'en remettre au souverain „qiii régit tout , au temps ; lui seul nous ap- „prendYa ce que nous aurons a faire."

D uroc nous rejoignit a Posen . Nous j)artlmes „pour Varsovie : le grand maréchal verse dans ce trajet , et se cassa la clavicule. Na]>oléon en fut très affecte, Duroc ^ toujours été pour lui un homme j)res(fue indispensable ; il a constaui* ment joui de la plus haute faveur et de la plus grande confiance : il le méritait a tous égards. Il était difficile 'd'avoir plus detact, d'çspritde conduite , d'habileté, et en même teihps plus de modestie: son dévouement était illhnité; il a>ait le cœur droit, il était honnête homme : on ne pouvait lui reprocher que la crainte de déplaire et une excessive timidité.

Nous arrivâmes enfin dans la capitale de la Pologne; le roi de Naidesnous y ^vait précédés et en avait chassé les Russes. Napoléon fut reçu avec enthousiasme; la nation croyait toucher au moment où elle allait renaître; elle était au comble de ses vœux. Il est difficile de j)eindre la joie des Polonais et le respect qu'ils avaient pour nous. Nos soldats étaient moins satisfaits; ils montraient surtout une vive répugnance k passer la Viistule. La misère, l'hiver, le mauvais temps , leur avaient insj)iré pour ce pays une extrême aversion : c'étaient des plaisanteries continuelles sur la nation, les épigrammé* ne tarissaient pas. Ils n'en battirent pas moins les Russes dans les boues de Nasielsk, k Golymin^ a Pultuskt et plus tard à £ylau.

A une revue où le9 Polonais se pressaient sur nos troupes, un soldat se mit a jurer tout haut contre le pays et le mauvais temps. „Vous ,,ave2 bien tort , lui dit une demoiselle, de ne ,,pas aimer notre pays, car nous vous aimons ,,beaucoup. — Vous êtes fort aimable, lui rappliqua le soldat; mais si vous vpulex que je „vous croie . vous nous ferez faire un bon dîy^ner k'mon camarade et a moi/^ Les parents delà jeune personne emmenèrent effectivement les deux soldats, et les traitèrent.

C'était surtout au spectacle que la troupe se donnait beau jeu. La toile tardait un soir a se lever; un grenadier perdit patience: „Coin-( „mencexdonc, messieurs les Polonais, cria-t-il „du fond du parterre; commence» donc, ou je „ne passe pas la Vistule."

M. de Talle jrand s'embourba avec sa voiture a quelque distance de Varsovie et resta une douzaine d'heures avant de pouvoir s'en tirer. Les soldats, d assez mauvaise humeur, demandèrent qui c'était. „Le ministre des relations ^extérieures ," répondit quelqu'un de sa suite. „Que diable aussi vient-il feiire de la diplomatie ,;dans un pays de cette espèce ?"

Quatre mots constituaient, pour eux, tout ridiome polonais; Kleba! niema; vota? sara:

du pain? il n'y en a. pas; de Teau? on va en apporter. C'était Ik toute la Pologne.

^Napoléon traversait un jour une colonne d'infanterie aux environs de Nasielsk, où la troupe éprouvait de grandes privations a cause des boues qui empêchaient les arrivages . „Papa, „kleba?" lui cria un soldat., „Niema," répondit

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Tempereur. Toute la colonne partit d'un éclat de rire; personne ne demanda plus rien.

Je rapporte ces anecdotes jiarce quelles font voir quel esprit animait nos soldats. Ces respectables vétérans méritaient plus de reconnaissance qu'ils n'en ont obtenu.

Napoléon s'amusait de ces plaisanteries , et riait quand on lui parlait de la répugnance de l'armée a passer la Vistule. Quelques généraux auguraient mal de sa situation morale, et se plaignaient de voir le dégoût succéder a l'enthousiasme. „Leur avea-vous parlé de Tennemi?

„Sont-elles sans élan quand elles l'aperçoivent? ,yCes gens -la , me dit -il ensuite . ne sont pas „f ait pour apprécier mes troupes; ils ne savent „pas qu'elles bouillent dès qu'il est question j.de Russes, de victoire: je vais les réveiller.*- Il appela un secrétaire et lui dicta la proclamation suivante :

..Soldats!

, Jl y a aujourd'hui uh an , k cette heure „même, que vous étiet sur le champ mémorable ,,d'AusterIit£ : les bataillons russes épouvantés „f liraient en désordre , ou enveloppés rendaient j\e% armes à leurs vainqueurs. Le lendemain ,,ils firent entendre des paroles de paix; mai& ,,elles étaient trompeuses : a peine échappés» „par l effet d'une générosité peut-être condam- ,,nable, aux désastres de la troisième coalition, „ils en ont ourdi une quatrième ; mais lallié.sur ,,la tactique duquel ib fondaient leur principale ^espérance n'est déjà plus: ses places fortes, ses ,,capitales, ses magasuis, ses arsenaux, deux

„cent quatre-vingts drapeaux, sept qeuts „pièces d^ bataille, cinq grandes plac|es de „guerre, sont en notre pouvoir. L'Oder, la „Wartha, les déserts de larologne, les mauvais „temps de la saison , n'ont pu vous arrêter un „nîoment; vous *avea tput bravé, tout sur- „nionté; tout a fui a votre apj>roche. C'est en „vain que les Russes ont voulu défendre la • ,,capitale de cette ancienne et illustre Pologne ; „raigle française plane sur la Vistule. Le brave ,,et infortuné Polonais, en vous voyant, croit „revoir les légions de Sobieski de* retour de „leur mémorable expédition;

„Soldats! nous ne déposerons pas les armes „que la paix générale n'ait affermi et assuré la ^puissance de nos alliés , n'ait restitué a notre „eommerce sa liberté et ses colonies. Nous „avons conquis sur l'Elbe et l'Oder Pondichjérj, „nos établissements des Indes, le cap de Bonne- „Espérance et les colonies espagnoles. Qui ^,donnerait le droit aux Russes de balancer „les destins? Qui leur donnerait lé droit de j,renverser de si justes desseins? Eux et nous, ,,ne sommes nous plus les soldats d'Austerlitz ?'*

Les troupes furent réunies sur la place de Saxe : c'était l'anniversaire du couronnement ; les- Russes occu2>aient le faubourg de Prague. Ces circonstances , ces souvenirs^ cette perspective de gloire , furent accueillis par de longues acclamiations. On ne songea plus qu'a vaincre ; .toutes les préventions disj)arurent. L'ennemi couvrait la rive gauche ^ il avait remorqué tous les bâtiments; un maréchal-des-logis brava les lances^ des Cosaques , et réussit £i s'emparer d'un bateau. C'en tut assex, Famiée

oppo-

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opposée leva son canip pendant la nuit; nous

Sassâmes sans obstacle. Le Bug nous offrit plus e difficultés; sa rive gauche est plate, marécageuse y disposée pour la défense; mais Beningsen ne sut pas profiter de ses avantages. Nous le menaçâmes sur ses ailes » nous remimes a flot les bateaux qu'il avait submergés; il hésita» le fleuve fut franchi. Les Russes revinrent a la charge ^ ils essayèrent d'enlever la tête du pont que- nous avions élevé ^ Okuniew j mais tout avait été prévu r Dovoust était en mesure, l'ennemi fut culbuté, batti^ obligé de repasser le Wkra. , \

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