CHAPITRE XX
Il était question de divorce; on en parlait hautement dans Paris, maison n'était pas d accord sur le choix de cet homme extraordinaire . On désignait les princesses de Russie ^ de Saxe, l'archiduchesse. Il fut d'abord effectivement question de la première, M. de Metternich l'apprit et fit des ouvertures ; elles furent acceptées. Cependant tous les membres de la famille impériale étaient opposés a cette alliance j ils redoutaient l'astuce autrichienne ; ils prévoyaient que cette cour consentirait , se prêterait a tout ce qu'il lui deniandait jusqn'kcequeloccasionde-' vînt favorable ; qu'alors elle lèverait le masque, et serait la première a provoquer sa perte: mais le mariage était conclu , les rej^résentations furent inutiles. Je fus désigné pour assister a la cérémonie ; c'était une espèce de faveur, puis-
Su'uiie grande partie de la cour était confonue dans la foule. Je n'avais cependant pas , je Tavoue, le droit d'y prétendre; je m'étais permis quelques réflexions sur le divorce du chef de l'état, et elles lui avaient été rapportées. Je plaignais l'impératrice Joséphine, qui avait toujours été bonne, simple et sans prétentions. Elle était reléguée a laMalmaison ; j-'allais la voir souvent, Elle me confiait ses peines, ses ennuis ; je l'ai vvie pleurer des heures entières; elle parlait de son attachement pour Bonaparte, c'est ainsi quelle l'appelait parmi nous; elle regrettait le
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beau rôle quelle avait jouer ce regret était bien naturel. ^
Le lendemain du mariage non reçûmes l'ordre d'aller faire les trois révérences devant le couple impérial assis sur le trône. Je ne pus y aller , je fus retenu par une migraine que j ai asse^ régulièrement toutes les semaines , j'en prévins le grand maréchal. Naj^oléon ne crut pas a mon indisposition ; il s'imagina que je n avais pas voulu me soumettre a l'étiquette , et m'en sut mauvais gré. Il me fit donner Tordre de repartir pour Dantxic. Le duc de Feltre me rencontra sur les boulevards et me communiqua les intentions de lenipereur. Je demandai des instructions : Napoléon me répondit sèchement que je n'avais qu'a surveiller la Prusse, à traiter avec égard les Russes , et a rendre compte de ce qui se passerait dans les ports de la Baltique;
Sue je pouvais me disj^enser de passer par erlin. Je m'afrétai quelques jours k Strasbourg , à Francfort , et j'arrivai le 10 juin a Dantzie.
Je fus très bien reçu des troupes et des habitants. On se plaignait beaucoup du général Grabovski: les Dantzicois ne l'aimaient pas ; ils avaient tort, c'était un excellent homme.
La'garnison ne tarda pas a s'augmenter ; elle reçut des Saxons, des Badois, des Wurtembergeois, des Westphaliens , des Hessois; c'était une allumée. Ce surcroit de forces me déplaisait parce qu'il surchargeait la boiu'geoisie ; car pour moi je n'avais pas k me plaindre. Les sentiments des troupes n'étaient pas équivoques, et les souverains dont elles dépendaient daignaient prêt
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que tous saisir cette occasion pourm'assurerde leur bienveillance ; je ne <îiteraî que la lettre du roi de Bavière :
Munich y le i5 arril 1811.
^Vousallex avoir mon 14« régiment d'infan- „terie sous vos ordres, mon cher Rapn; je le ,, recommande a vos bontés et a vos soins. Le /,colonel est un brave homme qui fera son de- „voir. Le lieutenant-colonel et les deux majors ,,sont bons ; le coq>s des officiers de même, „et les soldats beaux et parfaits. Je les trouve „bien heureux , mon cher général , d'être „sous un chef tel que vous: und nochdazu ein ^ jyElsasser.'^
„ Adresser- vous a moi directement toutes le» ,^fbis qu il s'agira du bien-être de ma troupe, „ouque vous trouverez des défauts, ou qu'elle ,,servira mal; chose qui, j'esj>ère, n'arrivera „pas. Je saisis avec empressement cette occasion, „moncher Rapp, pour vous réitérer l'assurance ),de ma constante amitié.
„Maximilibn-Jo8BPH*^
On m'envoya des instructions pour fermer le
E>rt de la place, et surveiller ceux de la Prusse, avoust vint prendre le commandement de Hambourg : je n'étais pas sous ses ordres ; mais je devais correspondre avec lui et M. de Saint- Marsan. Je ne connaissais pas ce dernier, cependant je l'estimais beaucoup ; ses lettres prouvaientqu'il était homme de bien, qu'il desirait
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voir la bonne harmonie renaître entre les deux nations» Je le désirais aussi ^ nous étions par*
fàiteinent d'accord m'écrivait souvent de
me défier de ce diplomate, que c'était un traître vendu au roi et a* ses ministres. Sans doute qu'il en écrivait autant a Napoléon, Heureusement quand ce prince avait une fois son opinion fixée sur un homme, il faissait peu de cas des rapports qu'on lui adressait : à moins, comme il le disait, de ie prendre la main dans le sac, il ne lui retirait pas sa confiance.
Ma position cependant devenait péniple:
d'u^ côté, les Danzicois se plaignaient de hourrir ifles troupes , de supporter des charges , et d'êtèe sans commerce: de l'autre, les ministres me plissaient de faire rentrer les contributions, afin de couvrir les dépenses d'une expédition secrète et du développement d^îs fortifications. Les fournisseurs menaçaient de suspendre les livraisons ; je ne savais que devenir. Je retirais bien quelque argent des impositions frappées sur la Prusse; mais ces sommes étaient insuffisantes. A force cependant de persévérance et de représentations , ]e rçussis a obtenir les fonds nécessaires pour acquitter les foiirnitures , et peu a peu la place fut déchargée de ce service.
On m'assigna des ressources pour les fortifications, et des valetirs pour les préparatifs de l'expédition secrète , qui n'était jU.U8 un secret.
Les ministres proposèrent un jour a Napoléon de faire entretenir la garnison par le gouvernement prussien. On .m'écrivit pour avoir inon avis. Je répondis que si jamais semblable décision m'arrivait, je quitterais sur-le-champ
Ûantasic, sans qu'aucune considération fût capable de me retenir. Je dois rendre justice au maréchal Davoust, qui. ftit également consulté; il fit voir que cette mesure était dangereuse et inexécutable. Le projet fut abandonné.
J^ ne passerai pas sous silence un différent bizarre que j eus a Dantaic.
Je donnais a dîner. J'avais entre autres les résidents de Prusse et de Russie; je plaçai l'un a ma droite et lautre a ma gauche. Celui-ci se foriGalisa d'une disposition semblable. Il s'imagina qu^ j'avais voulu molester lui , sa cour , et tout ce <|u il y avait de Russes au monde. Il se plaignit; sa plainte fut transmise de Saint-Pétersbourg a M. de Champagny , qui la communiqua a Napoléon. Je yeçus des reproches : j'avais manqué d égards au résident d'une grande nation , j'avais dor^né la place d'honneur a celui de Prusse; j'étais invité a réparer cette faute.. J avoue que je fus piqué. Je répondis au ministre que je ne donnais pas de dîners diplomatiques; que les consuls étrangers n'étaient pas accrédités auprès du gouverneur, mais auprès du sénat; que je pouvais mettra a côté de moi a ma table qui bon me semblait; que les plaintes du résident étaient ridicules ; que je ne le recevrais* plus : j'ai tenu j)arole , et cette affaire n a ])as eu plus de suite. J'ai cru devoirrajjjiorter cette anecdote, parce qu'elle prouve combien on .cherchait encore à cette époque a ménager la Russie.